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EAN : 9782081494800
288 pages
Éditeur : Flammarion (28/08/2019)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 3.66/5 (sur 1552 notes)
Résumé :
Lorenzino, Lorenzetta, Renzo, Renzino: Musset module à l'infini les surnoms et les masques pour désigner Lorenzo de Médicis, androgyne à l'aspect maladif qui nourrit en secret un projet terrible. Lorenzaccio, cousin et favori du duc Alexandre, est un modèle de débauche qui a pourtant ses entrées chez ceux qui la déplorent. Il sait que son acte, désespéré mais nécessaire sur le plan privé, sera récupéré par le flux, transformé en geste public dérisoire sur le plan un... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (91) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
  12 juillet 2015
J'ai déjà entendu parler de Lorenzaccio comme du " Shakespeare français ", un héros tragico-romantique à la Othello mâtiné d'Hamlet. Ouais… bah… euh… sans vouloir nécessairement être blessante ni cassante ni quoi que ce soit en ante vis-à-vis de Musset, je trouve qu'il s'en faut de beaucoup pour considérer cette pièce à l'égal des productions du maître anglais.
D'abord j'ai commencé par m'ennuyer pendant un acte et demi et n'ai senti les minces frémissements de quelque chose que vers la fin de l'acte II. Mais je ne peux pas dire que le drame s'est envolé pour autant, mes pieds sont restés bien sagement en contact du sol et mes paupières, quant à elles, ont eu bien du mal à ne pas se fracasser l'une contre l'autre avant la descente du rideau.
Alors c'est vrai, Alfred de Musset nous offre la possibilité de revenir sur un épisode historique authentique de la Renaissance florentine, à savoir l'assassinat d'Alexandre de Médicis en 1537 par son cousin Lorenzo de Médicis, surnommé d'une bonne dizaine de façons durant la pièce, sobriquets parmi lesquels on compte Lorenzaccio, déformation du prénom qui dénote, en italien, une nuance de mépris et de mauvais genre.
L'attention de Musset fut attirée par sa muse, George Sand, sur cet épisode historique avant qu'il ne lui découvre d'étonnantes similitudes avec ce qui venait de se passer en France peu de temps avant, c'est-à-dire la révolution de 1830, fortement instiguée par des républicains mais qui n'aboutit finalement qu'au remplacement d'un Bourbon par un autre Bourbon, exactement comme un Médicis fut remplacé par un autre Médicis, résultat très décevant pour les fervents partisans de la République. Donc, okay pour tout ça, mais hormis cela, les similitudes entre les deux événements sont plus que discutables et il faut un vrai effort de dramaturgie à l'auteur pour les rendre tant soit peu palpables… et encore.
Quant à l'intérêt purement scénique, dramatique, lyrique ou quoi que ce soit en ique, il y a selon moi un hic. Le texte me laisse indifférente, aucun personnage vis-à-vis duquel je puisse développer une quelconque empathie (je ne parle même pas de sympathie et quoique Musset ait mis aussi beaucoup de lui-même dans son personnage de Lorenzo), des dialogues assez artificiels, notamment lorsqu'il s'agit de personnages des classes populaires, une démultiplication de personnages qui n'apporte, d'après moi, rien de bien précis ni de très bon.
Bref, il en ressort une pièce que je trouve loin d'être al dente et qui ne m'a pas procuré de plaisir particulier mais plutôt de l'ennui. J'aime franchement mieux certaines autres de ses pièces qui m'avaient amusset. Ceci dit, si je compte dans ma critique le nombre de paragraphes où j'ai médit : six. Que penser d'un tel avis sur le Médicis ? sans doute pas grand-chose.
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JacobBenayoune
  29 octobre 2013
Lorenzaccio où le défi que lance un français au grand dramaturge Shakespeare.
Parmi les grands drames romantiques du XIXe siècle ; Hernani, Chatterton, personnellement je me penche du côté de Lorenzaccio.
Alfred de Musset a repris avec quelques variantes un événement réel pour le transformer en un mythe. C'est une pièce où Musset a exprimé toute sa déception et sa rage envers la société. Vivre sous-estimé et détesté de tout le monde et en même temps essayer de leur rendre une grande faveur pour les sauver tous. Mais cela s'accomplit sans motif apparent du côté de Lorenzo. Il ne le fait pas pour se mettre en valeur devant eux.
Lorenzaccio me fait penser à trois personnages célèbres (car dans la pièce, il fait un jeu double, et par conséquent, le lecteur les voit tous les deux alors que les personnages n'en voient qu'un seul côté et lui Lorenzo, il garde un côté assez différent dans certaines situations clandestines) :
- le premier personnage est celui qu'on retrouve dans le film "L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford". Lorenzo est comme Robert Ford, il essaie de tuer un "grand" de sa "société". Mais même s'il le fait, il reste un couard. C'est l'opinion des personnages et c'est le côté que leur montre Lorenzo, un débauché pusillanime.
- le deuxième est celui de Jean-Baptiste Grenouille, une âme grandiose et maltraité par la société mais qui accomplit une tâche que nul autre n'a pu entamer. Ils meurent de la même manière à peu près. (c'est là la vrai personnalité de Lorenzo; courageux et studieux).
- La troisième, on la constate en tant que lecteur voyant les deux situations. Il nous fait penser à ces super-héros à double facettes (d'ailleurs Lorenzaccio a une cape!) qui se montre lâche ou corrompu à dessein, mais qui sauve la société.
Lorenzaccio est aussi une pièce où l'art n'est pas oublié (avec le personnage du peintre) ni le comique dans le dernier acte (je crois) avec une scène de deux enfants se chamaillant.
C'est une intrigue comme je les aime.
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TheWind
  20 mars 2020
Lorenzo. Renzo pour les intimes. Lorenzino ou encore Renzino, diminutif affectueux. A moins que ce ne soit Renzinaccio. Mais surtout Lorenzaccio à la consonance péjorative.
Ahh Lorenzo ! " Laisse-moi t'appeler Brutus ! Si je suis un rêveur, laisse-moi ce rêve-là. [...] Mon Brutus ! Mon grand Lorenzo ! La liberté est dans le ciel ! Je la sens, je la respire."
Rien qu'à l'évocation de tous ces surnoms, on comprend bien que ce personnage là est très ambivalent.
A la fois, pernicieux et fieffé roué...lâche mais calculateur... mais aussi doux patriote et sublime sauveur de la République de Florence en danger.
Il est un véritable héros auquel on s'attache inévitablement. On sourit à ses farces, on rit à ses piques, on s'extasie de ses monologues romantiques.
Mais, voilà, la pièce est longue , très longue. La mettre en scène s'avère une véritable gageure. La page de présentation nous dit : " Lorenzaccio est un objet rare dans l'histoire du théâtre : une de ces pièces inconnues de leur époque, car proprement injouable au temps de leur écriture, mais que la postérité transforme en chefs-d'oeuvre".
C'est une belle pièce, certes, mais sa multitude de personnages et ses nombreuses longueurs peuvent effectivement la rendre imbuvable.
Pour ma part, il m'a fallu m'y reprendre à deux fois, pour en apprécier le nectar.
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Darkcook
  11 mars 2014
Et voilà donc le Hamlet français, ou plutôt le croisement entre Brutus et Hamlet... le drame romantique me manquait (qu'est-ce que c'est bon!!) et celui-ci étant encore plus lié à L Histoire que d'habitude, on a de véritables scènes de village, un nombre encore plus élevé de personnages et de lieux... À tel point que la pièce, de par son rythme, sa variété, son foisonnement, nous fait davantage penser à un roman du XIXème. J'ignorais beaucoup de choses sur Musset avant sa lecture, et j'ai particulièrement apprécié les touches autobiographiques avec le double fantômatique de Lorenzo, son désenchantement si complexe... On voit toute l'inspiration d'Hamlet, sauf qu'il part moins dans tous les sens, son tiraillement est résolu et mis noir sur blanc à l'acte III, scène III, passage crucial, alors que le spectateur nageait face à ce Severus Rogue "glissant comme une anguille" pour les deux camps! le propos de Lorenzo, et celui de la pièce, est un constat amer, encore très actuel. Il résonne plus que jamais à notre époque sans espoir et où l'humain a abandonné toute participation au changement de la civilisation. La pièce est une démonstration très violente de l'inactivité humaine et de l'immuabilité de l'Histoire... On a du mal à digérer l'acidité de Lorenzo, mais on finit par accepter cette triste vérité, bien pessimiste... Il m'a fait penser à Raskolnikov trente ans avant, mais un Raskolnikov après le meurtre... On parle d'une oeuvre sur le mal du siècle (du XIXème) mais elle est encore plus valable au XXIème.
Coup de coeur pour Lorenzo ainsi que pour le pauvre Philippe, son évolution est très bien faite, très psychologique, Musset sait construire ses personnages... La mort de Louise Strozzi est venue comme un couperet, une véritable guillotine narrative à la Cordélia du Roi Lear, et c'est ce que j'ai envie de congratuler le plus dans cette pièce : chaque acte se terminait par un rebondissement incroyable, qui nous laissait dans un suspense de tous les diables!! Paradoxalement, Musset aime bien l'anti-climax pour nous surprendre également, comme avec la mort minimaliste d'Alexandre...
Je mets pas les cinq étoiles parce que malgré les fulgurances du texte, on est loin de la tempête hugolienne... Mais une pièce majeure du drame romantique, ça c'est sûr.
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5Arabella
  30 avril 2020
Après l'échec de sa première pièce, La nuit vénitienne en 1830, Musset continuera d'écrire des pièces, mais sans vouloir les faire représenter. Lorenzaccio paraîtra en 1834 dans le premier tome du Spectacle dans un fauteuil. Malgré des tentatives de Paul, le frère de l'auteur, l'oeuvre ne pourra être représentée pour la première fois qu'en 1896, avec Sarah Bernhardt dans le rôle titre. Cette prise de rôle prestigieuse va créer la tradition de faire jouer le personnage de Lorenzaccio par une femme. Ce n'est qu'en 1953, qu'une version avec un homme dans le rôle titre s'impose : c'est la fameuse mise en scène de Jean Vilar, avec Gérard Philippe. La pièce devient un classique.
Elle est toutefois très complexe à mettre en scène : trente-neuf tableaux, une centaines de rôles...c'est la pièce de la démesure, du romantique flamboyant. L'absence de la perspective scénique, avec ses limitations, a permis à Musset de donner libre cours à toute son imagination créatrice. le revers de la médaille, c'est que la pièce reste finalement peu jouée, et qu'elle ne l'a jamais été en entier : toute représentation est une adaptation. le choix de ce que l'on coupe est déjà une lecture.
C'est une pièce historique, genre souvent mis à l'honneur par les Romantiques (la pièce suit d'une année Lucrèce Borgia de Victor Hugo). Elle se base sur l'assassinat du duc de Florence, Alexandre, par son cousin Lorenzo en 1537. Georges Sand avait écrit sur le sujet un drame, « Une conspiration en 1537 » qu'elle abandonne à Musset. Il va complètement transformer la trame d'origine pour en faire cette pièce polyphonique et complexe, presque monstrueuse (le monstrueux fascine les Romantiques), qu'est devenu Lorenzaccio.
La pièce est en réalité très difficile à résumer, tant les personnages, les thèmes, les sujets sont nombreux. le motif principal, est celui de Lorenzo, cousin du duc en place, Alexandre, son âme damnée semble-t-il, qui l'accompagne dans ses débauches et ses crimes, qui gagne sa confiance. Musset laisse très vite deviner que Lorenzo a comme but d'assassiner Alexandre, pour rendre la liberté aux citoyens de Florence, que son comportement est une ruse. Mais la grande richesse de la pièce est de ne pas se borner à ce motif, mais d'élargir le questionnement. En réalité de nombreux personnages interviennent, avec à chaque fois, à un niveau ou à un autre, une interrogation sur le pouvoir, sur la façon de gouverner, de se gouverner, d'organiser la vie sociale, de se positionner dans une société. Il y a la comtesse Cibo, républicaine convaincue, qui devient la maîtresse d'Alexandre, avec l'idée de faire changer son comportement. Mais ce personnage montre toute l'ambiguïté de la pièce : bien évidemment, elle ne pourra pas changer le Duc, mais on finit par se demander, si elle y croyait elle-même ; à quel point son orgueil, son attirance aussi pour Alexandre ne l'ont-ils pas motivée. Mais Musset entremêle toutes ces motivations, elles ont au final chacune une part dans le comportement de la comtesse, rien n'est univoque.
Un autre pesonnage important est Philippe Strozzi, le chef d'une famille importante de Florence. C'est en principe l'homme juste, mesuré, il se retrouve victime des menées du Duc. Mais il se contente d'être observateur, n'approuvant pas, mais restant en retrait, ce qui permet aussi au Duc de se maintenir en place. Il réagit uniquement au moment où sa famille est menacée. Son fils Pierre, quand à lui, se montre violent et inconsidéré, et finit, devant l'impossibilité de réaliser son ambition, de se tourner vers un autre maître, le roi de France, tout en étant conscient que ce dernier ne respectera pas ceux qu'ils souhaite conquérir, donc en trahissant en pleine connaissance de cause. Ces grandes familles sont au final d'autres Médicis en puissance, l'intérêt et l'ambition personnelle étant en quelque sorte inévitables, les réaliser est une question d'opportunité et de possibilités matérielles.
Enfin le peuple, le plus grand sacrifié des coupes effectuées par les mises en scène de la pièce, qui juge, qui commente, spectateur et possiblement acteur. Musset le montre changeant, facile à manipuler, possiblement violent sans raison, peu conscient de ce qui se joue, égoïste à court terme, et peu fiable. On pourrait aussi évoquer la figure importante du peintre, qui introduit un artiste, et l'oblige aussi à se positionner.
Le drame de Lorenzaccio prend toute sa mesure dans ce contexte. le personnage est au moment de l'action pleinement conscient de l'ambition des puissants et de l'impuissance et faiblesse de la foule.En côtoyant le pouvoir, il a perdu foi dans les hommes. C'est cela qui fait qu'il ne croit plus à l'utilité de son geste, qui devient presque juste une obsession, et une fuite vers sa propre mort. Car lui-même en devenant un autre s'est perdu. le masque qu'il pensait avoir revêtu pour abuser Alexandre est devenu son propre visage, et le retour en arrière n'est plus possible. Il est d'une extrême lucidité sur lui-même et les autres, ce qui l'amène à l'amertume et finalement une forme d'impuissance.
Une pièce immense.
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Citations et extraits (137) Voir plus Ajouter une citation
FuyatingFuyating   04 août 2020
Celui qui se croit le droit de plaisanter doit savoir se défendre.
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FuyatingFuyating   04 août 2020
je suis rongé d'une tristesse auprès de laquelle la nuit la plus sombre est une lumière éblouissante.
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araucariaaraucaria   08 février 2017
LE DUC - Qu'elle se fasse attendre encore un quart d'heure, et je m'en vais. Il fait un froid de tous les diables.
LORENZO - Patience, Altesse, patience.
LE DUC - Elle devait sortir de chez sa mère à minuit; il est minuit, et elle ne vient pourtant pas.
LORENZO - Si elle ne vient pas, dites que je suis un sot, et que la vieille mère est une honnête femme.
LE DUC - Entrailles du pape! avec tout cela je suis volé d'un millier de ducats.
LORENZO - Nous n'avons avancé que moitié. Je réponds de la petite. Deux grands yeux languissants, cela ne trompe pas. Quoi de plus curieux pour le connaisseur que la débauche à la mamelle? Voir dans une enfant de quinze ans la rouée à venir; étudier, ensemencer, infiltrer paternellement le filon mystérieux du vice dans un conseil d'ami, dans une caresse au menton - tout dire et ne rien dire, selon le caractère des parents - habituer doucement l'imagination qui se développe à donner des corps à ses fantômes, à toucher ce qui l'effraie, à mépriser ce qui la protège! Cela va plus vite qu'on ne pense; le vrai mérite est de frapper juste. Et quel trésor que celle-ci! tout ce qui peut faire passer une nuit délicieuse à Votre Altesse! Tant de pudeur! Une jeune chatte qui veut bien des confitures, mais qui ne veut pas se salir la patte. Proprette comme une Flamande! La médiocrité bourgeoise en personne. D'ailleurs, fille de bonnes gens, à qui leur peu de fortune n'a pas permis une éducation solide; point de fond dans les principes, rien qu'un léger vernis; mais quel flot violent d'un fleuve magnifique sous cette couche de glace fragile qui craque à chaque pas! Jamais arbuste en fleur n'a promis de fruits plus rares, jamais je n'ai humé dans une atmosphère enfantine plus exquise odeur de courtisanerie.
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araucariaaraucaria   18 février 2017
Le premier banni - C'est toi, Maffio! Par quel hasard es-tu ici?
Maffio - Je suis des vôtres. Vous saurez que le duc a enlevé ma soeur; j'ai tiré l'épée; une espèce de tigre avec des membres de fer s'est jeté à mon cou et m'a désarmé; après quoi j'ai reçu l'ordre de sortir de la ville et une bourse pleine de ducats.
Le second banni - Et ta soeur, où est-elle?
Maffio - On me l'a montrée ce soir sortant du spectacle dans une robe comme n'en a pas l'impératrice; que Dieu lui pardonne! Une vieille l'accompagnait, qui a laissé trois de ses dents à la sortie. Jamais je n'ai donné de ma vie un coup de poing qui m'ait fait ce plaisir-là.
Le troisième banni - Qu'ils crèvent tous dans leur fange crapuleuse, et nous mourrons contents.
Le quatrième - Philippe Strozzi nous écrira à Venise; quelque jour nous serons tout étonnés de trouver une armée à nos ordres.
Le troisième - Que Philippe vive longtemps! Tant qu'il y aura un cheveu sur sa tête, la liberté de l'Italie n'est pas morte. (Une partie du groupe se détache; tous les bannis s'embrassent.)
Une voix - A des temps meilleurs!
Une autre - A des temps meilleurs! (Deux bannis montent sur la plate-forme d'où l'on découvre la ville.)
Le premier - Adieu, Florence, peste de l'Italie! Adieu, mère stérile, qui n'a plus de lait pour tes enfants!
Le second - Adieu, Florence la bâtarde, spectre hideux de l'antique Florence. Adieu, fange sans nom!
Tous les bannis - Adieu, Florence! Maudites soient les mamelles de tes femmes! Maudits soient tes sanglots! Maudites les prières de tes églises, le pain de tes blés, l'air de tes rues! Malédiction sur la dernière goutte de ton sang corrompu!
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AnatemneinAnatemnein   25 juillet 2013
PHILIPPE : Dix citoyens bannis dans ce quartier-ci seulement ! Le vieux Galeazzo et le petit Maffio bannis, sa soeur corrompue, devenue une fille publique en une nuit ! Pauvre petite ! Quand l'éducation des basses classes sera-t-elle assez forte pour empêcher les petites filles de rire lorsque leurs parents pleurent ! La corruption est-elle donc une loi de nature ? Ce qu'on appelle la vertu, est-ce donc l'habit du dimanche qu'on met pour aller à la messe ? Le reste de la semaine, on est à la croisée, et, tout en tricotant, on regarde les jeunes gens passer. Pauvre humanité ! quel nom portes-tu donc ? celui de ta race, ou celui de ton baptême ? Et nous autres, vieux rêveurs, quelle tache originelle avons-nous lavée sur la face humaine depuis quatre ou cinq mille ans que nous jaunissons avec nos livres ? Qu'il t'est facile à toi, dans le silence du cabinet, de tracer d'une main légère une ligne mince et pure comme un cheveu sur ce papier blanc ! qu'il t'est facile de bâtir des palais et des villes avec ce petit compas et un peu d'encre ! Mais l'architecte qui a dans son pupitre des milliers de plans admirables ne peut soulever de terre le premier pavé de son édifice, quand il vient se mettre à l'ouvrage avec son dos voûté et ses idées obstinées. Que le bonheur des hommes ne soit qu'un rêve, cela est pourtant dur ; que le mal soit irrévocable, éternel, impossible à changer... non ! Pourquoi le philosophe qui travaille pour tous regarde-t-il autour de lui ? voilà le tort. Le moindre insecte qui passe devant ses yeux lui cache le soleil. Allons-y donc plus hardiment ! la république, il nous faut ce mot-là. Et quand ce ne serait qu'un mot, c'est quelque chose, puisque les peuples se lèvent quand il traverse l'air... Ah ! bonjour, Léon. (Entre le prieur de Capoue)
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Alfred de MUSSET – Causerie 3/3 : Le Musset des 'Nuits' (Chaîne Nationale, 1959) Dernière émission d’une série de trois causeries sur ‘Musset le poète’, menée par Antoine Adam, agrémentée de lectures réalisées par Jean Topart. Première diffusion, sur la Chaîne Nationale, le 21/04/1959.
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