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ISBN : 2878589769
Éditeur : Viviane Hamy (04/05/2017)

Note moyenne : 4.27/5 (sur 15 notes)
Résumé :
Si le choix de la langue des colonisateurs fait de Tuân un " traître ", il signe également son destin : son amour du français et de la poésie de Gérard de Nerval sera son refuge au cœur des atrocités qu'il va vivre dans un Vietnam exsangue, déchiré par la guerre et la partition.

Ce roman est une navigation enchantée entre les verts paradis des amours enfantines et un présent douloureux, qui convoque les parfums les plus subtils de l'Orient et compose... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
adtraviata
  04 juin 2017
Au moment de commencer ce deuxième roman de Hoai Huong Nguyen (qui avait remporté le Prix Première en 2013 pour L'ombre douce, l'année où je faisais partie de ce jury de lecteurs), je ne vous cache pas que j'avais un peu d'appréhension : allais-je l'aimer autant que le premier ? D'autant que l'auteure a eu la grande gentillesse de me l'envoyer… la pression était forte. Et la magie a opéré dès les premières pages, grâce à la puissance évocatrice de l'écriture d'Hoai Huong…
Si le héros de Sous le ciel qui tombe se laisse approcher moins facilement au début du roman (normal, il est enfermé dans sa douleur d'exilé), on s'attache à lui quand on retourne avec lui dans son village natal, au sein de sa famille qui vit unie, sous la protection des dieux et l'autorité bienveillante du grand-père. le plaqueminier au centre du jardin (un arbre à kaki) est le symbole de cette présence positive des esprits familiers. Mais un jour, les parents du jeune Tuân sont assassinés par des voleurs ; le grand-père prend le relais de l'éducation du garçon mais meurt quelques années plus tard, le laissant aux soins de sa tante Anh. L'adolescent poursuit ses études, axées sur le français, une langue (celle des colonisateurs) découverte grâce à son instituteur et dont il est tombé amoureux au travers de la poésie de Gérard de Nerval notamment. Les années d'insouciance sont cependant envolées, l'ombre de ses proches défunts poursuit Tuân et le pays est peu à peu miné par la révolte violente menée par le Viêt-minh contre les colons français. le mari d'Anh, recruté par les communistes, emmène toute sa famille dans le Nord, vers un avenir incertain bien que proclamé glorieux. Une perte de plus pour Tuân.
Si la bataille de Dien Bien Phu était au centre du premier livre de la romancière, ici c'est à ses prémices et surtout aux années suivantes qu'Hoai Huong Nguyen s'intéresse : tandis que le Viêt-minh établit une collectivisation brutale et exécute tous les opposants possibles au Nord, le Sud reste instable malgré le soutien des Français puis des Américains. le Nord du pays cherche à tout prix à conquérir le Sud : il y réussit presque en 1968, en attaquant la ville de Huê en pleine nuit du Têt (Nouvel an). C'est là que Tuân est pris au piège d'une bataille atroce, il est le témoin d'horribles massacres qui le touchent de très près. de retour à Saïgon, il obtient l'asile en France et s'exile pour toujours.
Le roman alterne entre la forêt de Chantilly, lieu prisé de Gérard de Nerval et donc de Tuân, qui s'y promène régulièrement, et le Vietnam de son enfance, de sa jeunesse. En ce jour de mars 1975 où Tuân cherche les premières jonquilles, les fantômes du passé se révèlent particulièrement douloureux. Mais les mots des poètes l'accompagnent aussi, des mots qui, tout au long de son existence, l'ont aidé à traverser le deuil, la séparation, la violence et dont il recherche toujours les meilleurs accords rimés, en quête d'une improbable résilience.
Ici encore, Hoai Huong Nguyen a l'art d'évoquer des événements déchirants avec une infinie délicatesse. Comme son héros, elle n'est jamais dans la haine, elle observe et convoque la nature, les arbres, les fleurs, l'eau, pour adoucir la peine et maintenir vivant le souvenir du pays natal. Son écriture est parfumée de réglisse, d'encens et d'épices, elle est même multi-sensorielle, nous invitant à nous laisser réconforter par le toucher de l'écorce d'un arbre, à deviner les lignes apaisantes des rizières et des collines, à suivre les silhouettes qui se dessinent dans la brume. Un aller-retour entre France et Vietnam dont je me plais à penser qu'il reflète le propre parcours et le même amour des mots de la romancière et poétesse, même si elle est née en France un an après le moment où commence le roman.
Lien : http://desmotsetdesnotes.wor..
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MelleFifi
  28 mai 2017
Thuan marche dans la forêt de Chantilly, il se remémore son enfance au Vietnam. Ses parents sont morts assassinés alors qu'il était petit. Son grand-père, sa famille se sont occupés de lui. Son grand-père à tout prévu pour qu'il puisse suivre des études. Il se passionne pour la langue française et la littérature. Passion qu'il partage avec sa cousine. Un jour son oncle décide de partir dans le nord pour combattre auprès de son troupes révolutionnaires, pour lui Thuan est un traitre car il parle la langue des colonisateurs. C'est ainsi qu'il se sent à nouveau abandonné...
Tout au long de ce cheminement physique dans la forêt, il chemine aussi mentalement. L'auteure nous fait partager habilement sa réflexion qui évolue au fil des heures...
Pourquoi cette marche ? Ou va-t-il ? Comment est-il arrivé en France ? La construction du texte est superbement orchestrée.
Quelle belle écriture poétique même les horreurs sont peuvent paraître supportables grâce aux descriptions subtiles.
À lire, voici une pépite à ne pas manquer...
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myriampele
  20 août 2017
Quelle découverte magnifique! Outre la poésie présente à chaque page, j'ai trouvé là une merveilleuse analyse de la langue française comparée à la langue vietnamienne, des descriptions splendides de France et du Vietnam. C'est aussi un réquisitoire contre la guerre, qui hante le coeur des hommes, qui détruit et salit les plus beaux souvenirs d'enfance.
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litolff
  01 janvier 2019
Tuan, jeune orphelin vietnamien francophone assiste impuissant à la mort de tous ses proches et à la destruction de la ville de Huė par les forces vietcong. Des années plus tard, à Chantilly, la poésie de Nerval l'aide à se remémorer les terribles événements qui l'ont poussé à quitter le Vietnam.
Une déambulation nostalgique et poétique au coeur du Vietnam a feu et à sang.
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photomum01
  26 octobre 2017
Tuân, originaire du Vietnam, se ballade dans la forêt de Chantilly, à pas lents et mesurés, il distille ainsi au lecteur ses souvenirs d'enfance et l'histoire tourmentée de sa famille...
Tuân a toujours aimé la langue française, qui a ses yeux est très riche en nuances et qu'il a affectionné très jeune, notamment l'oeuvre poétique de Gérard de Nerval, ce qui lui a valu quelques problèmes lors de la guerre d'Indochine...
Des femmes ont marqué sa vie... Sa cousine Tiên, partie au nord du pays parce que son père s'était engagé dans la lutte armée; son amie Eliane, française âgée, malvoyante, qui l'embauche lorsqu'il est étudiant, pour lui servir de guide et avec laquelle il a gardé des liens d'amitié très forts...
Tuân quittera son pays avec un sentiment de culpabilité intense car il n'a pu sauvé certains membres de sa famille, la nature et l'écriture apaisent ce sentiment et ses pensées suicidaires...
Ce roman déroule au fil des pages la mémoire de ce anti héros et l'histoire de son pays meurtri, qu'il a choisi de quitter après avoir vécu des événements dramatiques dont le décès de ses parents puis de son grand père ainsi que d'autres membres de sa famille ( nièce, cousine, enfants... ).
L'écriture est poétique, les émotions sont fortes et malgré les horreurs décrites c'est une ode à la beauté, la nature et à la vie.
Un formidable récit, à lire sans attendre.
" Avait-il un voile dans la voix, une fêlure, une clarté -
A l'ombre des frangipanes, ton âme allait - elle vers le ciel
Tourterelle grise sur les fleuves aromatiques
Parmi les jonquilles, et les lierres d'azur
Au coeur des pâquerettes étoilées "
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Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
adtraviataadtraviata   04 juin 2017
Au bout du quai, Tuân s’appuyait sur un parapet. Sous ses yeux, l’eau s’animait d’une vie surnaturelle ; elle charriait des flots obscurs et emportait avec elle les songes des promeneurs. Ses pensées se mêlaient au flux des vagues et à leur murmure secret. Sur la rivière, le reflet des étoiles ressemblait aux fleurs pâles d’une tapisserie ancienne – à maints endroits, le tissu avait vieilli, l’or s’était altéré, le fil avait disparu, décousant les motifs autrefois tissés, rendant invisible l’image qui ornait le ciel ; mais, à travers ces traces, le regard pouvait rechercher dans le noir l’énigme des formes enfuies. (p. 82-83)
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sophietaamsophietaam   07 mars 2018
Sa tâche était ingrate, car, pour transposer ce terme d'affaires en vietnamien, le mot việc lui semblait un peu besogneux, truyện trop littéraire, dồ imprécis. Ce vocabulaire appartenait à une tradition différente - celle de Nguyen Du et de Han Mac Tu, de sorte que traduire était toujours transformer ; il n'y avait pas de solution à la difficulté, si ce n'était l'évitement, la moindre maladresse. En faisant ce travail, Tuân se rappelait parfois les mots de son oncle, qui lors de son départ pour le Nord, l'avait accusé d'être un traître à la patrie. Pour Chinh, le français n'était que la langue de l'ennemi, marquée par la honte de la colonisation. Mais pour Tuân, c'était aussi la langue des Lumières, celle de Julie et de Saint-Preux, où se reflétait une musique pure. Il était peut-être un Việt gian, mais il ne se sentait pas plus traître que ses traductions. Tuân était amoureux de la langue française d'une façon indéfectible.
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itzamnaitzamna   28 juillet 2017
D'un geste de la main, il effleura une branche de hêtre et il en sentit la douceur dans la pureté de l'air. Il était toujours ébloui par cette énergie secrète, cette vigueur indicible et ardente. Les brindilles luisaient à la manière d'une laque ornée de nacre ; leur couleur délicate fit venir à son esprit la maison de son grand-père. C'était il y a si longtemps qu'il n'en gardait qu'une image incertaine, un rêve infusé dans les eaux noires de l'oubli. Pourtant, à mesure que refluaient ses souvenirs, le passé renaissait en lui aussi clair que le jour.
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MelleFifiMelleFifi   21 mai 2017
Il n'était plus seulement lui-même, mais, par un effet de balancier, il était devenu cette petite fille qui s'éloignait dans la carriole et dont l'âme venait habiter son propre corps.
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adtraviataadtraviata   04 juin 2017
Ce mot [affaires] semblait avoir traversé le temps, depuis l’âge classique jusqu’au siècle des Lumières, de la maison du grand Condé à l’ermitage de Montmorency, pour arriver sur sa feuille ; c’était comme un coquillage ballotté dans l’océan et déposé sous son regard : il pouvait en admirer l’enveloppe miraculeusement intacte, la spirale gracieuse, les stries nacrées, en goûter la saveur marine, et quand il le portait à son oreille, être absorbé par sa résonance. (p. 77)
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Video de Hoai Huong Nguyen (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Hoai Huong Nguyen
Hoai Huong Nguyen - L'ombre douce .À l'occasion du Salon du Livre de Paris 2013, Hoai Huong Nguyen vous présente son ouvrage "L'ombre douce", publié aux éditions Viviane Hamy. http://www.mollat.com/livres/hoai-huong-nguyen-ombre-douce-9782878585766.html Notes de Musique : Kalasnjikov - Underground
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