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EAN : 9782878589764
173 pages
Viviane Hamy (04/05/2017)
3.84/5   32 notes
Résumé :
Oise, 1975. Tuân, la quarantaine, se souvient de son enfance indochinoise. Orphelin dès son jeune âge, élevé par son grand-père, il fut, à la mort de celui-ci, recueilli par sa tante. Mais son oncle obligea sa femme et ses enfants à le suivre pour rejoindre l’armée populaire. Tuân fut alors séparé de sa cousine, dont il était très proche.
Si malgré toutes ces pertes Tuân est resté debout, c’est grâce à son amour immodéré du français, appris à l’école. Cette p... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (13) Voir plus Ajouter une critique
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Jeune Vietnamien en son pays dans les années cinquante, Tuan endure une double peine. Il voit la guerre déchirer les siens, tandis que lui s'est épris de la culture de cet envahisseur dont le Viet Nam tente de s'affranchir. Tuan éprouve une passion enflammée pour la littérature façonnée à la langue française. Pour ses concitoyens submergés par la vague communiste, Tuan est un traitre à sa culture.

Solitaire au coeur pacifiste, on ne lui connaît d'autre amitié qu'une française à demi invalide, dont le mari a perdu la vie dans ce pays qu'elle n'envisage dès lors plus de quitter.

Tuan connaît la France non comme une puissance coloniale mais comme le creuset d'une culture qui réjouit son coeur avec les intonations mélodieuses de sa langue. Musicalité qu'il ne retrouve pas dans sa langue natale. Écrivains et poètes de cette culture vénérée, avec une prédilection pour Gérard de Nerval, le transportent dans l'atmosphère des romantiques, en ce pays qui les a vus naître et qu'il ne connaît que par leurs oeuvres. Fresques éthérées de paysages qu'il idéalise au travers de leurs poèmes et lui font envisager l'exil comme le chemin vers l'Éden. Oubliant toutefois que la hauteur de l'inspiration de ces orfèvres de la langue trouvait trop souvent son souffle sur les solitudes arides de la privation de reconnaissance de leur art. Solitude et remords qu'il pourrait bien éprouver lui aussi dans l'expatriation qu'il choisira.

Le style quelque peu puéril de ce texte nous implique à la naïveté d'un être pur. Il voudrait trouver dans les sonorités d'une langue un prélude à l'harmonie des hommes entre eux. Bel hommage à la langue française dans ce roman doux amer. Tragédie de l'écartèlement entre le devoir et les aspirations.

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Au moment de commencer ce deuxième roman de Hoai Huong Nguyen (qui avait remporté le Prix Première en 2013 pour L'ombre douce, l'année où je faisais partie de ce jury de lecteurs), je ne vous cache pas que j'avais un peu d'appréhension : allais-je l'aimer autant que le premier ? D'autant que l'auteure a eu la grande gentillesse de me l'envoyer… la pression était forte. Et la magie a opéré dès les premières pages, grâce à la puissance évocatrice de l'écriture d'Hoai Huong…

Si le héros de Sous le ciel qui tombe se laisse approcher moins facilement au début du roman (normal, il est enfermé dans sa douleur d'exilé), on s'attache à lui quand on retourne avec lui dans son village natal, au sein de sa famille qui vit unie, sous la protection des dieux et l'autorité bienveillante du grand-père. le plaqueminier au centre du jardin (un arbre à kaki) est le symbole de cette présence positive des esprits familiers. Mais un jour, les parents du jeune Tuân sont assassinés par des voleurs ; le grand-père prend le relais de l'éducation du garçon mais meurt quelques années plus tard, le laissant aux soins de sa tante Anh. L'adolescent poursuit ses études, axées sur le français, une langue (celle des colonisateurs) découverte grâce à son instituteur et dont il est tombé amoureux au travers de la poésie de Gérard de Nerval notamment. Les années d'insouciance sont cependant envolées, l'ombre de ses proches défunts poursuit Tuân et le pays est peu à peu miné par la révolte violente menée par le Viêt-minh contre les colons français. le mari d'Anh, recruté par les communistes, emmène toute sa famille dans le Nord, vers un avenir incertain bien que proclamé glorieux. Une perte de plus pour Tuân.

Si la bataille de Dien Bien Phu était au centre du premier livre de la romancière, ici c'est à ses prémices et surtout aux années suivantes qu'Hoai Huong Nguyen s'intéresse : tandis que le Viêt-minh établit une collectivisation brutale et exécute tous les opposants possibles au Nord, le Sud reste instable malgré le soutien des Français puis des Américains. le Nord du pays cherche à tout prix à conquérir le Sud : il y réussit presque en 1968, en attaquant la ville de Huê en pleine nuit du Têt (Nouvel an). C'est là que Tuân est pris au piège d'une bataille atroce, il est le témoin d'horribles massacres qui le touchent de très près. de retour à Saïgon, il obtient l'asile en France et s'exile pour toujours.

Le roman alterne entre la forêt de Chantilly, lieu prisé de Gérard de Nerval et donc de Tuân, qui s'y promène régulièrement, et le Vietnam de son enfance, de sa jeunesse. En ce jour de mars 1975 où Tuân cherche les premières jonquilles, les fantômes du passé se révèlent particulièrement douloureux. Mais les mots des poètes l'accompagnent aussi, des mots qui, tout au long de son existence, l'ont aidé à traverser le deuil, la séparation, la violence et dont il recherche toujours les meilleurs accords rimés, en quête d'une improbable résilience.

Ici encore, Hoai Huong Nguyen a l'art d'évoquer des événements déchirants avec une infinie délicatesse. Comme son héros, elle n'est jamais dans la haine, elle observe et convoque la nature, les arbres, les fleurs, l'eau, pour adoucir la peine et maintenir vivant le souvenir du pays natal. Son écriture est parfumée de réglisse, d'encens et d'épices, elle est même multi-sensorielle, nous invitant à nous laisser réconforter par le toucher de l'écorce d'un arbre, à deviner les lignes apaisantes des rizières et des collines, à suivre les silhouettes qui se dessinent dans la brume. Un aller-retour entre France et Vietnam dont je me plais à penser qu'il reflète le propre parcours et le même amour des mots de la romancière et poétesse, même si elle est née en France un an après le moment où commence le roman.


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Thuan marche dans la forêt de Chantilly, il se remémore son enfance au Vietnam. Ses parents sont morts assassinés alors qu'il était petit. Son grand-père, sa famille se sont occupés de lui. Son grand-père à tout prévu pour qu'il puisse suivre des études. Il se passionne pour la langue française et la littérature. Passion qu'il partage avec sa cousine. Un jour son oncle décide de partir dans le nord pour combattre auprès de son troupes révolutionnaires, pour lui Thuan est un traitre car il parle la langue des colonisateurs. C'est ainsi qu'il se sent à nouveau abandonné...

Tout au long de ce cheminement physique dans la forêt, il chemine aussi mentalement. L'auteure nous fait partager habilement sa réflexion qui évolue au fil des heures...

Pourquoi cette marche ? Ou va-t-il ? Comment est-il arrivé en France ? La construction du texte est superbement orchestrée.

Quelle belle écriture poétique même les horreurs sont peuvent paraître supportables grâce aux descriptions subtiles.

À lire, voici une pépite à ne pas manquer...

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Un roman magnifique qui parle de la beauté de la langue et de la littérature française quand elle se révèle être un pont entre deux cultures et une planche de salut pour Tuân réfugié vietnamien fuyant la guerre de son pays. L'auteur nous raconte son parcours, le tout desservi par une belle écriture poétique avec des descriptions soignées et des retours en arrière. Elle parle de l'enfance et de la force des mots et de l'absurdité des conflits. C'est une histoire pleine d'humanité malgré les apparences. L'auteur sait assurément nous captiver et émouvoir. J'ai beaucoup aimé.

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Quelle découverte magnifique! Outre la poésie présente à chaque page, j'ai trouvé là une merveilleuse analyse de la langue française comparée à la langue vietnamienne, des descriptions splendides de France et du Vietnam. C'est aussi un réquisitoire contre la guerre, qui hante le coeur des hommes, qui détruit et salit les plus beaux souvenirs d'enfance.

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Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation

Au bout du quai, Tuân s’appuyait sur un parapet. Sous ses yeux, l’eau s’animait d’une vie surnaturelle ; elle charriait des flots obscurs et emportait avec elle les songes des promeneurs. Ses pensées se mêlaient au flux des vagues et à leur murmure secret. Sur la rivière, le reflet des étoiles ressemblait aux fleurs pâles d’une tapisserie ancienne – à maints endroits, le tissu avait vieilli, l’or s’était altéré, le fil avait disparu, décousant les motifs autrefois tissés, rendant invisible l’image qui ornait le ciel ; mais, à travers ces traces, le regard pouvait rechercher dans le noir l’énigme des formes enfuies. (p. 82-83)

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Lorsque le vieil homme se tenait debout à regarder la lumière déclinante sur le riz mûr, Tuan n'aurait pas été surpris de voir ses bras s'allonger en branches vers le ciel et ses jambes plonger leur racines dans la terre. Il y aurait eu dans cette métamorphose une simple continuité naturelle, un accomplissement des desseins célestes.

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Sa tâche était ingrate, car, pour transposer ce terme d'affaires en vietnamien, le mot việc lui semblait un peu besogneux, truyện trop littéraire, dồ imprécis. Ce vocabulaire appartenait à une tradition différente - celle de Nguyen Du et de Han Mac Tu, de sorte que traduire était toujours transformer ; il n'y avait pas de solution à la difficulté, si ce n'était l'évitement, la moindre maladresse. En faisant ce travail, Tuân se rappelait parfois les mots de son oncle, qui lors de son départ pour le Nord, l'avait accusé d'être un traître à la patrie. Pour Chinh, le français n'était que la langue de l'ennemi, marquée par la honte de la colonisation. Mais pour Tuân, c'était aussi la langue des Lumières, celle de Julie et de Saint-Preux, où se reflétait une musique pure. Il était peut-être un Việt gian, mais il ne se sentait pas plus traître que ses traductions. Tuân était amoureux de la langue française d'une façon indéfectible.

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D'un geste de la main, il effleura une branche de hêtre et il en sentit la douceur dans la pureté de l'air. Il était toujours ébloui par cette énergie secrète, cette vigueur indicible et ardente. Les brindilles luisaient à la manière d'une laque ornée de nacre ; leur couleur délicate fit venir à son esprit la maison de son grand-père. C'était il y a si longtemps qu'il n'en gardait qu'une image incertaine, un rêve infusé dans les eaux noires de l'oubli. Pourtant, à mesure que refluaient ses souvenirs, le passé renaissait en lui aussi clair que le jour.

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Il n'était plus seulement lui-même, mais, par un effet de balancier, il était devenu cette petite fille qui s'éloignait dans la carriole et dont l'âme venait habiter son propre corps.

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Videos de Hoai Huong Nguyen (3) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Hoai Huong Nguyen
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