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Giorgio Colli (Éditeur scientifique)Mazzino Montinari (Éditeur scientifique)Julien Hervier (Traducteur)
EAN : 9782070325115
336 pages
Gallimard (04/04/1989)
4.2/5   93 notes
Résumé :
Aurore est l’un des livres majeurs de Nietzsche. Écrit en 1880-1881, publié en 1881, il rassemble les contributions de Nietzsche particulièrement consacrées à la morale. C’est là qu’il pourfend la morale chrétienne et plus généralement les morales altruistes comme étant mensongères, cherchant à masquer une volonté de domination et d’humiliation des tempéraments les plus forts. Mais en même temps, il se livre à un plaidoyer pour une morale de l’affirmation. Nietzsche... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
Denis_76
  13 janvier 2022
Dans la chronologie des oeuvres de Nietzsche, "Aurore" ( 1881 ) se situe entre "Humain, trop humain" et "Le Gai Savoir" ; ce sont trois oeuvres majeures.
Après avoir creusé les connaissances comme une taupe dans "Humain, trop humain", Nietzsche voit le bout du tunnel ; il voit l'Aurore de sa pensée : il attaque le christianisme, et surtout sa morale ; l'homme doit absolument se libérer de cette morale carcérale qui l'étouffe et l'empêche de penser, de se libérer, délivrer !
.
Pendant la lecture de ce livre composé d'aphorismes, j'ai fait quelques schémas pour suivre la pensée complexe de mon Nietzsche ; en voici un :
d'après lui, on peut diviser la société en trois catégories, à la fin du XIXè siècle.
1 ) Il y a, dans le monde chrétien, les dominants, les princes et le haut clergé qui imposent les moeurs, la morale selon leur bon vouloir, leur volonté de puissance et de domination sur le peuple. D'un côté, il y a le jugement civil des tribunaux, de l'autre le châtiment, la damnation éternelle ; ce sont les sanctions de celui qui sortira du droit chemin ; l'espoir du paradis pour les autres. La Bible, et surtout les Evangiles sont déformés à cet usage.
2 ) Il y a les "moralisés", le peuple qui est dans la soumission, la crainte, la crédulité, la lâcheté, la souffrance.
3 ) Enfin, il y a les esprits libres, "doux, agréables au goût et nourrissants, comme des châtaignes que l'on a mises au four à temps, et retirées du feu au bon moment". Ceux-là rampent dans le silence et la solitude, comme Jean-Jacques Rousseau ainsi que d'autres ; grâce à la raison et à la science, ils recherchent la vérité, regardant la société de loin, avec " l'oeil du théâtre", pour trouver d'autres chemins vers le bonheur, la plénitude et la pétulance !
.
Déçu par Richard Wagner qui, dans une sorte de trahison, revient vers le christianisme, Friedrich Nietzsche cherche un autre idéal, une alternative à ces préjugés moraux chrétiens qui, pour lui, n'ont aucun sens, et mènent l'homme à sa déchéance, quand il compare l'Européen au Grec Antique ( 1 ).
.
C'est alors que... « 6000 pieds au-dessus de la mer, et bien plus haut encore au-dessus de toutes les choses humaines… ». C'est ainsi qu'apparait à Nietzsche le décor enchanteur qui, le 26 août 1881 à Sils-Maria, Suisse, vit naître son Zarathoustra, juste après l'écriture de ce "Morgenröthe", de cette Aurore : )
.
( 1 ) je ne suis pas toujours d'accord avec mon philosophe fascinant ! D'abord, il n'a pas vécu parmi les Grecs antiques qu'il loue tant ! Ensuite, il y a des concepts qui me titillent comme la définition de la vanité, de l'Histoire, de "Moira", de l'âme, de l'hérédité, de ce qu'est un criminel, du danger, des créatures souffrantes, de l'orgueil.
Mais dans l'ensemble,...
et même si la fin du livre s'attaque à la psychologie où il devrait laisser s'exprimer Freud ( qui reconnaît des coïncidences entre la pensée de Nietzsche et la psychanalyse ) ;
et même si, comme toujours avec lui, nous avons des passages nuageux, nébuleux, parfois incohérents ;
il arrive à faire puissamment passer son message, grâce à sa passion, sa vitalité ( sa "volonté de puissance" qui, rappelons-le, n'a rien à voir avec celle de Napoléon ou d'Hitler )... ;
cet homme, ce Friedrich, ce ...
... "Nous autres, aventuriers " ;
"Nous autres, dieux" ;
"Nous autres, chercheurs" ;
"Nous autres, penseurs" ;
"Nous autres, hommes modernes" ;
"Nous autres, aéronautes de l'esprit" ... m'est éminemment sympathique !
Pour moi, tout est dans cette phrase d'Aurore que je trouve sublime, et en même temps je le vois avec son regard déterminé et sa moustache farouche :
" Laissez-moi hurler et gémir et ramper comme une bête, pourvu que je trouve la foi en moi-même ! "
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moertzombreur
  03 octobre 2014
Morgenröthe
La morale est un préjugé, elle avance masquée, se croyant libre de tous préjugés. Son déguisement est l'expression d'un langage où passions et instincts obéissent, nécessairement, à un impératif qui les motive ; c'est la construction d'une « généalogie » divine ou sublime, c'est sur elle que se porte la recherche éclairée de Nietzsche. C'est un combat où la subtilité est la seule arme, une « archéologie » méthodique où le philosophe doit développer son « nez », sa seule force est de produire en retour une méfiance, un soupçon à l'encontre de la morale, une vision en négatif de ce qui se présente sous une image plutôt opposée.
L'ensemble du corpus, du raisonnement et des déductions aboutissent à la méfiance. Laissant de côté tout ressentiment, l'affirmation de la vie prime, pas en tant que défense innée et agressive opérant en anticorps, mais par un acquiescement total à tout ce que la morale dénonce comme étant « mauvais ». Ce travail positif est en opposition d'une morale qui est un déni de la vie, qui interdit ou détruit ce à quoi Nietzsche redonne une « voix ». En n'utilisant pas la réfutation (négative), il ne s'abaisse pas à son niveau, la traitant par le mépris. L'italique, attaché au vocabulaire moral, est un outils de réappropriation servant à redonner « bonne conscience », réaffirmant un principe de vie qui avait été dévoyer par le poison de la « mauvaise conscience », le transformant en principe « divin » fictif. La morale est un « ver » destructeur qui interdit l'accès à la vérité, le texte nietzschéen exerce son pouvoir salvateur, solaire, sur les « contaminés » et vient les rédimer.
La « transvaluation de toutes les valeurs », dont parle Nietzsche,
rend cet affranchissement possible au profit d'une humanité bien établie et vigoureuse, dotée de la plus haute intellectualité et de la plus grande énergie. le renoncement à soi est une décadence, une domestication de l'humain dont la législation s'étant à tous. Au contraire, Nietzsche propose de faire advenir le surhumain qui est affirmation de la vie, il pourra « voir » simultanément ce qu'il fut – le dernier homme – et ce qu'il adviendra en disposant de lui-même, cet instant du questionnement, du choix décisif est celui de l'éternel retour, moment où l'humain renonce à s'engager sur un chemin tout tracé, au « destin », scientiste – vers le perfectionnement de sa nature –, ou divin – la morale le dispensant de se prendre en main, d'où négation, corruption, propagation généralisée d'un idéal ascétique des prêtres, qui se répand comme une épidémie. le travail généalogique vient comme une nouvelle « traduction », de cette langue « morale » en langage réel, celui de la « vérité », du corps et de sa survie.
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chartel
  04 janvier 2009
"Aurore" n'est certainement pas l'essai le plus connu de Nietzsche, alors qu'il est abordable, à la fois par sa longueur (moins de trois cent pages) et par son style. Il s'agit d'une sorte d'introduction au "Gai Savoir" qui, comme son titre l'indique (Aurore), traite de la naissance d'une nouvelle morale remplaçant ainsi celle inique et inhumaine du christianisme. L'objectif de Nietzsche est d'en finir avec ce qu'appellera plus tard Antonin Artaud le jugement de Dieu. En finir avec les moeurs soi-disant bonnes et mauvaises, car l'on s'aperçoit souvent, voire même toujours, que les bonnes moeurs nous procurent plus de mal que de bien. En finir avec la compassion, la pitié et l'altruisme chrétiens qui ne servent que les intérêts égoïstes de celui qui les met en pratique. En finir enfin avec les apôtres de la vérité, car l'on se rend bien compte que toute vérité n'est que le fruit d'un individu et qu'on ne peut s'adjuger le droit de la généraliser au risque de mépriser celle des autres.
Bien d'autres analyses génialissimes parsèment l'oeuvre du philosophe, notamment sa mise en perspective des problèmes de perception de la réalité rendant impossible toute lecture exhaustive ou approfondie, et donnant seulement accès à une apparence incomplète et superficielle des choses.
Je conseille vivement la lecture de cet essai, pour ceux qui voudraient découvrir Nietzsche, avant de s'attaquer aux oeuvres ultérieures comme "Le Gai Savoir" ou "Ainsi parlait Zarathoustra".
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Pingouin
  29 novembre 2019
Le soleil se lève.
Après les premiers balbutiements, Nietzsche commence à dégager plus explicitement les problèmes qui l'occuperont jusqu'à son dernier souffle.
L'armada conceptuelle lui permettant d'y répondre n'est pas encore prête. Mais il y a déjà la clairvoyance et le style du plus grand esprit de tous les temps.
Peut-être le meilleur livre pour aborder Nietzsche sans chercher la performance : il commence à bâtir sa pensée dans un langage accessible au profane. On y trouve déjà en germe toute sa critique de la philosophie occidentale.
Par la suite, l'évolution de sa pensée l'amènera nécessairement à perdre en accessibilité pour gagner en profondeur, aux dépens de nombreuses mauvaises interprétations, mais c'est le jeu.
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khnanefbilal
  22 septembre 2017
Aurore est l'un des livres majeurs de Nietzsche. Écrit en 1880-1881, publié en 1881, il rassemble les contributions de Nietzsche particulièrement consacrées à la morale. C'est là qu'il pourfend la morale chrétienne et plus généralement les morales altruistes comme étant mensongères, cherchant à masquer une volonté de domination et d'humiliation des tempéraments les plus forts. Mais en même temps, il se livre à un plaidoyer pour une morale de l'affirmation. Nietzsche
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Citations et extraits (71) Voir plus Ajouter une citation
stekasteka   23 juillet 2019
Pauvre, joyeux et indépendant ! - tout cela est possible simultanément ; pauvre, joyeux et esclave ! - c'est aussi possible - et je ne saurais rien dire de mieux aux ouvriers esclaves de l'usine : à supposer qu'ils ne ressentent pas en général comme une honte d'être utilisés, comme c'est le cas, en tant que rouages d'une machine et, pour ainsi dire, comme un bouche-trou pour les lacunes de l'esprit humain d'invention ! Fi ! croire que l'on pourrait remédier par un salaire plus élevé à l'essentiel de leur détresse, je veux dire de leur asservissement impersonnel ! Fi ! se laisser persuader que grâce à un accroissement de cette impersonnalité, à l'intérieur de la machinerie d'une société nouvelle, la honte de l'esclavage pourrait devenir vertu ! Fi ! avoir un prix auquel on cesse d'être une personne pour devenir un rouage ! êtes-vous complices de la folie actuelle des nations qui ne pensent qu'à produire le plus possible et à s'enrichir le plus possible ? Votre tâche serait de leur présenter l'addition négative : quelles énormes sommes de valeur intérieure sont gaspillées pour une fin aussi extérieure. Mais qu'est devenue votre valeur intérieure si vous ne savez même plus ce que c'est que respirer librement ? Si vous n'avez même pas un minimum de maîtrise de vous-même ?
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Denis_76Denis_76   09 janvier 2022
Dans ce livre, on trouve au travail un être souterrain, un être qui perce, creuse et ronge ( 1 ).
Qu'il veuille peut-être avoir une longue obscurité des choses qui lui soient propres, des choses incompréhensibles, cachées, énigmatiques, parce qu'il sait ce qu'il aura en retour :
son matin à lui, sa propre rédemption, son Aurore ?

Extrait de la PREFACE du livre, par Nietzsche.


( 1 ) dans l'aphorisme 14, il y a, s'adressant aux puissances divines, l'une des plus sublimes phrases de Friedrich Nietzsche :

" Laissez-moi hurler et gémir et ramper comme une bête, pourvu que je trouve la foi en moi-même !"
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DanieljeanDanieljean   29 octobre 2015
Nier la moralité, cela peut signifier d'abord : nier que les motifs moraux invoqués par les hommes les aient véritablement poussés à agir comme ils l'ont fait, - c'est-à-dire, affirmer que la moralité n'existe qu'en paroles et fait partie des duperies grossières ou subtiles de l'humanité (celles particulièrement où l'on est sa propre dupe), et cela peut-être surtout chez les gens les plus renommés, précisément, pour leur vertu. Ensuite, cela peut signifier nier que les jugements moraux reposent sur des vérités. (…)
Je nie donc la moralité comme je nie l'alchimie : c'est-à-dire que je nie ses postulats mais non qu'il y ait eu des alchimistes qui croyaient à ces postulats et agissaient en fonction d'eux (…) Je ne nie pas - dès lors que je ne suis pas insensé - qu'il faille éviter et combattre de nombreuses actions dîtes immorales, ni qu'il faille encourager et accomplir de nombreuses actions dîtes morales ; mais je pense qu'il faut faire l'un et l'autre pour d'autres raisons que jusqu'à présent. Nous devons changer notre façon de juger, afin de parvenir finalement et peut-être très tard, à mieux encore : changer notre façon de sentir.
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FaeruneFaerune   16 février 2015
Les animaux et la morale.
— Les pratiques que l’on exige dans la société raffinée : éviter avec précaution tout ce qui est ridicule, bizarre, prétentieux, réfréner ses vertus tout aussi bien que ses désirs violents, se montrer d’humeur égale, se soumettre à des règles, s’amoindrir, — tout cela, en tant que morale sociale, se retrouve jusqu’à l’échelle la plus basse de l’espèce animale, — et ce n’est qu’à ce degré inférieur que nous voyons les idées de derrière la tête de toutes ces aimables réglementations : on veut échapper à ses persécuteurs et être favorisé dans la chasse au butin. C’est pourquoi les animaux apprennent à se dominer et à se déguiser au point que certains d’entre eux parviennent à assimiler leur couleur à la couleur de leur entourage (en vertu de ce que l’on appelle les « fonctions chromatiques »), à simuler la mort, à adopter les formes et les couleurs d’autres animaux, ou encore l’aspect du sable, des feuilles, des lichens ou des éponges (ce que les naturalistes anglais appellent mimicry). C’est ainsi que l’individu se cache sous l’universalité du terme générique « homme » ou parmi la « société », ou bien encore il s’adapte et s’assimile aux princes, aux castes, aux partis, aux opinions de son temps ou de son entourage. À toutes ses façons subtiles de nous faire passer pour heureux, reconnaissants, puissants, amoureux, on trouvera facilement l’équivalent animal. Le sens de la vérité lui aussi, ce sens qui, au fond, n’est pas autre chose que le sens de la sécurité, l’homme l’a en commun avec l’animal : on ne veut pas se laisser tromper, ne pas se laisser égarer par soi-même, on écoute avec méfiance les encouragements de ses propres passions, on se domine et l’on demeure méfiant à l’égard de soi-même ; tout cela, l’animal l’entend à l’égal de l’homme ; chez lui aussi la domination de soi tire son origine du sens de la réalité (de la sagesse). De même l’animal observe les effets qu’il exerce sur l’imagination des autres animaux, il apprend à faire ainsi un retour sur lui-même, à se considérer objectivement, lui aussi, à posséder, en une certaine mesure, la connaissance de soi. L’animal juge des mouvements de ses adversaires et de ses amis, il apprend par cœur leurs particularités : contre les individus d’une certaine espèce il renonce, une fois pour toutes, à la lutte, et de même il devine, à l’approche de certaines variétés d’animaux, les intentions de paix et de contrat. Les origines de la justice, comme celles de la sagesse, de la modération, de la bravoure, — en un mot de tout ce que nous désignons sous le nom de vertus socratiques — sont animales : ces vertus sont une conséquence de ces instincts qui enseigne à chercher la nourriture et à échapper aux ennemis. Si nous considérons donc que l’homme supérieur n’a fait que s’élever et s’affiner dans la qualité de sa nourriture et dans l’idée de ce qu’il considère comme opposé à sa nature, il ne sera pas interdit de qualifier d’animal le phénomène moral tout entier.
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enkidu_enkidu_   16 avril 2015
On peut assez bien se rendre compte combien peu le christianisme développe le sens de la probité et de la justice en analysant le caractère des œuvres de ses savants. Ceux-ci avancent leurs suppositions avec autant d’audace que si elles étaient des dogmes, et l’interprétation d’un passage de la Bible les met rarement dans un embarras loyal. On lit sans cesse : « J’ai raison, car il est écrit — », et alors c’est une telle impertinence arbitraire dans l’interprétation qu’elle fait s’arrêter un philologue entre la colère et le rire pour se demander toujours à nouveau : Est-il possible ! Cela est-il loyal ? Est-ce seulement convenable ? Les déloyautés que l’on commet à ce sujet sur les chaires protestantes, la façon grossière dont le prédicateur exploite le fait que personne ne peut lui répondre, déforme et accommode la Bible et inculque ainsi au peuple, de toutes les manières, l’art de mal lire, — tout cela ne sera méconnu que par celui qui ne va jamais ou qui va toujours à l’église.

Mais, en fin de compte, que peut-on attendre des effets d’une religion qui, pendant les siècles de sa fondation, a exécuté cette extraordinaire farce philologique autour de l’Ancien Testament ? Je veux dire la tentative d’enlever l’Ancien Testament aux juifs avec l’affirmation qu’il ne contenait que des doctrines chrétiennes et qu’il ne devait appartenir qu’aux chrétiens, le véritable peuple d’Israël, tandis que les juifs n’avaient fait que se l’arroger. Il y eut alors une rage d’interprétation et de substitution qui ne pouvait certainement pas s’allier à la bonne conscience ; quelles que fussent les protestations des juifs, partout, dans l’Ancien Testament, il devait être question du Christ, et rien que du Christ, partout notamment de sa croix, et tous les passages où il était question de bois, de verge, d’échelle, de rameau, d’arbre, de roseau, de bâton ne pouvaient être que des prophéties relatives aux bois de la croix : même l’érection de la licorne et du serpent d’airain, Moïse lui-même avec les bras étendus pour la prière, et les lances où rôtissait l’agneau pascal, — tout cela n’était que des allusions et, en quelque sorte, des préludes de la croix ! Ceux qui prétendaient ces choses, les ont-ils jamais crues ? L’Église n’a même pas reculé devant des interpolations dans le texte de la version des Septentes (par exemple au psaume 96, verset 10), pour donner après coup au passage frauduleusement introduit le sens d’une prophétie chrétienne. C’est que l’on se trouvait en état de lutte et que l’on songeait aux adversaires et non à la loyauté. (#84, pp. 93-95)
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Maxime Chattam est l'auteur d'une oeuvre imposante, avec une vingtaine d'oeuvres à son actif. Son nouveau roman, "La Constance du prédateur ", qui paraît chez Albin Michel, raconte une histoire "apocalyptique". Une phrase ouvre le livre, avec la réflexion suivante de Nietzsche : "Celui qui combat des monstres doit prendre garde à ne pas devenir monstre lui-même. Et si tu regardes longtemps un abîme, l'abîme regarde aussi en toi. "
Le roman nous ramène en France, dans l'Est, près de Mulhouse – dans la mine de Fulheim où l'on a découvert 17 cadavres de femmes. le meurtrier n'a jamais été arrêté, jamais identifié, jusqu'à ce que ses crimes resurgissent du passé, dans les profondeurs d'une mine abandonnée. "Je lisais beaucoup Stephan King quand j'étais adolescent, puis je suis tombé dans la marmite du thriller, et j'ai eu envie de mettre en avant ce genre d'histoire, de confronter le lecteur à la réalité, de souligner l'émergence de l'exceptionnel dans le quotidien", souligne l'auteur.
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