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René Cannac (Traducteur)Génia Cannac (Traducteur)Bernard Kreise (Traducteur)Christine Raguet-Bouvart (Traducteur)
ISBN : 2070383180
Éditeur : Gallimard (24/01/1991)

Note moyenne : 3.86/5 (sur 132 notes)
Résumé :
De tous mes livres russes, La défense Loujine est celui qui contient et dégage la plus grande "chaleur" - ce qui peut paraître curieux, sachant à quel suprême degré d'abstraction les échecs sont supposés se situer. En fait, Loujine a paru sympathique même aux gens qui ne comprennent rien aux échecs et/ou détestent tous mes autres livres. Il est fruste, sale, laid - mais comme ma jeune fille de bonne famille (charmante demoiselle elle-même) le remarque si vite, il y ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
Zebra
  05 novembre 2013
« La Défense Loujine » (en russe, Защита Лужина) est un roman de l'écrivain russe Vladimir Nabokov. Dédié à Véra, sa femme, écrit pendant l'année 1929 sous le nom de plume de V. Sirine, cet ouvrage est présenté par Nabokov comme « l'histoire d'un joueur d'échecs écrasé par son propre génie ».
L'histoire ? Loujine, jeune enfant russe scolarisé en Allemagne, pays où sa famille a fui après la Révolution russe de 1917, découvre fortuitement les règles du jeu d'échecs. Il s'avère très doué pour ce jeu. Devenu adulte, Loujine remporte de nombreux tournois d'échecs. Il en fait son métier. Puis Loujine se laisse envahir par ce qui devient une passion et une obsession pathologique pour ce jeu : il n'existe plus qu'au travers des pièces qu'il déplace sur l'échiquier, transposant les événements quotidiens en termes échiquéens. Lors d'un séjour dans une station thermale, où il dispute un tournoi, Loujine rencontre Natalia Katkov. Il la demande en mariage. Fascinée par Loujine, elle hésite, puis accepte cette demande. Sa famille est réticente : pour elle, Loujine est un excentrique. Plus tard, Loujine doit affronter l'italien Turati, un maître d'échecs, et le tournoi est organisé par Léo Valentinov, précepteur et manager de Loujine. Celui-ci se prépare du mieux qu'il peut, tentant de créer une défense imparable (la défense Loujine, d'où le titre du livre), mais, le jour J, Turati fait une ouverture de jeu tout à fait inattendue, déstabilisant Loujine au point qu'il doit quitter la partie, incrédule, les yeux hagards. Complètement désorienté, nauséeux, « la tête couleur de cire », halluciné et (page 154) « aspiré par le jeu », Loujine est pris en mains par son épouse : dorénavant, il ne jouera plus aux échecs. Ainsi, la vie de Loujine s'écoule, monotone et sans but. Certes, il lit des livres auxquels son épouse l'abonne, percevant (page 185) « une ombre des sons qu'il entendait jadis », … jusqu'au jour où un événement fait remonter Loujine à la surface, le précipitant alors vers une fin délirante !
« La Défense Loujine » décrit bien le mécanisme de l'addiction au jeu. Inadapté, asocial -pour ne pas dire autiste-, « phénomène étrange, un peu monstrueux mais séduisant », désemparé devant une vie qu'il ne contrôle plus (puisque, jouant en aveugle, il ne trouve pas la parade aux coups que lui adresse un adversaire invisible), déshumanisé (on ne découvre le prénom de Loujine qu'à la fin du roman), quasi-dément, Loujine fait de sa propre vie une partie d'échecs interminable, se défendant contre ce monde extérieur qui en veut à son bonheur et qui le veut échec et mat ! Un style brillant, des personnages bien tranchés (voyez le portrait que Loujine fait de sa gouvernante française ou de sa tante -laquelle lui apprend les règles du jeu d'échecs- ou des trois gars complètement saouls qui fêtent leur cinquième année de sortie d'école ou du tailleur qui lui confectionne un costume), des détails pittoresques (la campagne russe avec ses bouleaux, la maison familiale avec son vieux grenier, la tyrannie exercée par certains écoliers à l'encontre de Loujine, la montée du progrès technique), de subtiles analyses psychologiques (Loujine, tantôt euphorique, tantôt morbide), un brin d'ironie (quand Nabokov dépeint - lui qui est issu d'une famille aristocratique russe- « la bruyante et inutile cohue des réceptions mondaines » données par les immigrés russes à Berlin), un suspense qui vous tient en haleine jusqu'à la dernière page : l'ouvrage ne manque pas d'intérêt. Roman autobiographique ? Les similitudes abondent entre Nabokov et Loujine : goût des chiffres, solide éducation classique, enfance heureuse et féconde, capacité à s'exprimer en trois langues (russe, anglais et français), passion pour les parties d'échecs (page 87 – « les échecs sont le but de sa vie » ; page 102 – « il ressent des forces invisibles et merveilleuses, dans leur pureté originelle ») …
Ce roman fut l'occasion pour Nabokov de prendre « un grand plaisir pour introduire un schéma fatal dans la vie de Loujine ». Un plaisir ? Probablement, car, aux échecs, vous combattez aux côtés de votre propre mère (la Reine), que vous défendez et qui vous materne, et vous avez le droit de mettre à mort votre adversaire, qui n'est autre que votre propre père (le Roi adverse), et ça n'est pas banal car dans la vie de tous les jours, ce geste est criminel. Nabokov avait, comme Loujine, un père dont il s'émancipa difficilement, un père qui était « à l'affut d'un miracle, la défaite de son fils ». En écrivant « La Défense Loujine », Nabokov règle ses comptes avec son passé (au chapitre 5, le père de Loujine attrape froid et meurt) : « il faut à mon avis écrire pour plaire à un seul lecteur : soi-même ». C'est gagné, et c'est pour notre plaisir !
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takecare
  18 juillet 2016
Ce roman raconte la vie de Loujine, jeune adolescent Pétersbourgeois du début du XX° siècle. Peu sociable, il se découvre une passion pour les échecs. Au fil des années, son talent croît avec sa propension à s'éloigner du monde qui l'entoure. Il néglige son apparence physique, ses proches l'indiffèrent, il se replie sur lui-même. Malgré ce comportement frustre, une jeune femme s'éprend de lui, persuadée qu'il y a de l'humanité en lui. Loujine et elle se marient, au grand dam de sa belle-famille. Cette union permettra-t-elle à Loujine de reprendre contact avec le monde réel?
J'ai aimé ce roman dont le thème central n'est finalement pas le jeu d'échec, même s'il est omniprésent. C'est plutôt un roman sur la difficulté à se conformer à la vie en société lorsqu'on a un comportement atypique, et comment cette même société tente par divers moyens de vous retenir au sein d'elle-même.
A travers ce roman, Vladimir Nabokov en profite également pour moquer la vanité de la grande société Pétersbourgeoise. Moquerie visible dans l'ennui profond que connait Loujine dans les soirées mondaines et par quelques piques distillées çà et là (par exemple cette phrase d'un inconnu croisé au hasard : « le monde est ouvert aux quatre côtés et vous continuez à danser le charleston sur un bout de parquet »).
Un bon roman assez court, parfait entre deux lectures plus denses.
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JPB
  08 juin 2011
Le livre n'est pas trés facile à lire, mais il a au moins un qualité, c'est de réussir à peindre le fameux Loujine comme un personnage complètement engoncé dans sa passion des échecs, au point de confondre sa propre vie avec une partie sans fin. Les descriptions des pensées de Loujine sont grandioses, sa démence est racontée avec une précision infinie, noire parfois, diabolique même. Nabokov est un écrivain indéniablement, mais difficile à parcourir.
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Charybde7
  02 octobre 2016
La passion des échecs, dévoratrice du monde.
Je me souviens d'un hiver normand il y a près de trente-cinq ans, et de ce livre de Vladimir Nabokov découvert par hasard dans la bibliothèque familiale, mon premier Nabokov.
Je me souviens que Vladimir Nabokov écrivit et publiât ce roman sous un nom de plume entre les deux-guerres (en 1930) en langue russe, et qu'il fallut ensuite attendre aussi près de trente-cinq ans pour que ce roman soit enfin traduit en français.
La suite sur mon blog, dans la rubrique "Je me souviens", ici :
Lien : https://charybde2.wordpress...
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Kajaku
  24 octobre 2016
Ici le sujet c'est le jeu d'échecs et son complément si je puis dire le joueur d'échecs.
Nous assistons dans ce récit à la lente dégradation de l'intellect d'un joueur.
Loujine ne vit que pour le jeu et ses combinaisons. Tout apport extérieur le distrait, le perturbe…Mais loin de l'agacer, ces interruptions ne font que l'enfoncer un peu plus dans son mutisme qui tend même vers une forme d'autisme.
La folie n'est pas loin. Elle s'installe d'autant plus facilement qu'on l'empêche de jouer, de voir des échiquiers, d'en parler…
Et inévitablement, nous assistons à une lente asphyxie que je qualifierai de spirituelle et caractérielle.
Le parcours mental de Loujine admirablement restitué par Nabokov nous permet de mieux comprendre la manière dont un être humain peut parvenir à l'aliénation et en désespoir de cause ne voir qu'un échappatoire possible dans le suicide.
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Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
ZebraZebra   02 novembre 2013
page 139 [...] Les nuits de Loujine étaient comme cahotantes. Bien qu'il fût gagné par le sommeil, il ne pouvait s'empêcher de penser aux échecs, et le sommeil n'avait pas accès à son cerveau, dont il cherchait en vain les entrées : à chacune d'elles se tenait en faction une figurine d'échecs, et Loujine en éprouvait une sensation extrêmement désagréable - le sommeil était là, tout près, mais il demeurait de l'autre côté de son cerveau. Il y avait en lui deux hommes, dont l'un dormait, épuisé et comme dispersé à travers la pièce, tandis que l'autre, transformé en échiquier, continuait de veiller, incapable de se fondre avec son bienheureux double. Mais ce qui était pire encore, c'est qu'après chaque séance de tournoi, il lui était de plus en plus difficile de se dégager du monde des échecs, si bien que, même en plein jour, il ressentait un pénible dédoublement. Après une partie de trois heures la tête lui faisait étrangement mal, elle n'était douloureuse que par endroits, des carrés noirs de douleur, et il n'arrivait pas plus à retrouver la porte de sortie, dissimulée par une tache noire, qu'à se rappeler l'adresse de la maison amie. [...]
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michelekastnermichelekastner   10 juin 2015
Avec une vague admiration et une vague terreur, il examinait la façon effrayante, souple et raffinée, dont s'étaient enchaînées, depuis quelque temps, un coup suivant l'autre, les images de son enfance (la maison de campagne, et la ville, et l'école, et sa tante de Pétersbourg), mais il ne comprenait pas encore ce que cette répétition avait de terrifiant pour son âme. Il ne ressentait que nettement qu'un certain dépit d'avoir été si lent à saisir l'astucieuse coordination des coups ; et maintenant, évoquant tel ou tel détail (ils étaient nombreux et, parfois, si ingénieusement introduits que la répétition en était presque cachée), Loujine s'en voulait de n'avoir rien remarqué à temps, d'avoir laissé l'initiative à l'adversaire, permettant ainsi, dans son aveuglement candide, à la combinaison de se développer. Il décida d'être plus circonspect à l'avenir, de suivre attentivement la suite des coups, s'il devait s'en produite d'autres, et aussi, cela allait de soi, d'entourer sa découverte d'un secret impénétrable et de se montrer gai, extrêmement gai. Mais, à dater de ce jour, il n'eut plus de repos : sans doute aurait-il dû inventer une défense contre cette combinaison perfide, pour s'en délivrer ; mais il n'était pas encore possible d'en deviner le but ni la direction fatale. Et, saisi de peur, à l'idée que les répétitions allaient probablement se poursuivre, - Loujine eut envie d'arrêter l'horloge de la vie, d'interrompre d'une manière générale le jeu, de rester immobile, et en plus, il constatait qu'il continuait d'exister et que quelque chose se préparait, rampait, se développait, et qu'il n'avait pas le pouvoir d'arrêter ce mouvement.
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SachenkaSachenka   17 mai 2015
Un garçonnet de dix ans connait bien, connait jusque dans le détail chacun de ses genoux - l'ampoule grattée jusqu'au sang, les raies blanches laissées par les ongles sur la peau hâlée et toutes ces égratignures qui sont comme les signatures des grains de sable, du gravier et des brindilles pointues.
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michelekastnermichelekastner   09 juin 2015
Pendant un certain temps encore, les cruelles fantasmagories, les dieux de sa vie, demeurèrent dans l'ombre. Grâce à une douce illusion d'optique, il était rentré dans la vie d'un autre côté que celui par lequel il en était sorti ; et l'étonnant bonheur qui l'avait accueilli dès l'abord avait opéré une classification dans ses souvenirs. Une fois reconstitué ce secteur de son passé, lorsque resurgirent, avec le fracas d'un mur qui s'écroule, Turati, le dernier tournoi et tous les tournois précédents, ce même bonheur réussit à chasser l'image récalcitrante de Turati et à remettre dans leur boîte les pièces d'échecs qui avaient recommencé à bouger. Dès qu'elles essayaient de reprendre vie, on rabattait résolument le couvercle - et la lutte ne durait pas longtemps. Le docteur, lui aussi, était secourable : les pierres précieuses de ses yeux chatoyaient et fondaient ; il disait qu'il existait autour de Loujine un monde libre et lumineux, que le jeu d'échecs était un amusement glacial, qui desséchait et pervertissait la pensée, et qu'un joueur d'échecs passionné était aussi absurde qu'un fou en quête du mouvement perpétuel ou dénombrant les gravillons sur la rive déserte d'un océan.
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niouar_allaouzniouar_allaouz   25 mars 2017
Loujine était réellement très las. Ces derniers temps il avait beaucoup joué, de manière irrégulière, et, en particulier, le jeu à l’aveugle, performance assez bien payée et qu’il pratiquait volontiers, l’avait fatigué. Il y goûtait une jouissance profonde : on n’avait pas à faire à des pièces visibles, audibles, palpables, dont la ciselure précieuse et la matérialité le gênaient toujours et qui lui semblaient être la grossière enveloppe terrestre de forces invisibles et merveilleuses. C’est quand il jouait à l’aveugle qu’il ressentait ces forces diverses dans leur pureté originelle.
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