AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio

Yvonne Davet (Traducteur)Mirèse Akar (Traducteur)
EAN : 9782070384037
416 pages
Éditeur : Gallimard (26/09/1991)
4.13/5   89 notes
Résumé :
Voici l'autobiographie de Vladimir Nabokov, dans l'édition révisée et augmentée parue aux États-Unis sous le titre Speak, Memory, an Autobiography revisited et comprenant la préface inédite de sa traduction russe. De toutes ses œuvres écrites en anglais, l'auteur n'a choisi de retraduire lui-même en russe que celles qui lui tenaient particulièrement à cœur : Lolita et Autres rivages. Livre nostalgique sur une Russie disparue, Autres rivages restitue avec une magie é... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (13) Voir plus Ajouter une critique
4,13

sur 89 notes
5
6 avis
4
4 avis
3
2 avis
2
0 avis
1
0 avis

Nemorino
  18 septembre 2020
J'ai lu ce livre en russe (ma langue maternelle) quand j'avais dix-huit ans. Récemment je l'ai relu en français et voilà pourquoi. Depuis que je vis en France plusieurs fois j'ai essayé de faire découvrir à mes proches ou connaissances la littérature russe que ce soit Essenine ou Nabokov, mais ils ne se laissent pas séduire me disant « je ne suis pas littéraire » ou « c'est trop triste, la littérature russe », ou même « il ne se passe rien ! », « j'ai lu mais je n'ai rien retenu ! » du coup, je lis moi-même mes cadeaux recalés ! Heureusement, avec la même joie !
Je me rappelle que Nabokov, c'était ma première lecture déstabilisante ! J'ai commencé par hasard par le roman « La défense Loujine » que j'ai abandonné puis c'était le roman « Invitation au supplice » qui m'a même fait pleurer de malaise quoique je l'ai terminé ! Quand on ne connaît que le régime totalitaire où tout semble simple et carré (comme moi, à l'âge où je découvrais Nabokov, entre mes quinze et vingt ans), un récit se développant sur plusieurs couches de sens dans le labyrinthe d'une forteresse dérange forcément et détourne des convictions formées par la pensée unique. Ou tout simplement le fait d'être une adepte pieuse des classiques m'empêchait d'apprécier autre chose. Nabokov, c'était vraiment un écrivain « en biais » pour moi ! Je me permets ce calembour car « NABOK » signifie en biais, sur le côté, de travers !!!
Nabokov a été autorisé en Union Soviétique après Perestroïka. Mais il faisait partie des livres déficitaires (comme Merejkovski, Akhmatova, Boulgakov, tous les beaux livres) que seulement les privilégiés pouvaient acheter, il fallait faire partie des notables, faire partie du Parti, travailler dans une librairie, soudoyer un libraire ! Ou alors ou alors… comme mon père, il fallait apporter des tonnes de papier à recycler, préparer des paquets bien ficelés, faire la queue dans la nuit, dans le froid, sous la pluie, pour les déposer et répondre « Présent ! » Car c'était un club d'amateurs de lecture. Je sais que cela a l'air invraisemblable aujourd'hui mais ces pratiques ont eu lieu !
Après ces premières expériences de Nabokov, mon guide spirituel de l'époque (toujours le même qui surgit de mes autres critiques babelio, un professeur de musicologie, très littéraire) m'a conseillé les romans « le Don » et « Machenka » et cela étaient des lectures jubilatoires ! Ensuite j'ai lu « Autres rivages » où Nabokov s'est cristallisé pour moi en maître des feux follets, des mots-lueurs, lui-même un feu follet !
Il s'agit donc d'une autobiographie de Vladimir Nabokov (1899-1977, romancier, nouvelliste, poète, mais aussi traducteur et critique littéraire qui enseignait la littérature européenne dans plusieurs universités avant de connaître un succès international avec « Lolita »).
Le livre est inspiré par son épouse Véra. Les douze premiers chapitres sont consacrés à son enfance dans une famille cultivée et libérale de l'aristocratie de Saint-Pétersbourg avant la Révolution bolchevique. Les trois derniers chapitres retracent son exil de Russe blanc à Paris, Cambridge et Berlin jusqu'à son émigration aux États-Unis en 1940.
Toutes ses oeuvres publiées dans sa langue maternelle évoquent à travers le prisme de l'imagination le déracinement forcé de Nabokov, la mélancolie du quotidien de la communauté russe émigrée en Allemagne, les paysages d'une enfance heureuse, à jamais perdue. Dans le méta-roman le Don, (roman qui traite de l'écriture d'un autre roman), Fiodor Godounov-Tcherdyntsev, le héros principal, présente des caractéristiques biographiques de l'auteur tout comme Lev Glebovitch Ganine, personnage principal du roman « Machenka » ! Ils incarnent le même caractère dont je tombe folle amoureuse (amoureuse jusqu'aux oreilles, en russe !).
L'écrivain parle avec admiration de son père, pour lui, c'est un héros ! Son père était professeur de droit, criminologue et homme politique libéral connu, membre fondateur du Parti constitutionnel démocratique, élu à la première Douma d'État de l'Empire russe. C'était un opposant à l'autocratie, il était même arrêté quelques semaines. Après la révolution de février 1917, il était ministre sans portefeuille du gouvernement Kerensky. Appartenant à la noblesse russe il put offrir à Vladimir une enfance princière, dans des demeures princières et une instruction princière parfaitement trilingue (russe, anglais, français) ! Il offrit aussi à sa famille de nombreux séjours dans différents pays européens : Wiesbaden, Biarritz, Bad Kissingen etc. (Vladimir Nabokov décrit avec détails des lumières nocturnes qu'il apercevait par la fenêtre des trains de luxe, et je ne sais pas pourquoi mais le raffinement de ces passages du livre m'a beaucoup marquée !) Son père pratiquait le vélo dans ses propriétés, adorait jouer au tennis, s'adonnait à la chasse aux papillons, une passion qu'il transmit à Vladimir. Il possédait une collection fascinante de lépidoptères… Pour moi, c'était une lecture si palpitante que, depuis ma première lecture, j'en garde une parcelle au quotidien, une parcelle que rien ne supplante ! le père de l'écrivain mourut en 1922 assassiné par un extrême droite russe au cours d'un meeting politique à Berlin. Voilà pourquoi le thème de la mort du père, dans l'oeuvre de Nabokov, renvoyant à une souffrance vécue, est un thème si sensible.
La mère de l'écrivain qui se passionnait pour la cueillette des champignons et qui avait un goût vif pour les teckels, est décrite d'une façon très touchante. Elle n'avait que l'amour comme remède, comme foi, comme savoir ! Je suis émerveillée de la pureté des souvenirs de Nabokov lorsque je lis cela : « Aimer de toute son âme et, quant au reste, s'en remettre au destin, telle était la règle simple à laquelle elle obéissait. " Vot zapomni (N'oublie pas cela)", disait-elle, sur un ton de conspiratrice en attirant mon attention sur tel ou tel objet de son amour, à Vyra -- une alouette montant dans le ciel lait-caillé d'un jour couvert de printemps, des éclairs de chaleur prenant des instantanés d'une ligne d'arbres au loin dans la nuit, la palette de feuilles d'érable sur le sable brun, les empreintes cunéiformes des pas d'un petit oiseau sur la neige nouvelle. Comme si elle sentait que dans peu d'années, toute la part tangible de son univers périrait, elle cultivait un état d'attention extraordinaire... »
Il y a encore une pensée de ce livre qui m'a particulièrement marquée : « Je m'adresse aux parents : Ne dites jamais : « Allons, dépêche-toi », à un enfant. » Une phrase difficilement applicable (car il faut se socialiser !) mais j'y pense tout le temps ! Si on veut en faire un Nabokov, un Picasso ?!
Quoi dire d'autre ? Lisez vous-mêmes !

+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          12332
giati
  15 mai 2016
Les après-midi où le ciel était couvert, toute seule dans la bruine, ma mère, portant un panier (que quelqu'un avait taché de bleu violacé à l'intérieur avec des myrtilles), partait faire un grand tour à la recherche de champignons. Vers l'heure du dîner, on la voyait déboucher des profondeurs brumeuses d'une allée du parc, petite silhouette enveloppée d'un manteau et encapuchonnée de laine brun verdâtre, toute constellée d'innombrables gouttelettes de bruine qui lui faisaient un nimbe de buée. Au moment où, sortant de dessous les arbres qui pleuraient, elle s'approchait et m'apercevait, son visage offrait une expression étrange, triste ; à croire qu'elle avait eu bien peu de chance ; mais je savais que c'était la béatitude tendue, jalousement contenue, du collectionneur heureux.
Commenter  J’apprécie          140
chartel
  10 juin 2013
Entrer dans l'oeuvre de Vladimir Nabokov par son autobiographie, c'est un peu comme boire un grand cru sans décantation. On apprécie le style et la richesse de la composition, mais de nombreuses saveurs restent indiscernables. Mais ce manque ne fut en aucune façon source de déception. Au contraire, il a attisé l'impérieuse envie de le combler, car cette autobiographie permet de découvrir un auteur éclairé, conscient de ses qualités mais aussi de ses faiblesses. Enfin, V. Nabokov, fils aîné d'une riche famille de l'aristocratie terrienne de Saint-Pétersbourg, devenu paria de l'intelligentsia européenne après son exil pour échapper à la violence du bolchevisme, fut un formidable témoin de la terrible histoire de la première moitié du XXe siècle. Sa recherche indéfectible de liberté, lorsqu'il tentait, enfant, d'échapper à la vigilance de ses gouvernantes le long des chemins forestiers et des allées des grands parcs du domaine familial, ne pouvait qu'accroître, ultérieurement, son désespoir face à la montée des totalitarismes.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          120
Vermeer
  26 octobre 2019
Souvenirs de l'auteur né en 1899 dans une très riche et influente famille russe mais néanmoins libérale sous le régime tsariste.
Evocation des nombreux domestiques, précepteurs, gouvernantes (des longueurs), description d'un monde englouti par le régime soviétique.
Exil à Berlin, en Angleterre, aux Etats-Unis et évocation de l'émigration russe. Nabokov évoque ses souvenirs sous forme littéraire dans une écriture poétique. Sa nostalgie fait appel aux sens, est liée aux souvenirs d'un monde perdu et non à sa fortune engloutie contrairement à certains Russes blancs qu'il méprise.
Cheminement personnel, intérieur et découverte de la littérature.
Commenter  J’apprécie          80
Claire45
  19 juillet 2014
Lecture intéressante pour plusieurs raisons. Elle permet de connaître l'enfance russe, dans un milieu aisé, de Nabokov, ses passions ( les papillons, les échecs) et surtout les sensations, sentiments qui ont participé à la naissance de sa création littéraire. Des pages inoubliables sur ses précepteurs et gouvernantes!
Elle recadre l'histoire de cette intelligentsia russe, à travers le père, démocrate, membre du gouvernement après la révolution de 1917, puis exilé et assassiné.
Elle montre la démarche de l'écrivain sur la construction de ses mémoires : il procède par thèmes qui se répètent et donnent sens à sa vie, à son oeuvre.
Je n'avais lu que le fameux "Lolita" , son écriture me donne envie de découvrir d'autres romans.
Commenter  J’apprécie          40

Citations et extraits (29) Voir plus Ajouter une citation
NemorinoNemorino   11 juin 2014
Depuis l'âge de sept ans, toutes mes sensations par rapport avec un rectangle de lumière de soleil encadré par la fenêtre, ont été commandées par une passion unique. Si mon premier regard du matin était pour le soleil, ma première pensée était pour les papillons qu'il engendrait. Il y avait eu, à l'origine de cela, un incident assez banal. Sur le chèvrefeuille surplombant le dossier sculpté d'un banc, juste en face de l'entrée principale, l'ange qui me guidait ( et dont les ailes évoquaient celles du Gabriel de Fra Angelico, moins les franges de style florentin) m'indiqua un visiteur d'une espèce rare, une splendide créature jaune pâle avec des taches noires et des crénelures bleues, et un ocelle vermillon sur chaque queue noire bordée de jaune de chrome.Tout en sondant la fleur inclinée à laquelle il était suspendu, il ne cessait d'agiter, par saccades nerveuses, ses grandes ailes, et mon désir de le posséder devint irrésistible.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          190
NemorinoNemorino   10 juin 2014
Quand je me reporte en arrière, à ces années d'exil, je me vois, moi, et des milliers d'autres Russes, menant une existence bizarre, mais nullement désagréable, dans l'indigence matérielle et le luxe intellectuel, parmi des étrangers parfaitement insignifiants, Allemands et Français fantomatiques, dans les villes plus ou moins illusoires desquels nous, émigrés, venions à demeurer. Ces aborigènes étaient pour l'oeil de l'esprit aussi plats et transparents que des silhouettes découpées dans de la cellophane, et bien que nous nous servions de leurs accessoires, applaudissions leurs clowns, cueillions les prunes et les pommes sur les bords de leurs routes, aucune communication réelle, riche d'humanité de cette sorte si répandue dans notre propre milieu, n'existait entre nous et eux.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          190
NemorinoNemorino   11 juin 2014
Aimer de toute son âme et, quant au reste, s'en remettre au destin, telle était la règle simple à laquelle elle obéissait. " Vot zapomni (N'oublie pas cela)", disait-elle, sur un ton de conspiratrice en attirant mon attention sur tel ou tel objet de son amour, à Vyra -- une alouette montant dans le ciel lait-caillé d'un jour couvert de printemps, des éclairs de chaleur prenant des instantanés d'une ligne d'arbres au loin dans la nuit, la palette de feuilles d'érable sur le sable brun, les empreintes cunéiformes des pas d'un petit oiseau sur la neige nouvelle. Comme si elle sentait que dans peu d'années, toute la part tangible de son univers périrait, elle cultivait un état d'attention extraordinaire...
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          190
NemorinoNemorino   12 juin 2014
La spirale est un cercle spiritualisé. Dans la forme hélicoïdale, le cercle, délové, déroulé, a cessé d'être vicieux; il a été rendu libre.
Plus loin :
Une spirale colorée dans une petite boule de verre, voilà comment je me représente ma propre vie.
Commenter  J’apprécie          280
sweetiesweetie   27 février 2014
Aussi, je remettais encore du charbon et j'aidais les flammes à se ranimer en étalant une page du Times londonien sur les noires mâchoires fumantes de l'âtre,masquant ainsi complètement l'ouverture de sa niche. Un vrombissement commençait à se faire entendre derrière le papier roidi, qui devenait lisse comme une peau de tambour et beau comme un parchemin translucide. L'instant d'après, au moment où le vrombissement devenait rugissement, une tache couleur orange apparaissait au milieu de la feuille, et le passage imprimé à cet endroit, quel qu'il fût, ressortait avec un éclat de mauvais augure - jusqu'au moment où, soudain, la tache orange crevait. Alors, la feuille en flammes, avec le bruissement d'un phénix délivré, s'envolait dans la cheminée pour rejoindre les étoiles. Ça vous coûtait 12 shillings d'amende si cet oiseau de feu était aperçu.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          40

Videos de Vladimir Nabokov (26) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Vladimir Nabokov
Merci à Margot Lecarpentier d'avoir jouer le jeu. Retrouvez-la au bar "Combat" - 63 rue de Belleville - Paris 19 - "Lolita", Vladimir Nabokov, Folio https://www.librest.com/livres/lolita-vladimir-nabokov_0-47172_9782070412082.html?ctx=21f5ce3e2687f3f50330e45122c3faa3
autres livres classés : autobiographieVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

Lolita

Qui est l'auteur de ce roman ?

Boris Pasternak
Vladimir Nabokov
Nicolas Gogol

10 questions
345 lecteurs ont répondu
Thème : Lolita de Vladimir NabokovCréer un quiz sur ce livre

.. ..