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François Maspero (Traducteur)
EAN : 9782246446019
252 pages
Grasset (14/10/1992)
3.7/5   23 notes
Résumé :
Revoici Maqroll el Gaviero, "le gabier" bourlingueur de tous les océans, cette fois-ci au coeur des Andes. La fièvre de l'or l'attire vers la solitude des mines abandonnées. De la bouche des souterrains, le vent fait sourdre d'étranges gémissements, des paroles qui évoquent pour lui d'autres temps et d'autres terres. Amour et folie rôdent, incarnés par des femmes inoubliables, Antonia, l'étrange, et "la Conseillère", la généreuse. La prose d'Alvaro Mutis guide le le... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
N° 163 - Août 1993


ECOUTE-MOI AMIRBAR - Alavro Mutis - Éditions GRASSET.

Je serai toujours étonné et curieux de la vie de ce personnage de roman qui, pour être fictive n'est est pas moins captivante. Maqroll dit “ El Gaviero”, éternel bourlingueur, grand amateur de femmes et d'alcool, naviguant sur toutes les mers du globe a cette intarissable habitude de s'entremettre dans les combinaisons commerciales les plus douteuses où il perd régulièrement le peu d'argent qu'il a. Elles le laissent à chaque fois plus désabusé, malade et ruiné mais riche d'aventures que son créateur et témoin privilégié relate pour le lecteur. C'est à chaque fois un moment exceptionnel qui justifie, s'il en était besoin, la lecture d'un roman d'Alvaro Mutis.

Pourtant Maqroll n'est pas une frappe, bien au contraire. C'est quelqu'un qui, malgré sa grande naïveté laisse dans la mémoire de ceux qui l'ont « rencontré » l'image du « parfait honnête homme », passionné par les guerres de Vendée et par celle de Succession d'Espagne, citant par coeur Chateaubriand, tenant, avec raison Louis Ferdinand Céline pour le meilleur écrivain français, dévorant avec passion les romans de Simenon, parcourant le monde avec son éternel sac marin plein de livres précieux qu'il relit jusqu'à satiété. Ne sont-ils pas souvent des cadeaux de femmes?

Mutis rappelle la façon dont il a « fait connaissance » de son héros... Il était chef-mécanicien sur un pétrolier. Ils parlèrent longuement du droit que pouvait faire valoir Louis XIV pour son petit-fils au trône d'Espagne... C'est que cet homme porte en lui un pouvoir de susciter la curiosité et sa rencontre même, toujours relatée dans des circonstances insolites, a le don d'entamer le sérieux le plus établi mais aussi de faire naître les amours les plus passionnés, les amitiés les plus solides. Il tisse autour de lui une sorte de halo d'immortalité... Mais n'est-ce pas normal pour un personnage tel que lui?

Bref, ce qui lui va le mieux ce sont les grands espaces, la mer, la liberté même si celle-ci parfois flirte avec la mort. En bon marin qu'il est, il ne reste jamais à la même place et la fièvre des départs n'est jamais longue à faire sentir ses effets. Ici, pourtant ce ne sera pas l'appel de la mer mais celui de la Cordillère qui va le motiver, avec en plus la folie que procure la recherche de l'or. de « La Bourdonnante » qui ne lui rapportera rien à « Amirbar » ainsi baptisée par lui à cause du chuchotement que fait le vent à travers les galeries, la mine va exercer une fascination au moins égale à l'envoûtement que la mer lui procure. Paradoxe pour cet homme habitué au soleil, aux tempêtes et à la houle... Il va devenir chercheur d'or! Symbole sans doute puisque la mort s'attache aux pas de Maqroll et qu'autour de chacune de ces deux mines prospectées elle marque de son sceau ces contrées. « Il n'y a pas d'or sans défunts ni de femmes sans secrets » dit un proverbe local...

Les femmes aussi sont présentes à ses côtés comme autant de remèdes à son mal de vivre. « La Conseillère » étonnamment généreuse rejoint dans sa mémoire toutes celles qui lui « ont donné l'unique raison certaine de continuer à vivre », Antonéa l'étrange qui va sombrer dans la folie pour n'avoir peut-être pas su le retenir... Elles sont, au même titre que les autres ses compagnes. Mais le destin de Maqroll veille et il ne peut rester à la même place, sur la terre ferme ou avec une femme. Si la chance s'attarde un moment sur lui, elle ne tarde pas à transformer tout ce qu'il fait en échec. Il ne vieillira jamais dans une retraite paisible... Pourtant le portrait que nous brosse ici Mutis de son héros est celui d'un homme fatigué, malade qui attend davantage la mort qu'une autre destination.

En appendice, l'auteur révèle au lecteur la passion d'El Gaviero pour des livres aussi incroyables qu'inattendus pour un homme en perpétuel mouvement. « Le portrait de mon ami que je me propose de léguer à une postérité, hélas, bien aléatoire puisqu'elle est fonction de l'audience que peuvent recueillir mes livres consacrés à ses entreprises et tribulations » : Telle est la conclusion provisoire de ce roman qui s'inscrit dans une oeuvre d'une grande unité.

Qu'alvaro Mutis se rassure, les aventures d'El Gaviero seront toujours pour moi l'occasion d'une lecture passionnée... Et je ne suis pas le seul.
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A Los Angeles, le narrateur, retrouve son vieil ami Maqroll cloué au lit, rongé par les fièvres contractées dans les tropiques, dans un motel sordide de LaBrea Boulevard. Une fois remis sur pied et sorti de l'hôpital, le narrateur conduit le Gabier chez son frère, Leopoldo, qui habite une belle maison dans la San Fernando Valley. Au cours des semaines qui suivent sa convalescence, Maqroll leur raconte la fois où il fut saisi de la fièvre de l'or.

Cette histoire commence au Pérou, dans le petit village de San Miguel au coeur de la Cordillère. Au café du village, le Gabier passe le temps entre lectures d'ouvrages historiques et discussions avec les camionneurs de passage, il se lie surtout d'amitié avec une serveuse Dora Estela dite "la Conseillère". Cette dernière lui présente son frère, Eulogio, qui se propose de le guider à travers les mines d'or maudites de la région. Très vite les deux hommes prospectent dans la montagne, tout d'abord "La Bourdonnante" jadis exploitée par les européens, mais celle-ci ne donne rien et c'est dans la mine que Maqroll nomme "Amirbar" (ainsi baptisée à cause du chuchotement que fait le vent à travers les galeries) que les deux hommes trouvent le filon d'or. Mais la fascination que l'or exerce sur les hommes est souvent dangereuse et les poussent à la plus grande folie. Et comme souvent le destin se charge de rattraper le Gabier...

Ce qui est intéressant dans ce roman, c'est la cadre dans lequel Mutis place son héros : la terre ferme. On est bien loin de la zone de confort de Maqroll, lui homme de mer, qui se retrouve dans les entrailles de la terre avec ses silences et ses doutes. Un des meilleurs romans d'Alvaro Mutis, sans doute mon préféré avec Un bel morir.
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Le narrateur retrouve son vieil ami Maqroll le Gabier, qu'il a pris l'habitude de croiser dans les endroits les plus inattendus du monde au gré de leurs changements d'emplois successifs, dans un motel sordide de Los Angeles, où il peine à se remettre d'un épisode de malaria. Situation inconfortable et inhabituelle pour cet aventurier qui, sous peine d'asphyxie et de frustration, doit rester à terre le moins longtemps et le moins souvent possible. Maqroll a de fait sillonné toutes les mers navigables, et fait partie de ces perdants magnifiques dont la superbe s'accommode aussi bien des tempêtes océanes que du sordide des bouges de ports et qui, s'ils ne connaîtront jamais la gloire et la fortune, dégagent un puissant magnétisme et comme une aura d'immortalité. Malgré la sombre vision de l'homme qui le hante, son appétit féroce pour la vie et son insatiable curiosité le mènent en quête de perpétuels défis dont la mer n'a jamais été avare, qui lui permettent de continuer à vivre sans chercher de faux-semblants.
Invité à passer sa convalescence chez le frère du narrateur, il a l'occasion d'y suspendre à ses lèvres ses hôtes et son ami, en leur racontant l'une des aventures les plus étranges qu'il ait vécu. Il y a, de son propre aveu, "laissé des lambeaux de son âme". Déroulant le fil enchevêtré de ses souvenirs, il évoque ainsi son singulier séjour en Amirbar, "contrée torturée de sa mémoire".

Il séjournait alors dans un petit village du Pérou, occupant son temps entre la lecture d'ouvrages historiques (cet autodidacte est notamment fasciné par les guerres de Vendée) et des conversations avec les routiers de passage fréquentant le bistro où servait Dora Estela, femme indépendante au caractère bien trempé. de fil en aiguille, cette dernière le mit en relation avec son frère Eulogio, qui devint son guide dans la découverte, au coeur de la Cordillère des Andes, de mines d'or abandonnées pour avoir été le théâtre de sinistres événements. Peu intéressé par l'éventuel gain à récolter, Maqroll vit là l'occasion d'explorer un monde qui lui était étranger. Et il y vécut, au-delà de ses attentes, une expérience insolite et intense, approchant cette fièvre de l'or qui, prenant racine dans les sources ancestrales de l'être, envoûte et suscite le délire.

Une bien belle découverte que ce titre exaltant, baigné de mystère, qui nous imprègne d'un sentiment de danger latent mais omniprésent, marque de ce territoire travaillé par des hommes qui s'en revendiquent partie intégrante, mais ont à subir le pouvoir et la violence de ceux qui ignorent et méprisent l'amour de la terre. Malgré leur singularité et leur charisme, les personnages qui peuplent l'intrigue sont comme ramenés à leur condition pitoyablement mortelle par leur inclusion dans quelque vaste et obscur dessein qui à la fois les contient et les malmène. Et le lyrisme ainsi que les envolées philosophiques qui ponctuent le récit, parfois même incantatoire, de Maqroll, s'accordent à merveille à la dimension à la fois tragique et piquante de son aventure.
Lien : https://bookin-ingannmic.blo..
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Citations et extraits (3) Ajouter une citation
Je l'ai interrompu pour lui demander si chaque mine, dans cette région, avait obligatoirement une histoire sinistre. A ma grande surprise, il m'a répondu avec le plus grand naturel :
" Oui patron, chaque mine a ses défunts. C'est comme ça. Un Indien qui vivait ici et qui était un peu sorcier disait qu'il n'y a pas d'or sans défunt ni de femme sans secret."
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Les mines d'or... Impossible de parler de ces choses-là à la légère. C'est comme un lent poison qui vous envahit et dont vous ne prenez conscience que lorsqu'il est trop tard. Comme un opium furtif, ou comme ces femmes auxquelles on ne prend d'abord pas garde et qui transforment une vie en enfer sans issue.
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J'ai étreint le corps de Dora Estrela avec la jouissance désespérée des vaincus qui savent que l'unique victoire est celle des sens dans l'éphémère mais bien réel combat du plaisir.
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