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Marie NDiaye (Préfacier, etc.)
ISBN : 2070361535
Éditeur : Gallimard (10/09/2009)

Note moyenne : 4.5/5 (sur 4 notes)
Résumé :

Exploits des sportifs de haut niveau, émeutes en banlieue, lutte contre le racisme et les discriminations, mouvement associatif : depuis une dizaine d'années, les Noirs vivant en France métropolitaine sont apparus si visiblement sur la scène publique nationale qu'on peut parler aujourd'hui d'une " question noire " française.

Cet essai dense et limpide décrit et analyse, du XVIIIe siècle à nos jours, le passé et le présent d'une minorité f... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
YvesParis
  08 septembre 2012
Il faut lire "La condition noire". Publié en 2008, cet ouvrage de Pap Ndiaye a fait date. Car il inaugure une discipline pourtant féconde aux Etats-Unis, mais à peine défrichée de ce côté de l'Atlantique : les "black studies". Aux frontières de la sociologie, de la science politique et de l'histoire, la situation des Noirs de France constitue un angle mort de la recherche. Il existe, en France même, plus de livres consacrés aux Noirs américains qu'aux Noirs de France, nous révèle ce jeune normalien, agrégé d'histoire, qui lui-même a fait sa thèse outre-Atlantique avant d'entrer à l'EHESS et de participer à la création du Conseil représentatif des associations noirs (CRAN). Cette « invisibilité » des Noirs de France a plusieurs causes : l'universalisme républicain, aveugle aux minorités, le marxisme toujours prégnant qui refuse que la question raciale n'occulte la question sociale, la crainte enfin, qui n'est pas illégitime, qu'à trop parler de race, on finisse par légitimer le racisme.
Pap Ndiaye évite intelligemment ces chausse-trappes en précisant l'usage qu'il fait de la notion controversée de « race ». D'un point de vue biologique, il affirme fortement que les races n'ont aucun sens. Mais poursuit-il la « race » existe encore en tant que représentation sociale et sa réfutation, au nom d'un anti-racisme vertueux, hypothèquerait la lutte contre les discriminations qui, hélas, sont encore fondées sur elle. Ce refus de l'essentialisme est au centre de la démarche de Pap Ndiaye. Entre une identité noire « épaisse » (thick blackness) fondée sur une culture, une histoire, une langue commune et une identité noire « fine » (thin blackness) qui délimite un groupe qui n'a en commun qu'une expérience de l'identité prescrite, Pap Ndiaye privilégie la seconde en se gardant de définir les Noirs par ce qu'ils sont. Il n'y a, dit-il, en France métropolitaine – car il prend soin de réserver la question noire dans les Dom – ni « peuple » noir, ni « communauté » noire mais tout au plus une minorité noire, unie par l'expérience conjointe des discriminations dont elle est l'objet et par une commune « condition ». Comme le montre allégoriquement la charmante nouvelle de sa soeur, Marie NDiaye, placée en exergue de son livre, si l'on naît Noir et si l'on n'a guère la possibilité de récuser la couleur de sa peau, on est Noir avant tout dans le regard des autres.

Une fois les termes du débat magistralement posés, Pape Nidaye les décline dans les cinq autres chapitres de son livre qui ouvrent autant de piste de recherches. Il esquisse une histoire des populations noires de France qui dépasse les oppositions périmées entre une histoire nationale et une histoire coloniale tout en refusant de plaquer systématiquement sur la situation post-coloniale une grille de lecture esclavagiste et/ou colonialiste. Il présente les formes de solidarité entre Noirs qui ont existé en France depuis l'entre-deux-guerres jusqu'à aujourd'hui en passant par la négritude et les mouvements associatifs immigrés des années 1970 et 1980, qui tentent de combler le fossé qui sépare les Africains des Antillais.
Il consacre un chapitre particulièrement novateur au colorisme, c'est-à-dire à l'influence du degré de pigmentation sur les situations sociales, qui constitue un champ d'études à part entière aux Etats-Unis (les whiteness studies) mais n'a pas été documenté en France. Il étudie le racisme anti-Noir, montrant son oscillation entre un racisme bonasse et paternaliste vis-à-vis du tirailleur rieur des boîtes de Banania et un racisme plus agressif où le Noir prend la figure du « sauvageon ». Pap Ndiaye montre néanmoins dans un autre chapitre que le racisme anti-Noir – moins virulent que le racisme anti-Arabe – est moins préoccupant que les discriminations dont la population noire est victime en France, qui compte, comme il le montre non sans ironie « les veilleurs de nuit les plus diplômés au monde » (p. 256). Il prend acte des progrès de la lute contre les discriminations marquée par la création en 2004 de la HALDE (Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité) mais relativise les limites du tokenism en politique consistant à promouvoir des membres des « minorités visibles » tels Rama Yade, et appelle surtout de ses voeux l'utilisation de techniques statistiques – qualifiées à tort d'« ethniques » – permettant de documenter les pratiques discriminatoires que le testing ne parvient pas à déjouer.
Tournant le dos à toute posture victimaire, Pap Ndiaye, qui ne cache pas son engagement militant au sein du CRAN, affiche une revendication qu'il est difficile de ne pas soutenir : « Nous voulons être à la fois français et noirs sans que cela soit vu comme suspect (…) Nous voulons être invisibles du point de vue de notre vie sociale et par conséquent que les torts et les méfaits qui nous affectent en tant que Noirs soient efficacement réduits. Mais nous voulons être visibles du point de vue de nos identités culturelles noires, de nos apports précieux et uniques à la société et à la culture française » (p. 362). La voie est étroite, entre les ultra-républicains de droite comme de gauche, les chantres du métissage et les intégristes de la cause kémite ; mais le moindre mérite de Pap Ndiaye n'est pas d'offrir à celles et ceux qui souhaitent modestement améliorer la condition des Noirs de France quelques contreforts scientifiques utiles.
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de
  17 novembre 2011
« Les Noirs de France sont individuellement visibles, mais ils sont invisibles en tant que groupe social.» le livre considère « prioritairement les Noirs de France sous l'angle de leur minoration dans une perspective historique et sociologique. »
Pap Ndiaye utilise le terme »condition » parce qu'il désigne une « situation sociale qui n'est ni celle d'une classe, d'un état, d'une caste ou d'une communauté ». de ce point de vue « La condition noire est donc la description dans la durée de cette expérience sociale minoritaire. »
Compte tenu de l'extrême richesse des analyses et propos, je choisis de limiter ma présentation à quelques points traités dans le premier chapitre « le fait d'être noir ».
L'auteur examine la »race » en insistant sur la représentation sociale, la catégorie imaginaire historiquement construite au service des systèmes de pouvoir. « le facteur mélanique est un fait de nature, mais son interprétation a été un fait de culture. »
Contre les réductions économistes, il nous rappelle que « La question sociale ne se dissout pas dans les rapports de classe mais elle doit incorporer, sans hiérarchie déterminée, d'autres rapports sociaux, en particulier ceux fondés sur les hiérarchies raciales »
Les catégories imaginaires n'en ont pas moins des effets réels, il importe donc de « penser les groupes racialisés non du point de vue de leur existence biologique mais d'un point de vue social, en tant qu'ils sont objet de considérations dévalorisantes et que leurs membres partagent des expériences discriminatoires commune, est une opération intellectuelle non seulement légitime (en ce qu'elle n'a rien à voir avec l'essentialisation des identités) mais de surcroit utile puisque permettant de réfléchir aux difficultés sociales spécifiques aux groupes concernés. »
La neutralité, sans classe, sans sexe, sans couleur (« Privilège du groupe majoritaire que d'être aveugle à sa propre couleur, puisque celle-ci est pensée comme universelle… »), sans orientation sexuelle, etc, n'existe pas.
Comment prendre en compte la complexité des identités choisies face au simplisme de la prescription raciale, comment être face aux assignations identitaires ? Les phénomènes analysés ne sont pas réductibles à ce que nous nommons habituellement racisme.
« La catégorie »noir » est donc d'abord une hétéro-identification s'appuyant sur la perception de saillances phénoménales variables dans le temps et l'espace (pigmentation de la peau, apparence corporelle et vestimentaire, langue, accent,etc.) »
Je ne fais qu'énumérer les cinq autres chapitres de l'ouvrage, qui apportent des analyses nouvelles « Gens de couleur, histoire,idéologie et pratiques du colorisme », « Vers une histoire des populations noires en France », « le tirailleur et sauvageon : les répertoires du racisme anti-noir », « Penser les discriminations raciales » et « La cause noire : des formes de solidarité entre noirs ».
Dans sa conclusion, l'auteur met l'accent sur un universel qui n'invisibilise pas les concrets « Nous voulons être invisibles du point de vue de notre vie sociale, et par conséquent que les torts et les méfaits qui nous affectent en tant que Noirs soient efficacement réduits. Mais nous voulons êtres visibles du point de vue de nos identités culturelles noires, de nos rapports précieux et uniques à la société et à la culture française. »
Malgré le rappel de l'auteur sur « Une analyse des rapports de domination qui ne prend pas en compte les variables de classe, de »race » et de genre conduit à une lecture hémiplégique de la situation sociale des groupes considérés », les rapports de genres ne sont pas traités dans cet ouvrage. Ce silence relève d'une difficulté présente aussi dans de multiples ouvrages.
Il semblerait que certaines lectures féministes radicales soient actuellement les seules qui tiennent la promesse d'une analyse englobante des dominations.
Il faut lire cet ouvrage qui offre un large panorama historique et analytique, expose la condition noire, compare les situations françaises, antillaises, anglaises et nord-américaines. « Si la souffrance n'est pas transformée en une analyse et une réflexion susceptibles d'être partagées sous la forme de revendications réalisables et de modes de solidarité dans lesquels les personnes de bonne volonté puissent se reconnaître, alors elle prend la forme stérile d'une concurrence infinie de mémoires blessées et de jalousies recuites. »
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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
dede   07 octobre 2011
Nous voulons être invisibles du point de vue de notre vie sociale, et par conséquent que les torts et les méfaits qui nous affectent en tant que Noirs soient efficacement réduits. Mais nous voulons êtres visibles du point de vue de nos identités culturelles noires, de nos rapports précieux et uniques à la société et à la culture française.
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dede   07 octobre 2011
Si la souffrance n’est pas transformée en une analyse et une réflexion susceptibles d’être partagées sous la forme de revendications réalisables et de modes de solidarité dans lesquels les personnes de bonne volonté puissent se reconnaître, alors elle prend la forme stérile d’une concurrence infinie de mémoires blessées et de jalousies recuites
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dede   07 octobre 2011
Le facteur mélanique est un fait de nature, mais son interprétation a été un fait de culture.
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dede   07 octobre 2011
Les Noirs de France sont individuellement visibles, mais ils sont invisibles en tant que groupe social.
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dede   07 octobre 2011
La question sociale ne se dissout pas dans les rapports de classe mais elle doit incorporer, sans hiérarchie déterminée, d’autres rapports sociaux, en particulier ceux fondés sur les hiérarchies raciales
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Pap Ndiaye - Europa, notre histoire
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