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EAN : 9782070445387
96 pages
Gallimard (09/12/2011)
3.4/5   137 notes
Résumé :
Vertige du premier émoi amoureux, fin de la liaison d’un adolescent avec une femme mariée, amour terrorisé d’une femme pour son terrible mari… Perceptions, angoisses, sensations… Exhumées des archives Nabokov et publiées à partir des années 1990 dans The New Yorker, de magnifiques nouvelles à la langue envoûtante et aux sonorités lumineuses. Le recueil est composé des nouvelles suivantes (extraites des Nouvelles complètes, collection Quarto) : Natacha, Le mot, Bruit... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (22) Voir plus Ajouter une critique
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Borys Cyrulnik a dit dans une interview que le nombre grandissant d'ouvrages qui traitent de la folie démontre qu'on n'y comprend toujours rien. Dans ce cas, on pourrait dire la même chose de l'amour. S'il est bien un sentiment qui a gardé tous ses mystères, c'est bien celui-là !

Dans ces cinq nouvelles présentées dans ce recueil, Vladimir Nabokov met en scène différents moments de l'amour et différents tourments qu'il provoque. Que ce soit le besoin de plaire, la maladresse que l'on a lorsqu'on veut aborder une personne qu'on aime, une séparation entre une femme mariée et son jeune amant, un mari jaloux ou encore un homme amoureux qui se languit de voir celle qu'il aime mais le rejette.

J'étais fâchée avec Nabokov après avoir lu Lolita, et ces nouvelles m'ont fait comprendre que le problème n'était pas Nabokov mais son personnage.
C'est donc avec plaisir que j'ai lu ses nouvelles qui m'ont rappelé à quel point cet homme écrivait bien. Quelle richesse dans le vocabulaire et dans la syntaxe ! Il n'y a qu'à prendre comme exemple la nouvelle intitulée "Le mot" qui montre tout le lyrisme dont l'auteur est passé maître.
Autre remarque importante. Ces nouvelles écrites au début des années 1920 sont des nouvelles écrites par un auteur russe, aucun doute là-dessus. A l'inverse de Lolita qui n'a rien d'un roman russe. Peut-être n'ai-je pas aimé ce travestissement non plus.
Pour en revenir à ce qui nous intéresse, ces nouvelles contiennent tout le lyrisme, le mysticisme et l'humour (noir, certes) caractéristiques de la littérature russe. Avec en plus la touche de retenue et de mystère propres à Nabokov. On retrouve aussi la dimension esthétique et sensorielle qui marque énormément son oeuvre.
En ce qui me concerne, ma préférence va plutôt à la nouvelle intitulée "La vengeance" car j'aime ce type d'humour !

Je remercie donc Ellane92 dont la critique m'a poussée à redécouvrir ce grand écrivain qu'est Nabokov sous un autre angle.
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« Natacha » de Vladimir Nabokov (1899 – 1977) est un recueil de cinq nouvelles écrites en Russe et s'inscrivant dans l'oeuvre du grand écrivain bien avant son émigration en Amérique dans les années 1940.
A cette époque, Nabokov n'est pas encore Vladimir Nabokov et les nouvelles sont signées, pour la plupart, de son ancien nom de plume, Vladimir Sirine.
Ecrites entre 1921 et 1924, exhumées des archives de l'écrivain, ce sont des oeuvres de jeunesse publiées dans le « New-Yorker » dans les années 1990.

Nabokov a moins de 25 ans lorsqu'il entreprend la rédaction de ces histoires …autant dire que nous sommes encore bien loin de l'aura sulfureuse et scandaleuse du roman « Lolita » et de sa « bouche aussi rouge qu'un sucre d'orge sucé ».
« Natacha », la jeune fille qui donne son titre au recueil, renvoie d'ailleurs une image aussi lisse et éthérée que celle de « Lolita » sera diabolique et charnelle un quart de siècle plus tard.
Pour autant, elle n'est pas dépourvue de sensualité, « ses cheveux bruns et lisses étaient parsemés de perles de pluie, des ombres charmantes bleuissaient sous ses yeux ». Natacha est l'incarnation de la femme russe à la Tolstoï, belle et sage, toute dévouée à son père malade, elle ressent néanmoins les vertiges des premiers émois d'un jeune corps qui s'éveille à la vie et s'enveloppe de toute sorte de songes délicieux et de petits rien merveilleux. « J'éprouve d'étranges sensations. C'est une sorte d'extase ».

Cette sorte d'extase, cet éveil à la vie, ce sentiment d'harmonie avec le monde, on les retrouve d'ailleurs dans l'ensemble des histoires du recueil.
Ils irradient et scintillent tel un feu de vie chez les personnages, les unissant au monde environnant dans un transport extatique, comme dans la nouvelle « Bruits » où le jeune narrateur, épris d'une femme mariée, a l'impression que son âme vit en toutes choses et pense que la terre entière est sa maîtresse tellement est grand son ressenti de la nature qui l'entoure.
Ainsi, ces cinq nouvelles, qu'elles transmettent l'enivrement des premiers troubles amoureux – « Natacha », « Bruits » - qu'elles s'inscrivent dans un onirisme somptueux – « le mot » - ou qu'elles expriment des sentiments plus douloureux - jalousie et peur pour « La vengeance », déception et rupture amoureuse pour « Bonté » - toutes s'embrasent cependant d'une sorte de contentement, d'une félicité émanant directement des éléments extérieurs et inspirée par le cadre naturel, ce que Natacha désigne « le brouillard bleu du bonheur ».

Le jeune Nabokov de l'époque révèle déjà un sens souverain de l'esthétisme, une soif du détail qui le pousse à des descriptions éblouissantes de la nature, et puis cet art de la métaphore, cette magie des images qui fait que sans elle, la littérature n'aurait pas la même « sonorité » en nos coeurs. Quel plaisir de dénicher alors, au détour d'une phrase, des descriptions imagées telles : « les vagues enfantines du lac déferlaient à ses pieds » ou « un train passa comme sur une corde de violon » ou encore « l'éclat bleu inquiétant d'un jour venteux » !
L'écriture de Nabokov est de celle qui se voit et qui se sent.

L'auteur excelle dans l'art de faire naître des images dans un déploiement de couleurs féeriques, iridescentes, éclatantes. La nouvelle « le mot » où le narrateur rêve de l'ascension des anges au paradis, est un tourbillon coruscant de couleurs magnifiques et nuancées : rousses, purpurines, d'un bleu profond, d'un noir velouté… c'est un maelström de teintes et une kyrielle de tons qui vous happent et vous laissent quasi pantelants d'émerveillement, à l'instar du narrateur s'extasiant ainsi : « je sentais qu'il me suffisait de saisir dans la main ne serait-ce qu'un seul de ces scintillements frémissants pour que j'apporte dans mon pays une joie telle qu'aussitôt l'âme des hommes s'illuminerait, se mettrait à tournoyer sous le déferlement et le crépitement du printemps renaissant, du tonnerre des églises réveillées… »

Nulle provocation ici. Ces nouvelles sont encore toutes empreintes d'un classique très 19ème siècle, cependant elles présagent bien de ce que sera l'univers de l'auteur de « Feu pâle » ou d'«Ada ou l'ardeur…. » : le sens du visuel et de l'esthétique, le goût du détail, une narration ample et prégnante, des sonorités riches et puissantes, sans oublier de superbes fulgurances, vibrantes de la nostalgie que revêt le rêve fantasmé de la Russie de l'enfance, un paradis perdu où s'abîment la tristesse de l'exil et du déracinement.
Comme autant de petits tableaux colorés s'exposant sous nos yeux, Nabokov nous offre avec ce bref recueil, des histoires qui se regardent autant qu'elles se lisent.
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Souhaitant faire une première approche de Nabokov, avant de me lancer éventuellement dans le fameux et controversé Lolita, j'ai abordé ce recueil de façon à la fois craintive et curieuse.

Et quelle belle découverte !
Loin d'être déçue, j'ai été très touchée, parfois même presque envoûtée, par la sensibilité et la poésie de l'écriture, teintée d'allégorique, où l'essentiel reste suggéré en filigrane au sein d'environnements aux détails fournis et toujours propices à l'éveil des sens.

La thématique de l'exil forcé et du déchirement subi par une partie du peuple russe ( dont l'auteur lui-même), suite à la Révolution d'Octobre 1917, est également très présente et ô combien poignante.

On a donc là cinq nouvelles, traduites du russe, très différentes les unes des autres, mais dont le point commun est à mes yeux une sensorialité exacerbée.

1) NATACHA ( écrit en 1921 – 18 p.)

« Natacha cheminait si près de l'eau que les vagues enfantines du lac déferlaient jusqu'à ses pieds. Derrière la forêt un train passa comme sur une corde de violon et tous les deux tendirent l'oreille. le jour devint à peine plus doré, à peine plus tendre, et les arbres de l'autre côté du lac bleuirent. » (p. 29)

Une très jolie nouvelle, émouvante et douce-amère, qui met en perspective de façon très poétique la découverte du sentiment amoureux et la fin de vie puis la mort. On a, dans une atmosphère presque surnaturelle, la rencontre de deux âmes perdues, qui réussissent à survivre et à se trouver à travers la fantaisie de leur imaginaire.
Une ode à la continuité de la vie, sans cesse renouvelée, qui offre une lueur d'espoir après les traumatismes de l'exil et du deuil.

2) LE MOT (1923 – 7 p.)

L'incipit, très onirique, quasi mystique, donne le ton de cette très courte nouvelle, ma préférée, pour laquelle j'ai eu un véritable coup de coeur :

« Emporté depuis la nuit ici-bas par le souffle inspiré du rêve, je me tenais au bord d'une route, sous un ciel pur entièrement doré, dans un pays de montagnes extraordinaires. » (p. 35)

J'ai rarement lu prose aussi poétique, incandescente et bouleversante. Ces pages irradient de la douleur presque extatique de l'auteur, songeant aux ravages des événements qui ont anéanti l'âme et la chair de son pays tant aimé.
Pourtant rédigés en 1923, ce texte, résonnant encore d'une actualité saisissante, m'a émue aux larmes.

« … une seule et même pensée balbutiait dans mon âme misérable : faut-il dire des prières, des prières que je leur adresserais (aux anges vus en songe), raconter, oui, raconter que sur la plus belle des étoiles de Dieu il existe un pays – mon pays- qui se meurt dans d'affreuses ténèbres ? » (p. 37)

Nabokov semble ici totalement habité par son rêve et tente d'exorciser sa souffrance en nous livrant un chant de désespoir à la fois somptueux et tragique, une véritable incantation, sublime déclaration d'amour à sa chère patrie.
L'évocation de ses souvenirs finira par lui procurer une forme d'apaisement, le temps d'un rêve, le temps d'un mot…

Et moi, je n'ai pas les mots pour vous parler de ce moment de lecture magnifique et déchirant…

3) BRUITS (1923 – 18 p.)

Après l'émotion intense ressentie avec la nouvelle précédente, j'ai eu du mal à m'en détacher pour apprécier « Bruits » à sa juste valeur.

L'auteur y évoque le souvenir d'une brève relation de jeunesse avec une femme mariée de son entourage. Il le fait avec une sensualité délicate, presque éthérée. L'environnement sensoriel occupe tout l'espace… le bruit des gouttes de pluie, le son des notes de piano, le bruissement des feuillages, la senteur des oeillets, le souffle du vent, les reflets du soleil, les éclats de voix, les échos de vie…

Très introspectivement, Nabokov semble se fondre dans ses propres sensations, jusqu'à faire totalement corps avec elles. Il paraît vivre ainsi un sentiment de félicité très personnel, égoïste même, presque désincarné et détaché de l'amour charnel, lui permettant de trouver une forme de douceur jusque dans la rupture.

Sa perception nuancée des sons environnants est mise en abyme dans une forme de musicalité de l'âme, tantôt unie et harmonieuse, portant en elle le bonheur, tantôt fragmentée, dissonante et chargée de tristesse ou de mélancolie. Il trouve même une certaine sonorité sensuelle et mystérieuse dans le silence :

« Tu te taisais avec légèreté et insouciance, comme se taisent les nuages, les plantes. Tout silence contient l'hypothèse d'un secret. A beaucoup tu semblais secrète. » (p. 56)

Je n'ai pas réussi à trouver ma place dans ce texte très autocentré, où Nabokov semble tant dévolu à la perception de ses sensations qu'il en oublie autrui. Quoique très poétique, c'est la nouvelle que j'ai le moins appréciée.

4) LA VENGEANCE (1924 – 11 p.)

Changement de registre radical et surprenant avec cette sorte de mini thriller psychologique aux accents gothiques, si rondement mené que j'en suis sortie un peu étourdie et n'ai pas eu le temps d'approfondir grand-chose.
Passé l'effet de surprise de ce genre si différent, par ailleurs très agréable à lire, quoiqu'un peu dérangeant, j'en retiens tout de même que l'esprit de vengeance peut jouer de méchants tours au plus cartésien des hommes et que la femme la plus ouverte au paranormal peut se trouver victime de ses propres croyances.
Tomber dans ces travers, d'un côté comme de l'autre, peut abolir totalement notre raisonnement rationnel et nous entraîner vers des destins fatals…

Je n'ai pas connaissance des intentions de Nabokov à l'écriture de ce texte, ni de l'interprétation officielle que l'on doit en faire, mais quand on sait qu'il a été publié dans une revue destinée à ses compatriotes russes, il me semble que l'on pourrait y voir, à mots couverts, une dénonciation du régime politique russe de l'époque… et malheureusement toujours tristement d'actualité.

5) BONTE (1924 – 9 p.)

Cette très courte nouvelle, porteuse de foi et d'espérance en l'humanité, conclut judicieusement ce recueil.
On y lit entre les lignes que le véritable bonheur peut se trouver, non pas dans ce que l'on espère, mais plus souvent dans l'inattendu, à travers de simples attitudes et de petites choses du quotidien, pour peu qu'on sache les apprécier pour ce qu'elles sont vraiment : des instants de vie et de générosité à saisir tout simplement.

Alors voilà, si vous êtes arrivé jusqu'ici, c'est que vous êtes potentiellement intéressé par ces nouvelles. Ne vous fiez donc pas totalement à la quatrième de couverture de chez Folio, un brin trompeuse, car s'il est bien question d'amour au fil de ces pages, n'en attendez absolument rien de sulfureux.
L'amour dont il est question ici sous des formes diverses, est d'un tout autre registre, très allégorique, tout en évocations et subtilités, touchant même au mystique… l'Amour avec un grand A.
Et c'est cette délicatesse, cette « tendresse » (pour reprendre un terme cher à l'auteur), cette subtile exaltation sensorielle, qui m'ont beaucoup plu et touchée dans cette courte mais intense aventure littéraire.



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"Il n'y a pas de relations sexuelles" disait Lacan. C'est cette citation qui me vient à l'esprit après la lecture des 5 nouvelles qui composent le recueil "Natacha", de Vladimir Nabokov. Ce dernier, au travers de nouvelles ultra courtes, évoque les différentes situations et les différentes issues des relations amoureuses. Centrés sur eux-mêmes, ses héros me paraissent impuissants à pénétrer la réalité de l'autre, à établir un pont entre leurs désirs, leurs besoins, leur souffrance, et la femme qu'ils estiment à l'origine de ces débordements.

L'écriture de Nabokov est belle, visuelle, sensuelle, mais porte des textes trop courts, avec des chutes pas toujours marquées ou marquantes, qui m'ont souvent laissée sur ma faim.

J'accorde un 5 étoiles pour 7 pages, celles qui composent le second texte de l'ouvrage, "Le mot". Sept pages qui tentent de recomposer, dans une prière éperdue, la réconciliation du corps et de l'esprit, du sensuel et du spirituel. C'est beau, c'est sublime, Nabokov nous emporte dans un tourbillon d'émotions et d'images brutes pour décrire la déchéance et l'espoir de la condition humaine. Un texte que je lirai et relirai certainement de nombreuses fois.
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Les cinq nouvelles du recueil ont été écrites en russe au tout début des années 20 et publiées à Berlin. Nabokov écrivait alors sous le pseudonyme de Vladimir Sirine dans différentes revues d'exilés. Les nouvelles ont été exhumées des archives en 1990, bien après la mort de l'écrivain.
1) Natacha :
Dans une pauvre pension berlinoise, vivent trois émigrés russes: la sensuelle Natacha, Khrenov son père très malade et le baron Wolf, leur voisin amoureux et grand affabulateur. Tous les trois fuient dans l'imaginaire...La nouvelle est remarquable, mélancolique mais sans pathos. Elle parle de la douleur aiguë de l'exil, de la puissance du rêve et des mots.
2) le mot :
Le narrateur est pieds nus et misérable au bord d'une route de montagne. Il attend un ange qui l'emportera là haut et auquel il demandera un mot qui pourra le sauver et sauver son pays. La nouvelle s'apparente à un long poème en prose symboliste ; de très beaux passages, poignants mais le style est un peu trop pompeux à mon goût. Les thèmes sont les mêmes que dans Natacha.
3) Bruits (voir billet dédié)
Le narrateur se souvient d' une liaison de jeunesse. Il s'adresse à son amante à la deuxième personne. Il évoque leur dernier jour... Une nouvelle impressionniste, musicale et sensuelle.
4) La vengeance
Un professeur de biologie est installé sur un transat avec une mystérieuse malle à côté de lui; il s'estime trompé par sa femme. Il va se venger grâce au contenu de la malle. Bof. J'ai été déçue par le dénouement de ce petit vaudeville, qui arrive comme un cheveu sur la soupe dans le recueil.
5) Bonté
Le narrateur, un jeune artiste, se souvient qu'il attendait son amie sans y croire vraiment. Mais, près de son étal de cartes postales, une petite vieille attendait elle aussi...La vieille va le révéler à lui-même et donner à sa vie un nouvel élan. Une très jolie nouvelle, plutôt optimiste.

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Citations et extraits (35) Voir plus Ajouter une citation
Je sentis alors la tendresse du monde, la profonde bonté de tout ce qui m'entourait, le lien voluptueux entre moi et tout ce qui existe, et je compris que la joie que je cherchais en toi n'était pas seulement celée en toi, mais flottait partout autour de moi, dans les bruits fugitifs qui s'envolaient dans la rue, dans la jupe remontant bizarrement, dans le grondement métallique et tendre du vent, dans les nuages d'automne débordant de pluie. Je compris que le monde n'était pas du tout une lutte, n'était pas des successions de hasards rapaces, mais une joie papillotante, une émotion de félicité, un cadeau que nous n'apprécions pas.
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Emporté depuis la nuit ici-bas par le souffle inspiré du rêve, je me tenais au bord d'une route, sous un ciel pur entièrement doré, dans un pays de montagnes extraordinaire. Je sentais, sans les regarder, le lustre, les aspérités et les arêtes d'immenses rochers mosaïqués, les gouffres aveuglants, le scintillement miroitant de nombreux lacs en contrebas, derrière moi. Mon âme était saisie d'une sensation de polychromie, de liberté et de sublimité divines : je savais que j'étais au paradis.

(Le Mot - p. 35 - Éd. Folio)
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C'était une sensation d'un équilibre exaltant : je percevais le lien musical entre les spectres d'argent de la pluie et tes épaules baissées qui tressaillaient lorsque tu enfonçais tes doigts dans le miroitement mouvant.
Et, quand je plongeai en moi-même, le monde entier me sembla achevé, cohérent, relié par les lois de l'harmonie. Moi, toi, les œillets étaient à cet instant des accords sur les portées. Je compris que tout dans le monde est un jeu de particules semblables constituant de multiples consonances : les arbres, l'eau, toi... De façon unique, égale, divine.

(p. 46 - Bruits - Éd. Folio)
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[bel exemple de la virtuosité qu'on trouve dans l'écriture de Nabokov]

Les fleurs exhalaient au passage leur splendeur moite ; des animaux soyeux et lumineux folâtraient en tournoyant et en se contorsionnant ; des oiseaux tintinnabulaient de félicité, prenant leur envol puis se précipitant, tandis que moi, misérable, aveuglé et pantelant, je me tenais au bord de la route ; une seule et même pensée balbutiait dans mon âme misérable : faut-il dire des prières, des prières que je leur adresserais, raconter, oui, raconter que sur la plus belle des étoiles de Dieu il existe un pays - mon pays - qui se meut dans d’affreuses ténèbres ?


(dans "Le mot")
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- Il pleut, dit-elle a voix basse. Il fait affreusement mauvais.
Comme on pouvait s'y attendre, les deux hommes regardèrent par la fenêtre. A cet instant, une veine d'un gris bleuâtre se gonfla sur le cou de Khrenov et il renversa la de nouveau la tête sur les oreillers.
Natacha, avançant les lèvres, compta les gouttes, tandis que ces cils clignotaient en mesure. Ses cheveux bruns et lisses étaient parsemés de perles de pluie, des ombres charmantes bleuissaient sous ses yeux.
[Extrait de Natacha]
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