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EAN : 9782364685475
368 pages
Editions du sous-sol (21/01/2022)
3.67/5   12 notes
Résumé :
“Pourquoi ne pas accepter que la longue et glorieuse carrière de la liberté touche à sa fin, que notre obsession continuelle à son égard reflète plutôt une pulsion de mort ? ‘Ta liberté me tue !’ proclament les pancartes des manifestants pendant la pandémie ; ‘Ta santé n’est pas plus importante que ma liberté !’ s’égosillent en retour les militants anti-masques.”.

Dès l’ouverture de son livre, Maggie Nelson souligne cette contradiction au centre de to... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique

Il m'en aura fallu du temps pour venir à bout de ces « quatre chants sur le soin et la contrainte » ! Disposant d'une très bonne couverture presse à sa sortie, ce livre m'avait attirée tant par son sujet que par la manière, ouvertement à contre-courant d'un conformisme de pensée contemporain, dont il entendait le traiter. Bon… quelques semaines (mois !) de lecture en grands pointillés plus tard, j'en suis un peu revenue sans savoir ce qui tient de l'ouvrage et ce qui revient à moi dans cette rencontre pas complètement réussie.

J'avais déjà été chahutée à la lecture de Judith Butler, la force de la non-violence, par un propos philosophique qui n'en avait pourtant pas le ton ou la rigueur de la démonstration. D'autres écrits contemporains (David le Breton, Mona Chollet…) m'avaient pourtant habituée à ce que titres de film, articles de presse, paroles de chanson figurent largement dans le corps de l'essai. A ce que le propos paraisse débridé voire ébouriffé. Mais jusqu'ici, je n'étais jamais complètement paumée dans les références proposées ou dans le chemin parcouru. Disons que si je ne les avais pas toutes, je pouvais au moins me targuer d'en reconnaitre une bonne moitié et de comprendre ainsi le fond de ce que ces citations étaient censées illustrer. Disons que je voyais toujours à peu près où commençait un raisonnement et où se terminait l'argumentation (quoi que…. chez Butler…).

Avec Maggie Nelson, non seulement les références appartiennent quasi exclusivement au monde anglosaxon mais elles touchent le monde de l'art contemporain, des écrits LGBTQ+, la culture pop… autant d'univers dans lesquels je ne demande pas mieux d'apprendre mais où je manque sérieusement de billes. Ainsi, dans le premier chant consacré à la relation entre le soin et l'art, je me suis trouvée souvent, dans un même mouvement à 1) découvrir l'existence d'une problématique donnée (doit-on, comme artiste, se préoccuper des retentissements identitaires et assignataires que ses oeuvres peuvent avoir sur ceux qui les regardent ? Diable, je ne m'étais jamais posée la question), 2) explorer les différentes postures en jeu sur la question, lesquelles postures, à mes yeux néophytes, plutôt que d'éclairer les enjeux m'ont souvent donné le sentiment de couper en quatre des cheveux dont je venais juste d'apprendre l'existence, de générer de nouveaux enjeux alors que je n'avais même pas digéré les premiers, 3) pondérer les références à tel ou tel artiste inconnu de moi mais cité abondamment du poids relatif que le propos général de Maggie Nelson semblait vouloir lui attribuer, 4) me faire ma propre opinion sur le sujet. Bon, vous l'aurez compris, je n'y suis pas arrivée…

Ecart culturel entre deux continents, rupture générationnelle, modes de vie différents au point d'en être difficilement transposables, ce sont peut-être quelques-unes des raisons qui m'ont fait me sentir parfaitement étrangère à nombreuses des réflexions de ce de la liberté. Pourtant, si je sais ne pas avoir tout saisi de son propos, n'avoir exploré qu'une petite part des enjeux abordés, je ressors de cette traversée nourrie, avec l'impression que ma réflexion a progressé et qu'à la prochaine lecture sur ces questions, je pourrai naviguer dans un univers de références un peu plus riche que précédemment. C'est déjà bien.

Et de fait, la question essentielle qui irrigue tout le bouquin continue de me passionner : comment prendre soin et être libre ? Comment exercer une forme de liberté qui ne nie pas l'autre dans ses besoins ni les liens qui me relient à lui ? Comment, dans la pratique de sa sexualité, dans la prise de drogue et dans la création artistique donc, vivre le lien entre un sentiment de liberté à être et les contraintes intérieures ou externes qu'induisent ces pratiques ? Comment être soi quand on est au monde ?

Les articles de presse qui ont accompagné la sortie de de la liberté insistaient sur cette rafraichissante acceptation de ses propres aliénations, contradictions intérieures. de la liberté met effectivement souvent l'accent sur le fait qu'il est possible que nous désirions intimement ce qui parait mauvais, destructeur et qu'il y a, dans cette affirmation, une forme de liberté aussi. A désirer ce qui nous aliène. Que le nier ou le cacher derrière un discours victimisant nous rendrait un peu plus opaque à nous même. Qu'un discours sur ce qu'il convient d'éprouver ou de faire, loin de nous protéger de nos propres démons intérieurs leur confère au contraire un rôle bien plus important que si nous cherchions honnêtement quel rapport entretenir avec eux. Débusquer le dogmatisme social y compris lorsqu'il surfe sur une apparente défense de l'individu, voilà qui me parait toujours pertinent.

C'est donc à un chemin plein de questionnement et de déconstructions que nous conduit Maggie Nelson, à une interrogation sur une manière ouverte de se penser et de concevoir notre place. Les uns par rapport aux autres, dans un monde de catastrophes écologiques imminentes où tout est relié. Dans une conscience de nous-mêmes qui n'aura jamais été aussi problématisée.

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J'ai tout lu de Maggie Nelson, et ce livre de quatre chants est ma dernière lecture. Je ne l'ai pas terminée, car contrairement aux autres, ce recueil d'essais est très exigeant et demande à ce que l'on se penche avec attention sur chaque chant "sur le soin et la contrainte". Maggie Nelson revient ici sur la notion de liberté. La pandémie aura montré les limites de la "liberté individuelle" ("ta liberté me tue" pouvait-on lire sur des pancartes de manifestants). Maggie Nelson revient sur la liberté, longtemps défendue par les démocrates, les "liberal" mais pendant l'ère de Trump, elle fut reprise par les extrémistes - les populistes ont réussi à s'en emparer.

Ce chapitre m'a vraiment passionné, elle revient sur la notion de liberté - on a chacun sa propre définition mais cette liberté devient un enjeu politique entre les mains d'extrémistes de tout bord. Je me rappelle des "liberty fries" au lieu des "French Fries" - symbole de la colère des Américains de ne pas voir la France le suivre dans le bourbier iraquien.

Le deuxième chant porte sur l'art ou la notion de "liberté absolue" vient aujourd'hui se cogner aux nouvelles règles de société. le sujet est passionnant, nous avons, aussi tous un avis. Longtemps, l'artiste pouvait tout produire, tout exhiber, et parfois choquer la société. Aujourd'hui, il peut être soudainement attaqué. Elle cite ainsi deux artistes américains ayant voulu s'approprier des sujets brûlants (le génocide envers les tribus indiennes, symbolisé par le massacre de 38 indiens Dakota sous l'ère Lincoln, et l'autre en photographiant un cercueil représentant le jeune Emmett Till, symbole de la haine envers les Noirs). Mais les deux artistes voient leurs oeuvres fustigées par les représentants des deux nations. Ils ont voulu mettre en avant des tragédies, mais se retrouvent soudainement accusés de faire l'inverse. La question se pose en effet. L'art s'interprète de manière individuelle. Mais aujourd'hui, l'artiste a-t-il encore la liberté absolue ?

J'ai pensé évidemment aux nombreux ouvrages censurés en ce moment-même aux USA des bibliothèques scolaires.

Les autres chapitres sur la liberté sexuelle, et la liberté liée aux drogues m'attendent. Je prends mon temps, je note les références, je fais mes recherches.

Maggie Nelson demande du temps et son travail le vaut amplement.

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Quatre domaines

Dans cet essai, Maggie Nelson nous invite à réfléchir à notre quête de liberté autour de quatre domaines : l'art, la sexualité, l'addiction aux drogues et l'écologie. Sans décortiquer nos crises libertaires actuelles, ni proposer de solutions, l'auteure met en lumière les complexités que nos désirs de liberté soulèvent. le premier thème, suscité par l'invitation à une conférence, tourne autour de l'esthétique du soin. Ensuite le chapitre sur la liberté sexuelle se lit éclairé par le mouvement #MeToo et le joug de l'empowerment. La drogue est considéré par ses consommateurs comme un moyen d'échapper aux contraintes, de se sentir libre. L'auteure traite ici ce sujet au travers de la littérature. Et enfin, le chapitre le plus concret et intéressant selon moi est celui consacré à l'écologie. En partant de l'observation de son fils, Maggie Nelson a toutefois une vision assez sombre de l'avenir. Pour elle, le temps n'est plus d'arrêter le changement climatique mais de l'accepter et s'y préparer. L'acceptation est la seule liberté qui nous reste en ce domaine. La dichotomie homme/femme et la perception queer éclairent chaque chapitre.

Un essai complexe

La fin du livre recense un peu plus de cent pages de notes et de références. L'essai de Maggie Nelson est un ouvrage très travaillé et documenté. Cet essai philosophique, en s'attardant sur des sujets précis, des ambivalences, des visions paradoxales me paraît souvent éloigné de la question des libertés à laquelle je m'attendais, notamment sur les trois premiers thèmes. de toute évidence, je me suis sentie un peu plus concernée par l'avenir écologique de notre planète et j'ai apprécié le biais utilisé de la passion enfantine de son fils pour les trains. Mais cette partie reste bien pessimiste ( réaliste ?).

Environnement de l'écriture

Il faut dire que Maggie Nelson a commencé l'écriture de cet essai au début de l'ère Trump pour le terminer en pleine pandémie. Au mitan de sa vie, même si elle refuse de regarder le passé ou l'avenir, les blessures de l'Amérique et ses combats féministes la composent. Mère, elle a un regard angoissé sur l'avenir.

Penser à voix haute comme elle le fait ici par l'écriture exige de prendre en compte la pression que certaines idées exercent sur nous, de se laisser un temps d'adaptation afin qu'elles ne finissent pas par nous emprisonner. Ce texte ardu nécessite un temps de réflexion et une relecture de certains passages.


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Le sous-titre et les lectures d'autres livres de Maggie Nelson (Bleuets, Les argonautes, Jane et Une partie rouge) m'ont induite en erreur : « Quatre chants sur le soin et la contrainte » - peut-être est-ce le choix du mot « chant » - en tout cas je m'attendais initialement à quelque chose de plus fluide, poétique, facile à lire.

Elle a failli me perdre dans la première partie sur l'art, dont les développements me paraissaient parfois presque trop ardus, universitaires, puis finalement j'ai retrouvé sa capacité à tisser des liens fluides entre les concepts, les idées, les exemples - entre la pensée et la vie.

La pensée bondissante de Maggie Nelson me fait penser à une balle magique qui saute dans tous les sens, de son cerveau au mien et retour. C'est parfois un peu trop rapide, difficile à suivre, mais tellement stimulant ! Elle ne se contente jamais d'aucune évidence et va toujours creuser, gratter la surface des idées pour les dépasser, les approfondir, les questionner. Elle nous oblige à regarder dans le blanc des yeux nos paradoxes, à déterrer nos évidences.

J'ai trouvé que les liens entre les 4 parties du livre n'étaient pas toujours très évidents ou cohérents : ça part un peu dans tous les sens parfois et certains passages m'ont touché plus que d'autres mais c'est quand même brillant, dérangeant, tortueux. Maggie Nelson convoque d'autres théoricien.nes et penseur.ses dont certaines que j'adore (plaisir de lire les liens tissés avec la pensée de Paul Preciado ou d'Isabelle Stengers dans un autre domaine).

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Ce livre m'a été proposé à la lecture dans le cadre d'un Prix des lectrices. Il est évident que sans cela, je ne l'aurais jamais eu entre les mains.

Par temps de pandémie, écrire un essai sur la liberté, peut sembler opportuniste ou alors héroïque. C'est peut-être tout simplement nécessaire.

Quoi qu'il en soit, il faut s'accrocher car de la liberté est un essai ardu, parce que bourré de références que je ne possède pas. En cela, il ne me semble pas accessible à tous.

Bien qu'intéressant, je n'ai pas pu le lire d'une traite, d'ailleurs je n'ai pas tout lu, j'ai picoré des thématiques de-ci de-là.

Maggie Nelson aborde la notion de liberté à travers différents prismes. Elle convoque et déconstruit les débats du monde de l'art, l'héritage complexe de la libération sexuelle, les douloureux paradoxes de l'attrait du désespoir face au changement climatique.

Aucun doute, de la liberté est un livre intelligent, écrit par une auteure érudite, mais pas aisément abordable.

Bien qu'il m'ait sortie de ma zone de confort, je suis certaine que je continuerai à me plonger dans cet essai occasionnellement.

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critiques presse (4)
MadmoizellePresse
26 janvier 2022
Maggie Nelson nous force à toujours interroger, questionner, tordre les idées et concepts qu’on nous sert sans nous les expliquer. Toujours avec justesse, et en se référant à son expérience personnelle, Maggie Nelson nous donne des pistes qu’on choisit ou pas de prendre.
Lire la critique sur le site : MadmoizellePresse
LesInrocks
26 janvier 2022
Sept ans après le remarquable Les Argonautes, l’Américaine Maggie Nelson signe De la liberté, un essai qui mêle – et elle y excelle – théorie critique et écriture autobiographie afin de redonner du sens à cette notion qui génère beaucoup de confusion.
Lire la critique sur le site : LesInrocks
Telerama
24 janvier 2022
Qu’elle choisisse de traiter du deuil, de l’art ou du changement climatique, l’Américaine Maggie Nelson ne s’interdit aucune forme d’écriture, de la poésie à la non-fiction en passant par des ouvrages plus théoriques.
Lire la critique sur le site : Telerama
MadmoizellePresse
24 janvier 2022
Elle interroge sans juger les attentes liées à ce mot que beaucoup actuellement répètent sans savoir ce qu’il évoque, le confronte au soin, à la contrainte [...] et force même à s’interroger sur son propre rapport à la liberté.
Lire la critique sur le site : MadmoizellePresse
Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation

Plus un problème devient difficile à résoudre, plus il est tentant de l’ignorer. Si on l’ignore suffisamment longtemps, il finira par devenir insoluble. Renoncer peut alors ressembler à un soulagement, dans la mesure où, ne serait-ce que l’espace d’un instant, on se sent libéré des affres d’un effort voué à l’échec. Mais ce soulagement ne saurait durer, car le problème irrésolu ne fait que générer d’autres problèmes, de causer d’autres souffrances.

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La liberté est un processus par lequel on développe une pratique afin de se rendre indisponible pour la servitude.

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Les flics peuvent être dans notre tête, a écrit Boal, "mais les quartiers généraux de ces flics sont dans la réalité extérieure. Il est important de localiser à la fois les flics et leurs quartiers généraux".

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Prendre conscience des choix que nous avons dans ce domaine est une pratique de la liberté, qui mérite tout le temps qu’on peut lui consacrer.

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Personne sur terre n’a la liberté absolue de faire quoi que ce soit.

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