AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio

Charles Matton (Illustrateur)
EAN : 9782729117566
151 pages
Éditeur : Editions de La Différence (22/05/2008)
3.83/5   3 notes
Résumé :

L'atelier du peintre, allégorie réelle déterminant une phase de sept années de ma vie artistique (1855) est une œuvre monumentale et complexe où se mêlent réalisme et symboles. Il se présente comme un décor de théâtre, mettant en scène Gustave Courbet en train de peindre un paysage dans son atelier, tournant le dos à un modèle nu. Entouré de ses amis Charles Baudelaire, Alfred... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
jvermeer
  23 juillet 2019

Eugène Delacroix Note dans son « Journal », le 3 août 1855, à la suite du refus par le jury du Salon de « L'atelier du peintre » : « Je vais voir l'exposition de Courbet qu'il a réduite à 10 sous. J'y reste seul pendant près d'une heure et j'y découvre un chef-d'oeuvre dans son tableau refusé ; je ne pouvais m'arracher à cette vue. On a rejeté là un des ouvrages les plus singuliers de ce temps, mais ce n'est pas un gaillard à se décourager pour si peu. »
Une femme nue au centre de la toile. Assis devant elle, le peintre au travail. Tout autour, de nombreux personnages. L'auteure du livre leur donne la parole. La mise en scène théâtrale de ce livre a pu s'inspirer des réflexions du peintre Gustave Courbet que l'on trouve dans une lettre écrite en 1854 au moment de la gestation du tableau. Il commente son oeuvre dans des descriptions très détaillées et pittoresques que je vous livre ci-dessous en entier.
Je préviens à l'avance que ma critique est très (trop ?) longue. Je conseille de visualiser l'image du tableau, qui vient d'être restaurée au musée d'Orsay, pour bien comprendre le jeu des personnages dans l'esprit de Courbet.

En cette fin d'année 1854, Courbet écrit à son ami Champfleury cette longue lettre détaillant le tableau sur lequel il travaille. Lorsqu'il exposera cette toile l'année suivante, elle sera intitulée « L'atelier du peintre, allégorie réelle déterminant une phase de sept années de ma vie artistique ».
Cette peinture est considérée comme une des plus importantes dans la carrière de l'artiste : un très gros travail qu'il considérait comme « l'histoire morale et physique de son atelier ».
De nombreux spécialistes de l'art ont étudié minutieusement cet immense tableau (6 mètres sur 3 mètres), l'un des plus connu du musée d'Orsay, comprenant une trentaine de personnages plus grands que nature.
Tableau de genre ? Peinture d'histoire ? Message sociopolitique ? Portrait collectif de connivences esthétiques et intellectuelles ?
Le contexte historique et politique de l'époque a certainement beaucoup influencé Courbet : révolution industrielle, apparition d'une nouvelle société avec deux classes sociales aux aspirations contraires : la bourgeoisie et la classe ouvrière. Des intellectuels comme Marx et Proudhon commencent à élaborer les fondements de la doctrine socialiste.

Lettre à Champfleury – Ornans, vers décembre 1854
« Malgré que je tourne à l'hypocondrie, me voilà lancé dans un immense tableau, 20 pieds de long, 12 de haut, peut-être plus grand que « L'enterrement », ce qui fera voir que je ne suis pas encore mort, et le réalisme non plus, puisque réalisme il y a.
Première partie : ce sont les gens qui vivent de la vie, qui vivent de la mort. C'est la société dans son haut, dans son bas, dans son milieu. En un mot, c'est ma manière de voir la société dans ses intérêts et ses passions. C'est le monde qui vient se faire peindre chez moi. Vous voyez, ce tableau est sans titre, je vais tâcher de vous en donner une idée plus exacte en vous le décrivant sèchement. La scène se passe dans mon atelier à Paris. le tableau est divisé en deux parties. Je suis au milieu peignant.
A droite sont les actionnaires, c'est-à-dire les amis, les travailleurs, les amateurs du monde l'art.
A gauche, l'autre monde de la vie triviale, le peuple, la misère, la pauvreté, la richesse, les exploités, les exploiteurs, les gens qui vivent de la mort.
Je vais vous énumérer les personnages en commençant par l'extrême gauche.

Au fond de la toile se trouve un juif que j'ai vu en Angleterre, traversant l'activité fébrile des rues de Londres en portant religieusement une cassette sur son bras droit et la couvrant de la main gauche. (…) Derrière lui est un curé d'une figure triomphante, avec une trogne rouge. Devant eux est un pauvre vieux tout grelin, un ancien républicain de 93, […] homme de quatre-vingt-dix ans, une besace à la main, vêtu de vieille toile blanche rapiécée, chapeau brancard. […] Ensuite un chasseur, un faucheur, un hercule, une queue-rouge, un marchand d'habits-galons, une femme d'ouvrier, un ouvrier, un croque-mort, une tête de mort dans un journal, une irlandaise allaitant un enfant, un mannequin. […] le marchand d'habits préside à tout cela, il déploie ses oripeaux à tout ce monde qui prête la plus grande attention, chacun à sa manière. Derrière lui, une guitare et un chapeau à plumes au premier plan. »

Les historiens ont perçu dans tous ces portraits des personnages connus de la scène politique. Des ministres y sont représentés, en marchand, bourgeois. Napoléon III, que Courbet détestait, a une place de choix : au premier plan, déguisé en chasseur, interprété comme le braconnier de la République. En ces temps de guerre, quatre personnages peuvent être rattachés à une cause émancipatrice et pacifiste : Garibaldi en chasseur, Kossuth, le libéral hongrois, avec une toque, le révolutionnaire polonais Kosciuszko en faucheur, et Hertzen l'anarchiste russe en ouvrier…

Suite de la lettre de Courbet :
« Seconde partie.
Puis vient la toile sur mon chevalet, et moi peignant avec le côté assyrien de ma tête.
Derrière ma chaise est un modèle de femme nue. Elle est appuyée sur le dossier de ma chaise, me regardant peindre un instant ; ses habits sont à terre en avant du tableau. Puis un chat blanc près de ma chaise. »
L'artiste peignant un paysage au centre de la toile est l'élément principal du triptyque. On retrouve le côté messianique de l'artiste, le « Courbet sauvant le monde » épinglé par Baudelaire.

Suite de la lettre : « A la suite de cette femme vient Promayet, avec son violon sous le bras, comme il est sur le portrait qu'il m'envoie. Par derrière lui est Bruyas, Cuenot, Buchon, Proudhon (je voudrais bien avoir aussi ce philosophe Proudhon qui est de notre manière de voir, s'il voulait poser j'en serais content). Puis vient votre tour en avant du tableau. Vous êtes assis sur un tabouret, les jambes croisées et un chapeau sur vos genoux (Champfleury). A côté de vous, plus au premier plan encore, est une femme du monde avec son mari, habillée en grand luxe.
Puis à l'extrémité droite, assis sur une table d'une jambe seulement, est Baudelaire qui lit dans un grand livre. A côté de lui est une négresse qui se regarde dans une glace avec beaucoup de coquetterie (peut-être Jeanne Duval, la maîtresse de Baudelaire, qui fut plus tard effacée, sans doute à la demande du poète).
Au fond du tableau, on aperçoit dans l'embrasure d'une fenêtre deux amoureux qui disent des mots d'amour. »

Les douze personnages présents dans cette partie droite sont les amis du peintre. Ils représentent la poésie, la musique, l'enfance studieuse, la philosophie sociale…

Suite et fin de la lettre de Courbet à Champfleury :
« Les gens qui voudront juger auront de l'ouvrage, ils s'en tireront comme ils pourront. Car il y a des gens qui se réveillent la nuit en sursaut en criant : « Je veux juger ! Il faut que je juge ! ».

Cette peinture énigmatique, sorte de triptyque composé de trois parties ne cesse encore aujourd'hui d'interroger... Dans quelles directions le peintre veut-il nous entraîner ? Cherche-t-il à faire parler de lui, déboussoler les critiques, amuser les caricaturistes ? Un mélange de réalité, fantasme, allégorie…
À moins que ce ne soit une farce à la Courbet, comme le pensait les frères Goncourt ? Ou que notre homme ait voulu, comme Vélasquez dans ses « Ménines » du Prado, se représenter en artiste glorieux installé dans la société de son temps ?

Et si l'orgueilleux Courbet n'avait voulu tout simplement présenter que la convergence des forces artistiques et sociales nécessaires à l'alchimie créative : son idéal d'artiste…

Lien : http://www.httpsilartetaitco..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          126


Dans la catégorie : Littérature dramatiqueVoir plus
>Littérature (Belles-lettres)>Littérature des langues romanes. Littéraure française>Littérature dramatique (842)
autres livres classés : artVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox




Quiz Voir plus

Arts et littérature ...

Quelle romancière publie "Les Hauts de Hurle-vent" en 1847 ?

Charlotte Brontë
Anne Brontë
Emily Brontë

16 questions
807 lecteurs ont répondu
Thèmes : culture générale , littérature , art , musique , peinture , cinemaCréer un quiz sur ce livre