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Patrick Wotling (Traducteur)
EAN : 978B088RCQNSW
Éditeur : Flammarion (10/06/2020)

Note moyenne : 4.22/5 (sur 426 notes)
Résumé :
Y a-t-il une alliance possible entre la lucidité et la joie? Quelle force faut-il pour aimer la réalité telle qu'elle est, pour assumer les contradictions de la vie? Une puissance rare qui est le privilège de ceux qui savent jouir de ce monde-ci. La plupart des hommes imaginent que la vraie vie est ailleurs et cette fiction d'un au-delà idéal les réconforte et leur permet de supporter leur condition temporelle. Cette peur de l'éphémère et de l'instable, convertie en... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (20) Voir plus Ajouter une critique
peloignon
  30 janvier 2013
Après le sobre et abrasif « Humain...trop humain » que Nietzsche dicte à Peter Gast au cours des sombres jours qui suivent sa rupture avec son idole Wagner et au cours desquels il est particulièrement atteint par le mal qui le rongera désormais, l'espérance d'une rémission a bien fini par se faire sentir et, de son esprit convalescent, l'« Aurore » fragile a surgie avec légèreté, esquissant d'une manière encore indéterminée de sublimes possibilités à développer.
Et nous voilà soudain devant « le gai savoir »! Nous pénétrons, attirés par les rythmes mystérieux et gracieusement dansants des poèmes d'introduction, dans un monde où l'eau plate du savoir nous est présentée sous la jolie forme d'un pétillant Champagne. Quel esprit saura en jouir sans y perdre sa sobriété? Voilà le défi qui nous y est lancé!
13 Pour les danseurs
Glace lisse
Un paradis
Pour qui sait danser
35 Glace
Oui, parfois je fais de la glace :
La glace est utile pour digérer!
Si vous aviez beaucoup à digérer,
Oh, comme vous aimeriez ma glace!
Le moment est venu de prendre du recul devant les folies qui nous entraînent d'une main de fer. La religion, la morale, l'art, la science ne valent pour nous que si nous le voulons bien. Aucune voie ne saurait en imposer à notre joyeuse envie de nous esclaffer. Rien n'est exempt de travers ridicules, d'absurdités, d'erreurs de calcul dans l'économie des fins et des moyens. Et pourtant, l'intention demeure toujours de viser la vérité la plus sérieuse et la plus dure. La santé, c'est l'état de liberté qui découle de cette prise de distance à la fois lucide et ironique par rapport à la vérité, car cette dernière n'est rien d'autre que la mort.
Alors apprenons à nous baigner librement de sublimes illusions. Non pas pour en faire notre état permanent et sombrer ainsi dans la médiocrité ambiante, mais pour s'éclater dans l'enthousiasme le plus pur, dans l'instant fugace d'un spasme d'existence inoubliable, avant de retourner toujours, de plus en plus profondément, à l'implacable vérité. Voilà ce qu'est Nietzsche pour moi, mes amis. Ecce Homo!
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denis76
  04 avril 2020
« Nous autres, athées », dit le père Nietzsche ; « vous autres, croyants ». Je suis croyant, mais j'aime beaucoup Nietzsche. Vous allez comprendre pourquoi.
D'abord, on ne lit pas Nietzsche, on l'épluche, on le décortique, un peu comme les crevettes dont on se délecte ensuite.
De quoi s'agit-il ici, en 1882 ?
C'est une lutte contre :
1 ) La croyance religieuse ;
2 ) La morale religieuse ;
3 ) et un peu contre le travail.
On peut opposer le Gai Savoir au savoir grave des prêtres, et l'auteur, fils de pasteur, luttera sur plusieurs livres contre la religion, mais surtout sur l'influence des prêches sur le peuple.
Friedrich Nietzsche est un lutteur, sa carrure ramassée, ses écrits puissants en font à mes yeux, bien que sur un terrain différent, l'égal de Victor Hugo ou Emile Zola, mes deux autres chouchous du XIXè siècle.
Le Gai Savoir, est, je pense, un livre essentiel dans la pensée nietzschéenne : il annonce la venue de Zarathoustra.
Nietzsche est un naturaliste, un moniste : il pense qu'une âme transcendante n'existe pas.
Dans le contenu de l'oeuvre, pendant les quatre premiers « livres », Nietzsche lutte, à coup d'aphorismes contre la religion.
En général, Nietzsche conçoit ses aphorismes en deux parties.Quand on comprend que son mode de fonctionnement est binaire, c'est gagné :
"vous autres croyants", "nous autres athées", et chaque aphorisme est en général dédié à "vous autres", puis à "nous autres".
En première partie, ce n'est pas dit clairement, mais d'abord il sous-entend beaucoup :
« Vous autres, les chrétiens, êtes... on dirait maintenant
basés, conditionnés, manipulés sur une morale de préjugés collectifs, avec un impératif : du muss ! »….
Pour lui, la religion est un « prêt à penser » qui rassure et occupe le peuple, un peu comme « panem et cicenses » au temps de Rome, et empêche les gens de réfléchir par eux-mêmes.
En deuxième partie de l'aphorisme, il passe à « nous autres, les philosophes, ou les penseurs, ou les athées… », et nous convie au Gai savoir, qui est au contraire, un militantisme pour le recueillement à partir du vécu intime et individuel propre, dans son « connais-toi toi-même », afin d'évoluer vers l'art philosophique, c'est-à-dire la création de pensées propres, permettant à l'être humain d'évoluer vers son libre-arbitre, sa liberté :
la morale est à bannir, il faut voyager, danser par dessus la morale chrétienne, "par-delà le bien et le mal", pour acquérir chacun son libre-arbitre. Ultérieurement, il fera d'ailleurs un livre sur ce thème.
Ses arguments tournent autour du fait que la pensée et la morale chrétienne sont des jugements globaux et culpabilisants, mettant les gens dans des cases, une sorte de prison mentale, alors qu'il vaut mieux aller vers la vraie Lumière, la liberté de penser.
Il avoue avoir été précédé par :
1 ) Luther (c'est un hommage indirect à son père, pasteur ), qui a permis une première libération mentale du peuple par rapport au catholicisme rigide, puis
2 ) une deuxième libération par Schopenhauer, premier philosophe allemand athée.
Là où Nietzsche est innovant, c'est que :
1 ) Il attaque la morale : elle est composée de valeurs et de jugements. Il est d'accord que des valeurs doivent exister, mais pas les jugements, paroles condamnantes, humiliantes.
2 ) Il attaque aussi, dans un aphorisme, le travail, qui empêche le peuple de réfléchir.
Enfin, au livre 5 de l'oeuvre, grande nouvelle, l'auteur annonce que « Dieu est mort » !
Grande nouvelle ! Nous savons maintenant que les ténèbres de la morale se sont enfuies, une grande lumière nous éblouit !
Mais que va faire le vieux lutteur, maintenant qu'il n'a plus d'adversaire ?
Eh bien, il va bâtir un projet : Dieu et Jésus sont morts, un nouveau prophète va émerger et se recueillir sur la montagne : Zarathoustra !
Cependant, il s'aperçoit que ce projet ne se montera pas sans difficultés :
En effet, le peuple, croyant et pratiquant dans l'ensemble, communique plus avec le prêtre qu'avec le philosophe, trop distant. Nietzsche s'aperçoit que créer un nouveau Jésus athée ayant autant de renom que l'original, ne sera pas chose facile.
D'autant plus qu'il a conscience que dans nos projets, "nous autres philosophes" avons tendance à nous éloigner du peuple... Mais c'est volontaire, dit-il à la fin, nous choisissons nos lecteurs par une "écriture incompréhensible".
Je passerai sous silence son "fourbi" habituel : recettes de savoir-vivre, hors sujets, incohérences dû à un vocabulaire volontairement ou non imprécis ou confus, vocabulaire spécifique, aphorismes "planants", où il a peut être fumé la moquette, et même quelques hypothèses fausses.
.
Cependant, lire Nietzsche, ce "conquérant-explorateur de l'idéal" est, à chaque fois, une belle expérience, et j'ai éclaté de rire quand il a sorti, vers la fin du livre :
" nous autres, élus de Dieu" !!!
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colimasson
  10 décembre 2012
Un des livres les plus tonitruants de Nietzsche ! le Gai Savoir marque une forme de renaissance à la vie et s'inscrit en tant que tel dans l'existence de l'auteur. Après avoir été totalement abattu par affres de la maladie et de la souffrance, après avoir écrit, dans une lettre à Overbeck : « Je ne comprends plus du tout à quoi bon je devrais vivre, ne fût-ce que six mois de plus [...] », Nietzsche connaît une rémission qui le fait passer des bas-fonds au faîte de l'énergie et du dynamisme. Modèle du maniaco-dépressif ? On lit alors des pensées situées à l'antithèse de ses écrits les plus désespérés, condamnant les volontés de vivre affaiblies en même temps que le pessimisme à la Schopenhauer ou le romantisme à la Wagner.

« Vivre –cela veut dire : rejeter sans cesse loin de soi quelque chose qui tend à mourir ; vivre –cela veut dire : être cruel et inexorable pour tout ce qui en nous n'est que faible et vieilli, et pas seulement en nous. »

Les exhortations à la vie sont virulentes et révèlent peut-être le regard d'un homme qui souhaite faire une croix sur un passé de souffrance. Ce qui semble s'écouler de la plume de Nietzsche, avec toutes les apparences d'une certitude inébranlable, n'est peut-être qu'une forme d'auto-persuasion d'autant plus affirmée qu'elle se sait bancale ? car quelle virulence Nietzsche emploie-t-il à condamner tous les instincts contraires à cette redécouverte de la vie dans toute sa puissance, alors même qu'il appelle au mépris des formes les plus affaiblies de l'existence. Il n'empêche, ces passages enflammés transcrivent une vitalité indéniable, qui stupéfie et qui véhicule un courage et une force bien réels –si tant est qu'ils prennent leur source dans une origine moins stable.

Ce sentiment d'être doté d'une énergie presque infinie enjoint Nietzsche à se séparer du commun des mortels, à ceux qu'il appelle, avec un mépris affiché et assumé : le « troupeau ». Ce qui le différencie semble se situer au niveau de la morale : une fois encore, avoir atteint des sommets de désespoir a fait rejaillir chez Nietzsche une vision du monde qui dépasse les exigences habituelles. Il ne voit plus que l'inanité d'une foule de « travestis » qui se réunit sur scène pour jouer une pièce d'un romantisme graveleux.

« Nous aussi nous fréquentons des « personnes », nous aussi nous revêtons modestement le vêtement sous lequel (et comme quoi) on nous connaît, estime, recherche, et ainsi vêtus nous nous rendons en société, c'est-à-dire parmi des travestis qui ne veulent pas qu'on les dise tels : nous aussi nous agissons en masques avisés et coupons court à toute curiosité qui ne se bornerait pas à notre « travestissement ». »

Et là où certains se perdent derrière leurs travestissements, Nietzsche et les autres « hommes supérieurs », sans être dupes de leur obligation à céder eux aussi à ce procédé, se contentent d'y voir une obligation sociale qui n'efface en rien la véritable personnalité de celui qui se pare pour les mondanités.

Superficialité, superficialité… à bannir, tout comme Nietzsche condamne la « profondeur » creuse des hommes de science de son siècle. A s'échiner à dévoiler une vérité qui abolirait toutes les autres, l'humanité risquerait de tomber dans un nouveau fanatisme –après celui qu'a pu engendrer, par exemple, le christianisme. Ces professeurs d'une foi nouvelle s'accapareraient une image de profondeur qu'ils ne méritent pas –en contre-exemple, Nietzsche cite les grecs antiques, véritables défricheurs des abysses qui ne livraient leurs découvertes qu'après être remontés à la surface des choses.

« Que seule une interprétation du monde soit légitime, où vous autres subsistiez légitimement, où l'on ne puisse explorer et continuer de travailler scientifiquement que dans votre sens (-vous voulez dire somme toute mécanicistement ?) et qui n'admette autre chose que compter, calculer, peser, voir et saisir, voilà qui n'est que balourdise et naïveté, quand ce ne serait pas de l'aliénation, du crétinisme. »

Peu à peu se révèle le concept de Gai Savoir situé à la fois au-delà des pensées moralisantes et avilissantes du « troupeau » mais aussi au-delà des airs empruntés et tortueux des hommes de science « spécialisés » à la vision du monde réductrice. le Gai Savoir s'abreuve plutôt à la Vie et aux grands espaces et s'amuse des tragédies qui parsèment les existences de ses sujets –ridicules à l'égard de la Vie dans l'absolu. Pour un savoir virevoltant et redevenu léger après avoir connu la profondeur, Nietzsche propose des formes brèves et clinquantes (« Plaisanterie, ruse et vengeance ») et des poèmes qui le surprennent lui-même (« Chanson du prince hors-la-loi ») :

« Toi, poète ? Toi, un poète ?
As-tu donc la tête dérangée ?
« Mon cher Monsieur, vous êtes un poète »
Dit l'oiseau Pic, hochant l'épaule. »

Et au-delà de Nietzsche et de son Gai Savoir, que peut-on espérer trouver ? Cette question, l'auteur ne semble pas se l'être posée et cette négligence est surprenante au regard d'un homme qui vilipende les certitudes du « troupeau ». Sa vision du monde est supérieure en ce qu'elle exalte la puissance de vie –il faut donc supposer que cette puissance est accompagnée d'un jugement de valeur, et veiller à ce que ce jugement ne soit pas l'initiateur d'une nouvelle morale- et qu'elle autorise l'expression des sentiments égoïstes : la fierté, la puissance, la combattivité qui, s'ils nuisent parfois à autrui, constituent un moteur essentiel pour l'individu pris en lui-même.

Plus que dans ses autres livres Nietzsche ne s'expose ici à ses propres contradictions. On pourrait essayer de les critiquer, mais à quoi bon ? Quel serait l'intérêt de remettre en question des convictions qui sont nées d'une rémission –brève- de la dépression et qui sont, avant toute chose, une déclaration d'amour adressée à la vie et à l'espoir d'un avenir plus léger ?
Lien : http://colimasson.over-blog...
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Henri-l-oiseleur
  05 avril 2020
Certains livres sont de plain-pied avec le lecteur, qui s'y retrouve. C'est sans grand intérêt. D'autres condescendent au lecteur, le caressent dans le sens du poil, le font se sentir bien et meilleur qu'il n'est : ce sont des mensonges feel-good, souvent moralisateurs ; c'est déjà le romantisme hugolien, le socialisme déclamatoire de Zola, et Wagner qui cumule tous ces vices. D'autres livres enfin ne lui demandent rien : ils sont là comme des montagnes. En fera l'ascension qui voudra, ou pourra. Pour faire l'ascension du Gai Savoir, il faut laisser toute la vulgarité contemporaine, à commencer par ce qui s'attache désormais, dans notre langue que Nietzsche aimait tant, à l'adjectif "gai".
Cette gaieté ne résulte pas de l'absence de souci, de l'innocence juvénile, de l'enfance pleine de vie : elle n'est pas donnée naturellement puisque le temps et la vie nous en dépouillent sans pitié. Cette gaieté se gagne et se conquiert : c'est ça, la montagne nietzschéenne. Au début, le lecteur risque de se demander comment il pourra être jamais gai : une ascèse impitoyable est nécessaire, qui exige qu'il se défasse de toutes les illusions morales, de tous les grands "principes", et de toute l'expérience amère de la désillusion. Perdre ses illusions et aussi, perdre le chagrin de les avoir perdues ! A ce stade, le lecteur est arrivé au refuge de montagne nommé Cioran. Mais Nietzsche l'attend plus loin et plus haut : Dieu est mort, il ne te reste plus rien à quoi t'accrocher, c'est donc maintenant que tu as le devoir d'être gai, une fois débarrassé de tout ce qui t'encombrait. C'est une enfance retrouvée au-delà de la désillusion, une enfance supérieure à la première qui l'ignorait.
Une petite remarque, placée en fin de préface de ce livre de textes brefs et percutants, illustrera le propos. " ... on aura de la peine à nous retrouver sur les traces de ces jeunes Egyptiens qui ... veulent absolument dévoiler, découvrir, mettre en pleine lumière ce qui, pour de bonnes raisons, est tenu caché. Non, nous ne trouvons plus de plaisir à cette chose de mauvais goût, la volonté de vérité, de la 'vérité à tout prix' ... Peut-être la vérité est-elle une femme qui a des raisons de ne pas vouloir montrer ses raisons ! Peut-être son nom est-il Baubô, pour parler grec ! ... Ah ces Grecs, ils s'entendaient à vivre : pour cela il importe de rester bravement à la surface, au pli, de s'en tenir à l'épiderme, d'adorer l'apparence, de croire à la forme, aux sons, aux paroles, à tout l'Olympe des apparences ! Ces Grecs étaient superficiels - par profondeur !" Si l'on parvient à l'ultime désenchantement, qu'entraîne "la mort de Dieu", on ne porte pas le deuil, on n'est pas orphelin de son Père, on ne désespère nullement : on devient gai, de la gaieté grecque si bien décrite ici, la gaieté de ceux qui, ayant su et compris, savent vivre quand même ...
"Le Gai Savoir" traduit le titre original "La Gaya Scienza" : ce n'est pas de l'allemand, c'est du provençal du Moyen-Age, langue des troubadours, tant admirés de Dante, d'Eliot et d'Ezra Pound. Ce savoir appartient aux "casse-cous de l'esprit, qui [ont] gravi le sommet le plus élevé et le plus dangereux des idées actuelles" : une élite, une aristocratie, qui s'exprime par le "nous" souverain de ce philosophe qui fut le plus seul des hommes. Chacun peut tenter l'ascension s'il le veut, à condition de se séparer des autres et de supporter de s'en distinguer. Aucun aristocrate de l'esprit ne l'empêchera de grimper, et ce livre l'aidera peut-être à aller plus haut. Pour moi, j'ai bien peur d'être resté dans le Piémont, avec une carte des sentiers de montagne, mais sans le courage de les arpenter.
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batlamb
  28 janvier 2020
« (…) nous n'oserions jamais nous permettre de parler de notre « amour de l'humanité » –  nous ne sommes pas assez comédiens pour cela ! (…) L'humanité ! Parmi toutes les vieilles femmes, y eut-il jamais vieille femme plus horrible ?  »
Dans le Gai Savoir, le bonheur de Nietzsche ne rime pas forcément avec bienveillance. L'humanité peut être la cible de sa joie féroce, de ses passions qui s'expriment emphatiquement, à coups de points d'exclamation !
Précisons rapidement que ce philosophe excité risque d'agacer le lectorat moderne avec la misogynie assez criante de son recueil (par exemple, la féminité se retrouve à un moment synonyme de lâcheté). Mais Nietzsche s'en prend un peu à tout le monde, notamment à Schopenauer et à son concept de pitié. Ici, la pitié est définie comme un désir de souffrance impersonnel, tourné vers « l'affaiblissement de la vie » et empêchant donc d'exister, de penser par soi-même. Nietzsche rejette ce sacrifice de soi, et s'attaque ainsi à un point névralgique de la morale chrétienne.
A cette morale, il oppose l'égoïsme de celui qui ose « tenter le diable en parlant de (s)on bonheur ». Il refuse de voir d'une façon négative le fait de privilégier son épanouissement personnel : « Et tant que d'une manière ou d'une autre vous aurez encore honte de vous-mêmes, vous ne serez pas encore des nôtres ! ». Nietzsche chante ainsi la gaieté insouciante de celui qui veut « créer pour lui-même son propre soleil ». D'où l'éloge du polythéisme contre le monothéisme : inventer chacun sa propre divinité vaut mieux que de se soumettre à une idole commune. Le gai savoir revient à suivre notre propre voie, pour y découvrir ce que nous-seuls pouvons connaître, ce qui n'appartient qu'à nous.
Au bout du compte, Nietzsche est-il vraiment méchant ? Oui, puisqu'il le revendique. Mais dans une perspective quelque peu darwinienne. La remise en question « méchante » des modèles existants doit permettre la naissance d'esprits critiques qui sont autant de nouvelles formes de vie : « Lorsque nous critiquons, cela n'est en rien arbitraire ni impersonnel, – c'est, très souvent tout au moins, une preuve qu'existent en nous des forces vivantes qui font pression et sont en train de percer une écorce. Nous nions et devons nier parce que quelque chose en nous veut vivre et s'affirmer, quelque chose que nous ne connaissons peut-être pas encore, ne voyons pas encore ! ». Car Nietzsche exalte le savoir dans la perspective de surmonter le nihilisme et le positivisme scientifique aveugle (puisque ignorant les autres visions du monde) dans lesquels le déclin des valeurs judéo-chrétiennes menace de plonger l'Europe. C'est pourquoi il ne se réjouit pas (du moins pas trop vite) de ce qu'il définit dramatiquement comme « la mort de Dieu ». En effet, si Dieu est mort, chacun doit porter « le poids le plus lourd » : acquérir assez de force pour établir sa propre morale. Une force qui permettrait de souhaiter que chaque instant de sa vie puisse revenir éternellement.
Pourtant, Nietzsche déclare que chaque moment de joie ne se produit qu'une fois. Est-ce une contradiction… ou une preuve supplémentaire de la puissance d'imagination nécessaire pour surmonter la finitude des choses et voir en chacune d'elles l'Éternel Retour ?
L'imagination en question ne saurait être romantique, car Nietzsche déclare que ce mouvement est impulsé par une faiblesse mortifère, par opposition à la fièvre dionysiaque, qui cherche un exutoire à son excès de vie. À ce stade, je trouve que l'auto-contradiction devient trop évidente pour être ignorée et nous laisser porter par la voix exaltée du philosophe. Car même si l'on ne connait pas la biographie de Nietzsche, il est difficile de ne pas remarquer ici ses allusions quant à son propre déclin physique, qui entrent en résonance avec son appel final à la « grande santé », où les "Argonautes de l'idéal" voguent vers la beauté et la connaissance. On observe là, incontestablement, une nature romantique, selon la propre définition de ce livre. Autrement dit, même en appelant à dépasser le romantisme, Nietzsche s'y inscrit encore. Et ce d'autant plus par sa sensibilité non dépourvue d'idéalisme, qui rejoint une définition plus classique du romantisme. Malgré son regard sans cesse tourné vers la Grèce antique, Nietzsche fait donc face aux limites (humaines, trop humaines) de sa vision marquée par les tendances dominantes de son temps… et il en est sans doute conscient ! Comme le prouve ce passage (toujours romantique) : « Il faut être très léger pour pousser sa volonté de connaissance jusqu'à un point si lointain et comme au-delà de son époque, pour se créer des yeux qui puissent embrasser des millénaires et ajouter à cela du ciel pur dans ces yeux ! »
À l’évidence, Nietzsche est autant poète que philosophe. On trouve d'ailleurs des vers de son cru en introduction du recueil - dont un surprenant haïku :
« Glace lisse
Un paradis
Pour qui sait bien danser. »
Comme un patineur, Nietzsche virevolte entre les rôles de philosophe et d'artiste, se riant de leurs prétendues frontières. Ainsi est-il aussi comédien (malgré la citation en ouverture de cette critique) : « Finalement, la philosophie d'un artiste a peu d'importance si elle n'est justement qu'une philosophie en supplément et n'occasionne aucun dommage à son art lui-même. On ne saurait trop se garder de s'emporter contre un artiste en raison d'une mascarade occasionnelle, peut-être fort malheureuse et prétentieuse ; n'oublions pas en effet que ces chers artistes, tous autant qu'ils sont, sont et doivent nécessairement être un peu comédiens, et qu'à la longue, sans comédie, ils n'y tiendraient plus. ». Il n'y a donc pas lieu de lui reprocher ses égarements. Mieux vaut danser avec lui maintenant !
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Citations et extraits (271) Voir plus Ajouter une citation
palamedepalamede   04 mars 2017
Il faut apprendre à aimer

...Nous finissons toujours par être récompensés pour notre bonne volonté, notre patience, notre équité, notre tendresse envers l'étrangeté, du fait que l'étrangeté peu à peu se dévoile et vient s'offrir à nous en tant que nouvelle et indicible beauté : - c'est là sa gratitude pour notre hospitalité. Qui s'aime soi-même n'y sera parvenu que par cette voie : il n'en est point d'autre. L'amour aussi doit s'apprendre.
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blanchenoirblanchenoir   03 septembre 2017
UNE SEULE CHOSE EST NECESSAIRE. — « Donner du style » à son caractère — c’est là un art considérable qui se rencontre rarement ! Celui-là l’exerce qui aperçoit dans son ensemble tout ce que sa nature offre de forces et de faiblesses pour l’adapter ensuite à un plan artistique, jusqu’à ce que chaque chose apparaisse dans son art et sa raison et que les faiblesses même ravissent l’œil. Ici une grande masse de seconde nature a été ajoutée, là un morceau de nature première a été supprimé : — dans les deux cas cela s’est fait avec une lente préparation et un travail quotidien. Ici le laid qui ne pouvait pas être éloigné a été masqué, là-bas il a été transformé en sublime. Beaucoup de choses vagues qui s’opposaient à prendre forme ont été réservées et utilisées pour les choses lointaines : — elles doivent faire de l’effet à distance, dans le lointain, dans l’incommensurable. En-fin, lorsque l’œuvre est terminée, on reconnaîtra comment ce fut la contrainte d’un même goût qui, en grand et en petit, a dominé et façonné : la qualité du goût, s’il a été bon ou mauvais, importe beaucoup moins qu’on ne croit, — l’essentiel c’est que le goût soit un. Ce sont les natures fortes et dominatrices qui trouveront en une pareille contrainte, en un tel assujettissement et une telle perfection, sous une loi propre, leur joie la plus subtile ; la passion de leur vo-lonté puissante s’allège à l’aspect de toute nature stylée, de toute nature vaincue et assouvie ; même lorsqu’elles ont des palais à construire et des jardins à planter elles répugnent à libérer la nature. — Par contre, ce sont les caractères faibles, incapables de se dominer soi-même qui haïssent l’assujettissement du style : ils sentent que si cette amère contrainte leur était imposée, sous elle ils deviendraient nécessairement vulgaires : ils se changent en esclaves dès qu’ils servent, ils haïssent l’asservissement. De pareils esprits — et ce peuvent être des esprits de premier ordre — s’appliquent toujours à se donner à eux-mêmes et à prêter à leur entourage la forme de nature libres — sauvages, arbitraires, fantasques, mal ordonnées, surprenantes — et à s’interpréter comme telles : et ils ont raison, car ce n’est qu’ainsi qu’ils se font du bien à eux-mêmes ! Car une seule chose est nécessaire : que l’homme atteigne le contentement avec lui-même — quel que soit le poème ou l’œuvre d’art dont il se serve : car alors seulement l’aspect de l’homme sera supportable ! Celui qui est mécontent de soi-même est continuellement prêt à s’en venger : nous autres, nous serons ses victimes, ne fût-ce que par le fait que nous aurons toujours à supporter son aspect répugnant ! Car l’aspect de la laideur rend mauvais et sombre. »
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KlasinaKlasina   12 mai 2018
« Gardons-nous ! – Gardons-nous de penser que le monde est un être vivant. Vers où s’étendrait-il ? De quoi se nourrirait-il ? Comment pourrait-il croître et augmenter ? Nous savons à peine ce qu’est l’organique : et nous réinterpréterions l’indiciblement dérivé, tardif, rare, fortuit que nous percevons aujourd’hui sur la croûte de la terre comme l’essentiel, l’universel, l’éternel, ainsi que le font ceux qui qualifient le tout d’organisme ? Cela suscite en moi le dégoût. Gardons-nous déjà de croire que le tout est une machine ; il n’est certainement pas construit pour atteindre un but, nous lui faisons bien trop d’honneur en lui appliquant le terme de « machine ». Gardons-nous de présupposer absolument et partout quelque chose d’aussi bien conformé que le mouvement cyclique des étoiles les plus proches de nous ; un simple coup d’œil sur la Voie lactée suscite le doute et nous fait nous demander s’il n’existe pas là des mouvements bien plus grossiers et contradictoires, et de même des étoiles suivant d’éternelles trajectoires de chute rectilignes et d’autres choses du même ordre. L’ordre astral dans lequel nous vivons est une exception ; cet ordre, et la durée considérable dont il est la condition, a à son tour rendu « possible l’exception des exceptions : la formation de l’organique. Le caractère général du monde est au contraire de toute éternité chaos, non pas au sens de l’absence de nécessité, mais au contraire au sens de l’absence d’ordre, d’articulation, de forme, de beauté, de sagesse et de tous nos anthropomorphismes esthétiques quelque nom qu’on leur donne. À en juger du point de vue de notre raison, ce sont les coups malheureux qui constituent de loin la règle, les exceptions ne sont pas le but secret et tout le carillon répète éternellement son air, qui ne mérite jamais d’être qualifié de mélodie – et enfin il n’est pas jusqu’au mot de « coup malheureux » qui ne soit déjà une humanisation qui enferme un reproche. Mais nous aurions le droit de blâmer ou louer le tout ! Gardons-nous de lui attribuer insensibilité et déraison ou leurs contraires : il n’est ni parfait, ni beau, ni noble, et ne veut rien devenir de tout cela, il ne cherche absolument pas à imiter l’homme ! Il n’est nullement concerné par aucun de nos jugements esthétiques et moraux ! Il ne possède pas non plus de pulsion d’autoconservation, et pas de pulsions tout court ; il ne connaît pas non plus de lois. Gardons-nous de dire qu’il y a des lois dans la nature. Il n’y a que des nécessités : nul n’y commande, nul n’y obéit, nul ne transgresse. Si vous savez qu’il n’y a pas de buts, vous savez aussi qu’il n’y a pas de hasard : car c’est seulement aux côtés d’un monde de buts que le terme de « hasard » a un sens. Gardons-nous de dire que la mort est le contraire de la vie. Le vivant n’est qu’un genre du mort, et un genre très rare. – Gardons-nous de penser que le monde crée éternellement du nouveau. Il n’y a pas de substances d’une durée éternelle ; la matière est une erreur au même titre que le Dieu des Éléates. Mais quand en aurons-nous fini avec notre prudence et notre circonspection ? Quand donc toutes ces ombres de Dieu cesseront-elles de nous assombrir ? Quand aurons-nous totalement dédivinisé la nature ? Quand aurons-nous le droit de commencer à naturaliser les hommes que nous sommes au moyen de cette nature purifiée, récemment découverte, récemment délivrée !"

TROISIEME LIVRE - 109- " Gardons-nous".
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4shgoth4shgoth   23 janvier 2018
Vive la physique !
Combien y a-t-il d'hommes qui s'entendent à observer ? Et parmi le petit nombre qui s'y entend, combien y en a-t-il qui s'observent eux-mêmes ? « Chacun est à soi-même le plus lointain » C'est ce que savent, à leur plus grand déplaisir, tous ceux qui scrutent les âmes ; et la maxime « connais-toi toi-même ! », dans la bouche d'un dieu et adressée aux hommes, est presque une méchanceté. Mais pour démontrer combien l'observation de soi se trouve à un niveau désespéré, il n'y a rien de tel que la façon dont presque chacun parle de l'essence d'un acte moral, cette façon d'être prompte, empressée, convaincue, bavarde, avec son regard, son sourire, sa complaisance ! On semble vouloir te dire : » « Mais, mon cher, ceci justement est mon affaire ! Tu t'adresses avec ta question à celui qui a le droit de répondre : le hasard veut qu'en rien je ne sois aussi sage qu'en cela. Donc : lorsque l'homme décide que « cela est bien ainsi », lorsqu'il conclut ensuite que « c'est pour cela qu'il faut que cela soit », et lorsque, enfin il fait ce qu'il a ainsi reconnu juste et désigné comme nécessaire alors l'essence de son acte est morale ! » Mais, mon ami, tu me parles là de trois actions au lieu d'une : car son jugement « cela est bien ainsi », par exemple, est aussi une action, ne pouvait-on dès l'abord émettre un jugement moral ou immoral ? Pourquoi considères-tu cela, et cela en particulier, comme juste ? « Parce que ma conscience me l'indique ; la conscience ne parle jamais immoralement, car c'est elle qui détermine ce qui doit être moral ! » Mais pourquoi écoutes-tu la voix de ta conscience ? Et en quoi as-tu un droit à accepter comme vrai et infaillible un pareil jugement ? Pour cette croyance, n'y a-t-il plus là de conscience ? Ne sais-tu rien d'une conscience intellectuelle ? D'une conscience derrière ta « conscience » ? Ton jugement « cela est bien ainsi » a une préhistoire dans tes instincts, tes penchants, tes antipathies, tes expériences et tes inexpériences ; il te faut demander : « Comment s'est-il formé là ? » et encore après : « Qu'est-ce qui me pousse en somme à l'écouter ? » Tu peux prêter l'oreille à son commandement, comme un brave soldat qui entend les ordres de son officier. Ou bien comme une femme qui aime celui qui commande. Ou bien comme un flatteur et un lâche qui a peur de son maître. Ou bien comme un sot qui obéit parce qu'il n'a rien à répliquer à l'ordre donné. Bref, tu peux obéir à ta conscience, de cent façons différentes. Mais si tu écoutes tel ou tel jugement, comme la voix de ta conscience, en sorte que tu considères quelque chose comme juste, c'est peut-être parce que tu n'as jamais réfléchi sur toi-même et que tu as accepté aveuglément ce qui, depuis ton enfance, t'a été désigné comme juste ou encore parce que le pain et les honneurs te sont venus jusqu'à présent avec ce que tu appelles ton devoir ; tu considères ce devoir comme « juste » puisqu'il te semble être ta « condition d'existence » (car ton droit à l'existence te paraît irréfutable !). La fermeté de ton jugement moral pourrait encore être une preuve de pauvreté personnelle, d'un manque de personnalité, ta « force morale » pourrait avoir sa source dans ton entêtement ou dans ton incapacité à percevoir un idéal nouveau ! En un mot : si tu avais pensé d'une façon plus subtile, mieux observé et appris davantage, à aucune condition tu n'appellerais plus devoir et conscience ce « devoir » et cette « conscience » que tu crois t'être personnels : ta religion serait éclairée sur la façon dont se sont toujours formés les jugements moraux, et elle te ferait perdre le goût pour ces termes pathétiques, tout comme tu as déjà perdu le goût pour d'autres termes pathétiques, par exemple « le péché », « le salut de l'âme », « la rédemption ». Et maintenant ne me parle pas de l'impératif catégorique, mon ami ! ce mot chatouille mon oreille et me fait rire malgré ta présence si sérieuse : il me fait songer au vieux Kant qui, comme punition pour s'être emparé subrepticement de la « chose en soi » _ encore quelque chose de bien risible ! , fut saisi subrepticement par l'« impératif catégorique » pour s'égarer de nouveau avec lui, au fond de son c ur, vers « Dieu », « l'âme », « la liberté » et « l'immortalité » pareil à un renard qui, croyant s'échapper, s'égare de nouveau dans sa cage ; et ç'avait été sa force et sa sagesse qui avaient brisé les barreaux de cette cage ! Comment ? Tu admires l'impératif catégorique en toi ? Cette « fermeté » de ce que tu appelles ton jugement moral ? Ce sentiment « absolu » que « out le monde porte en ce cas le même jugement que toi » ? Admire plutôt ton égoïsme ! Et l'aveuglement, la petitesse et la modestie de ton égoïsme ! Car c'est de l'égoïsme de considérer son propre jugement comme une loi générale ; un égoïsme aveugle, mesquin et modeste, d'autre part, puisqu'il révèle que tu ne t'es pas encore découvert toi-même, que tu n'as pas encore créé, à ton usage, un idéal propre, qui n'appartiendrait qu'à toi seul : car cet idéal ne pourrait jamais être celui d'un autre, et, encore moins celui de tous ! Celui qui juge encore : « Dans ce cas chacun devrait agir ainsi », n'est pas avancé de cinq pas dans la connaissance de soi : autrement il saurait qu'il n'y a pas d'actions semblables et qu'il ne peut pas y en avoir ; que toute action qui a été exécutée l'a été d'une façon tout à fait unique et irréparable, qu'il en sera ainsi de toute action future, et que tous les préceptes ne se rapportent q'au grossier côté extérieur des actions (de même que les préceptes les plus ésotériques et les plus subtils de toutes les morales jusqu'à aujourd'hui), qu'avec ces préceptes on peut atteindre, il est vrai, une apparence d'égalité, mais rien qu'une apparence que toute action, par rapport à eux, est et demeure, sur le moment et après coup, une chose impénétrable, que nos opinions sur ce qui est « bon », « noble », « grand » ne peuvent jamais être démontrées par nos actes, parce que tout cela est inconnaissable, que certainement nos opinions, nos appréciations et nos tables de valeurs, font partie des leviers les plus puissants dans les rouages de nos actions, mais que pour chaque action particulière la loi de leur mécanique est indémontrable. Restreignons-nous donc à l'épuration de nos opinions et de nos appréciations et à la création de nouvelles tables de valeurs qui nous soient propres : mais nous ne voulons plus de ratiocinations sur « la valeur de nos actions » ! Oui, mes amis, il est temps de montrer son dégoût pour ce qui concerne tout le bavardage moral des uns sur les autres. Rendre des sentences morales doit nous être contraire. Laissons ce bavardage et ce mauvais goût à ceux qui n'ont rien de mieux à faire qu'à traîner un peu plus loin le passé, à travers le temps, et qui ne représentent eux-mêmes jamais le présent, à beaucoup donc, au plus grand nombre ! Mais nous autres, nous voulons devenir ceux que nous sommes, les hommes nouveaux, uniques, incomparables, ceux qui se donnent leurs propres lois, ceux qui se créent eux-mêmes ! Et, dans ce but, il faut que nous soyons de ceux qui apprennent et découvrent le mieux tout ce qui est loi et nécessité dans le monde : il faut que nous soyons physiciens, pour pouvoir être, en ce sens-là, des créateurs, tandis que toute évaluation et tout idéal, jusqu'à ce jour, se fondaient sur une méconnaissance de la physique, en contradiction avec elle. C'est pourquoi : vive la physique ! Et vive davantage encore ce qui nous contraint vers elle notre probité !
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SachenkaSachenka   19 août 2015
Ce sont les esprits les plus forts et les plus méchants qui ont le plus fait progresser l'humanité jusqu'à aujourd'hui : ils n'ont cessé de rallumer les passions assoupies - toute société organisée assoupit les passions - , ils n'ont cessé d'éveiller les sens de la comparaison, de la contradiction, du plaisir pris à la nouveauté, aux entreprises risquées, jamais tentées, ils contraignent les hommes à opposer les opinions aux opinions, les modèles aux modèles. En recourant aux armes, en renversant les bornes marquant les frontières, en violant les piétés le plus souvent : mais aussi en fondant de nouvelles religions et de nouvelles morales!
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Verdier, 40 ans d'édition : Pierre Michon & Paul Audi Rencontre animée par Johan Faerber À l'occasion des 40 ans des éditions Verdier et pour fêter l'esprit de leur beau catalogue, un dialogue entre deux auteurs phare de la maison, Pierre Michon et Paul Audi, autour de la création esthétique (littéraire, artistique, philosophique). Dialogue qui donnera notamment l'occasion de présenter en avant-première le nouvel ouvrage de Paul Audi. Faisant suite à Créer (Verdier 2010), Curriculum prend le parti de jauger l'esth/éthique à l'aune des pensées de Nietzsche, Sartre, Lacan, Derrida, Foucault… En dressant un tableau ordonné de l'évolution de sa pensée, Paul Audi laisse alors entendre que celle-ci ne peut plus laisser dans l'ombre ce qu'elle a jusqu'à présent soigneusement tenu à l'écart : son enjeu politique.
À lire – Une large partie de l'oeuvre de Pierre Michon est publiée aux éditions Verdier. Paul Audi, Curriculum, Verdier, 10 octobre 2019.
Le mercredi 2 octobre 2019
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