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Giorgio Colli (Éditeur scientifique)Mazzino Montinari (Éditeur scientifique)Julien Hervier (Traducteur)
ISBN : 2070325113
Éditeur : Gallimard (04/04/1989)

Note moyenne : 4.29/5 (sur 58 notes)
Résumé :
Aurore est l’un des livres majeurs de Nietzsche. Écrit en 1880-1881, publié en 1881, il rassemble les contributions de Nietzsche particulièrement consacrées à la morale. C’est là qu’il pourfend la morale chrétienne et plus généralement les morales altruistes comme étant mensongères, cherchant à masquer une volonté de domination et d’humiliation des tempéraments les plus forts. Mais en même temps, il se livre à un plaidoyer pour une morale de l’affirmation. Nietzsche... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (3) Ajouter une critique
moertzombreur
03 octobre 2014
Morgenröthe
La morale est un préjugé, elle avance masquée, se croyant libre de tous préjugés. Son déguisement est l'expression d'un langage où passions et instincts obéissent, nécessairement, à un impératif qui les motive ; c'est la construction d'une « généalogie » divine ou sublime, c'est sur elle que se porte la recherche éclairée de Nietzsche. C'est un combat où la subtilité est la seule arme, une « archéologie » méthodique où le philosophe doit développer son « nez », sa seule force est de produire en retour une méfiance, un soupçon à l'encontre de la morale, une vision en négatif de ce qui se présente sous une image plutôt opposée.
L'ensemble du corpus, du raisonnement et des déductions aboutissent à la méfiance. Laissant de côté tout ressentiment, l'affirmation de la vie prime, pas en tant que défense innée et agressive opérant en anticorps, mais par un acquiescement total à tout ce que la morale dénonce comme étant « mauvais ». Ce travail positif est en opposition d'une morale qui est un déni de la vie, qui interdit ou détruit ce à quoi Nietzsche redonne une « voix ». En n'utilisant pas la réfutation (négative), il ne s'abaisse pas à son niveau, la traitant par le mépris. L'italique, attaché au vocabulaire moral, est un outils de réappropriation servant à redonner « bonne conscience », réaffirmant un principe de vie qui avait été dévoyer par le poison de la « mauvaise conscience », le transformant en principe « divin » fictif. La morale est un « ver » destructeur qui interdit l'accès à la vérité, le texte nietzschéen exerce son pouvoir salvateur, solaire, sur les « contaminés » et vient les rédimer.
La « transvaluation de toutes les valeurs », dont parle Nietzsche,
rend cet affranchissement possible au profit d'une humanité bien établie et vigoureuse, dotée de la plus haute intellectualité et de la plus grande énergie. le renoncement à soi est une décadence, une domestication de l'humain dont la législation s'étant à tous. Au contraire, Nietzsche propose de faire advenir le surhumain qui est affirmation de la vie, il pourra « voir » simultanément ce qu'il fut – le dernier homme – et ce qu'il adviendra en disposant de lui-même, cet instant du questionnement, du choix décisif est celui de l'éternel retour, moment où l'humain renonce à s'engager sur un chemin tout tracé, au « destin », scientiste – vers le perfectionnement de sa nature –, ou divin – la morale le dispensant de se prendre en main, d'où négation, corruption, propagation généralisée d'un idéal ascétique des prêtres, qui se répand comme une épidémie. le travail généalogique vient comme une nouvelle « traduction », de cette langue « morale » en langage réel, celui de la « vérité », du corps et de sa survie.
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chartel
04 janvier 2009
"Aurore" n'est certainement pas l'essai le plus connu de Nietzsche, alors qu'il est abordable, à la fois par sa longueur (moins de trois cent pages) et par son style. Il s'agit d'une sorte d'introduction au "Gai Savoir" qui, comme son titre l'indique (Aurore), traite de la naissance d'une nouvelle morale remplaçant ainsi celle inique et inhumaine du christianisme. L'objectif de Nietzsche est d'en finir avec ce qu'appellera plus tard Antonin Artaud le jugement de Dieu. En finir avec les moeurs soi-disant bonnes et mauvaises, car l'on s'aperçoit souvent, voire même toujours, que les bonnes moeurs nous procurent plus de mal que de bien. En finir avec la compassion, la pitié et l'altruisme chrétiens qui ne servent que les intérêts égoïstes de celui qui les met en pratique. En finir enfin avec les apôtres de la vérité, car l'on se rend bien compte que toute vérité n'est que le fruit d'un individu et qu'on ne peut s'adjuger le droit de la généraliser au risque de mépriser celle des autres.
Bien d'autres analyses génialissimes parsèment l'oeuvre du philosophe, notamment sa mise en perspective des problèmes de perception de la réalité rendant impossible toute lecture exhaustive ou approfondie, et donnant seulement accès à une apparence incomplète et superficielle des choses.
Je conseille vivement la lecture de cet essai, pour ceux qui voudraient découvrir Nietzsche, avant de s'attaquer aux oeuvres ultérieures comme "Le Gai Savoir" ou "Ainsi parlait Zarathoustra".
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Lecamadeplus
29 avril 2017
Excellente introduction à Nietzsche.
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Citations & extraits (38) Voir plus Ajouter une citation
DanieljeanDanieljean29 octobre 2015
Nier la moralité, cela peut signifier d'abord : nier que les motifs moraux invoqués par les hommes les aient véritablement poussés à agir comme ils l'ont fait, - c'est-à-dire, affirmer que la moralité n'existe qu'en paroles et fait partie des duperies grossières ou subtiles de l'humanité (celles particulièrement où l'on est sa propre dupe), et cela peut-être surtout chez les gens les plus renommés, précisément, pour leur vertu. Ensuite, cela peut signifier nier que les jugements moraux reposent sur des vérités. (…)
Je nie donc la moralité comme je nie l'alchimie : c'est-à-dire que je nie ses postulats mais non qu'il y ait eu des alchimistes qui croyaient à ces postulats et agissaient en fonction d'eux (…) Je ne nie pas - dès lors que je ne suis pas insensé - qu'il faille éviter et combattre de nombreuses actions dîtes immorales, ni qu'il faille encourager et accomplir de nombreuses actions dîtes morales ; mais je pense qu'il faut faire l'un et l'autre pour d'autres raisons que jusqu'à présent. Nous devons changer notre façon de juger, afin de parvenir finalement et peut-être très tard, à mieux encore : changer notre façon de sentir.
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volubilaevolubilae02 février 2017
LA BONNE ET LA MAUVAISE NATURE

Les hommes se sont d'abord substitués à la nature : ils se voyaient partout eux-mêmes et leurs semblables, c'est à dire leur mauvaise et capricieuse humeur cachée en quelque sorte sous les nuées, les orages, les bêtes fauves, les arbres et les plantes c'est alors qu'ils inventèrent la "mauvaise nature". Puis vient une époque où ils se différencièrent de la nature, l'époque de Rousseau. On avait tellement assez les uns des autres que l'on voulut absolument posséder un coin du monde que l'être humain ne pût atteindre avec sa misère : on inventa la "bonne nature".
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FaeruneFaerune16 février 2015
Les animaux et la morale.
— Les pratiques que l’on exige dans la société raffinée : éviter avec précaution tout ce qui est ridicule, bizarre, prétentieux, réfréner ses vertus tout aussi bien que ses désirs violents, se montrer d’humeur égale, se soumettre à des règles, s’amoindrir, — tout cela, en tant que morale sociale, se retrouve jusqu’à l’échelle la plus basse de l’espèce animale, — et ce n’est qu’à ce degré inférieur que nous voyons les idées de derrière la tête de toutes ces aimables réglementations : on veut échapper à ses persécuteurs et être favorisé dans la chasse au butin. C’est pourquoi les animaux apprennent à se dominer et à se déguiser au point que certains d’entre eux parviennent à assimiler leur couleur à la couleur de leur entourage (en vertu de ce que l’on appelle les « fonctions chromatiques »), à simuler la mort, à adopter les formes et les couleurs d’autres animaux, ou encore l’aspect du sable, des feuilles, des lichens ou des éponges (ce que les naturalistes anglais appellent mimicry). C’est ainsi que l’individu se cache sous l’universalité du terme générique « homme » ou parmi la « société », ou bien encore il s’adapte et s’assimile aux princes, aux castes, aux partis, aux opinions de son temps ou de son entourage. À toutes ses façons subtiles de nous faire passer pour heureux, reconnaissants, puissants, amoureux, on trouvera facilement l’équivalent animal. Le sens de la vérité lui aussi, ce sens qui, au fond, n’est pas autre chose que le sens de la sécurité, l’homme l’a en commun avec l’animal : on ne veut pas se laisser tromper, ne pas se laisser égarer par soi-même, on écoute avec méfiance les encouragements de ses propres passions, on se domine et l’on demeure méfiant à l’égard de soi-même ; tout cela, l’animal l’entend à l’égal de l’homme ; chez lui aussi la domination de soi tire son origine du sens de la réalité (de la sagesse). De même l’animal observe les effets qu’il exerce sur l’imagination des autres animaux, il apprend à faire ainsi un retour sur lui-même, à se considérer objectivement, lui aussi, à posséder, en une certaine mesure, la connaissance de soi. L’animal juge des mouvements de ses adversaires et de ses amis, il apprend par cœur leurs particularités : contre les individus d’une certaine espèce il renonce, une fois pour toutes, à la lutte, et de même il devine, à l’approche de certaines variétés d’animaux, les intentions de paix et de contrat. Les origines de la justice, comme celles de la sagesse, de la modération, de la bravoure, — en un mot de tout ce que nous désignons sous le nom de vertus socratiques — sont animales : ces vertus sont une conséquence de ces instincts qui enseigne à chercher la nourriture et à échapper aux ennemis. Si nous considérons donc que l’homme supérieur n’a fait que s’élever et s’affiner dans la qualité de sa nourriture et dans l’idée de ce qu’il considère comme opposé à sa nature, il ne sera pas interdit de qualifier d’animal le phénomène moral tout entier.
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enkidu_enkidu_16 avril 2015
On peut assez bien se rendre compte combien peu le christianisme développe le sens de la probité et de la justice en analysant le caractère des œuvres de ses savants. Ceux-ci avancent leurs suppositions avec autant d’audace que si elles étaient des dogmes, et l’interprétation d’un passage de la Bible les met rarement dans un embarras loyal. On lit sans cesse : « J’ai raison, car il est écrit — », et alors c’est une telle impertinence arbitraire dans l’interprétation qu’elle fait s’arrêter un philologue entre la colère et le rire pour se demander toujours à nouveau : Est-il possible ! Cela est-il loyal ? Est-ce seulement convenable ? Les déloyautés que l’on commet à ce sujet sur les chaires protestantes, la façon grossière dont le prédicateur exploite le fait que personne ne peut lui répondre, déforme et accommode la Bible et inculque ainsi au peuple, de toutes les manières, l’art de mal lire, — tout cela ne sera méconnu que par celui qui ne va jamais ou qui va toujours à l’église.

Mais, en fin de compte, que peut-on attendre des effets d’une religion qui, pendant les siècles de sa fondation, a exécuté cette extraordinaire farce philologique autour de l’Ancien Testament ? Je veux dire la tentative d’enlever l’Ancien Testament aux juifs avec l’affirmation qu’il ne contenait que des doctrines chrétiennes et qu’il ne devait appartenir qu’aux chrétiens, le véritable peuple d’Israël, tandis que les juifs n’avaient fait que se l’arroger. Il y eut alors une rage d’interprétation et de substitution qui ne pouvait certainement pas s’allier à la bonne conscience ; quelles que fussent les protestations des juifs, partout, dans l’Ancien Testament, il devait être question du Christ, et rien que du Christ, partout notamment de sa croix, et tous les passages où il était question de bois, de verge, d’échelle, de rameau, d’arbre, de roseau, de bâton ne pouvaient être que des prophéties relatives aux bois de la croix : même l’érection de la licorne et du serpent d’airain, Moïse lui-même avec les bras étendus pour la prière, et les lances où rôtissait l’agneau pascal, — tout cela n’était que des allusions et, en quelque sorte, des préludes de la croix ! Ceux qui prétendaient ces choses, les ont-ils jamais crues ? L’Église n’a même pas reculé devant des interpolations dans le texte de la version des Septentes (par exemple au psaume 96, verset 10), pour donner après coup au passage frauduleusement introduit le sens d’une prophétie chrétienne. C’est que l’on se trouvait en état de lutte et que l’on songeait aux adversaires et non à la loyauté. (#84, pp. 93-95)
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chrysalidechrysalide02 avril 2013
Lire bien, ce qui signifie lire lentement, en profondeur, attentif en arrière et en avant, avec des pensées de derrière la tête, avec des portes laissées ouvertes
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