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Philippe Choulet (Éditeur scientifique)
EAN : 9782080707543
278 pages
Éditeur : Flammarion (27/03/2000)

Note moyenne : 4.08/5 (sur 321 notes)
Résumé :
La Généalogie de la morale. Un écrit polémique (Zur Genealogie der Moral. Eine Streitschrift) est une œuvre du philosophe Friedrich Nietzsche publiée en 1887. Elle suit, complète et éclaire Par-delà bien et mal. Nietzsche se donne pour objectif de montrer d'où viennent les valeurs morales contemporaines et pourquoi nous devrions en changer pour des valeurs plus saines
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
Pavlik
  24 novembre 2016
"La Généalogie de la Morale" est articulée en trois dissertations : "le bon et le mauvais", "le ressentiment" et "les idéaux ascétiques". Il parait que cet essai est un des plus accessible de Nietzsche...difficile pour moi de comparer, vu que c'est le premier ouvrage de l'auteur que je lis, mais il faut bien avouer que j'ai dû m'accrocher par moment, moi qui ne suis pas philosophe de formation (mais ne l'est-on pas tous un peu par nature, finalement ?).
Néanmoins, cette lecture s'avère très intéressante et au premier abord fort remarquable par le style...Mr Nietzsche savait, à n'en pas douter, manier les mots. Je ne me lancerai pas dans une longue critique (de la raison impure) mais quelques points de l'argumentation me chatouillent, quand d'autres me convainquent.
J'entends bien la distinction entre la morale des esclaves (une morale du ressentiment à l'égard des maîtres) et celle des "maîtres-nés". Pour autant, jamais l'auteur ne pose la question de la légitimité du rapport dominant / dominé (ni donc de sa perpétuation) pour la simple raison qu'elle est inepte pour lui : les agneaux ne sauraient reprocher aux oiseaux de proie d'être ce qu'ils sont. Il y a donc des forts et des faibles "par nature" et Nietzsche oppose "le mot d'ordre mensonger" de la morale du ressentiment (le privilège de la majorité) à celui de l'aristocratie, "effrayant et enchanteur", mais sans développer davantage (en fin de première dissertation). Il présente d'ailleurs Napoléon comme le dernier homme à avoir incarné cet idéal aristocratique, synthèse d'inhumain et de surhumain.
En ce qui concerne la religion, Nietzsche taille en pièce la morale chrétienne qui par « la moralité des moeurs » façonne une société qui met en avant l'adaptation aux contingences au lieu de valoriser la volonté de puissance, c'est-à-dire l'activité, les forces conquérantes, agressives, novatrices. L'homme nietzschéen (le surhomme à venir) est instinctif et n'entend pas s'en excuser alors que la morale cherche à l'y contraindre et à le faire renoncer au plaisir de faire souffrir. En effet, pour Nietzsche ce n'est pas la souffrance qui pose problème mais bien son absence de sens et c'est pourquoi les hommes ont créé les dieux qui ont engendré « l'aristocratie sacerdotale » qui a imaginé cette horreur qu'est le péché. En gros, si tu souffres c'est de ta faute mec. Mais t'inquiètes pas, si t'es un bon chrétien tu pourras accéder au paradis après…Une logique, on l'imagine aisément, qui ne favorise pas l'aristocratie guerrière, les « maîtres-nés », ceux qui « peuvent promettre », car, surs de leurs capacités, ils tiendront leur promesse. On sent bien les parallèles avec Freud (notamment « le Malaise dans la Civilisation ») : la moralité des moeurs rappelle le surmoi et les instincts les pulsions, sauf que Nietzsche ne voit pas les aspects positifs du premier, ni le potentiel tyrannique des secondes. En fait, l'homme Nietzschéen c'est un peu un néo-libéral avant l'heure, un type qui veut de la droite décomplexée, sans la morale de bénitier.
Un mot sur les liens supposés entre le nazisme et Nietzsche : oui, il utilise parfois des exemples où le mot race est à la fête (avec visées eugéniques), oui il a tendance à ne pas être très cool avec les juifs car il y voit « le peuple sacerdotal par excellence » mais en même temps il n'aime pas les antisémites et ne m'apparait pas du tout comme nationaliste, il n'est pas toujours tendre non plus avec les allemands…De là à dire qu'il aurait été récupéré il n'y a qu'un pas (que je laisserai à chacun le soin de franchir ou pas) qui, en fin de compte, ne ferais qu'accréditer ses idées sur la dynamique historique…
Finalement Nietzsche donne à la philosophie le but louable de critiquer les valeurs et la morale (entendre ici une morale chrétienne) mais sans préciser dans quel objectif. Et pour cause ! S'il pose la question de l'idéal ce n'est que pour rappeler tout ce qu'il coûta à l'humanité au cours de l'histoire et le réfuter en bloc. Sur ce point, il m'est difficile de concevoir un homme sans idéal…On pourra m'objecter que le FUTUR a donné raison à Nietzsche quand on voit ce qu'a donné le communisme…Mais peut-être est-ce la trahison des idéaux qui serait à déplorer plus que les idéaux en eux-mêmes…Là aussi Friedrich a réponse à tout puisque, ce monde n'étant (ou n'ayant été) qu'un conglomérat de « volontés de puissance » en lutte, les idées, concepts, inventions etc…sont, dès leur naissance, détournés de leurs buts initiaux pour être « réagencer » par une volonté supérieure…Il n'y a donc pas de relations de cause à effet simpliste dans la dynamique historique selon Nietzsche…Et puisque dieu n'est qu'une fable mortifère (tout autant que l'athéisme scientifique qui est le revers de la médaille, puisqu'il cherche simplement à rendre l'idéal plus crédible), il en vient à poser l'hypothèse qu'il n'y a pas de vérité et que tout est possible…Mais le caractère non définitif, non universel de la vérité, bref le fait qu'elle SE CONSTRUISE, permet-il de penser que tout est possible ? Et si, comme Mathieu Potte-Bonneville, on la réduisait à son essence en affirmant « qu'il n'y a de vérité que dans l'éclipse des maîtres » ?
Je voulais terminer par des précautions d'usage, du genre, vous les spécialistes de Nietzsche, ne commencez pas à me sauter dessus, je ne suis qu'un HUMBLE néophyte qui vous fait part de son regard…Mais vu que je me sens soudainement l'âme d'un surhomme j'ai juste envie de dire…
Ainsi parlait Pavlik.
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colimasson
  01 décembre 2016
La morale ne sert à rien aux hommes forts. Lorsque la vie bat son plein, qu'est-ce qu'on peut en avoir à foutre ? Lorsque la santé fait des fracas, la vraie morale recouvre la morale de la populace.

En complément à « Par-delà le bien et le mal », Nietzsche a écrit ce texte un peu trop argumentatif à mon goût pour répondre à une question restée latente dans le premier ouvrage : quelle est l'origine du système de la morale, qui a imposé ses valeurs à tous les hommes, sans distinction ? C'est cette dictature que Nietzsche dénonce. Que la morale soit nécessaire pour certains sous-hommes, c'est une réalité qu'il serait dangereux de combattre, mais que la morale créée par les hommes faibles pour les hommes faibles finisse par être imposée aussi aux hommes forts, c'est le plus grand crime commis par notre civilisation. That's the idea.

La « Généalogie de la morale » gueule dans les couloirs comme un pamphlet. Nietzsche accuse la civilisation chrétienne d'avoir exacerbé les tendances maladives de l'humain. « le non-sens de la douleur, et non la douleur elle-même est la malédiction qui a jusqu'à présent pesé sur l'humanité, — or, l'idéal ascétique lui donnait un sens ! » Mais l'homme fort –le maillon qui doit nous conduire vers le surhomme- ne se laisse pas avoir par sa douleur. L'homme fort la combat, la surmonte, trouve en elle une source de dépassement et d'explosion cataclysmique de sa puissance naturelle.

On nous dira que Nietzsche a fini fou quelques mois après avoir écrit ce texte. Oui, oui, j'ai lu ça dans un torchon soi-disant initiatique destiné à ceux qui se prennent pour les maîtres du monde parce qu'ils sont francs-maçons ou un truc du genre (sérieusement, ils disaient Nietzsche a renié Dieu, on voit que ça ne lui a pas réussi vu la mort de pédé qu'il a eue, alors ce qu'il a écrit ne vaut rien -niveau raccourcis y a pas pire). Et alors, on s'en branle non ? Depuis la mort de Ninietzsche, on a avancé l'hypothèse que la folie consisterait en un déchaînement de toute l'énergie forcée à se taire en soi. le fou serait un surhomme brimé. La question à laquelle Nietzsche ne répond pas trop, ce serait alors : pourquoi les hommes forts ont accepté de laisser naître la morale des faiblards qui chient dans leur couche ? Pourquoi, désormais, ne se reconnaissent-ils plus ? Seraient-ils trop bons ? (LOL)

Lien : http://colimasson.blogspot.f..
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zohar
  13 avril 2011
Dans la Généalogie, Nietzsche réévalue les valeurs morales en soulevant, pas seulement, leurs origines (qui se trouvent dans les sentiments et les actions issus du judéo-christianisme), mais aussi en les critiquant, par la reconstitution de la genèse historique, psychologique et anthropologique de ces valeurs et attitudes pour mieux les démasquer, à savoir les faire apparaître comme autant d'illusions et de mensonges.
Il distingue dans ce livre, la morale des maîtres et celle des esclaves. Il y a donc d'un côté, la catégorie des dominants et de l'autre, celle des dominés. Mais les premiers se divisent, eux-mêmes, en guerriers et prêtres.
Et Nietzsche dénonce avec vigueur le peuple juif, de caractère sacerdotal, qui a opéré la distinction entre l'esprit et le corps, en mobilisant les faibles, à son profit, contre les guerriers.
C'est une telle analyse qui a amené à accuser le philosophe d'être un précurseur de Hitler, un raciste avant la lettre.
Cependant, c'est une appréciation sujette à caution : car sa vie prouve qu'il n'était nullement antisémite, loin de là !
De même, et par extension, il convient de ne pas schématiser la notion de « volonté de puissance ». Plus que d'une volonté de domination, il s'agit tout simplement de la manifestation des forces actives.
« …Nous avons besoin d'une critique des valeurs morales, et la valeur de ces valeurs doit tout d'abord être mise en question… ». L'établissement de leurs origines permet donc de faire leur diagnostic, et c'est par cet acte, cette voie que « l'évaluation et la réévaluation » est, en somme, possible.
Si les valeurs morales peuvent être, psychologiquement, expliquées (c'est là d'ailleurs, une des thèses principales du livre).
Et si, ces mêmes valeurs, qui reposent sur la négation de soi et la haine de soi, empêchent l'humanité de s'affirmer.
Alors, il convient de soutenir comme Nietzsche, l'idée selon laquelle la critique de la morale est nécessaire parce qu'elle permet de libérer l'homme de son nihilisme. Car la morale est toujours la nôtre !
Ce qui est intéressant chez ce philosophe, c'est son style (ce livre se présente comme une longue dissertation argumentée par des figures rhétoriques qui font de Nietzsche un grand styliste, également) et son expression qui est marquée par les contrastes, (donc loin d'être monolithique).
Il est tout à la fois un grand polémiste (La Généalogie de la morale est, en soi, une oeuvre polémique !) supérieurement brillant et un analyste pénétrant qui sait échapper à l'aridité de toute spéculation.
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enkidu_
  18 avril 2015
Même si il reprend les thèses développées antérieurement, c'est le premier ouvrage "systématique" qu'il nous propose sur un problème fondamental : celui de la morale.
Composé dans une prose enflammée qui lui est caractéristique, et après avoir critiqué les psychologues anglais qui réduisent le bon à l'utilitaire, il montre qu'il a existé deux attitudes dans le domaine éthique, celui aristocrate, qui affirme l'existence et sont bons par leur domination sur les autres (Friedrich Nietzsche, philologue de formation, invoque alors l'étymologie), et la "morale des esclaves" ou du ressentiment, qui fait du "bon" aristocrate non pas un "mauvais", mais un "mal" ; c'est la morale des faibles, celle qui ne recherche pas la vengeance dans l'agir, mais dans un "arrière-monde" religieux - contrairement au noble qui se "désaffecte" de l'acte dans la vie et ne "calcule" même pas l'homme "mauvais", l'homme du ressentiment est dans la réaction, dans le cause-effet qui, selon notre auteur, est une fiction purement grammaticale - quand un animal plus fort chasse sa proie pour la nutrition, il le fait par impératif biologique et par sa puissance, il n'est pas de "bien ou de mal", contrairement à ce que propose "la morale de l'esclave", qui, dans ce même fétichisme de la causalité, finit par faire la dissociation corps-âme, et nourrissant du mépris pour le premier.
Dans ce transfert d'une morale de l'aristocrate vers une idéologie du ressentiment, il pointe du doigt la compétition entre le prêtre et le guerrier, le premier étant, par son conditionnement, un homme du contemplatif, de l'ascétisme, par définition secrète le ressentiment ; et c'est là qu'interviennent les juifs qui sont - dans l'Ancien Testament même, d'ailleurs - le peuple-prêtre.
Nietzsche ne critique pas tellement "le juif" en en faisant une essence - dans le second traité il dit de l'antisémite (et de l'anarchiste) qu'il est un homme du ressentiment - mais en tant qu'il a, comme fonction générale, le rôle du peuple sacerdotal ; en Occident, ces idées seront infiltrées par le christianisme dans l'empire romain (d'où la "révolte des esclaves"), perdront de la vitesse à la Renaissance (qui se voulait un retour à l'hellénique), mais reprendront de la vigueur à sa fin, pour connaître leur apex à la Révolution française de 1789, "...c'est alors que la dernière noblesse politique qui subsistait encore en Europe, celle des dix-septième et dix-huitième siècles français, s'effondra sous le coup des instincts populaires du ressentiment, — ce fut une allégresse immense, un enthousiasme tapageur comme jamais on n'en avait vu sur la terre !" (p. 79)
Dans la deuxième dissertation, le philosophe va sur la "modalité" de l'éthique, la responsabilité, "mauvaise conscience", ... il dit que ce qui fait, à terme, le proto-individu, c'est l'oubli, qui est une faculté pour que l'homme ne reste pas englué dans le passé et permette la mémoire, pour l'avenir : en bon étudiant de la langue, faisant le rapport entre culpabilité (Schuld) et dette (Schulden), Nietzsche nous montre que la "culpabilité", au sens premier, n'avait pas un sens "moral", mais pratique ; pour l'individu "pré-moral", le rapport n'était pas bien-mal, mais créancier-débiteur, et le "coupable" n'était pas un accusé moral, mais celui qui - justement - en brisant une promesse, permettait à l'individu de se situer dans le temps (d'où l'importance de la mémoire-oubli.) La punition qui lui était infligée par la communauté était donc la "souffrance", qui n'était elle-même pas "morale" (l'auteur parle de "festival".)
Cette "mauvaise conscience", donc de l'ordre de la moralité, n'est venue qu'avec la transition de la pré-histoire des chasseurs-cueilleurs vers un type sociétal néolithique, sédentaire, loin de "l'instinct sauvage" - alors, cette "violence" (chasse, ...) qu'on exerçait vers l'extérieur, nous devons la mobiliser en nous - d'où le ressentiment. Et plus une communauté devenait puissante et s'éloignait de son ancêtre, plus sa "dette" (culpabilité) s'accroissait, pour donner naissance, dans sa plus grande intensité, au "Dieu qui se sacrifie" : Jésus-Christ. C'est là que le ressentiment est "hypertrophié".
Dans la dernière partie, Nietzsche commente un de ses aphorismes ("l'interprétation" apportée au "texte"), et nous montre que l'ascétisme, dans sa nature - non pas définition, qui diverge - est une modalité pour asseoir ledit ressentiment, pour que "l'esclave" colorie ses chaînes.
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Alcapone
  27 novembre 2015
Prolongeant sa réflexion sur Par delà bien et mal, cet "écrit polémique" met en lumière l'art de la rhétorique du philosophe allemand. Invitant ses semblables à reconsidérer les valeurs morales contemporaines, Nietzsche par une pirouette bien sentie, renverse la donne et interroge sur le bien-fondé de la morale occidentale. Délaissant cette fois-ci ses habituels aphorismes au profit d'un développement sous forme de dissertations, Nietzsche décline sa "Généalogie de la morale" en trois essais :"le bon et le mauvais" (ou la morale des maîtres contre celle des esclaves), "le ressentiment" (ou la mauvaise conscience ou la culpabilité qui forge la morale des esclaves) et "les idéaux ascétiques" (critique de l'ascétisme qui se nourrit de la morale des esclaves)...
Je ne m'étendrai pas sur l'interprétation de cette Généalogie de la morale car le web fourmille de pistes qui se rejoignent (ou pas). D'ailleurs, mon avis peu éclairé ne serait d'aucune utilité. Mon compte-rendu portera plutôt sur mon expérience de lecture. Nietzsche en est conscient, sa pensée est tortueuse et l'interprétation de ses textes exige un effort, une compétence que ne possède pas à priori l'homme moderne : "savoir ruminer". Certes, il n'a pas tort mais en même temps avouons que le style pamphlétaire du philosophe, ses écrits sibyllins et son esprit d'escalier sont assez éloignés de la pensée systématique généralement associée aux philosophes. En effet, Nietzsche fait plus figure d'un écorché vif que d'un philosophe. Alors c'est vrai, comme le souligne le philosophe allemand : "pour pouvoir pratiquer la lecture comme un art, une chose avant toute autre est nécessaire, que l'on a parfaitement oubliée de nos jours - il se passera encore du temps avant que mes écrits ne soient lisibles -, une chose qui nous demanderait presque d'être de la race bovine et certainement pas "un homme moderne", je veux dire : savoir ruminer..." (extrait de l'avant-propos, p. 17). Mais pas seulement aurais-je envie de dire car si on retourne la question, n'incombe t-il pas aux philosophes (qui se considèrent souvent éclairés) de savoir transmettre clairement les concepts qu'ils ont eux-mêmes élaboré ? Hum... La question est lancée et moi, je retourne à mes ruminations...
Lien : http://embuscades-alcapone.b..
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Citations et extraits (61) Voir plus Ajouter une citation
colimassoncolimasson   01 mai 2021
Voilà un fait bien remarquable : sans aucun doute Rome a été vaincue. Il est vrai qu’il y a eu pendant la Renaissance un réveil superbe et inquiétant de l’idéal classique, de l’évaluation noble de toutes choses : la Rome ancienne, elle-même, se met à s’agiter comme si elle se réveillait d’une léthargie, écrasée, comme elle l’était, par une Rome nouvelle, cette Rome judaïsée, édifiée sur des ruines, qui présentait l’aspect d’une synagogue œcuménique et que l’on appelait « Église » : mais aussitôt la Judée se mit à triompher de nouveau, grâce à ce mouvement de ressentiment (allemand et anglais) foncièrement plébéien que l’on appelle la Réforme, sans oublier ce qui devrait en sortir, la restauration de l’Église, — et aussi le rétablissement du silence de tombeau sur la Rome classique. Dans un sens plus décisif, plus radical encore, la Judée remporta une nouvelle victoire sur l’idéal classique, avec la Révolution française : c’est alors que la dernière noblesse politique qui subsistait encore en Europe, celle des dix-septième et dix-huitième siècles français, s’effondra sous le coup des instincts populaires du ressentiment, — ce fut une allégresse immense, un enthousiasme tapageur comme jamais on n’en avait vu sur la terre !
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colimassoncolimasson   29 avril 2021
Arrivons à notre conclusion. Les deux valeurs opposées « bon et mauvais », « bien et mal » se sont livrées en ce monde, pendant des milliers d’années, un combat long et terrible ; et bien que depuis longtemps la seconde valeur l’ait emporté, aujourd’hui encore il ne manque pas d’endroits où la lutte se poursuit avec des chances diverses. On pourrait même dire que, depuis lors, elle a été portée toujours plus haut et que, par ce fait, elle est devenue toujours plus spirituelle : en sorte qu’il n’y a peut-être pas aujourd’hui de signe plus distinctif pour reconnaître une nature supérieure, une nature de haute intellectualité que la rencontre de cette antinomie dans ces cerveaux qui présentent pour de telles idées un véritable champ de bataille.
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colimassoncolimasson   27 avril 2021
Et l’impuissance qui n’use pas de représailles devient, par un mensonge, la « bonté » ; la craintive bassesse, « humilité » ; la soumission à ceux qu’on hait, « obéissance » (c’est-à-dire l’obéissance à quelqu’un dont ils disent qu’il ordonne cette soumission, — ils l’appellent Dieu). Ce qu’il y a d’inoffensif chez l’être faible, sa lâcheté, cette lâcheté dont il est riche et qui chez lui fait antichambre, et attend à la porte, inévitablement, cette lâcheté se pare ici d’un nom bien sonnant et s’appelle « patience », parfois même « vertu », sans plus ; « ne pas pouvoir se venger » devient « ne pas vouloir se venger » et parfois même le pardon des offenses (« car ils ne savent pas ce qu’ils font — nous seuls savons ce qu’ils font ! »). On parle aussi de « l’amour de ses ennemis » — et l’on sue à grosses gouttes.
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colimassoncolimasson   25 avril 2021
je ne suis pas méchant, je vous aime bien vous les agneaux. Rien n’est plus savoureux qu’un petit agneau.
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colimassoncolimasson   23 avril 2021
Ne pas pouvoir prendre longtemps au sérieux ses ennemis, ses malheurs et jusqu’à ses méfaits — c’est le signe caractéristique des natures fortes, qui se trouvent dans la plénitude de leur développement et qui possèdent une surabondance de force plastique, régénératrice et curative qui va jusqu’à faire oublier. […] Un tel homme, en une seule secousse, se débarrasse de beaucoup de vermine qui chez d’autres s’installe à demeure ; c’est ici seulement qu’est possible le véritable « amour pour ses ennemis », à supposer qu’il soit possible sur terre. Quel respect de son ennemi a l’homme supérieur ! — et un tel respect est déjà la voie toute tracée vers l’amour…
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Écrivain, journaliste, spécialiste des questions internationales, religieuses et culturelles, rédacteur en chef au Point puis directeur de la rédaction délégué de L'Express, Christian Makarian est aujourd'hui consultant pour divers médias audiovisuels. Il est l'auteur, entre autres, d'un essai prémonitoire et remarqué : le choc Jésus-Mahomet (CNRS Éditions).
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