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EAN : 9782246813453
224 pages
Grasset (10/01/2018)
3.37/5   101 notes
Résumé :
Une jeune adolescente, née obèse, mange, grossit et s’isole. Sa mère s’enfuit, horrifiée par son enfant. Ses camarades de classe la photographient sans répit pour nourrir le grand Œil d’internet. Son père, convaincu qu’elle aurait dévoré in utero sa jumelle, cuisine des heures durant pour nourrir « ses princesses ». Seule, effrayée par ce corps monstrueux, elle tente de comprendre qui elle est vraiment. Quand elle rencontre par accident l’amour et fait l’expérienc... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (45) Voir plus Ajouter une critique
3,37

sur 101 notes

viou1108_aka_voyagesaufildespages
  29 janvier 2018
On ne connaîtra jamais le prénom de la jeune héroïne et narratrice de ce roman. Pesant 10 kilos à la naissance, elle a continué à prendre du poids de façon exponentielle. Il n'en fallait pas davantage pour que ses "copains" de classe l'affublent du surnom de "la Couenne", entre autres gentillesses. Elle-même ne se voit que comme un "éléphanteau rose", et ses parents ne l'aident guère à se construire une identité : sa mère, jolie femme à la taille mannequin, s'enfuit quelques mois après la naissance, horrifiée par ce bébé monstrueux et ce qu'il menace de devenir. Quant à son père, persuadé que sa fille a dévoré sa soeur jumelle in utero, il ne s'adresse à elle qu'au pluriel et se dévoue corps et âme à nourrir "ses chéries, ses princesses" de mets aussi savoureux que caloriques, en dépit de tout bon sens ("Le plus grand don que mon père pense pouvoir me faire est celui de moi-même. Il veut me rendre l'amour de mon corps en le nourrissant. Mais à la fin, cela revient à une seule chose : il me fait don d'un élargissement dont je n'ai nul besoin"). La jeune fille, pas dupe ("Père : mon adorateur ; mon bourreau"), joue le jeu de la dualité pour ne pas peiner son père. Et malgré sa lucidité et la culpabilité qu'elle ressent, ne peut s'empêcher de manger sans fin, avec une faim insatiable, parce que "l'acte de manger est orgasmique". Alors elle continue à grossir et, forcément, dans un monde soumis aux diktats de la minceur et de l'apparence, à subir les humiliations et le harcèlement de ses condisciples, qui publient des photos d'elle sur les réseaux sociaux, jetant sur elle une opprobre planétaire.
Puis arrive un jour, vers 15-16 ans, où elle est incapable de sortir de chez elle, de s'extraire de son lit, de passer la porte de sa chambre. Un isolement forcé qui la met à l'abri des moqueries mais qui n'occulte pas la catastrophe imminente, celle qui la condamne, telle une baleine échouée, à mourir écrasée sous son propre poids... Avant une fin qu'elle sait inéluctable, le Bonheur daigne cependant lui rendre une visite aussi inattendue qu'improbable sous la forme de l'Amour, d'un homme providentiel qui lui fera découvrir les plaisirs de la chair et de la passion.
Manger pour se sentir vivante, pour exister, pour s'anéantir, manger sa soeur jumelle dans le ventre de sa mère, se faire bouffer par cette soeur imaginée qui lui bourre la tête de belles idées impraticables, être rongée par la cruauté du regard des autres démultiplié par l'Oeil d'Internet, être reniée par une mère lâche et un père qui la voit double, la gave et la gâte (dans tous les sens du terme) et l'assassine à feu doux à coup de plats en sauces et de gâteaux au chocolat, se perdre dans une montagne de nourriture, dans la montagne de chair qu'elle devient, puis dans la folie d'un amour passionnel, l'héroïne de "Manger l'autre" questionne son identité, son humanité jusqu'à l'auto-destruction.
Avec un dernier twist inattendu et une fin nauséeuse à la limite du supportable, voici un conte tragique, un texte fort porté par une écriture riche et sensuelle, dont la noirceur totale est (heureusement) tempérée par une certaine auto-dérision corrosive. Sur les thèmes de l'acceptation de soi et du regard des autres, "Manger l'autre" est un roman dérangeant, interpellant, dans lequel on oscille sans cesse entre répulsion et empathie.  Si vous décidez de "consommer" cette histoire, oubliez toute modération.
En partenariat avec les Editions Grasset via le réseau Netgalley.
Lien : https://voyagesaufildespages..
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blandine5674
  25 juin 2020
Pas vraiment aimé. Dérangeant et terrible. Une jeune fille de 16 ans qui pèse près de 200 kgs (10 à la naissance). Comment survivre aux moqueries de ses camarades d'école ? Comment ne pas être à la mode comme le corps longiligne et beau de sa mère qui a quitté le foyer ? Tandis que son père, travaillant dans le culinaire, va la nourrir, l'admirer. Mais un jour, elle ne peut plus passer la porte... Sur les dangers des réseaux sociaux où la haine est déversée. Sur l'uniformisation de l'être humain.
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coquinnette1974
  15 février 2018
Manger l'autre de Ananda Devi Nirsimloo m'a été envoyé par net galley et les éditions Grasset.
Je l'ai fini il y a quelques jours et j'avoue avoir du mal à le chroniquer ! Que dire de ce roman ? Ai je aimé ? Ai je détesté ? Je ne sais pas trop en fait !
Manger l'autre, c'est l'histoire d'un bébé de 10 kilos, notre narratrice, dont nous ne saurons jamais le nom. Choquée par ce bébé obèse sa mère les quitte, son père et notre narratrice, dès que possible. le père est persuadé que sa fille a mangée sa jumelle dans le ventre de sa mère, et quand il leur parle il dit mes filles...
Evidemment elle se met à manger encore et toujours plus, grossissant encore et toujours plus...
Elle subit de nombreuses moqueries, car les enfants peuvent être très cruels...
Et elle grossit et... je n'en dirais pas plus, pour savoir la suite, à vous de le lire ;)
C'est un roman dérangeant tout en étant facile à lire, et honnêtement j'ai eu du mal à le lâcher une fois commencé.
C'est cruel, comme la vie peut l'être parfois.
C'est dur à lire par moment, car certains passages sont forts, mais c'est bien ficelé et dans l'ensemble, ça m'a plu.
Je l'ai lu sans savoir à quoi m'attendre et je ne regrette pas ma lecture.
Je n'ai pas eu de coup de coeur, et j'ai parfois eu du mal à m'attacher à la narratrice, mais il est sur que je n'oublierais pas ce roman de sitôt.
C'est pour ça que je mets quatre étoiles :)
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adtraviata
  25 octobre 2021
Après avoir lu un roman sur Francis Bacon, « le peintre de la chair », voici un roman où la chair de l'héroïne déborde de tous côtés, sa peau, ses plis, ses bourrelets, un corps énorme, hypertrophié, qui vaut à sa « propriétaire » horreur et abandon de sa mère, moqueries et quolibets de ses camarades de classe, adoration et déni de son père. La narratrice est née en pesant déjà dix kilos, sa mère n'a jamais su comment la prendre « à bras le corps » si je puis me permettre le jeu de mots et s'st enfuie, épouvantée, dévorée par ce bébé hors-normes. le père accrédite la théorie que sa fille a mangé sa soeur jumelle dans le sein maternel et nourrit « ses filles » avec une dévotion épuisante, hors de tout bon sens. Un jour, elle a tellement grossi qu'elle ne peut plus quitter la maison et reste la plupart du temps couchée. Elle sa sait condamnée à mourir jeune, baleine, éléphanteau échoué dans son lit. Mais l'amour va s'inviter chez elle, malgré tout, et lui faire connaître le bonheur puis l'enfer, avant une fin… hallucinée.
Manger l'autre est un conte cruel sur le corps, l'image de soi, le regard des autres, la dictature du paraître, et interpelle notre société de consommation et ses excès (consommation de nourriture et d'images). C'est à la fois cruel et très sensuel, fort et provocant. Implacable. D'Ananda Devi, j'avais déjà apprécié Eve de ses décombres. Voici ici un texte très différent, que j'ai tout autant apprécié.
Lien : https://desmotsetdesnotes.wo..
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Labullederealita
  13 juin 2022
Un roman dur, dérangeant, miroir de notre société.
.
Nous suivons une adolescente obèse, à sa naissance, elle faisait 10 kg, elle demandait toujours le sein, voulait manger toutes les heures, sa mère prit peur et partit. le père aime sa fille plus que tout mais son amour devient malsain quand il raconte à sa fille qu'elles étaient deux à l'origine mais que cette dernière a mangé sa jumelle. A partir de ce jour, le père s'adresse à "elles", fait à manger pour deux, il ne voit pas la détresse de sa fille, son mal-être, le harcèlement qu'elle subit au lycée, sur Internet à travers cet Oeil qui la guette, la scrute. Un jour, la jeune fille de seize ans connaît le toucher d'un homme, voit le désir qui s'allume dans ses yeux, elle expérimente de nouvelles sensations, apprivoise son corps, se sent belle, puissante. Mais lui autorise-t-on le bonheur ?
.
Ananda Devi use de son écriture poétique et grinçante pour nous livrer une histoire intime, où le corps est sujet principal. L'envie, la surconsommation mène au vide, au néant. Internet est le lieu où la rancoeur, la jalousie, la méchanceté s'épanouissent et prennent des proportions effroyables. La douleur de cette jeune fille m'a bouleversé, j'ai dû faire plusieurs pauses dans ma lecture tant le récit est dur et peut rendre mal à l'aise.
Un roman essentiel et bouleversant
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critiques presse (2)
Culturebox   22 mai 2018
Conte de la dévoration et roman de l'excès, "Manger l'autre" est l'allégorie d'une société avide de consommer, obsédée par le culte de la minceur.
Lire la critique sur le site : Culturebox
LeMonde   17 janvier 2018
Dans « Manger l’autre », la Mauricienne Ananda Devi trace un tableau terrifiant de notre présent à travers le corps d’une obèse.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (30) Voir plus Ajouter une citation
viou1108_aka_voyagesaufildespagesviou1108_aka_voyagesaufildespages   28 janvier 2018
Alcool, cigarette, bouffe, drogue, sexe, ce sont les excès qui nous excitent, qui nous passionnent. Sans eux, nous sommes de pâles effigies faisant semblant de vivre. Sans eux, nous passerions de la naissance à la mort comme des ombres qui n'auraient jamais connu le bonheur des délices interdits. Nous sommes la contradiction vivante de nos idéaux de sainteté et de santé. Nous ne sommes pas faits pour le jeûne ou l'abstinence, sauf comme forme de punition et d'autoflagellation.
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AlexmotamotsAlexmotamots   22 janvier 2018
« Les individus des autres espèces se sacrifient pour la survie du plus grand nombre ; nous, nous ferons tout pour survivre, au prix du plus grand nombre. » (p.32)

« A la conversation que toutes les mères doivent un jour avoir avec leur fille adolescente : tu dois apprendre à aimer ton corps » (p.79)

« … comment ni les parents ni l’école n’ont su inculquer des principes fondamentaux à cette génération d’exhibitionnistes. (…) Ce que l’on appelle les phénomènes viraux sont nos nouvelles divinités : ils savent capter nos passions éphémères. » (p.138)

« L’image ne pardonne pas. » (p.141)

« Pauvre père. Il ne mesure pas l’étendue du monde virtuel. On ne peut pas en sortir. Il est éternel. Il est partout. infini. Il n’y a pas d’outil possible puisqu’il est hors du temps et de l’espace. Nous avons inventé l’enfer. » (p.144)

« Dès que les commentaires publics ont été autorisés, le monde s’est lâché. Le pire est remonté à la surface comme une écume nauséabonde. Pourquoi n’est-ce pas le meilleur de nous qui en est ressorti ?Les voix bienveillantes, les voix mesurées, les voix raisonnables ? Elles ont été étouffées par les autres. Ce qu’on entend, c’est la cacophonie de notre époque, celle de nos âmes, celle de nos consciences. » (p.153)
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viou1108_aka_voyagesaufildespagesviou1108_aka_voyagesaufildespages   27 janvier 2018
Hélas, je suis lucide à défaut d'être mince: je suis obèse, donc, aux yeux des autres, déficiente en neurones. (...) Personne n'admirera ma vivacité d'esprit alors que mon corps tout entier la contredit.
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viou1108_aka_voyagesaufildespagesviou1108_aka_voyagesaufildespages   27 janvier 2018
La résistance humaine est admirable, vois-tu. Et sa ténacité. La preuve: je suis là. Sans cette obstination de vivre à tout prix, même tétraplégique, même aveugle, même sans corps visible, nous aurions depuis longtemps été anéantis comme les dinosaures. Les comètes ne sont pas venues à bout de notre espèce. Et crois-moi, nous avons beau paraître fragiles et voués à l'extinction, il n'en sera rien. Nos gènes survivront et referont surface après l'apocalypse. Car ils ont la ténacité de l'égoïsme. Les individus des autres espèces se sacrifient pour la survie du plus grand nombre; nous, nous ferons tout pour survivre, au prix du plus grand nombre.
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AgathethebookAgathethebook   09 mars 2018
Plus que le mal physique, je suis la représentation psychique de notre époque, j’en suis l’immoderé somatisé, la terreur et la spirale autodestructrice (oui, je ne crains pas une telle emphase, parce que la communication passe désormais par une amplification dénuée de sens, par un besoin d’outrance et de redondance — je suis dans l’air du temps, dans la même extension du vide). De nous, du monde dont je fais partie, ne reste que le plus délétère. Prisonniers de nos envies pléthoriques, nous nous sommes enfermés au point qu’il nous est devenu impossible de nous libérer sans éprouver une panique irrationnelle. Ne reste plus que l’assouvissement des envies du corps —gloutonnerie et pornographie, nos deux mamelles.
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Videos de Ananda Devi Nirsimloo (24) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Ananda Devi Nirsimloo
La romancière et poétesse Ananda Devi semble avoir eu mille et une vies au travers des personnages qui émaillent sa vingtaine de romans étonnants publiés durant cinq décennies consacrées à l'écriture. Née à l'île Maurice en 1957, cette écrivaine discrète qui a composé une oeuvre littéraire exigeante, riche et bouleversante, a choisi de livrer récemment à ses lecteurs une réflexion sur le mystère de l'écriture. « Deux malles et une marmite », paru aux éditions Project'îles est un essai autobiographique titré comme un conte et qui se lit comme un roman, ce qui n'est pas étonnant concernant cette autrice francophone majeure provenant de l'océan indien. Ananda Devi publie concomitamment chez Grasset “Le rire des déesses” qui a reçu le prix Femina des lycéens 2021. Un roman captivant qui nous plonge en Inde dont toute sa famille est originaire et non pas dans son île paradisiaque où elle a grandi avant de la quitter à ses 20 ans. Un paradis pour touristes et dont elle n'a eu de cesse de dépeindre avec noirceur une réalité crue qui efface l'image de la carte postale à laquelle elle est associée !
ITV: Alexandre HéraudRéalisation: Benoit Artaud
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