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ISBN : 2266275259
Éditeur : Pocket (09/03/2017)

Note moyenne : 3.73/5 (sur 47 notes)
Résumé :
Un homme sort de terre, décharné, nu, un collier de métal autour du cou. Rassemblant ses dernières forces, il escalade un grillage et fuit, enfin libre. Le lendemain, il est retrouvé mort. Six ans plus tard. Flora emménage dans la maison familiale au lieu-dit La Draille. Cyril est venu l'aider, et Marie, sa compagne, doit les rejoindre le lendemain. Mais à son arrivée, Cyril et Flora ont disparu. Le village est désert. Vidé de tous ses habitants au cours de la nuit.... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (29) Voir plus Ajouter une critique
DoVerdorie
  06 avril 2016
Le Camp  est un livre qui commence comme un thriller, dérive rapidement vers des faits qu'on peut supposer fantastiques et prend ensuite un nouvel tournant pour se diriger vers la SF. Comme dans "Projet Harmonie", un de ses précédents thrillers SF que j'avais très apprécié, l'auteur utilise un langage sobre sans fioritures et des chapitres courts pour tenir notre intérêt en alerte. Jouant habilement sur ce qui peut se cacher derrière des "portés disparus", en y rajoutant un zeste détourné de Star Wars, des éléments qui font penser aux faits historiques horribles d'une guerre du siècle dernier et un amour inconditionnel... on obtient une histoire surprenante et captivante dans laquelle il faut se laisser porter sans se poser des questions pour aboutir à une fin (peut-être un peu trop rapide et)... terrible !
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kuroineko
  11 novembre 2017
Sans être le roman de l'année, le camp est néanmoins intriguant tant dans son fond que dans sa forme.
L'intrigue démarre tambour battant avec cet homme nu, décharné et blafard surgi du sol et qui parvient à s'enfuir d'un espace clos de grillages barbelés. Inquiétant prologue et qui pose d'emblée moult questions. Sans compter que la cachexie extrême de cet homme ajoutée au titre du livre évoquent les camps de la mort nazis, de sinistre mémoire. Un rappel qui ne cessera de revenir comme un leitmotiv tout au long du récit. Parfois en toutes lettres, ou bien en filigrane. Mais omniprésent.
Les premiers chapitres s'apparentent à un thriller sordide, avec enlèvement mystérieux et séquestration de tout un village dans un caisson. Esprit de clocher renforcé par la claustration - et la bêtise congénitale pour certains, gare à celui qui n'est pas issu de la petite communauté. L'enfer c'est les autres se dansent ici sur un autre tempo mais reste d'actualité.
L'affaire devient de plus en plus floue et déroutante avec ce qui se passe à l'extérieur. On quitte les rivages du thriller pour des océans toujours plus complexes, mêlant secrets et complots militaires et anomalies qui semblent n'être pas humaines.
Dans son univers noir et paranormal, Christophe Nicolas envoie des clins d'oeil de ci de là à X-files et à la trilogie Star Wars.
Pourtant, ce que je retiens le plus de cette lecture est le parallèle avec les agissements nazis et des collaborateurs, les rafles, les cantonnements dans des zones sous haute surveillance de la soldatesque... au motif d'assurer la sécurité des populations. Quitte à convaincre icelles à coups de crosse de fusil dans les gencives... (peut-être la définition militaire d'un argument percutant...).Dérangeant tout ça.
Si la fin du roman semble bâclée, réglée en trois pages comme si l'auteur était pressé, il permet à son lecteur de réfléchir aux thèmes abordés, aux choix à effectuer, à ce que représente l'humanité face aux bouleversements et, en corollaire, la liberté.
Autant d'interrogations qui peuvent s'avérer douloureuses et qui m'évoquent également, dans une certaine mesure, Né en 17 à Leidenstadt de Goldman. Et bien sûr, Si c'est un homme de Primo Levi.
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gruz
  27 mars 2016
Le camp - Christophe NicolasPour lancer sa nouvelle collection Outre Fleuve, les éditions Fleuve ont ouvert leurs portes à un auteur français. Bonne pioche que ce Christophe Nicolas et son roman le camp.
Cette collection se veut une ouverture vers l'imaginaire, au delà des frontières des genres. On peut dire que ce livre résume parfaitement cette philosophie.
Le camp débute comme un thriller horrifique, pour basculer assez vite vers une science-fiction à la fois actuelle et qui rend hommage à certains courants chers à ce genre littéraire.
On ne peut s'empêcher, par exemple, de ranger ce récit aux cotés de ce que proposait X-Files. L'auteur ne s'en cache d'ailleurs pas, lui qui fait un clin d'oeil appuyé à la série TV en affublant un de ses personnages du surnom de « Mulder ».
Oui on retrouve les mêmes genres d'ingrédients, qu'il serait cependant criminel de détailler ici. Sachez simplement que le titre initial du roman était « Captifs ».
N'imaginez pas cependant avoir une idée assez claire de ce que vous allez vivre. Attendez-vous, au contraire, à une flopée de surprises.
Rythme soutenu, aucun temps mort, retournements de situation et intrigue savamment orchestrée, Christophe Nicolas se met tout entier au service de son récit, sans perdre le fil, avec un talent certain pour raconter une histoire.
Avec une fin intéressante, même si je l'ai trouvée trop vite expédiée par rapport au reste de l'intrigue. Il y avait largement de quoi développer et intensifier encore le malaise lié à ce Camp.
Une histoire qui peut se lire à plusieurs niveaux. C'est un pur divertissement certes, mais c'est aussi une transposition dans le présent de ce qui a caractérisé une des pires pages de notre histoire. Et c'est sans doute cela la grande force du roman : nous plonger dans une ambiance anxiogène en nous faisant réfléchir, une fois les dernières pages tournées.
Le roman se lit à la vitesse de la lumière, avides que nous sommes de comprendre l'inconcevable. Il n'a peut-être rien de révolutionnaire, mais le plaisir de lecture est présent à chaque instant, et me donne vraiment envie de suivre Christophe Nicolas de près maintenant.
Lien : https://gruznamur.wordpress...
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Sanguine
  10 juin 2018
J'ai repéré ce livre il y a très longtemps mais je n'avais jamais réussi à mettre la main dessus jusqu'à maintenant. Et puis je l'ai croisé lors de mon dernier passage à la médiathèque. Bien entendu, je n'ai pas résisté et je l'ai embarqué ! Presque aussitôt en ma possession, presque aussitôt lu et je ne regrette pas du tout cette lecture !
Un homme sort de terre, décharné, nu, un collier de métal autour du cou. Rassemblant ses dernières forces, il escalade un grillage et fuit, enfin libre. le lendemain, il est retrouvé mort.
Six ans plus tard. Flora emménage dans la maison familiale au lieu-dit La Draille. Cyril est venu l'aider, et Marie, sa compagne, doit les rejoindre le lendemain. Mais à son arrivée, Cyril et Flora ont disparu. le village est désert. Vidé de tous ses habitants au cours de la nuit.
L'armée, une horreur indicible et la lâcheté des hommes séparent désormais Cyril et Marie.
Je dois bien avouer que c'est la couverture du livre qui a commencé par m'attirer. Elle fait penser à tout plein de choses pas forcément très jolies jolies, et le titre en rajoute une bonne couche. Inutile de vous dire que j'ai échafaudé des tas et des tas de suppositions pendant la totalité de ma lecture. En plus, je n'avais pas relu le résumé et j'ai donc totalement découvert l'histoire. J'ai été happée !
Je n'ai mis que trois jours pour venir à bout du livre, j'ai complétement avalé la première moitié. Impossible de poser mon bouquin, je ne pouvais pas rester savoir connaitre le fin mot de tout ça ! La seconde moitié du récit m'a un peu moins tenu en haleine bien qu'elle soit indispensable puisque là, tout commence à s'expliquer.
Car ce livre est une énigme dont on tient à connaitre le dénouement. L'alternance des points de vue et des époques permettent au récit d'avoir un bon rythme, on ne s'ennuie jamais et surtout les questions s'enchainent à une vitesse folle . le seul bémol, ce sont les personnages auxquels je n'ai pas réussi à m'attacher. Je n'ai pas ressenti de compassion pour David, je voulais savoir ce qui allait lui arriver mais sans me faire de bile pour lui. Mais le pire a été le personnage de Marie ! A part fumer, j'ai eu l'impression qu'elle ne faisait pas grand chose d'autre.
Mais ce qui m'a le plus conquise dans cet ouvrage, c'est la façon dont l'auteur passe d'une presque banale histoire de disparition très terre à terre à une histoire totalement barrée. C'est très réussi et c'est sans doute ce que je retiendrai de ma lecture. Je ne comprends pas pourquoi ce livre a une note aussi médiocre sur Livraddict car, même si ce n'est pas le chef d'oeuvre du siècle, il reste une lecture agréable.
Une jolie découverte qui vous rendra peut-être un peu parano sur les bords ...J'ai repéré ce livre il y a très longtemps mais je n'avais jamais réussi à mettre la main dessus jusqu'à maintenant. Et puis je l'ai croisé lors de mon dernier passage à la médiathèque. Bien entendu, je n'ai pas résisté et je l'ai embarqué ! Presque aussitôt en ma possession, presque aussitôt lu et je ne regrette pas du tout cette lecture !
Un homme sort de terre, décharné, nu, un collier de métal autour du cou. Rassemblant ses dernières forces, il escalade un grillage et fuit, enfin libre. le lendemain, il est retrouvé mort.
Six ans plus tard. Flora emménage dans la maison familiale au lieu-dit La Draille. Cyril est venu l'aider, et Marie, sa compagne, doit les rejoindre le lendemain. Mais à son arrivée, Cyril et Flora ont disparu. le village est désert. Vidé de tous ses habitants au cours de la nuit.
L'armée, une horreur indicible et la lâcheté des hommes séparent désormais Cyril et Marie.
Je dois bien avouer que c'est la couverture du livre qui a commencé par m'attirer. Elle fait penser à tout plein de choses pas forcément très jolies jolies, et le titre en rajoute une bonne couche. Inutile de vous dire que j'ai échaffaudé des tas et des tas de suppositions pendant la totalité de ma lecture. En plus, je n'avais pas relu le résumé et j'ai donc totalement découvert l'histoire. J'ai été happée !
Je n'ai mis que trois jours pour venir à bout du livre, j'ai complétement avalé la première moitié. Impossible de poser mon bouquin, je ne pouvais pas rester savoir connaitre le fin mot de tout ça ! La seconde moitié du récit m'a un peu moins tenu en haleine bien qu'elle soit indispensable puisque là, tout commence à s'expliquer.
Car ce livre est une énigme dont on tient à connaitre le dénouement. L'alternance des points de vue et des époques permettent au récit d'avoir un bon rythme, on ne s'ennuie jamais et surtout les questions s'enchainent à une vitesse folle . le seul bémol, ce sont les personnages auxquels je n'ai pas réussi à m'attacher. Je n'ai pas ressenti de compassion pour David, je voulais savoir ce qui allait lui arriver mais sans me faire de bile pour lui. Mais le pire a été le personnage de Marie ! A part fumer, j'ai eu l'impression qu'elle ne faisait pas grand chose d'autre.
Mais ce qui m'a le plus conquise dans cet ouvrage, c'est la façon dont l'auteur passe d'une presque banale histoire de disparition très terre à terre à une histoire totalement barrée. C'est très réussi et c'est sans doute ce que je retiendrai de ma lecture. Je ne comprends pas pourquoi ce livre a une note aussi médiocre sur Livraddict car, même si ce n'est pas le chef d'oeuvre du siècle, il reste une lecture agréable.
Une jolie découverte qui vous rendra peut-être un peu parano sur les bords ...
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Igguk
  27 septembre 2017
Il y a des bouquins comme ça, même quand on le finit, on sait toujours pas bien si on a aimé ou pas. le camp de Christophe Nicolas l'a bien cherché, c'est lui qui passe son temps à essayer de paumer son lecteur dans tous les sens.
Quelque part dans la campagne autour de Montpellier, un corps est retrouvé dans les bois. Nu, blafard, d'une maigreur effrayante, un anneau de métal étrange autour du cou, il s'est manifestement enfui du camp militaire à proximité, une piste à aborder avec tact pour le gendarme chargé de l'enquête. Six ans plus tard, Flora emménage dans le hameau de la Draille, non loin. Son pote Cyril l'aide à trimballer ses affaires mais le lendemain, tous les habitants du lieu-dit ont mystérieusement disparu. Marie, la femme de Cyril qui doit les rejoindre, trouve toutes les maisons ouvertes et désertées. Où qu'ils sont ? Pourquoi les lits sont défaits et les portes grandes ouvertes ? C'est quoi le rapport avec monsieur maigrichon ?
Le camp est un bouquin qui ressemble à un gros fourre-tout à première vue. Ça commence comme un thriller de Jean-Christophe Grangé, quelques pages plus tard ça devient Lost, pour ensuite se transformer en Cube, puis on vire dans un mix entre X-Files, The last of us et Dreamcatcher. J'en oublie certainement d'autres, c'est juste pour visualiser un peu le gros gloubiboulga d'influences et de genres auquel on est confronté. Ceux qui s'attendaient à un thriller pur (compréhensible quand on voit la couverture et le résumé qui vendent ça comme tel) tomberont de haut et ça plaira pas à tout le monde. Pour ma part ce n'est pas forcément un soucis, l'imaginaire c'est bon, mangez-en. Par contre, ce qui frappe à la lecture c'est cette sensation de déjà-vu constante qui ne nous lâche pas au fil des pages. le groupe de gens qui disparait mystérieusement ? On connait. le huis-clos où les héros sont enfermés dans une boite ? On connait. L'armée qui cache des choses dans sa base super-secrète ? On connait aussi. Et là je ne parle que de ce qui est au début pour pas spoiler, mais c'est constant. le seul truc qui apporte un peu de fraicheur est le côté campagnard français, le fantastique qui se manifeste dans un bon vieux village de chez nous est assez marrant. C'est pas complètement inédit mais ça nous change des bourgades américaines.
Le camp est donc un patchwork géant de références et de situations connues, mais est-ce que l'ensemble fonctionne ? Les personnages sont bien mis en places et agréables à suivre. On s'attache à ces gens paumés au milieu d'un truc aberrant qui les dépasse complètement. La quête de Cyril et Marie pour se retrouver dans cet univers apocalyptique est touchante et marche vraiment bien (même si ils subissent beaucoup l'histoire). Marie est parfois très énervante avec ses clopes mais ça passe encore. L'aura de mystère qui plane sur tout ça est efficace et tient le lecteur en haleine sans problème, d'autant plus que l'écriture est vive et dynamique. le roman est découpé en chapitres courts et alterne les points de vue sans baisse de tempo comme un bon page-turner. C'est rythmé comme tout bon thriller qui se respecte et j'ai lu les 400 pages en deux jours.
Mais à un moment, trop de mystère tue le mystère. L'auteur nous envoie sur plein de pistes différentes (Surnaturels ? Aliens ? Expériences de l'armée ? Complot ? Catastrophe naturelle ? Abus de substances illicites ? Tortues ninjas ?) sans jamais donner d'indice qui va dans une direction ou l'autre. Arrivé à 95% de la lecture on ne comprend toujours rien et c'est les dix dernières pages qui nous expliquent le pourquoi du comment plutôt maladroitement : C'est un gars qui raconte au groupe de protagonistes toute l'histoire en reliant les pistes éparpillées. Voilà. Mystère résolu. Quand j'ai dit que j'étais intéressé par ce roman, on (je crois que c'était Lune) m'a dit « attention, faut bien suspendre ton incrédulité » et elle avait pas tort. Si tu veux lire le camp, ton incrédulité tu la fous en orbite parce que ça va chercher loin. L'explication se tient plus ou moins (à quelques détails près mais on va pas spoiler non plus) et arrive à rendre le tout cohérent, mais il n'y a aucune progression dans la compréhension de l'intrigue, par les héros ou par les lecteurs. On s'amuse à nous promener dans des situations flippantes, mystérieuses et invraisemblables sans jamais nous donner la satisfaction d'une piste solide jusqu'à la fin. Comme ça part clairement dans tous les sens, au bout d'un moment on arrête juste d'essayer d'y piger quelque chose et on se laisse trainer par l'histoire.
Grosse soupe à base de Lost, X-Files, et tous ces trucs de mystères, complots et surnaturel, le camp reste une lecture agréable, rapide et fun. Mais quand même, ça ressemble à un gros amalgame de trucs déjà vus, et l'histoire se finit de manière un peu brusque sans avoir eu la politesse d'amener son lecteur sur le chemin de la compréhension par lui-même.
Lien : http://ours-inculte.fr/le-ca..
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Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
DoVerdorieDoVerdorie   04 avril 2016
Cyril avait pris sa décision. Si la vie lui avait enseigné une chose, c'était qu'il fallait toujours choisir le camp du plus faible. La faillite de sa carrière professionnelle à cause de l'étanchéité des barrières sociales n'était qu'un exemple parmi d'autres. La grande Histoire regorgeait de combats inégaux, de pots de fer broyant les pots de terre, les uns luttant pour la domination, les autres pour leur survie. Un forcené au crâne fracassé à coups de bâtons lui avait rappelé la leçon : "Si pour t'en sortir, tu as besoin de démolir les autres, alors tu n'es plus un homme et tu mérites de crever !"
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DoVerdorieDoVerdorie   01 avril 2016
Son cœur bondit dans sa poitrine. Il se força à rouvrir les yeux en deux fentes étroites : c'était bien le ciel, d'un bleu vif, qui s'étendait au-dessus de lui.
À cet instant, les sensations qu'il avait ressenties prirent corps : les insectes, les oiseaux, le vent, les odeurs, le soleil. Il était de retour sur terre.
L'avait-il seulement quitté ?
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DoVerdorieDoVerdorie   03 avril 2016
– J'ai quand même du mal à croire que de l'autre côté de la frontière, rien n'a bougé ...
– Oh ! tu sais, fit Flora.
Un «oh ! tu sais» désabusé, rempli de sous-entendus, qui ne grandissaient pas l'humanité. Un «oh ! tu sais» qui suggérait que ce ne serait pas la première fois que des gens souffrent à un jet de pierre d'autres qui s'en foutent.
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mimo26mimo26   31 octobre 2018
Depuis deux kilomètres, une haute clôture surmontée de rouleaux de barbelés s’élevait sur le côté gauche de la route. Derrière le grillage, le causse s’étendait à perte de vue ; du côté droit, une forêt dense de chênes, de pins et de châtaigniers ; les Cévennes tout autour. Puis la route quitta le plateau, abandonnant la barrière, et s’enfonça entre les arbres.

Au volant de sa voiture, Cyril négocia le virage serré en jetant de rapides coups d’œil au rétroviseur intérieur : les cartons empilés sur la banquette arrière menaçaient de s’effondrer à chaque changement brusque de direction. Il prenait aussi garde à ne pas se laisser distancer par le break de Flora qui filait loin devant. La jeune femme, plus habituée que lui aux routes de montagne, enfilait les lacets sans même ralentir.

Cyril avait quitté Montpellier en fin de matinée – Marie était déjà partie travailler lorsqu’il s’était levé – pour aider leur amie à vider son petit meublé de Lodève. Pas mal de cartons et quelques chaises. Une télé, aussi, et une machine à laver. Ils avaient finalement réussi à tout caser dans leurs deux voitures. On était vendredi. Marie les rejoindrait le lendemain matin, par le train. Sa valise, dans le coffre arrière, arriverait avant elle.

Ils roulèrent encore un bon quart d’heure avant de croiser une large départementale. Un panneau indiquait « Chambaux – 5 km » vers la gauche ; un autre, « La Draille – 2 km », pointait une piste à peine praticable qui filait en face, à l’assaut de la montagne. Le break de Flora s’engagea sur cette dernière. Une longue montée sinueuse, et ils franchirent enfin le col. En contrebas, blotti au creux d’une cuvette, se dressait le hameau de La Draille, une douzaine de maisons vétustes dispersées de chaque côté d’un chemin goudronné que ses habitants nommaient « l’Avenue ».

Les voitures avalèrent les derniers virages, dépassèrent les premières demeures, puis un terrain de pétanque entouré de platanes – la place du village – et s’arrêtèrent devant une étroite maison à deux étages coincée entre ses voisines. Cyril ne fut pas mécontent de couper le moteur. Il s’extirpa du véhicule et fit rouler ses épaules. Flora claqua sa portière.

— Tu as choisi l’itinéraire bis ! la taquina-t-il. Avec Marie, d’habitude, on prend la grande route et c’est beaucoup plus tranquille !

Flora tira un énorme trousseau de clefs de son sac à main.

— Vous venez par Alès, c’est pas pareil. De Lodève, c’est plus court comme ça. (Elle déverrouilla la porte d’entrée et l’ouvrit en s’aidant de son épaule.) Et c’est quand même plus sympa par le causse.

— C’était le terrain militaire, cette barrière sans fin, sur le plateau ?

Cyril se souvenait qu’un projet d’extension du camp avait provoqué de sérieux remous, des années plus tôt. De grandes manifestations mêlant paysans, chasseurs et gens du cru avaient même forcé l’armée à revoir ses prétentions à la baisse.
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mimo26mimo26   31 octobre 2018
La nuit est claire, les étoiles nombreuses. La lune caresse la cime du mont Lozère, lointaine masse sombre sur l’horizon accidenté des Cévennes. Une légère brise agite le causse et siffle entre les branches des genévriers. Une lumière électrique s’échappe de quelques fenêtres des bâtiments alignés au nord. Des stridulations d’insectes. Le parfum d’herbe sèche.

Un choc métallique.

Encastrée dans le sol rocailleux, une petite grille vient de s’élever de quelques centimètres pour retomber lourdement.

Une nouvelle tentative. La grille s’élève plus haut et retombe de travers. Une main, grise, s’agrippe au rebord. Une autre repousse la grille, dégageant l’ouverture, puis rejoint la première. Les deux glissent et disparaissent. Un bruit de chute, chair contre acier. Une respiration saccadée.

Les mains réapparaissent. Des gémissements d’effort. Une jambe jaillit, pâle et maigre. Le talon s’enfonce dans la terre, la peau translucide se déchire aussitôt. L’autre jambe, maintenant. Centimètre par centimètre, le corps s’extrait du sous-sol en traçant deux lignes sanglantes entre les pierres. Les genoux, nœuds d’os, sont dehors. Un râle de douleur. Et les doigts lâchent ; les talons dérapent ; le sol engloutit le corps ; la chair s’écrase encore contre l’acier.

Silence. Le vent, les insectes.

Au nord, une fenêtre s’éteint.

Dans le trou, une respiration bruyante. La main grise retrouve le rebord. Des grognements. La main s’élève, cherche une prise plus loin. Le bras suit, le coude laboure la terre. Encore un effort et l’autre bras surgit, et la tête. Un visage glabre, creusé, les yeux écarquillés et la bouche édentée. À peine un homme.

Autour de son cou, un large anneau métallique renvoie l’éclat de la lune.

Le presque-homme attrape à pleine main une racine tordue, tire dessus. Le torse émerge, puis le bassin. Il est nu, décharné. Il est dehors.

Il se retourne sur le dos, à bout de souffle, et contemple les étoiles. Ses côtes saillantes montent et descendent à un rythme effréné.

Le vent, les insectes.

Il a froid. Il s’assoit, regarde autour de lui, se lève. Les bâtiments sont alignés au nord. Il se tourne vers le sud et se met en marche. Il voudrait courir, mais il ne sait plus. Il boite, il tremble, il est épuisé. L’horizon est loin. Le monde est immense.

Pourtant, ses pas s’allongent. Et soudain, il court. Devant lui, il aperçoit de grands arbres. Son cœur menace d’éclater, ses poumons le brûlent, comme ses muscles atrophiés, ses pieds nus saignent. Il continue pourtant.
Une douleur embrase brusquement son visage et il est projeté en arrière, atterrit sur ses fesses décharnées, s’ouvre les coudes. Sa main se porte instinctivement vers son collier, mais c’est son nez qui le fait souffrir. Il se relève avec précaution et remarque le grillage. Il s’en approche, le saisit des deux mains, le secoue. La clôture s’étend loin sur la gauche et sur la droite. Il faut l’escalader. Ses orteils rejoignent ses doigts dans les losanges du treillis. Il est exténué, ses muscles sont trop faibles, mais il est léger. Il atteint le sommet et sa paume est mordue par les dents d’un rouleau de barbelés. Il manque de tomber en arrière en retirant sa main, se rattrape. Il n’hésite pas longtemps et se lance à l’assaut de l’obstacle. Il rampe sur les lames acérées qui lui labourent la chair. Il saigne, il a mal, il lâche prise. Un instant retenu par la mâchoire de fer, son corps bascule et heurte le sol dans un craquement d’os. Sa jambe est brisée. Il hurle.

Il est vivant, de l’autre côté de la barrière.

Les arbres.

Il se lève péniblement et claudique jusqu’à la lisière du bois.

Il est libre.
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Vidéo de Christophe Nicolas (II)
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