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Olivier Philipponnat (Préfacier, etc.)Patrick Lienhardt (Préfacier, etc.)
EAN : 9782070342518
288 pages
Éditeur : Gallimard (18/01/2007)
3.54/5   93 notes
Résumé :
Nice, 1920 un jeune médecin affamé, Dario, accepte de pratiquer un avortement clandestin sur une flamboyante aventurière new-yorkaise afin de sauver de la déchéance Clara, sa femme, et leur nourrisson. Une solution qui permet à ce fils de marchand vagabond et métèque de sang grec et italien de survivre, malgré l'indifférence de la clientèle chic de la ville. Multipliant les expédients durant quelques années passées à Nice, Dario a brusquement l'idée de génie qui l'a... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (17) Voir plus Ajouter une critique
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si-bemol
  21 avril 2020
Dario Asfar est un émigré, un “petit Levantin des ports et des bouges”. C'est à Paris, quinze ans auparavant, que cet étranger venu de Crimée a réussi, à force de privations, à mener à bien ses études de médecine. A trente-cinq ans, installé à Nice depuis quelques mois avec une épouse et un nouveau-né à sa charge, chaque jour est un nouveau combat pour la survie. Nous sommes en 1920 : pour la société française “bien-pensante”, les étrangers sont des métèques et les métèques de la vermine. Alors, pour Dario, les portes restent closes. Peu de clients - et qui ne le payent pas -, se nourrir est un défi, s'acquitter de son loyer, une gageure, envisager un meilleur avenir, une chimère.
Le désespoir, l'impérieuse nécessité de la survie, le désir de se ménager, en dépit de tout, une place au soleil parmi les hommes, l'ambition, l'intelligence et, par dessus tout, la haine et le mépris de soi et de ses origines, peuvent conduire un homme à des choix hasardeux… Ce sera d'abord, pour rendre service à sa logeuse - moyennant forte contrepartie - un avortement clandestin puis, de fil en aiguille, d'abus de faiblesse en escroqueries - pour s'élever toujours plus haut dans les sphères de la haute bourgeoisie qui l'a jadis rejeté, qu'il admire autant qu'il la méprise et sur qui il entend prendre sa revanche -, la manipulation des esprits et le dévoiement des consciences… comme un Faust moderne, machiavélique et sans scrupules qui devient peu à peu, pour cette clientèle huppée qui désormais l'adore, le maître de leurs âmes. Avant que ne tombent les masques, avant l'inévitable châtiment.
Il y a dans le personnage de Dario Asfar - au-delà du simple désir d'ascension sociale et de la pure cupidité - une telle volonté de revanche, de soumettre à sa volonté ceux qui l'ont si profondément humilié, une telle rage de vivre et de survivre, un tel pouvoir de séduction allié à une telle intelligence, et une telle noirceur qui peu à peu l'envahit et finalement le condamne que l'on ne peut qu'entrer en une forme d'empathie consternée avec cet homme qui, au départ, époux et père attentionné, médecin bienveillant, ne demandait rien d'autre que le simple droit de vivre et la possibilité de le faire dignement, avec ce bel amour qu'il portait à sa femme que pourtant il trahira et cette tendresse pour un fils qui apprendra à le haïr.
J'ai dévoré d'une traite et vraiment beaucoup aimé ce roman cruel, sombre et terriblement lucide dans lequel Irène Némirovsky donne la pleine mesure de son talent. L'élégance et la précision de son écriture, la profondeur de ses analyses psychologiques, la justesse de sa peinture de la grande bourgeoisie frivole, raciste et méprisante de son temps - qui, à force de dérèglements, de luxe et d'excès, souffre d'angoisses et de troubles nerveux -, autant que la restitution qu'elle nous offre de ce climat post-antidreyfusard de l'entre-deux-guerres, de sa haine de l'autre et de l'étranger (qui aura les conséquences que l'on sait et dont elle sera elle-même la victime en 1942), font du “Maître des âmes” l'un de ces romans à la force évocatrice tellement puissante que l'on sait, à peine les a-t-on refermés, qu'on les gardera pour longtemps en mémoire.
[Challenge Multi-Défis 2020]
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Marie2406
  14 mars 2021
Lorsque Dario Asfar jeune médecin trentenaire pose ses valises à Nice en 1920, il espère que très vite il pourra se faire une clientèle et « devenir quelqu'un » lui l'immigré juif venu de Crimée à 18 ans accompagné de sa jeune épouse de 15 ans, sans le sou et qui a du vivre toutes les humiliations et toutes les galères à Paris pour pouvoir décrocher son diplôme de médecine.
Mais alors que totalement endetté, sans même avoir de quoi s'acheter un morceau de pain, et au bord de se retrouver à la rue, il demande à sa logeuse qui est aussi prêteuse sur gages de lui prêter de l'argent, elle va le lui accorder mais contre un service.
Elle ne veut pas que l'enfant que porte sa belle-fille voit le jour, estimant son fils mal marié avec cette américaine sortie d'on ne se sait où.
Dario va accepter, ce qu'il ignore c'est que la jeune femme est la maitresse de Philippe Wardes un homme richissime en proie à des démons intérieurs.
Dario retourné à Paris va alors de connivence avec la jeune femme, sonder l'âme de Wardes.
Et peu à peu, il va devenir la coqueluche du Tout Paris de l'entredeux guerres.
Ils voudront tous venir s'allonger sur son canapé pour lui confier leurs secrets les plus intimes à lui « le maître des âmes ».
Oui Dario Asfar va devenir celui que tout le monde s'arrache, celui qui reçoit les plus grands, qui dine à la table des ambassadeurs, mais à quel prix ?
Un superbe livre aujourd'hui édité sous forme de roman mais qui lors de sa publication en 1939 était en fait un feuilleton pour la presse.
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CaroGalmard
  04 février 2020
Quand je lis rapidement un roman, soit qu'il est passionnant et j'ai du mal à le lâcher, soit il est ennuyeux et je suis pressée de passer au suivant.
Ce roman appartient hélas à la seconde catégorie.
Je l'avais commencé en toute confiance, ayant adoré Suite Française de la même autrice.
Mais là j'ai calé. Poussif. Poussiéreux. Avec des personnages à la psychologie surannée et exagérée, pour lesquels je n'ai réussi à avoir aucune empathie.
Pourtant je me régalais d'avance de faire la connaissance du Docteur des âmes. J'avais envie de découvrir son esprit retord, m'extasier de son machiavélisme et de la finesse de ses machinations. J'avais envie de me moquer de la naïveté de ses contemporains. Et toc bien fait pour ce richard qui se fait embobiner, comme un gosse par un camelot.
Mais rien. Je me suis retrouvée face à un homme pas bien épais, qui passe son temps à se regarder le nombril en pleurant sur son triste sort et la malédiction qui pèse sur sa vie. Certes il n'est pas né avec une cuillère en argent dans la bouche, mais comme il exerce le métier de médecin de manière malhonnête et pour de mauvaises raisons (l'argent) forcément, il ne risque pas de se retrouver avec le prix Nobel de médecine.
Outre son nombril, il passe aussi beaucoup de temps à regarder les jolies femmes, les intérieurs cossus et à rêver de moquettes épaisses et bibelots rares. Il me fait l'effet d'un corbeau.
Je n'ai donc pas réussi à le détester. Juste à le mépriser.
Certes, il reste la jolie plume de Irène Némirovsky qui vous transporte dans les années 20 et 30. Mais cela ne m'a pas suffi.
Alors, faut-il le lire ? Non. Je suis déçue comme si j'avais regardé un James Bond avec un méchant pas assez méchant. Préférez Suite Française de la même autrice.
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litolff
  11 mai 2010
Irène Némirovsky porte un regard impitoyable sur la société de son époque avec un style fourni et cette facilité à tracer des portraits d'une grande profondeur. Elle dissèque les doutes et les obsessions de ses personnages ambigus : un médecin juif obsédé par l'argent dont le seul but est de s'enrichir, et de s'élever par tous les moyens dans une société hypocrite et futile qui le rejette comme médecin, mais l'idolâtre, en exotique charlatan capable de soigner les âmes.
Un roman âpre, sombre et grinçant.
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Bel-Ami
  21 octobre 2015
Une plume fine bien qu'acerbe à certains égards, un flair indéniable pour peindre l'Homme dans toutes ces bassesses, sont autant de choses qui me font une fois encore saluer la mémoire de cette auteur, partie trop tôt ! Combien de romans, nouvelles ou simplement écrits aurait-elle pu nous laisser ? Pour ma part, ce roman possède pour plus grande richesse la palette de ses personnages, un amour inconditionnel, et une fatalité qui pourrait toucher tous les parents de ce monde !
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Citations et extraits (20) Voir plus Ajouter une citation
PatrijobPatrijob   30 mai 2021
Son visage était à la fois trop jeune et trop vieux pour son âge; elle avait plus de trente ans. Certains traits- le front, petit et bombé, sans rides, les paupières intactes, le sourire aux dents blanches, régulières, magnifiques, sa seule beauté- étaient d'une jolie fille, presque d'une adolescente, mais des mèches éparses dans ses cheveux crêpelés, mal coiffés, grisonnaient; les yeux bruns étaient tristes, ils avaient versé des larmes, veillé, contemplé la mort sur des visages aimés, attendu avec espoir, regardé avec courage; la bouche, au repos, était lasse, naïve et douloureuse.
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litolfflitolff   26 novembre 2010
Quand il rentrait chez lui au terme d'une longue journée de travail, avant de retrouver Clara, il lui arrivait d'attendre quelques instants au seuil de sa demeure. C'était la seule minute où il eût l'esprit libre. Chez lui, il trouverait la note du gaz et de l'électricité ; il compterait les vieilles dettes, il verrait les yeux de Clara, rouges et à demi fermés pour avoir trop cousu, la veille sous la lampe ; il se souviendrait que l'enfant avait besoin de souliers et lui-même d'un pardessus neuf. Il s'accordait une seconde de répit dans cette rue bruyante, en face de ce pont de fer ; il ne regardait plus ces pauvres arbres effeuillés, le brouillard de l'automne, les gens maussades et tristes qui se hâtaient ; il cessait d'avoir conscience de cette odeur de maladie et de misère dont il ne pouvait se débarrasser ; elle flottait sans cesse autour de lui et imprégnait ses vêtements. Il ne pensait à rien... Il ramassait ses forces, comme dans une bataille inégale où, si un instant encore la mort vous est épargnée et qu'on ne peut fuir, on serre dans sa main ses armes, on songe à un être chéri, et on se jette en avant, ayant compris enfin dans son coeur que l'on ne ménagerait rien, ayant accepté de perdre son âme s'il faut à ce prix gagner l'existence.
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PiertyMPiertyM   15 août 2015
Oui, vous tous, qui me méprisez, riches Français, heureux français, ce que je voulais, c'était votre culture, votre morale, vos vertus, tout ce qui est plus haut que moi, différent de la boue où je suis né!
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litolfflitolff   26 novembre 2010
- Comment voulez-vous que je vive ? s'écria-t-il, personne ne me connaît dans votre ville. Voici quatre mois quej'habite Nice.J'ai fait tous les sacrifices pour venir m'installer ici. A Paris, la fortune était à ma porte. Il ne fallait qu'attendre. (Il mentait. Il désirait la convaincre à tout prix .) Ici, je ne soigne que des Russes. Je ne connais que des émigrés affamés. Pas un Français ne m'appelle. Personne n'a confiance en moi. C'est ma figure, mon accent, je ne sais quoi, dit-il, et, en parlant, il passait la main sur ses cheveux de jais, ses maigres joues brunes, ses paupières aux longs cils de femme qui cachaient à demi des yeux durs et fiévreux.
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BoutonBouton   23 mars 2020
Comme il admirait Sylvie Wardes ! Comme il rôdait, ébloui, non seulement au seuil de sa richesse, mais de biens dont jusqu'ici il n'avait connu que le nom : la dignité, le désintéressement, une politesse exquise, la fierté qui abolit le mal en l'ignorant. "C'était cela qu'il était venu chercher en Europe, pensait-il. Cela, non pas seulement l'argent ou la réussite, non seulement une vie plus large, de bons lits, de chauds vêtements et de la viande chaque jour", songeait-il. "Oui, nous tous, qui me méprisez, riches Français, heureux Français, ce que je voulais, c'était votre culture, votre morale, vos vertus, tout ce qui est plus haut que moi, différent de moi, différent de la boue où je suis né !"
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Videos de Irène Némirovsky (4) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Irène Némirovsky
Suite française, un film franco-britannico-belge coécrit et réalisé par Saul Dibb, sorti en 2015. Il s'agit de l'adaptation du roman homonyme écrit par Irène Némirovsky en 1942.
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