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Cornélius Heim (Autre)Mazzino Montinari (Éditeur scientifique)Giorgio Colli (Éditeur scientifique)
EAN : 9782070324309
288 pages
Gallimard (13/10/1987)
  Existe en édition audio
4.09/5   516 notes
Résumé :
C'est d'abord à une radicale remise en question de la vérité que procède Nietzsche (1844-1900) dans Par-delà le bien et le mal (1886). Ce texte d'une écriture étincelante, férocement critique, met en effet au jour, comme un problème majeur jusque-là occulté, inaperçu, celui de la valeur. Il y destitue les positions philosophiques passées et présentes (autant de croyances), et stigmatise, en les analysant un à un, l'ensemble des préjugés moraux qui sous-entendent not... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (34) Voir plus Ajouter une critique
4,09

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colimasson
  28 juin 2013
Si le Zarathoustra de Nietzsche vous parut être un homme admirable, vous découvrirez Par-delà le bien et le mal comme la source théorique de l'application de sa ligne de conduite.

Zarathoustra, on s'en souvient, vivait loin des hommes, retiré dans la montagne, au milieu d'une nature indocile et souvent peu confortable mais qui savait par ailleurs procurer l'extase de la puissance et qui permettait à la force vitale du presque-surhomme de se délier avec panache. Cette vie solitaire (qui n'est pas solitude) aura permis à Zarathoustra de prendre du recul sur les jugements émis par les hommes depuis des millénaires, et qui continuent encore à circuler aujourd'hui alors que la réflexion devrait conduire à cette évidence absolue : ils ne contribuent pas à élever l'homme et lui font perdre l'équilibre lorsqu'il s'essaie à avancer sur la « corde tendue entre l'animal et le Surhomme », la « corde tendue au-dessus d'un abîme ». Encore un bouquin de misanthrope ? Pas vraiment puisque Nietzsche mena une vie très mondaine, au moins jusqu'à ses quarante ans, fréquentant les meilleurs salons de Bâle. La philosophie de Nietzsche n'est donc pas une pure oeuvre spéculative. Elle résulte d'une expérience réelle de la vie sociale, dans ce qu'elle a de pire et de meilleur, nourrie ensuite d'une solitude brusque et forcée qui, dans le contraste, permit certainement à Nietzsche d'élaborer les réflexions qu'on lui connaît.

L'affrontement des forces majeures du Bien et du Mal n'existe pas de manière absolue, et c'est peut-être bien leur avantage. Elles se dispersent sournoisement et il s'agit de les traquer avec attention, ce que fait Nietzsche en s'aventurant dans les domaines des valeurs, des vérités et du pouvoir. Ici, on les appelle péché ou vertu, honte ou pudeur, crime ou charité ; ailleurs on les appelle ignorance ou savoir ; là on les appelle obéissance ou autorité. Mais qui a défini ces normes ? Quelles ont été les motivations de ceux qui les ont choisies ? Avant de cheminer Par-delà le bien et le mal, Nietzsche remonte à leurs sources et voit la dualité émerger avant même la naissance du christianisme, lorsque la morale des esclaves exigeait des conditions de vie plus douces, ralentissant ainsi le développement des hommes puissants –ce qu'on appellerait aujourd'hui « nivellement par le bas » ? Plus de pitié, plus de compassion ; Nietzsche avait pourtant essayé d'en faire preuve après avoir lu les exhortations encourageantes du Monde comme volonté et comme représentation de Schopenhauer, et il avait misé sur l'aptitude de l' « art total » pour y parvenir –mais cette volonté se solda par un échec retentissant lors du Festival de Bayreuth. Nietzsche y perdit toute sa confiance, beaucoup de force, et le goût de vivre lui vint presque à disparaître. Est-il vraiment audacieux de détruire la force vitale des derniers hommes puissants (mais toutefois pas assez pour résister à la contagion néfaste des autres), de les sacrifier dans la tentative de sauver des hommes faibles que rien ne semble pouvoir élever ?

« Plus un homme représente un type d'espèce supérieur, plus ses chances de réussite deviennent minimes : le hasard, la loi du non-sens dans l'économie humaine, apparaît le plus terrible dans les ravages qu'il exerce sur les hommes supérieurs, dont les conditions vitales subtiles et multiples sont difficiles à évaluer. »

Peut-être, en réalité, Nietzsche n'est-il pas si puissant qu'il veut bien le faire croire, et sans doute porte-t-il à bout des réflexions pour tenter malgré tout de s'en convaincre. Pour ma part, peu m'importe que Nietzche soit ou non le prototype le plus avancé du Surhomme. Il s'est peut-être laissé abattre par sa déception, mais il a su la surmonter seul, il a su la magnifier par ses réflexions, sans ne jamais perdre la sensibilité qui fut pourtant cause de son malheur. Et c'est parce que son oeuvre reste toujours sensible, profondément personnelle et authentique, qu'elle charme d'emblée. Pourtant, Nietzsche ne veut embobiner aucun lecteur, qui précise, avec son humour caractéristique : « Mais il ne faut pas avoir trop raison, si l'on veut avoir les rieurs de son côté ; un petit soupçon de tort peut être un indice de bon goût ». Ainsi, à mi-chemin entre le système et l'aphorisme, Nietzsche sépare son livre en chapitres distincts, composé de réflexions plus ou moins longues qui pourront former dans un cas des chapitres, dans l'autre des maximes, passant par le spectre de toutes les formes intermédiaires et s'essayant même à la poésie.

Par-delà le bien et le mal est un livre gai et chantant qui ressemble à un hymne pour la liberté. L'immoralisme de Nietzsche n'est pas une absence de règles ni de lois, comme ce serait le cas dans un système anarchique –c'est un moralisme personnel, fondé sur la certitude que, les cieux étant désormais vides de tout Dieu, il faut les repeupler par soi-même. Nietzsche dépasse son inspirateur Schopenhauer, ce pessimiste qui ne proposait aucune solution, en exhortant l'homme à rechercher en lui ses propres valeurs et ses sincères aspirations. Il rejoint parfois Spinoza en faisant de la recherche un moteur essentiel du développement de l'humanité et un réconfort contre les bassesses de l'existence, mais il se montre moins extrême et plus sceptique lorsqu'il prévient déjà l'orgueil de ceux qui croiront avoir trouvé LA vérité alors qu'il ne s'agirait en fait que de LEUR vérité, ajoutant à l'Ethique spinoziste la souplesse qui lui manquait peut-être. Enfin, Nietzsche se fait précurseur de l'existentialisme sartrien lorsqu'il dénonce et moque l'hypocrisie des bonnes manières qui, non contentes de berner les autres, aliènent également celui qui en fait preuve par pure convention :

« Sa complaisance habituelle envers toute chose, tout évènement, l'hospitalité sereine et impartiale qu'il met à accueillir tout ce qui l'attaque, sa bienveillante indifférence, sa dangereuse insouciance du oui et du non, hélas ! toutes ces vertus, il a souvent à s'en repentir et, comme homme surtout, il devient trop aisément le caput mortuum de ces vertus. Réclame-t-on de lui de l'amour et de la haine –j'entends de l'amour et de la haine comme les comprennent Dieu, la femme et la bête-, il fera ce qui est dans son pouvoir et donnera ce qu'il peut. Mais on ne s'étonnera pas si ce n'est pas grand-chose, -s'il se montre justement ici faux, fragile, mou et incertain. »

Parce que la philosophie de Nietzsche semble plus légère, sensible et émotive que celle de la plupart des autres « philosophes », on lui a souvent reproché de n'avoir qu'un charme captieux. Ce serait là n'avoir pas réussi à surmonter cette certaine forme de moralité qui oppose la raison à l'émotion car –à bien y réfléchir- quel mal (ou quel bien) y a-t-il à se laisser persuader plutôt qu'à se laisser convaincre ?

Lien : http://colimasson.over-blog...
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Denis_76
  24 janvier 2019
Par-delà le bien et le mal, qu'y a t-il ?
Par-delà le bien et le mal, c'est-à-dire la morale...
par-delà le bien et le mal, il y a le cerveau, comme une voûte céleste multicolore ;
par-delà le bien et le mal, il y a l'humain, trop humain ;
par-delà le bien et le mal, se trouvent l'esprit, le masque des pensées, la corruption, le jugement moral, l'immoralisme ;
par-delà le bien et le mal, se trouvent l'arrogance, la provocation ;
par-delà le bien et le mal, se cache la fameuse volonté de puissance, la vie ;
par-delà le bien et le mal, il y a les devineurs d'âme, et la psychologie.
.
Friedrich Nietzsche, au style toujours compliqué ;
Friedrich Nietzsche, manquant toujours d'explicitations, devant être deviné à demi-mots ;
Friedrich Nietzsche, au risque d'être mal interprété ;
Friedrich Nietzsche, cachant, lui aussi, ses vérités dans des délires, des logorrhées, des trucs-bidons, des phrases énigmatiques ;
.
mais Friedrich Nietzsche fonçant tel le taureau, bousculant Aristote, Socrate, l'ironie De Voltaire, les Anglais, la mathématique de Spinoza, Leibniz, l'impératif du vieux Kant, le romantisme de Schumann, et même Jésus et l'invention de Dieu ;
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mais Friedrich Nietzsche fasciné par le génie de Platon, Empédocle, Héraclite, Shakespeare, le combat de Pascal, Delacroix, les psychologues français, l'Europe, Schopenhauer, Hegel, et surtout Wagner ;
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Friedrich Nietzsche analyse, au-delà de la morale, quelques concepts en 9 chapitres.
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Ce que je retiens de cet essai, après avoir lu Humain, trop humain, c'est la fragilité de l'homme, mais ça, on le savait..
.
Je pense comme lui, quand il déclare que chaque philosophe détient SA vérité ;
je loue son effort pour tenter, avant Freud, de découvrir les secrets de l'âme ;
je compatis quand il se défoule sur l'Eglise, sa bête noire ;
j'aime bien quand il se définit ainsi :
nous autres, savants ;
nous autres, ermites ;
nous autres, Allemands ;
nous autres, mandarins...
J'aime aussi quand il apostrophe les lecteurs : "Mes amis..."
Je trouve bizarre, mais c'est la mode en 1885, sa classification des matières, plaçant la philosophie au-dessus des autres disciplines ;
Je trouve culottée sa façon de se positionner au-delà du bien et du mal : "nous, les immoralistes", comme avec une sorte de vertu, mais le bien et le mal, c'est issu de l'Eglise, qu'il ne peut pas saquer...
Enfin, au chapitre VIII, il analyse l'Europe, analyse que j'ai retrouvée dans Mein Kampf, sauf pour les Juifs.
Le dernier chapitre est consacré à l'âme, celle de l'homme de proie, avec la volonté de puissance, et, à l'opposé, l'âme d'esclave. Dans cette partie, pour comprendre, on peut remplacer plusieurs termes de Nietzsche par les trois instances que Freud conceptualisera 38 ans plus tard.
.
Que m'apporte ce livre ?
J'ai d'abord la joie d'avoir été au bout.
Ensuite, je n'ai pas lu la biographie de l'auteur, mais je me pose la question : pourquoi avance-t-il masqué, ce qui nuit considérablement à la lecture et à l'interprétation ? L'Eglise est beaucoup moins redoutable qu'au XVIIè siècle.
Enfin, je me dis qu'il y a plein de bonnes idées, comme la morale en tant qu'illusion de vérité, la pluralité des morales, la naïveté de suivre la morale ecclésiastique, la peur des étoffes rouges, les cardinaux, l'analyse de la naissance d'une civilisation par sa barbarie "noble" et dure, sa décadence par sa démocratie amorphe et son socialisme, l'opposition : esprits libres vs troupeaux, la hiérarchie de Nietzsche : théologie < science < philosophie, etc...
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... et que c'est dommage qu'une fois de plus, les philosophes ne soient pas plus clairs et mieux diffusés :)

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Hugo
  31 mars 2017
Le temps passe et je trainasse dans l'incertitude existentielle d'une douce vie qui se mourrait dans la clandestinité d'une morale ennuyeuse, acquise aux années qui me rident le front et me blanchisse la barbe, c'est la moue boudeuse que je me vois contraint et forcé d'admettre que finalement et comme le disait maman :
« Profite mon enfant, profite… car quand l'adulte te corrompt, l'enfant se morfond… »
Trop tard, t'as vécu toute ta naïveté sur une ligne bien droite, avec le blanc, le noir, LE BIEN ET LE MAL, sans les nuances d'un arc en ciel qui te faisait bien rêver quand tu chaussais du 38, maintenant que t'es passé au 42, l'arc en ciel tu t'en branles, le nez collé dans tes emmerdes, tu as fini par oublier quel emmerdeur tu étais :
« C'est quoi ça papa ? Et ça c'est quoi ? Et lui c'est qui ? »
Cette soif de comprendre sans comprendre, l'apprentissage d'une vie qui débute, le pourquoi du comment…
Alors il faut essayer d'expliquer les nuances, ces multitudes de possibilités, ne pas établir de règles absolues…
J'ai lu quelques part : « la morale n'est que l'occasion manquée » enfin un truc dans ce genre là, il me semblait que c'était de Nietzche mais impossible de savoir, mais la citation me plait bien, je trouve qu'elle a du sens, mais au-delà de tout ça, nous sommes formatés à rester l'exception, à tracer notre route suivant un schéma érigé par le bon sens, qui n'a que le sens que l'on lui donne, établie pour une cohésion d'ensemble, sortie du schéma classique d'une pensée binaire, on devient soi dans son égoïsme le plus naturel qui soit et on part à la recherche de cet arc en ciel pour y dessiner un mouton…
Foutaises ils diront, le créateur avait un plan… Mais le créateur du créateur lui aussi devait avoir son plan transmis au créateur suivant, c'est la « conception arabe », au fur à mesure de l'évolution, le fil est perdu et ça part en couilles, chacun son sursis…
Le mieux j'imagine c'est de ne pas trop se poser de questions, parce que ça passe vite, tu perds déjà presque un tiers de ta vie sans tripoter le plaisir di vin de gouter au cul qui se flasque lamentablement parce que tu as cru que tu pouvais te réflexioner la tronche éternellement sur des sujets intellectuels qui échappent malencontreusement à tes gênes de branleur mal aboutie…

Pffff je suis deg, t'es là devant la télé abrutie de fatigue d'une môme qui veut absolument voir la tondeuse qui raisonne dans tout l'appartement mais dont tu ne vois pas la belle mécanique pour enfin soulager les supplications d'une petite fille curieuse, qui et tu ne sais pas pourquoi, adore les tondeuses, mais pas les épinards….
- Mais bouffe tes carottes putain de merde…
- Non je veux un chocolat surprise
- Tu vois quand papa fait cette gueule, c'est qu'il n'est pas heureux heureux
- Putain de merde, c'est cool….

Ah les enfant apprennent vite les mauvaises herbes, les doigts dans la terre, la crotte de nez aux lèvres, ils se nourrissent de ta fatigue pour que tu leur apprennes les limites, le sourire d'une naïveté immature, agaçante, parce que bon hein on ne dit pas « putain de merde » devant sa môme…
Bah-moi si, et ça ne me choque pas, j'ai fait ma première communion, j'ai bouffé le corps de Dieu, donc je fais ce que je veux, libre à moi d'expliquer que putain de merde c'est vulgaire, et pas super bandant en communauté… te reléguant au rang de parent indigne et immature, petit gens du bas des marches, les bonnes manières reflètent l'ordre du monde, anarchiste de mes deux, vous crèverez sur le bucher du bafouage de la MORALE ET DE LA RAISON…
Vous avez un avis sur « fils de pute » sinon ? Non parce que j'hésitais en fait…
A plus les copains
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Pitchval
  20 juillet 2021
Ouvrons tout de suite par le titre. Nietzsche se place au delà des valeurs, de cette opposition manichéenne du bien opposé au mal. Il adresse aux philosophes le reproche suivant : leur stupide croyance en l'existence d'un bien ou d'un mal en soi. Il s'annonce donc, par opposition, en penseur d'un nouveau type : « l'esprit libre », capable de créer des valeurs nouvelles, tout à fait détachées de morale. Ce que l'on a nommé philosophie jusqu'à présent ne serait qu'un amoncellement de préjugés. C'est hautement paradoxal, quand on y songe. Un philosophe n'est-il pas, par définition, l'ennemi des préjugés ? En quoi Nietzsche suggère implicitement que les philosophes... ne sont pas des philosophes. Ces penseurs, ces chercheurs de vérité, qui ont recherché l'absolu, ont eu peur de la vie à tel point qu'ils n'ont pas voulu la considérer par delà le bien et le mal. Ils ont nié la vie.
La morale appauvrit la diversité des hommes, en les réduisant tous à deux qualificatifs : « bien » ou « mal ». Alors que l'homme est multiple de nature, est riche, empli de forces contradictoires. Ou, du moins, il devrait l'être. Voilà ce que serait l'homme détaché de morale, l'homme par delà le bien et le mal : un être de pulsions, de désirs, de domination. Seulement, cette catégorisation de l'homme sur ce seul critère mièvre (bon ou mauvais) flatte hautement le moraliste. Celui-ci, comme tout homme incapable d'objectivité et de lucidité, se choisit bien entendu pour modèle. Ne compare-t-on pas son prochain à soi ? Ne le juge-t-on pas par rapport à soi-même ? Évidemment si. On se croit naturellement bien plus valeureux que ce que l'on est, on aime à se rehausser, à s'imaginer être un modèle. Ainsi, nos actes sont forcément « le bien ». Et leur inverse ne peut point être une différence intéressante, une saine altérité, la preuve d'une enrichissante variété d'êtres. Non, la différence d'avec soi ne peut être que « le mal ». le moraliste trouvera légitime alors de penser que corriger l'autre, c'est le faire agir à sa manière. Seuls ceux qui agissent comme lui seront jugés « bons ». La société étant composée, dans sa grande majorité, d'êtres peu réfléchis, peu lucides ni objectifs, voilà comment nous arrivons à une homogénéité factice et terne non seulement, à une masse veule et grégaire, quand l'humanité devrait être une richesse de différences. Mais pire : c'est ainsi que l'homme stagne et jamais ne s'élève. Il prend pour modèle le bien moral, c'est à dire le commun, et s'efforce d'en suivre les lois et préceptes sans jamais n'interroger cette loi ni tenter de surpasser quiconque. Toute sa vie, il s'efforcera d'être le plus fidèle non pas à ce qu'il est intrinsèquement, mais à ce que son semblable attend de lui. Il ne fera de son existence qu'une stricte copie du commun et du piètre. Il est gouverné par les lois morales, et tous ses choix, tous ses actes, ne sont décidés qu'en fonction de cette crainte d'être différent, de ne point se conformer et d'être jugé « mauvais ». Il s'évertue donc à ne jamais se distinguer. Il ne peut se démarquer, faire montre d'une personnalité atypique, d'un élan de génie, d'un noble et sain orgueil, d'une belle et vive cruauté, d'un juste mépris. Il ne peut tout simplement et naturellement pas obéir à ses instincts. Il les refoule par automatisme, en sorte qu'il mourra sans jamais ne s'être rencontré lui-même. Il ne se connaît pas et ignore même qu'il pourrait devenir quelqu'un. Il est le commun, comme l'est son voisin, son frère, comme l'était son père. Il aura tout de même la prétention de se distinguer et de se croire différent, bien à tort : il aura peut-être gagné plus d'argent, épousé une plus belle femme, amassé plus de connaissances universitaires. N'importe : tout cela n'est qu'apparences et vêtements. L'homme nu, lui, est strictement le même qu'un autre. Il est tout le monde et il n'est personne.
Voilà en quoi la morale s'oppose à la vie. Elle tue la vie, elle étouffe l'instinct de vie et de vitalité qui constitue pourtant l'homme naturel. Les philosophes moralistes ont donc nié, renié la vie elle-même, quand le vrai philosophe doit nier la morale et donc dépasser le « bien » et le « mal » au profit de l'humanité, de la saine et naturelle humanité. Ceci est pour le titre.
La suite me fut un peu éreintante. J'ai été surprise de certaines positions de Nietzsche qui m'ont parues, pour la première fois depuis que je le lis, un peu confuses et paradoxales. Nietzsche remet en question, toujours en évoquant les « philosophes », la philosophie de la volonté. Il cherche à déceler ce que suppose le « libre-arbitre » et soulève un paradoxe. Si l'on a cherché, depuis que la philosophie existe, à considérer que l'homme était libre (de ses actes notamment), c'est pour mieux lui montrer comme il commet des « fautes », et donc comme il mérite d'être jugé et puni pour ces fautes, puisqu'elles étaient évitables par son libre-arbitre. L'affirmation selon laquelle l'homme est libre n'aurait, selon Nietzsche qu'une intention : la recherche de sa culpabilité. La conscience (morale) est cruelle et même contre-nature, ce que j'admets volontiers. La morale n'est pas raisonnable, et encore moins naturelle. Elle va à l'encontre de l'instinct, de la vitalité, de ce qui constitue l'homme. Elle étouffe l'Homme en l'homme. Cependant, de là à prétendre que la notion de libre-arbitre est en tort... il m'a fallu une longue gymnastique mentale pour pouvoir me le figurer comme Nietzsche l'entendait. En effet, si l'on admet que l'homme dispose de son libre-arbitre, qu'il a le choix entre faire le bien et le mal (seul choix proposé par la morale), on peut lui reprocher tout manquement moral (un acte d'égoïsme, par exemple). Pour Nietzsche, l'homme n'a pas de libre-arbitre. Il est dominé, dirigé, commandé par sa puissance et son instinct, par sa condition d'homme, par sa naissance. Ainsi, on ne peut le juger responsable d'actes jugés moralement inacceptables. Il s'est écouté, voilà tout. Comment aurait-il fait autrement que d'obéir à ses instincts ? Est-ce qu'on juge le lion de manger une gazelle ? Il a été l'homme naturel, non soumis aux lois morales. C'est qu'il faut comprendre que Nietzsche n'a pas la même définition de « libre-arbitre ». Il l'associe seulement au choix entre bien et mal, sur des critères dictés par la religion notamment.
Nietzsche est le philosophe qui refuse l'idée du libre-arbitre. Il y oppose la force vitale. La volonté n'est pas libre, elle est seulement forte ou faible. La liberté est une illusion causée par la religion. L'homme détaché de morale agit selon ses instincts, ses pulsions, ses réflexions propres, son jugement non biaisé.
« La névrose religieuse » serait à l'origine du libre-arbitre, et par extension de ce sentiment de mauvaise conscience qui rend l'homme malade alors qu'il n'a fait que suivre ses instincts. Voilà pour la névrose : l'homme se créer une maladie lui-même, dont il souffre sa vie durant. Il étouffe ce qui est grand en lui, et quand il ne l'étouffe pas, il en éprouve une grande culpabilité, qui est illégitime et évitable : il suffit de ne pas vouloir se conformer aux préceptes moraux pour n'éprouver aucune culpabilité, pour ne point se rendre malade, donc, et enfin s'épanouir en tant qu'Homme. Cependant, il ne se rend pas malade seul, on l'y aide. La notion de « péché », insidieusement rabâchée par les prêtres, constitue pour eux une forte manière de domination. La « niaiserie religieuse » introduit la culpabilité en l'homme, le tient fermement attaché. L'homme coupable doit alors racheter sa faute ... par la religion justement. C'est ainsi que les religieux fidélisent ce que l'on nomme à juste titre les fidèles.
Ce que l'on nomme les vertus, c'est à dire les qualités suggérées par la morale telles que l'altruisme, la bonté, la chasteté, ne sont que des dérèglements. Les vertus contrarient les instincts, dénaturent les hommes, empêchent leur puissance de s'exprimer.
Il faut donc, selon Nietzsche, que Dieu meurt, et une fois qu'il sera mort, réinventer une morale en rejetant ce dualisme bien/mal. La nouvelle morale - et j'ignore pourquoi Nietzsche a gardé ce mot, qu'à mon sens il aurait dû tout à fait exclure - doit rendre à l'homme tout son potentiel, quand la moralité chrétienne l'étouffe et le maintient dans un état de faiblesse et d'impuissance (la morale des esclaves).
Il y a quelques mois encore, j'aurais été d'accord avec Nietzsche sur ce point. Je l'aurais approuvé inconditionnellement. Seulement, j'ai lu depuis un texte très profond qui est allé bien au-delà. Nietzsche s'est trompé d'ennemi en citant Dieu. La mort de Dieu n'aurait rien changé. le Dieu chrétien est sans doute arrivé bien à propos, dans une société qui l'attendait pour excuser tous ses travers. Mais je m'arrête là. Cette idée n'est pas de moi, j'y adhère seulement, et le texte n'est point encore paru. Dommage. Cette idée est probablement tout à fait inédite et révolutionnaire.
J'ai été surprise de trouver dans cette oeuvre un début d'analyse du rôle de la femme, qui devrait rester très éloigné de celui de l'homme, et avant tout pour son bien. Selon Nietzsche, le combat pour l'égalité homme/femme conduit irrémédiablement la femme à l'esclavage elle aussi. C'est que Nietzsche poursuit sa réflexion au sujet de l'asservissement causé par le libre-arbitre. le femme lutterait pour devenir aussi libre que son époux, et donc aussi asservie qu'il l'est en fin de compte. Dominée avant par le seul mari, qu'elle peut malgré tout et assez facilement manipuler à sa guise, de par ses attributs, ses jeux de séduction, ses qualités presque naturelles de manipulation (et Nietzsche le dit sans affect ni vengeance. C'est à peine un défaut), elle le serait bien plus si on lui accordait son libre-arbitre : elle deviendrait soumise aux lois religieuses et morales au même titre que ce dernier, et elle en serait tout aussi écrasée de sotte culpabilité que l'est son mari. de même, la femme lutte pour avoir le droit de travailler, quand ce droit est avant tout, lui aussi, une domination, non plus de son mari mais d'entités bien plus écrasantes et avilissantes : de la société, du pouvoir, de l'argent. Par ailleurs, la femme lui apparaît comme dénaturée par ces combats futiles que sont les luttes pour l'égalité des sexes. Ainsi, Nietzsche trouve évidemment que la femme est stupide de réclamer une plus grande servitude que celle qui est la sienne. Ne vaut-il pas mieux n'être dirigée que par un seul sot que par une multitude ? Elle serait donc bien bête d'envier le sort de son époux, plus stupide et avili qu'elle ne l'est.
Par delà le bien et le mal est probablement l'une des oeuvresNietzsche fait le plus référence à la femme. Il enchaine en arguant que la femme est dénaturée par ses nouveaux combats. Contrairement à ce qu'il est logique de penser au sujet de Nietzsche, il ne dénigre pas entièrement la femme. Il la présente même comme le plus sacré des mystères, comme une énigme qu'aucun homme ne peut résoudre. de nature fragile, d'une distinction biologique indépassable - puisqu'elle porte l'enfant- la femme naturelle (c'est à dire non dénaturée par de stupides combats et des prétentions à devenir aussi sotte que ne l'est un homme) est un être qui nécessite et mérite une protection. Elle aurait tout à fait tort de ne point vouloir garder cette position. Cependant, il ne reconnaît à cette femme aucun rôle intellectuel évidemment, hormis celui de compléter son mari. Une bonne alliance serait donc l'alliance entre un homme brillant et une femme favorisant son génie, en l'aidant à s'accomplir et au dépassement de l'humanité, ce qu'il nomme « trouver une profondeur à sa surface ». La femme idéale doit pouvoir pressentir la puissance de l'homme, même si elle ne la comprend pas, et l'aider à s'épanouir. « le bonheur de l'homme est : je veux ; le bonheur de la femme est : il veut ». Une femme doit avoir une première qualité, pour le bien commun : elle doit savoir élire. Et surtout une femme intelligente. Elle devra choisir un mari qui lui est supérieur, de sorte que leurs enfants, si elle les élève bien, seront un apport intellectuel qu'elle fera à la société tout entière.
J'entends déjà les bien-pensants hurler au scandale. Tant pis. Si je ne me sens pas le moins du monde inférieure intellectuellement à l'homme - et surtout pas à l'homme contemporain - j'admets que je préfère être l'assistante et la facilitatrice d'un génie que la féministe qui parvient par un savant calcul de parité. C'est dit. Je songe à Anais Nin qui a tenu ce rôle pour Miller, mais également à la première épouse de Steinbeck, femmes qui j'ai enviées et admirées mille fois, alors qu'aucune féministe n'a réussi à produire cet effet sur moi. Il ne s'agit pas là de renoncement, ni d'abnégation conne, mais d'une belle capacité à élire, à reconnaître le génie, il s'agit d'une capacité encore à admirer, à s'imprégner de ce qui est supérieur et à l'aider à s'épanouir. Par pour le bien-être de son compagnon mais pour le bien de l'humanité, ainsi que pour sa propre élévation. Comment s'élever plus haut et plus vite qu'en vivant à la droite de Dieu ? Il n'y a finalement pas de plus bel égoïsme que de vouloir être l'assistante d'un génie.
N'importe, Nietzsche n'était pas un goujat misogyne particulièrement. Il était misanthrope, voilà tout. Les hommes aussi sont, selon lui, limités et faibles, mais à d'autres niveaux. Voici pourquoi il n'entend pas que la femme envie leur position. Son oeuvre montre ainsi l'une des conditions nécessaires à la naissance du surhomme: deux parents sains, intègres, puissants. En quoi cette humanité renouvelée n'exclût pas du tout la femme. Elle y a son rôle à jouer. À la nuance près que Nietzsche ne parle de la femme que par rapport à l'homme. Il exclut d'emblée toute autonomie de pensée, tout rôle individuel. Peut-on seulement lui reprocher ? A-t-il connu ne serait-ce qu'une ou deux femmes admirables et autonomes ?
C'est tout logiquement que cette réflexion sur la femme le conduit à parler d'amour. Nietzsche se refuse à distinguer convoitise et amour. Il s'agit pour lui de la même pulsion. Et j'ai souri, vraiment, à lire son explication. L'homme marié considérera qu'on convoite sa femme. Il usera d'un terme péjoratif parce qu'il craindra pour son avoir, pour son trophée. Il s'estimera volé par avance si on ose aimer sa femme ! Et comme il n'est point admirable, il a besoin de ce qui le rassurerait quant à ses chances de la garder, il a besoin que l'autre ne soit qu'un voleur, un envieux, un méchant. En revanche, l'homme non marié qualifiera la même pensée d'amour, parce qu'insatisfait et assoiffé, il voudra forcément glorifier son appétit sous la forme du bien : amour. Cette réflexion amusante se vérifie tous les jours. N'est-ce pas touchant, Mesdames, que l'une de vos amies tombe amoureuse et parle élogieusement d'un homme ? Elle l'aime, n'est-ce pas ? C'est si beau ! Mais si la même amie parle en ces termes de votre mari, cela devient tout de suite inacceptable. C'est une envieuse, pour ne pas dire une salope, pas vrai ? N'est-ce pourtant pas le même sentiment éprouvé ?
L'amour est donc avant tout une possession, ou un désir de possession. Rien de plus. Tous les amours, d'ailleurs. L'amour du savoir n'est-il pas l'envie d'en accumuler plus, de posséder le savoir ? Appelons-nous un savant autrement que : Maître ? L'amour de la vérité est, lui, une aspiration à la nouveauté, sans cesse renouvelée. Nous avons possédé une vérité, l'avons faite nôtre. À présent qu'elle est acquise, nous nous en lassons (et c'est heureux !) et partons en quête d'une vérité encore plus grandiose et éloquente. On se sera donné du mal pour parvenir à cerner une vérité, pour mettre le doigt sur une idée neuve. Cela nous aura pris tout notre temps et notre énergie. Mais seule la quête compte. La possession de cette vérité la rétrécit. Elle ne suffit pas à combler le véritable chercheur de vérités. Il lui en faut chercher une autre. Il lui faut se métamorphoser avant de se lasser de lui-même.
Il en est de même pour les bienfaiteurs. L'homme compatissant au malheur d'autrui nomme aussi cela : amour. Alors qu'il ne saisit qu'une occasion de prendre possession du malheureux, qui sera toujours son obligé.
Tout amour est une possession. C'est généralement un prétexte pour dominer l'âme de l'autre. Et d'ailleurs, en ce sens, ce n'est pas péjoratif selon Nietzsche. Il suffit de sortir de la mièvrerie morale et galante pour exploiter l'amour en tant que force vitale. Etre l'élu d'une femme, c'est l'avoir conquise, et donc être un conquérant. C'est donc appauvrir et spolier tous les autres, c'est écraser ses concurrents par la possession de la femme. C'est être un redoutable prédateur, du moins pendant la chasse. Pourquoi avoir fait de la fidélité une loi morale ? C'est que le prédateur doute de ses talents à pouvoir garder sa proie bien longtemps. La loi morale rend légitime son long sommeil. Jamais plus il n'a ensuite à se battre, à rivaliser, à écraser ses adversaires. Jamais plus, une fois marié, il n'a à être un conquérant. C'est très pratique. Cependant, Nietzsche évoque quand même un amour idéal, suprême, magnifique, entre deux être, qu'il nomme amitié et qu'il avait parfaitement décrit dans le gai Savoir : « une soif supérieure et commune d'idéal qui les dépasse : mais qui connaît cet amour? Qui l'a vécu? Son véritable nom est : amitié ».
Cette chronique diffère un peu de ce que je propose d'habitude. Je ne la nomme d'ailleurs pas une « critique » ni même une note. J'aurais pu écrire : hommage. C'est qu'il faut une forte confiance en ses capacités intellectuelles pour « critiquer » Nietzsche. Moi, lorsque je le lis, lui et un ou deux autres seulement, je m'assoie et prends des notes, écrasée d'intelligence et humiliée presque de ne point avoir réfléchi suffisamment. Cependant, l'humiliation ne m'est jamais une importunité, bien au contraire. J'aime être écrasée. Je n'as
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frconstant
  01 juillet 2017
Face à Nietzsche, qui suis-je pour me prononcer, pour juger, pour comprendre seulement l'essence même de la philosophie qu'il défend ? Si rien n'est Bien et, tout en même temps, rien n'est Mal, comment dois-je me sentir au terme de cette lecture? Par-delà le Bien et le Mal, puis-je m'autoriser à être envieux de ce pouvoir qui appartient à la caste des êtres avides de puissances que Nietzche décrit comme moteur du monde ou dois-je plutôt accepter de me reconnaître oppressé par ces derniers, ces aristocratiques, et me ranger du côté des esclaves ?
‘Libre penseur', je peux aussi refuser de suivre Nietzche dans sa définition d'une philosophie qui refuse toute morale classant et structurant la vie en un affrontement permanent de ces forces du Bien qu'on appellerait vertus et celles du Mal qui ne seraient que défauts. Néanmoins, je découvre un Nietzche qui m'invite à poursuivre inlassablement ma quête de vérité en posant la question de l'origine de la réalité et celle des fondements du pouvoir, le tout sans a priori. Entrer dans le monde des esprits libres, c'est refuser la catégorisation dichotomique proposée par les morales teintées de religiosité ou d'enseignements civiques qui portent à croire que le Bien est du côté de la vertu, non du péché, que la force s'oppose à la faiblesse, que la solitude est le déni de l'altruisme ou que l'ignorance est de l'anti savoir. En toute chose, le philosophe, digne de ce nom, le nouveau philosophe veillera toujours à se poser la question de savoir qui définit les valeurs comme positives ou non, et pourquoi.
Fort de cette idée, il remet en cause le principe de démocratie qui semble vouloir mettre tout le monde sur un même pied et donc empêcher les puissants de se réaliser au bénéfice des plus faibles qui freinent le développement du Monde. Il égratigne aussi la notion même de vérité scientifique, rien n'étant définitif, tout étant lié à l'instant, il ne peut y avoir de vérité établie !
Si cette philosophie joyeuse du doute permanent est séduisante, Nietzche n'en est pas moins parfois imbuvable dans sa critique des autres philosophes dont aucun ne trouve grâce à ses yeux et qu'il traite de vieux Kant, de crétin de Schopenhauer ou encore de Spinoza menteur. Sa propension à dénigrer ce qui n'est pas lui, au plus profond de sa recherche, le porte aussi à se montrer très dur pour une série de peuple, dont le sien, dont il dresse un tableau critique à coups – le mot est faible – de caricatures réductrices et peu flatteuses. Mais la cible de prédilection de Nietzche m'apparaît, dans ce livre, être la femme à qui il ne reconnaît pas le droit de se revendiquer à l'égal de l'homme.
Quelques positions prises par l'auteur dans ce livre écrit en 1885 :
« La femme veut s'émanciper … c'est là un des progrès les plus déplorables de l'enlaidissement général de l'Europe. Car que peuvent produire ces gauches essais d'érudition féminine et de dépouillement de soi ! La femme a tant de motifs d'être pudique. Elle cache tant de choses pédantes, superficielles, scolastiques, tant de présomption mesquine, de petitesse immodeste et effrénée… Malheur à nous si jamais les qualités ‘éternellement ennuyeuses de la femme' – dont elle est si riche – osent se donner carrière ! »
« N'est-ce pas une preuve de suprême mauvais goût que cette furie de la femme à vouloir devenir scientifique ! Jusqu'à présent, Dieu merci, l'explication était l'affaire des hommes, un don masculin… »
« Mais elle (la femme) ne veut pas la vérité. Qu'importe la vérité à la femme ? Rien n'est dès l'origine plus étranger, plus antipathique, plus odieux à la femme que la vérité. Son grand art est le mensonge, sa plus haute préoccupation est l'apparence et la beauté. »
« Il (l'Homme) devra considérer la femme comme propriété, comme objet qu'on peut enfermer, comme quelque chose de prédestiné à la domesticité et qui y accomplit sa mission. »
« … la femme dégénère. C'est ce qui arrive aujourd'hui, ne nous y trompons pas ! »
« En comparant, dans leur ensemble, l'homme et la femme, on peut dire : la femme n'aurait pas le génie de la parure, si elle ne savait pas par instinct qu'elle joue le second rôle. »
Et je pourrais encore en citer maintes fois. Même si l'auteur, dès l'entame de son jugement de la femme, prend la précaution de demander la permission au lecteur et de fixer la limite de ses propos : « … on me permettra peut-être ici de formuler ici quelques vérités sur ‘la femme en soi' : en admettant que l'on sache au préalable jusqu'à quel point ce ne sont là que mes propres vérités. », ses propos restent, pour moi inacceptables et réducteurs tant pour la femme que pour l'homme capable de penser ainsi.
C'est certain, il écrit en 1885 et même si, à plus d'un point de vue, il se montre en avance sur son temps, sa perception de la femme me heurte, me révolte, me crispe et m'empêche probablement, de tirer toute la substantifique moelle de se enseignements.
Il me restera l'invitation à quitter le confort d'une classification Bien/Mal trop souvent issue du ‘politiquement correct' inculqué au nom d'une éducation partisane et à m'aventurer dans une recherche de vérité qui me convienne après moult réflexions, analyses, expérimentations et lecture de la vie… Tout un programme pour lequel je ne dispose sans doute pas de toutes les compétences nécessaires. Capter et m'approprier le Monde avec ma vision filtrante, prudente et réinitialisée à tout moment pour tenter de capter la vérité in situ … et en vivre !
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Citations et extraits (328) Voir plus Ajouter une citation
PartempsPartemps   20 mai 2022
289.
Dans les écrits d’un solitaire, on entend toujours quelque chose comme l’écho du désert, comme le murmure et le regard timide de la solitude ; dans ses paroles les plus fortes, dans son cri même, il y a le sous-entendu d’une manière de silence et de mutisme, manière nouvelle et plus dangereuse. Pour celui qui est resté pendant des années, jour et nuit, en conversation et en discussion intimes, seul avec son âme, pour celui qui dans sa caverne — elle peut être un labyrinthe, mais aussi une mine d’or — est devenu un ours, un chercheur ou un gardien du trésor, un dragon : les idées finissent par prendre une teinte de demi-jour, une odeur de profondeur et de bourbe, quelque chose d’incommunicable et de repoussant, qui jette un souffle glacial à la face du passant. Le solitaire ne croit pas qu’un philosophe — en admettant qu’un philosophe ait toujours commencé par être un solitaire — ait jamais exprimé dans les livres sa pensée véritable et définitive. N’écrit-on pas des livres précisément pour cacher ce qu’on a en soi ? Il ne croira pas qu’un philosophe puisse avoir des opinions « dernières et essentielles », que chez lui, derrière une caverne, il n’y ait pas nécessairement une caverne plus profonde — un monde plus vaste, plus étrange, plus riche, au-dessus d’une surface, un bas fond sous chaque fond, sous chaque « fondement ». Toute philosophie est une « philosophie de premier plan » — c’est là un jugement de solitaire. « Il y a quelque chose d’arbitraire dans le fait qu’il s’est arrêté ici, qu’il a regardé en arrière et autour de lui, qu’il n’a pas creusé plus avant et qu’il a jeté de côté la bêche, — il faut voir en cela une part de méfiance. » Toute philosophie cache aussi une philosophie, toute opinion est aussi une retraite, toute parole un masque.
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PartempsPartemps   20 mai 2022
296.
Hélas ! Qu’êtes-vous donc, vous mes pensées écrites et multicolores ! Il n’y a pas longtemps que vous étiez encore si variées, si jeunes, si malicieuses, si pleines d’aiguillons et d’assaisonnements secrets que vous me faisiez éternuer et rire. Et maintenant ! Déjà vous avez dépouillé votre nouveauté et quelques-unes d’entre vous sont, je le crains, prêtes à devenir des vérités : tant elles ont déjà l’air immortelles, douloureusement véridiques et si ennuyeuses ! En fut-il jamais autrement ? Qu’écrivons-nous, que peignons-nous donc, nous autres mandarins au pinceau chinois, nous qui immortalisons les choses qui se laissent écrire, que pouvons-nous donc peindre ? Hélas ! rien autre chose que ce qui commence déjà à se faner et à se gâter ! Hélas ! toujours des orages qui s’épuisent et se dissipent, des sentiments tardifs et jaunis ! Hélas ! des oiseaux égarés et fatigués de voler qui maintenant se laissent prendre avec les mains, — avec notre main ! Nous éternisons ce qui ne peut plus vivre ni voler longtemps, rien que des choses molles et fatiguées ! Et ce n’est que pour votre après-midi, vous mes pensées écrites et multicolores, que j’ai encore des couleurs, beaucoup de couleurs peut-être, beaucoup de tendresses variées, des centaines de couleurs jaunes, brunes, vertes et rouges : — mais personne ne sait y démêler l’aspect que vous aviez au matin, ô étincelles soudaines, merveilles de ma solitude, ô mes anciennes, mes aimées… mes méchantes pensées !
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PartempsPartemps   20 mai 2022
282.
— « Mais que t’est-il arrivé ? » — « Je ne sais, dit-il, avec hésitation ; peut-être le vol des Harpies a-t-il passé au-dessus de ma table. » — Il arrive parfois aujourd’hui qu’un homme doux, mesuré, circonspect, devienne tout à coup enragé, qu’il casse les assiettes, renverse la table, crie, se démène, offense tout le monde, — et qu’il finisse enfin par s’en aller à l’écart, honteux, enragé contre lui-même. Où ? Pourquoi ? Pour mourir de faim dans l’isolement ? Pour être étouffé par son souvenir ? — Celui qui possède les désirs d’une âme haute et difficile et qui ne trouve que rarement sa table servie, sa nourriture prête, sera toujours en face d’un grand danger. Mais aujourd’hui ce danger est extraordinaire. Jeté dans une époque bruyante et populacière, dont il ne veut pas partager les plats, il court risque de mourir de faim et de soif, mais s’il se décide enfin à « être de la fête » — il périra d’un dégoût subit. — Nous nous sommes probablement tous assis déjà à des tables où notre présence était déplacée ; et précisément les plus intellectuels d’entre nous, qui sont aussi le plus difficiles à nourrir, connaissent cette dangereuse dyspepsie qui naît soudain lorsque nous vient la connaissance et que l’on nous présente la désillusion qu’inspirent les mets et notre voisinage de table,— le dégoût au dessert.
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Nastasia-BNastasia-B   25 juillet 2021
S'il est vrai que de tous les temps, depuis qu'il y a des hommes, il y a eu aussi des troupeaux humains (confréries sexuelles, communautés, tribus, nations, Églises, États) et toujours un grand nombre d'hommes obéissant à un petit nombre de chefs ; si, par conséquent, l'obéissance est ce qui a été le mieux et le plus longtemps exercé et cultivé parmi les hommes, on est en droit de présumer que dans la règle chacun de nous possède en lui le besoin inné d'obéir, comme une sorte de " conscience formelle " qui ordonne : « Tu feras ceci, sans discuter ; tu t'abstiendras de cela, sans discuter » ; bref, c'est un « tu feras ».

P. S. : toute analogie avec une situation d'actualité serait purement fortuite
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Denis_76Denis_76   16 décembre 2018
Dès qu'un philosophe commence à croire en lui-même, il crée toujours le monde à son image, il ne peut pas faire autrement, car la philosophie est cet instinct tyrannique, cette volonté de puissance la plus intellectuelle de toutes, la volonté de "créer le monde", la volonté de la causa prima.

NDL : il y a là plein de choses : la volonté de puissance, chère à Friedrich a enfin une "impulsion" ;
La causa prima : en métaphysique, depuis les philosophes présocratiques et en particulier à partir d'Aristote, la Cause première ou le Premier Principe, aussi appelé Arkhè (ce qui signifie principe), est la première de toutes les causes, c'est-à-dire la plus ancienne ou la plus profonde, celle responsable de l'ordre de l'univers. En philosophie scolastique, selon le raisonnement dit de causalité ou cosmologique, ce concept peut-être également assimilé à Dieu.
Il y a énormément d'Orgueil dans tout ça, c'est pas bien pour un philosophe qui se respecte : )
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