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François Maspero (Traducteur)
EAN : 9782246469414
246 pages
Éditeur : Grasset (04/05/1994)
3.81/5   13 notes
Résumé :

Abdul Bashur, l'ami le plus cher de Maqroll le Gabier, est prêt à tout sacrifier pour trouver le cargo aux formes pures, le tramp steamer idéal et impossible. Amours dangereuses sur la route de La Mecque, fructueuse contrebande à Marseille, joutes érotiques avec des soeurs jumelles à Southampton, tragédie à Panama, plongée dans les bas-fonds du Pirée, conversation philosophique à Belem do Para : cette... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Herve-Lionel
  28 février 2014

Février 1998
N°196

Abdul Bashur, le rêveur de navires - Alvaro MUTIS - le Livre de poche - Editions GRASSET.

D'ordinaire, quand un nouveau roman d'Alvaro Mutis est publié je m'empresse de le lire comme quelqu'un qui attendrait des nouvelles d'un ami parti depuis longtemps. Chaque ouvrage déroule en effet, en pointillés les aventures de Maqroll El Gaviero. Ici, il n'a pas de rôle principal, et c'est Abdul Bashur, son grand ami presque son frère dont il est essentiellement question... En apparence seulement puisque l'auteur en profite pour affiner le portrait d'El Gaviero en l'opposant à la personnalité de Bashur.
Ce sont en fait deux hommes parfaitement complémentaires dans la diversité mais qui sont unis par une indéfectible amitié.
Le titre du roman résume assez bien le thème développé ici. Bashur qui appartient à une vieille famille d'armateurs levantins poursuit cette idée un peu folle de découvrir un navire aux lignes parfaites. Pour cela il n'hésite pas à parcourir les mers, à braver les dangers, à rencontrer les personnages les plus inquiétants, à risquer sa vie même pour obtenir l'objet de ses désirs.
Bien sûr, un roman de Mutis ne se conçoit pas sans histoires d'amour, plutôt des passades que des passions et comme Maqroll, Bashur sait tourner la page sans pour autant oublier les femmes qui ont malgré tout marqué sa vie et dont ils ont parfois, tous les deux partagé l'intimité.
Pourtant, sans que je m'explique pourquoi, cet ouvrage me paraît moins enlevé, moins palpitant, les aventures de Bashur, bien qu'elles soient assez semblables à celles de son ami qui est aussi son compagnon dans ce livre me semblent cette fois moins passionnantes. Pour moi l'intérêt réel commence, à travers une juxtaposition de récits, à mi chemin du livre ce qui, à mon sens est dommageable pour le lecteur habituel de Mutis.
Mais revenons au prétexte du roman, la quête du cargo imaginaire. C'est un peu un idéal impossible à atteindre mais qui fait courir les hommes passionnés. Abdul l'avoue lui-même en déclarant au bout de son épuisante recherche :"J'ai appris désormais à tirer des rêves jamais réalisés de solides raisons de continuer à vivre et je m'y suis habitué." Il est vrai que ses origines levantines expliquent ce caractère fataliste des peuples de l'Islam.
On pourrait croire que c'est un roman de la vie où celle-ci gagne et s'impose comme une richesse parce que malgré le malheur et les épreuves chaque homme porte en lui la force de continuer à exister et à repousser l'échéance de cette mort qui nous attend tous. Il y a certes de la résignation face au destin chez Bashur mais la poursuite du rêve impossible de découvrir le tramp steamer idéal a occupé une bonne part de sa vie. Et pourtant, malgré les apparences cette histoire est bien une illustration de la condition humaine parce que chaque homme est voué à la disparition dès le jour de sa naissance. Il ne sait ni combien de temps ni dans quelles conditions il restera sur cette terre où il n'est que de passage. Il ne sait pas non plus s'il connaîtra l'accomplissement ou les joies que nous réserve la vie ou si, au contraire il collectionnera les échecs. Peu importe d'ailleurs c'est là l'histoire de chacun. Dans ce roman en effet, peut-être davantage que dans tous les autres l'idée de la mort est présente, celle d'Ilona tout d'abord, un autre personnage mythique de Mutis mais surtout celle de Bashur lui-même. Évoquée au début du roman à travers la personnalité de sa soeur Fatima, elle est présente en filigranes derrière chacun de ses voyages pour rencontrer le bateau idéal.
Ce qui me frappe ce sont les réflexions qui naissent sous la plume de Mutis, un peu comme si pour lui la mort de chaque homme était le reflet de sa vie, son aboutissement :"Quand elle arrive... C'est son origine, ce sont certaines conditions morales voire esthétiques qui doivent lui donner sa figure et qui... font du moins qu'elle s'accorde avec des exigences, des circonstances longuement forgées pendant toute notre vie, tracées par des pouvoirs qui nous dépassent." Bashur est certes un personnage de roman que l'auteur fait vivre et mourir à sa guise mais je retiens qu'il indique combien les circonstances de sa mort étaient prévisibles. La photo de Bashur enfant examinant les débris fumants d'un avion qui vient de s'écraser annonce sa disparition dans les mêmes circonstances, avec un arrière-plan la silhouette du cargo qu'il était sur le point d'acheter et qui correspondait peut-être à l'aboutissement de son rêve! Ce fait peut paraître anodin au regard des aventures rocambolesques que relatent d'ordinaire les romans de Mutis mais c'est bien cette idée que j'ai pu vérifier que notre mort s'annonce à nous dans des circonstances qui peuvent être fugaces et que nous ne parvenons pas toujours à décrypter mais qui reflètent souvent ce qu'a été notre propre vie.
Notes de lecture personnelles - (c)Hervé GAUTIER
Lien : http://hervegautier.e-monsit..
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Walden-88
  26 juin 2016
Le narrateur (Mutis ?) en se rendant à Saint-Malo au festival des Étonnants Voyageurs rate sa correspondance à Rennes et tombe par hasard sur Fatima, la soeur aînée d'Abdul Bashur. La dernière fois qu'ils s'étaient vu remonte à bien des années en arrière, lorsqu'ils ont tiré d'affaire Maqroll alors à Barcelone. Quelques semaines plus tard, elle lui envoie une malle remplie de carnets, de lettres et de souvenirs ayant appartenu à Abdul. Le narrateur s'efforce, avec ses propres souvenirs et ces précieux documents, de reconstituer le passé de l'armateur libanais et ami du Gabier.
Ainsi on retrouve nos deux compères dans bien des aventures : à Marseille dans un trafic de tapis d'orient à destination de Flor Estevez ; sur les conseils des sensuelles jumelles Vacaresco, à l'embouchure du río Mira à la frontière équatorienne afin de récupérer un vieux bateau le Thorn aux mains du Brise-Miroirs ; à bord de l'Hellas où il conduit des pèlerins croates jusqu'à La Mecque et fait la connaissance de l'ardente Jalina ; ou encore lors d'un transport d'armes et d'explosifs en Espagne pour le compte d'anarchistes catalans.
Dans ce roman, Mutis prend le parti de nous raconter l'histoire d'Abul Bashur, le meilleur ami de Maqroll, si souvent évoqué dans ses aventures mais que le lecteur connaît assez peu au final. Cet homme qui prend un malin plaisir à transgresser les lois mais qui accepte la fatalité de son destin. Ce rêveur de navires dont la quête perpétuelle du cargo parfait le mènera à sa perte.
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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
Walden-88Walden-88   26 juin 2016
La zone de mangroves qu'ils traversèrent d'abord produisait une impression de désolation indicible. Le silence, à peine troublé par le clapotis de l'eau contre les troncs d'arbres immergés et par le bourdonnement du moteur, la monotonie de cette végétation naine, aux feuilles métalliques, donnaient à l'atmosphère un goût de mort et de sang. Ils entrèrent dans le lit du fleuve pour le remonter et ce furent alors les grands arbres aux fleurs éclatantes d'un orange phosphorescent, et les bandes de perroquets qui regardaient leurs nids dans un vacarme déchaîné auquel, des profondeurs de la forêt, répondaient d'autres oiseaux. Le paysage s'anima, prit une allure de fête qui effaçait en partie le souvenir des mangroves. La végétation devenait de plus en plus dense et bientôt les branches des deux rives se rejoignirent pour cacher le ciel.
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liberligerliberliger   02 novembre 2012
Il n'a jamais entretenu la moindre illusion sur qui que ce soit, tout en croyant fermement aux liens du cœur qui l'unissaient à ses parents et à ses amis. L'un n'empêchait pas l'autre.
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Apos' Strophes d'été
Bernard PIVOT propose une sélection d'entretiens tirés des séries Apos et Strophes : - Patrick MARNHAM pour "Lourdes" (1ère diffusion le 19 février 1989), - Jacques CELLARD pour "Ah ça ira ça ira!" (1ère diffusion le 15 janvier 1989). - Alvaro MUTIS pour "La neige de l'amiral". - Claude Michel CLUNY pour "poèmes du fond de l'oeil" et "odes profanes". - ARISTIDE pour "la langue...
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