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EAN : 9782081358089
256 pages
Éditeur : Flammarion (30/03/2016)

Note moyenne : 4.75/5 (sur 2 notes)
Résumé :
C’est une femme nue, allongée de dos, qui, dans le plus tranquille naturel, offre au regard ses courbes voluptueuses. Avec un sourire énigmatique, elle se contemple dans un miroir au cadre d’ébène, semblant à peine souffrir des sept entailles qui lacèrent son corps parfait, de la nuque jusques aux fesses.
Nous sommes en 1914 : l’un des tableaux les plus célèbres de l’histoire de l’art, la Vénus au miroir de Velázquez, vient d’être vandalisé par la suffragett... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Alzie
  12 juin 2016
Une enquête pour le moins originale où le corps du délit est un tableau : « La Toilette de Vénus », dite Rokeby Venus, peint par Velazquez entre 1647-1651. Acquis par la National Gallery en 1906 et installé entre le portrait d'un roi et celui d'un prélat, il est vandalisé par une suffragette canadienne, Mary Richardson, alias Polly Dick, le 10 mars 1914. L'innocente Vénus (mais est-on sûr qu'il s'agisse de la déesse?) massacrée par une simple mortelle engagée dans la lutte pour l'obtention du droit de vote des femmes. Quelle mouche a piqué la suffragette d'avoir pris pour cible, plutôt que le corps d'un de ses voisins de cimaises par exemple, celui de la plus divine des humaines personnifiant la beauté, élevée au rang d'icône de la peinture ? Telle est l'énigme. Ce tableau du XVIIe espagnol – seul nu féminin dans l'oeuvre du peintre – est suffisamment troublant, la « mise à mort » suffisamment spectaculaire et dérangeante au tout début du XXe, pour qu'un professeur d'esthétique ne tente par quelques moyens subtils de s'attarder sur la puissance de la représentation en art et la portée sociale d'images créées à l'origine pour la sphère privée des princes, et passées depuis aux salles publiques des musées. C'est chose faite et bien faite, hors des sentiers académiques.
Interrogeant doublement le regard posé sur une oeuvre peinte, dans son contexte de création au XVIIe siècle et dans celui de l'histoire politique des suffragettes, l'investigation prend un tour inaccoutumé. Mélange savant et décontracté, plus nettement socio-artistique et politique que véritablement judiciaire et policier. L'histoire de l'art revisitée par une fiction très documentée aux airs de reportage, archives à l'appui, sur le combat inégal et féroce conduit par Polly Dick et ses compagnes de parti (WSPU) face à leurs nombreux adversaires jusqu'à la fin de la lutte pour l'obtention du droit de vote des femmes. A côté des suffragettes et de leurs aristocratiques opposants, d'autres protagonistes de cette actualité revivent pour les besoins de l'enquête : le consciencieux gardien de la salle XIV et son supérieur au nom prédestiné de « Turner » ; trois vieilles et bonnes amies de Polly Dick, un restaurateur au « fin doigté » et un expert scientifique « à grosses moustaches de phoque ». Les uns penchés sur la vérité picturale du tableau, faisant parler matière et manière ; les autres penchés avec empathie sur la psyché de Polly Dick face à Vénus, tentant de percer les motifs plus intimes d'une exécution programmée : hypothèses, conjectures et divertissantes spéculations.
En contrepoint à cette actualité politique rendue très vivante, une méditation esthétique et poétique sur l'art de Velazquez, alchimie entre « matière et idée », retient l'attention. « La Toilette de Vénus », indifférente au temps, ne livre sans doute pas ici tous ses mystères, ce n'est pas le but recherché semble-t-il. On ne sait pas grand-chose du modèle dont on admire encore aujourd'hui l'admirable chute de reins, ni même d'un dessein plus particulier du peintre à son endroit. La toile elle, par-delà l'outrage subi, raboutée fil à fil après l'attentat, peut parler. Sous les « plaies », des liens invisibles et symboliques avec les intentions ou les pratiques picturales de son créateur, subsistent. Etroites correspondances où le mythe d'Arachné, cher à Velazquez, paraît unir dans un même savoir-faire, des fileuses madrilènes de la manufacture Santa Isabel vraissemblablement observées par le peintre et, beaucoup plus tard, des ouvrières du textile de Manchester. Histoire de peinture, histoires de toiles et histoire de droits qui se font écho.
Lecture stimulante qu'adoreront les amateurs d'une histoire de l'art « sentimentale, sensuelle et affective », telle que revendique de la pratiquer l'une des principales protagonistes de cette enquête, Mrs Lyon. Entre le pinceau de Velazquez et le hachoir de Polly Dick, l'atmosphère fleure bon le parquet ciré d'une salle de musée, la colle de peau de lapin, chère aux restaurateurs, et le thé arrosé au whisky tel qu'on le sert au QG de l'amie des suffragettes sus-mentionnée – pension pour dame où résida sans doute Charles Dickens et, bien plus tard, Mary Richardson. Humour et gravité parfaitement compatibles avec l'art dans cette histoire là. Rapprochement très réussi entre le siècle de Philippe IV et les débuts de celui qui vit naître le mouvement suffragiste, entre le carcan austère des vertugadins et l'uniforme pénitentiaire des prisonnières d'Holloway, rendant justice au passage à des ouvrières industrieuses et à des pionnières du féminisme (les anglaises obtiendront finalement le droit de vote en 1918, bien avant nous). de quoi redonner le goût des musées à ceux qui l'auraient perdu et celui d'aller voter à ceux qui ne l'auraient jamais eu.




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MonCharivariLitteraire
  03 janvier 2018
Excellent livre! J'ai eu un grand plaisir à lire ce livre et à découvrir l'histoire pleine d'aventures de la Vénus de Velasquez. Qui aurait pu penser qu'elle a une histoire si mouvementée de sa création à son "agression".
Ce roman mêle histoire de l'art, histoire du droit des femmes. Face à une suffragette qui a lacérer la Vénus de Velasquez, l'auteur, et ses personnages cherchent à comprendre ce geste. Pourquoi ce tableau plus qu'un autre. Des explications diverses sont avancées, on touche peut être la vérité du doigt sans en être certain mais la recherche est passionnante et on heureux de la poursuivre sur les 200 et quelques pages du roman.
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Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
AlzieAlzie   22 mai 2016
Oui, même si elle ne croyait pas à la légende, Mrs Lyon pouvait reconnaître dans La Toilette de Vénus la méditation intime d'un homme mûr. Il vit, à Rome, une année de bonheur dérobé aux contraintes de la cour et de l'atelier. Il sait, car le roi le lui fait savoir, qu'il lui faudra bientôt rentrer et reprendre, au seuil de la vieillesse, le fardeau des dignités ; il l'accepte et même il le souhaite. Mais il s'accorde encore le temps allongé de ce corps, le premier et le dernier nu. Velásquez est nonchalant : il fait traîner le désir ultime, la jeunesse qui passe. (p. 187)
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AlzieAlzie   22 mai 2016
Mrs Lyon avait, certes, vécu ses plus belles années (au moins les plus nombreuses) sous le règne de la reine Victoria, mais, ses amies pouvaient en témoigner, elle n'était pas bégueule. Aussi, elle y insistait, ce n'était pas de sa part un réflexe d'hypocrite pudeur si elle considérait que la place d'une femme entièrement nue, peinte d'assez près, de dos, n'était pas dans une salle commune de musée. Car il s'agissait d'une femme. Vénus - mais l'appelait-on Vénus du temps de Velásquez ? les premiers documents, en tout cas, ne l'attestaient pas - était peut-être la seule vraie femme nue, peinte, du siècle. Et il avait fallu que cela fût dans le pays où le nu féminin était le plus sévèrement prohibé. (p. 182)
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AlzieAlzie   22 mai 2016
Comparée au catholicisme sombre des Habsbourg et de l'inquisiteur à Madrid, la Rome papale, avec ses cardinaux raffinés et leurs secrétaires humanistes, ses putains, ses petits prêtres en aubes tuyautées, ses portefaix déguenillés, ses ruffians et ses castrats, constituait le foyer des équivoques baroques. Velásquez y fit quelques portraits, encore plus libres, et par là plus profonds (si c'est possible) que les figures de bouffons et de nains qu'il peignait en Espagne. (p. 185)
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MonCharivariLitteraireMonCharivariLitteraire   03 janvier 2018
C'est qu'il n'aimait rien tant que réfuter les jugements des connaisseurs et des experts avec la confiance ridicule qu'ils place dans le discernement de leur œil, un organe pourtant si grossier, rapporté à la finesse et à l'exactitude du microscope.
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MonCharivariLitteraireMonCharivariLitteraire   03 janvier 2018
Ils attendaient longtemps pour cet instant, très court mais comme suspendu, où la beauté d'un tableau, l'enchantement de ses couleurs, de ses formes de son histoire, leur procurerait, tel un opium, le bienheureux oubli de leur condition quotidienne
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