AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
EAN : 9782070450817
192 pages
Éditeur : Gallimard (06/06/2013)

Note moyenne : 4.04/5 (sur 13 notes)
Résumé :
Pablo Neruda publie Estravagario, présenté en français sous le titre Vaguedivague, (le texte français est de Guy Suarès), en 1958. Il en parle comme d'une œuvre essentielle pour lui et insiste sur l'humour grave dont le rôle est d'exorciser la mort, voire de l'insulter avec la dérision qui minimise l'instant où la terre reprend ce qu'elle a donné.
Vaguedivague est, peut-on dire, une œuvre métaphysique, dans la mesure où elle tente l'esquisse d'une philosophie... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
paroles
  30 janvier 2015
Voilà des mois que je voyage avec Pablo Neruda. Je n'ai pu faire ce voyage d'une seule traite, mes escales furent nombreuses. Je n'arrive pas à me réjouir de cette rencontre, même si parfois je suis sensible à ses souvenirs réels ou imaginaires, à son humour, à son approche de la vie. Est-ce la traduction ?
Non, je ne dois pas de rejeter la faute sur autrui. Cela vient de moi, uniquement de moi. La métaphysique des mots me laisse embarrassée, stupide parfois. Je cherche mais ne trouve pas. Oui, je sais il ne faut pas chercher et se laisser porter par les mots. Mais là, rien ou si peu. Cependant, je refuse l'échec, je me promets d'y revenir plus tard et de chercher ailleurs, dans d'autres recueils, ce qui m'a échappé ici.
Commenter  J’apprécie          242
lglaviano
  01 novembre 2014
"Vaguedivague" de Neruda:
Je suis partiellement en désaccord avec la présentation de l'éditeur ci-dessus. En effet, (sauf si l'on attribue une "profondeur" insondable au matérialisme), plus qu'une oeuvre "profondément matérialiste", je trouve qu'il s'agit là d'une oeuvre débusquant l'esprit au coeur même de la matière-énergie: si elle "opère d'inlassables retours à la matière en cherchant à unir l'animé à l'immuable, le mouvement et la fixité", elle cherche même, selon moi, à conférer de la transcendance à l'inanimé, faisant entrer en fusion l'immanence et le sublime, l'instant et l'éternité, « dans cet espace d'une minceur effrayante où se produit la vie » [René Char].
C'est-à-dire qu'elle est À LA FOIS matérialiste et métaphysique, établissant un continuum entre tous les humains, puis entre l'humain et le vivant dans son ensemble, et entre le vivant et l'inerte, inspiré probablement (ou proche) de la vision du monde chamanique des amérindiens. Pour ce faire, Neruda souhaite "dilater" (selon le voeu de Marguerite Yourcenar, repris en épitaphe sur sa tombe à Mount Desert), -- et tente sur lui-même l'expérience d'élargir -- "le coeur et la conscience de l'homme à la mesure de toute la vie". Et même, dans une perspective tangentielle à l'oeuvre de Teilhard de Chardin, que celui-ci n'eût pas désavouée, j'en suis sûr, Neruda multiplie les traits d'union entre l'humain et la "biosphère" ensemble, l'univers tout entier tendu vers la "noosphère", à cela près que pour lui le transcendant se trouve au coeur de l'immanent et des éléments-briques du réel, distinct de lui mais non séparable.
Perspective métaphysique, s'il en est, mais n'oublions pas que ceci a lieu au sein d'un acte poétique qui distille une langue tout entière pétrie de silence, et de contemplation, infiniment belle et émouvante, ainsi que le dit si bien la critique précédente de "Pirouette0001" : pour elle je propose en citation l'un des poèmes du recueil qu'elle préfère, "Je demande le silence", en V.O. puis traduit par mes soins (car la traduction de la version française du livre me semble un peu trop loin de l'écriture de Neruda).
Dans ce poème magnifique, véritable testament, le poète prépare son voyage du "grand saut" en faisant l'inventaire de son bagage essentiel. Les premiers vers de ce poème ont d'ailleurs été repris sur une stèle à la mémoire de Don Pablo devant sa maison à Santiago (à voir ici dans la collection de photos). Mais la visée est tout sauf égocentrique ou apitoyée sur soi, même si une irrépressible nostalgie pour la beauté de la vie s'y laisse entendre, car ce faisant Neruda défriche pour nous les broussailles de la grande frontière, et ouvre un chemin pour un deuil acceptable... Ce poème est emblématique de la démarche de tout le recueil, et il rappelle les mots de conclusion de son "Chant général" (à voir ici aussi en citation à la page consacrée à ce maître-livre).

■ Helgé alias lglaviano
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          70
Pirouette0001
  09 novembre 2013
Quelle douceur ! Quelle beauté des mots, des sentiments ! Quelle tristesse aussi ! Quelle tristesse malheureusement lucide ! J'ai particulièrement aimé "Trop de noms", "Je demande le silence", "Soliloque dans les ténèbres" et tant d'autres. A lire en prenant le temps de savourer chacune des perles qui nous sont offertes.
Commenter  J’apprécie          141


critiques presse (1)
Lhumanite   30 septembre 2013
C'est [...] la réalité de l’homme américain du Sud tel que l’ont façonné un ciel, un sol, un climat, une histoire, qui est le véritable héros de ce livre –, voici aujourd’hui Vaguedivague, recueil de 1958 qui mêle souvenirs, expériences, voyages.
Lire la critique sur le site : Lhumanite
Citations et extraits (68) Voir plus Ajouter une citation
Fabinou7Fabinou7   18 janvier 2021
“je ne veux pas être fatigué tout seul

je veux que tu te fatigues avec moi

comment ne pas se sentir fatigué

d’une certaine cendre qui tombe

sur les villes en automne,

quelque chose qui déjà ne veut plus flamber 
et qui s’amoncelle sur les vêtements 
et petit à petit tombe

décolorant les coeurs.

Je suis fatiguée de la mer dure

et de la terre mystérieuse.

Je suis fatigué des poules :

nous n’avons jamais sur ce qu’elles pensent,

et elles nous regardent avec des yeux secs

sans nous accorder d’importance.

Je t’invite à nous lasser

d’un coup de tant de choses,

des mauvais apéritifs

et de la bonne éducation.

Fatiguons-nous de ne pas aller en France,

fatiguons-nous d’au moins

un ou deux jours de la semaine

qui s’appellent toujours par le même nom

tels les plats sur la table

et qui nous font lever, pourquoi ?

et qui nous couchent sans gloire.

Disons enfin la vérité,

que nous n’avons jamais été d’accord

avec ces jours comparables

aux mouches et aux chameaux.

J’ai vu quelques monuments

érigé aux titans,

aux baudets de l’énergie.

Vous les avez là sans bouger

avec leurs épées à la main

sur leurs tristes chevaux.

Je suis las de leurs statues.

Je n’en peux plus de tant de pierre.

Si nous continuons ainsi à remplir

le monde d’immobiles

comment vont vivre les vivants ?

Je suis las du souvenir.

Je veux que l’homme lorsqu’il naîtra

respire les fleurs nues

la terre fraîche, le feu pur,
et non ce que tous ont respiré.

Laissez en paix ceux qui naissent !

Laissez la place pour qu’ils vivent !

Ne pensez pas tout à leur place,

ne leur lisez pas le même livre,

laissez-les découvrir l’aurore

et donner un nom à leurs baisers.

Je veux que tu te lasses avec moi

de tout ce qui est bien fait.

De tout ce qui nous vieillit.

De tout ce qu’ils ont préparé

pour fatiguer les autres.

Lassons-nous de ce qui meurt

et de ce qui ne veut pas mourir."

(poème “Une certaine fatigue”) 

+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          290
lglavianolglaviano   01 novembre 2014
JE DEMANDE LE SILENCE
en Outrevague-abonde*,
(ou Vague à lames/vagues à larme, ou Extravagueur, ou Extravagantaire)

Chut! S’il-vous-plaît
Laissez-moi tranquille à présent.
Maintenant habituez-vous sans moi.
Je vais fermer les yeux.
Je veux seulement cinq choses,
cinq racines préférées.

Une est l’amour sans fin.

La deuxième c’est voir l’automne.
Je ne peux être si les feuilles
ne volent ni ne retournent à la terre.
La troisième c’est le grave hiver,
la pluie que j’aimai, la caresse
du feu dans le froid sauvage.
En quatrième lieu l’été
rebondi comme une pastèque.
La cinquième ce sont tes yeux,
Mathilde mienne, ma bien-aimée,
je ne veux pas dormir sans tes yeux,
je ne veux pas être sans ton regard:
je change le printemps
pour que toi tu me regardes encore.

Mes amis, c’est tout ce que je veux.
Ce n’est presque rien et c’est presque tout.
À présent, vous pouvez partir si vous voulez**.

J’ai tant vécu tout un jour♠
que vous aurez à m’oublier de force,
en m’effaçant de l’ardoise:
mon cœur fut interminable.
Mais si je demande le silence,
n’allez pas croire que je vais me mourir:
il m’arrive tout le contraire:
il advient que je vais me vivre.

Il se passe que je suis et que je suis♦.

Pourrais-je ne pas être, en effet,
sans qu’au dedans de moi ne croissent les céréales,
d’abord les grains qui gercent
la terre pour voir la lumière,
mais la terre mère est obscure :
et dedans moi je suis obscur :
je suis comme un puits
sur les eaux duquel
la nuit dépose ses étoiles
et puis solitaire s’en va battre la campagne. ♣

En fait, j’ai tant vécu
que je veux vivre encore.
Jamais je ne me suis senti si bruissant,
jamais je n’ai contenu tant de baisers.

Maintenant, comme toujours, il est tôt.
Vole la lueur avec ses abeilles

Laissez-moi seul avec le jour.
Je sollicite la permission de naître.

Traduction: Helgé, alias lglaviano.

NOTES DU TRADUCTEUR:

**Ou bien, l’inverse: Maintenant, si vous le voulez bien, partez.

♠Ceci est un “solécisme” volontaire: soit on coupe selon la grammaire: “He vivido tanto // que un día tendrán que olvidarme”: J’ai tant vécu //qu’un jour vous devrez m’oublier; ou mieux, on coupe selon la poésie: “He vivido tanto que un día // tendrán que olvidarme por fuerza”: J’ai vécu autant (aussi longtemps) qu’un jour//si bien que vous devrez m’oublier par force. En fait, j’ai mélangé les 2, pour ne pas trop torturer la syntaxe tout en maintenant son sens plénier au jour, mis en valeur par sa pré-position en fin de vers, par contre-rejet.

♦C'est-à-dire: être et suivre, poursuivre.
Ou bien, moins fort: « Il se trouve que je suis et continue »,
ou: « que je vis et sur-revis »;
ou encore: « Oui. Je suis et (pour) suis »;
ou même carrément : « Je suis Celui qui suis »...

♣Ou bien, plus simple, mais moins joli :
« et continue seule à travers champs. »



+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          40
lglavianolglaviano   01 novembre 2014
PIDO SILENCIO
en Estravagario*,

Pablo Neruda

« Pido Silencio
Ahora me dejen tranquilo.
Ahora se acostumbren sin mí.
Yo voy a cerrar los ojos
Y sólo quiero cinco cosas,
cinco raíces preferidas.

Una es el amor sin fin.

Lo segundo es ver el otoño.
No puedo ser sin que las hojas
vuelen y vuelvan a la tierra.
Lo tercero es el grave invierno,
la lluvia que amé, la caricia
del fuego en el frío silvestre.
En cuarto lugar el verano
redondo como una sandía.
La quinta cosa son tus ojos,
Matilde mía, bienamada,
no quiero dormir sin tus ojos,
no quiero ser sin que me mires:
yo cambio la primavera
por que tú me sigas mirando.

Amigos, eso es cuanto quiero.
Es casi nada y casi todo.
Ahora si quieren se vayan.

He vivido tanto que un día
tendrán que olvidarme por fuerza,
borrándome de la pizarra;
mi corazón fue interminable.

Pero porque pido silencio
no crean que voy a morirme:
me pasa todo lo contrario:
sucede que voy a vivirme.

Sucede que soy y que sigo.

No será, pues, sino que adentro
de mí crecerán cereales,
primero los granos que rompen
la tierra para ver la luz,
pero la madre tierra es oscura:
y dentro de mí soy oscuro:
soy como un pozo
en cuyas aguas
la noche deja sus estrellas
y sigue sola por el campo.

Se trata de que tanto he vivido
que quiero vivir otro tanto.

Nunca me sentí tan sonoro,
nunca he tenido tantos besos.

Ahora, como siempre, es temprano.
Vuela la luz con sus abejas.

Déjenme solo con el día.
Pido permiso para nacer. »

NOTE DU TRADUCTEUR/

*Chez Messieurs Nrf Gallimard et Guy Suarès, ils ont traduit ce nom de lieu, de pure Forgerie Nerudienne, Estravagario, par : “Vaguedivague”... Pas mal! Mais je propose: “Outrevague-abonde”, version à la fois plus proche de l'original et peut-être plus rêveuse, je trouve, avec quelque vague mystère de Soulages (Outrenoir), porte ouverte sur l’ailleurs... et aussi une allusion à l’outre-tombe, qui accentue justement le caractère testamentaire de ce recueil et de ce texte. Et vous, qu'en pensez-vous?




+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          50
coco4649coco4649   08 décembre 2014
LE PARESSEUX


Des choses de métal continueront à
voyager entre les étoiles,
des hommes exténués monteront,
violenteront la douce lune
et là-bas fonderont leurs pharmacies.

En ce temps de plein raisin
le vin commence sa vie
entre la mer et les cordillères.

Au Chili les cerises dansent,
les obscures jeunes filles chantent,
et l’eau brille sur les guitares.

Le soleil touche toutes les portes
et fait des miracles avec le blé.

Le premier vin est rosé,
il est doux comme un enfant tendre,
le second vin est robuste
comme la voix d’un marin
et le troisième vin est une topaze,
un coquelicot et un incendie.

Ma maison a mer et terre
ma femme a de grands yeux
couleur de noisette sylvestre,
lorsque la nuit vient la mer
s'habille de blanc et de vert
et la lune ensuite sur l’écume
rêve comme une fiancée marine.

Je ne veux changer de planète.

p.163-164
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          120
parolesparoles   01 février 2015
Je suis las du souvenir.

Je veux que l'homme lorsqu'il naîtra
respire les fleurs nues,
la terre fraîche, le feu pur,
et non ce que tous ont respiré.

Laissez la place pour qu'ils vivent !
Ne pensez pas tout à leur place,
ne leur lisez pas le même livre,
laissez-les découvrir l'aurore
et donner un nom à leurs baisers.

Je veux que tu te lasses avec moi
de tout ce qui est bien fait.
De tout ce qui nous vieillit.
De tout ce qu'ils ont préparé
pour fatiguer les autres.

Lassons-nous de ce qui meurt
et de ce qui ne veut pas mourir.


"Une certaine fatigue" - extrait
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          160

Videos de Pablo Neruda (18) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Pablo Neruda
Bruno Doucey et Murielle Szac sont invités par l'université permanente de Nantes pour une conférence à l'occasion de la sortie du roman "Pablo Neruda – Non à l'humanité naufragée" (Actes Sud Junior).
Réalisation © Thibault Grasset
autres livres classés : littérature chilienneVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

Testez vos connaissances en poésie ! (niveau difficile)

Dans quelle ville Verlaine tira-t-il sur Rimbaud, le blessant légèrement au poignet ?

Paris
Marseille
Bruxelles
Londres

10 questions
906 lecteurs ont répondu
Thèmes : poésie , poèmes , poètesCréer un quiz sur ce livre