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ISBN : 2356740708
Éditeur : Daniel Maghen (23/05/2019)

Note moyenne : 4.17/5 (sur 23 notes)
Résumé :
Witold Pilecki, officier de l'Armée secrète polonaise, décide d'infiltrer le camp d'Auschwitz en septembre 1940. Sous l'identité de Tomasz Serafinski, il a pour objectif de monter un réseau de résisance afin d'organiser le soulèvement du camp. Il ne mesure pas l'enfer qui l'attend.
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
Bdotaku
  24 juillet 2019
Automne 1940, un groupe d'hommes dans un wagon plombé cherche à deviner son lieu de destination : les mines de sel ? Non ! Brusquement le train s'arrête, on leur intime de descendre et l'horreur commence : on lâche les chiens sur eux, on leur ordonne de courir et on en abat une dizaine sans sommation sous les rires des SS. On les fait entrer dans un camp dont le portail arbore l'inscription « le travail rend libre » et on leur annonce que les portions alimentaires sont calculées de façon à ce qu'ils ne survivent pas plus de six semaines… Ces hommes sont des polonais raflés quelques jours plus tôt à Varsovie. Parmi eux, Tomasz Serafinski, alias Witold Pilecki capitaine de cavalerie membre de l'armée secrète, s'est fait prendre volontairement car il a une mission : « infiltrer le camp d'Auschwitz pour y constituer un réseau de résistance ». Il y passera 947 jours… Comment va-t-il réussir à survivre dans cet Enfer ? Parviendra-t-il à accomplir sa mission ?
Gaétan Nocq est un passeur de mémoire : depuis son entrée en bande dessinée, il a pris l'habitude de raconter les grands événements du XXe siècle à travers des témoignages : qu'il s'agisse de la vie d'appelé en Algérie d'Alexandre Tikhomiroff dans « Soleil brûlant en Algérie » ou de celle du père de ce dernier, officier dans l'armée blanche russe, dans « Capitaine Tikhomiroff ». A l'instigation de son amie, l'historienne Isabelle Davion, il s'attaque aujourd'hui au destin extraordinaire mais méconnu de Witold Pilecki en s'appuyant sur le document rédigé par ce dernier en 1945 et traduit et publié en France en 2014 aux éditions Champ Vallon sous le titre « le rapport Pilecki ». Nocq raconte ainsi de nouveau une histoire où l'humain et l'inhumain cohabitent, en la mettant à la portée de tous grâce à la bande dessinée mais sans souci didactique ni intentions moralisantes.
Pour ce faire, il va d'abord choisir de mettre l'accent sur l'une des dimensions du « rapport Pilecki ». En baptisant son adaptation « le rapport W », il instaure un certain mystère. Il va continuer de piquer la curiosité du lecteur en choisissant comme sous-titre « Infiltré à Auschwitz », il met, en effet, en avant la dimension romanesque de ce rapport - qui se voulait avant tout factuel - pour en faire un roman d'espionnage. le lecteur assiste ainsi à la mise en place progressive du réseau : comment il se constitue progressivement par cellules de cinq membres autonomes les unes des autres, comment il fonctionne par langage codé, comment il crée de l'entraide, comment il fait sortir les renseignements du camp, comment il envisage un soulèvement ou encore comment il se débarrasse des mouchards dans deux séquences de contre-espionnage frappantes (la boîte aux lettres et l'hôpital).
Ceci instaure une dynamique narrative et maintient le lecteur en haleine, mais Nocq ne renie pas pour autant la dimension testimoniale du récit source. Et, après s'être extrêmement documenté comme le montrent à la fois la bibliographie en fin d'ouvrage et les aquarelles de la postface dessinées lors de deux voyages de repérages (l'auteur a longtemps été carnettiste), il livre le récit du quotidien de la survie à Auschwitz I. Il évoque sans pathos (la plupart des violences sont en hors champ) les tortures arbitraires pratiquées à l'aide de tabourets par exemple ainsi que la cruauté des geôliers qui, à Noël, décorent le camp avec de beaux sapins illuminés mais font pratiquer à leurs prisonniers une gymnastique de la mort dans le froid. Il souligne la cruauté d'un tel monde ou des hommes meurent chaque jour sous les coups tandis que d'autres se préoccupent de se faire refaire une cuisine ou aménager un petit jardinet…. C'est grâce à cet oxymore entre les conditions âpres et violentes de survie des prisonniers et la peinture en bleu de Delft d'un intérieur cossu avec napperons et bibelots que l'on ressent pleinement l'enfer du camp. On peut aussi comprendre l‘importance vitale, au sens propre, que revêtent dans de telles conditions des choses qu'on juge banales : un couvre-chef, une paire de chaussettes ou quelques pommes de terre… Enfin le quotidien itératif, abrutissant et sombre qui nous est dépeint met d'autant en relief les étincelles d'humanité : les kapos qui fournissent un travail à l'abri ou du rab de nourriture malgré le danger, les discussions avec l'artiste Slawek qui permettent au narrateur de se nourrir intellectuellement ainsi que les échappées -de toute beauté - dans le rêve ou le souvenir d'enfance qui donnent de l'épaisseur au personnage et provoquent l'empathie du lecteur.
Gaétan Nocq découpe le texte original selon une écriture véritablement musicale : on a une multiplication de rythmes : des pauses, des accélérations, des silences… Il enchaine récitatifs, dialogues et planches muettes. Il propose un découpage varié : avec des pleines pages ou des doubles pages ou au contraire une multiplication de cases. On sent ainsi tantôt l'urgence et le danger tantôt le poids du quotidien et le temps qui s'écoule très, trop lentement (les parties évoquent une sorte de compte à rebours jusqu'à son évasion mais de façon très vague « 95 jours jusqu'à Noël, » « 272 jours jusqu'à l'été », « 580 jours jusqu'au lundi de Pâques 1943 » contrairement au rapport original découpé lui année par année…) dans une sorte d'irréalité.
Ce sentiment d'inquiétante étrangeté est également magistralement retranscrit dans le choix des couleurs. Il n'y a quasiment jamais de réalisme chromatique (hormis dans la séquence inaugurale) dans ces pages quasi monochromes qui déploient des dégradés de rouges (un magenta et un ocre rouge) ou de bleu (bleu de Prusse) et des variations de gris et de mauves par superposition. Ces couleurs primaires, a priori surprenantes pour décrire un univers concentrationnaire, permettent de retranscrire les sentiments et les émotions du protagoniste et de créer différentes atmosphères : le bleu pur associé au blanc des souvenirs d'enfance, de l'intérieur de l'officier SS et de la voute étoilée apaise et s'oppose aux gris du camp et au rouge de la violence et des cauchemars. Les paysages de l'extérieur du camp décrits avec des lignes courbes et horizontales rappellent les toiles du peintre romantique Caspar Friedrich tandis que les bâtiments à moitié plongés dans l'obscurité et éclairés par de petites lumières acquièrent un halo de mystère et évoquent Edward Hopper alors que le travail sur les ombres rappelle le cinéma expressionniste allemand.
On a donc bien ici un texte riche et polysémique à l'instar des pages de garde de l'album avec ses cases bleues et blanches qui présentent des objets du quotidien : jouets en bois, boîte aux lettres, flacon, colis, briques... Elles peuvent en effet être interprétées comme un clin d'oeil aux célèbres cadres d'Hergé dans les pages de garde des « Tintin » (jeu sur l'intertextualité) ou comme symbolisant un échiquier (roman d'espionnage) ou enfin comme étant un témoignage métonymique du vécu des camps pour lequel chaque objet acquiert une signification supplémentaire après la lecture. Bref, un livre indispensable qui, comme le « Maus » d'Art Spiegelman, fera date et mérite de figurer dans toutes les bibliothèques et CDI de France et de Navarre !
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blandine5674
  10 novembre 2019
Infiltration d'un homme au camp de Auschwitz en tant qu'informateur pour le gouvernement polonais. Contraste saisissant entre le texte et les dessins aux belles couleurs qui atténuent l'horreur pour en apporter de la douceur. Fascinant, intéressant, inoubliable. du grand art !
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Pixie-Flore
  05 septembre 2019
Le rapport W est un texte réel rédigé par un officier de l'Armée secrète polonaise infiltré à Auschwitz, Witold Pilecki. Gaétan Nocq reprend les mots de cet homme et y associe son talent de dessinateur pour ce roman graphique impressionnant.
Ce qui frappe d'abord, ce sont les dessins tout en nuances de bleu et de rouge. Ils sont envoutants de par ce qu'ils dégagent. On peut d'ailleurs retrouver des aquarelles fait par l'auteur sur le terrain, c'est à dire à Auschwitz, en fin d'ouvrage.
Le texte, quant à lui, est méthodique. L'homme raconte ce qu'il voit, comment il organise son réseau. Tout le monde connaît les horreurs d'Auschwitz, la Shoah. Mais l'histoire du camp commence avant, lorsque ceux qui y sont internés sont des prisonniers politiques et que les chambres à gaz n'existent pas, même si la mort et les sévices rôdent quand même. Il me semble qu'il est plutôt rare d'avoir des témoignages d'Auschwitz sur la période 1940-1942. Ce qui rend ce livre encore plus important. D'ailleurs, l'auteur a pu s'appuyer sur les conseils de l'historienne Isabelle Davion qui signe le dossier historique à la fin de l'ouvrage.
Witold Pilecki a pris un risque inouï pour témoigner des horreurs du camp, même si en y allant il ne savait pas sur quoi il allait tomber. Il fait preuve d'une certaine retenue dans ces propos mais on sent bien que cela le blesse dans son humanité.
Son témoignage est essentiel et a trop longtemps été dans l'ombre. Gaétan Nocq l'a remis en lumière et a fait un très bon travail.
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orbe
  26 novembre 2019
Une BD pour voir et comprendre le génocide.
J'avais entendu parler du rapport W, ce compte-rendu écrit par un résistant polonais, infiltré volontaire à Auschwitz pour témoigner mais aussi pour organiser une résistance interne afin de préparer une possible libération.
Le lecteur d'aujourd'hui sait pertinemment qu'aucune aide extérieure ne sera apportée et que les internés devront lutter uniquement pour espérer survivre un jour de plus.
L'intérêt de ce magnifique livre est multiple. Il y a tout d'abord la prouesse de rendre compte de l'indicible. Avec une palette de bleu et d'ocre le dessinateur restitue avec beaucoup de justesse le quotidien des camps.
Ensuite et c'est le principal, il objective et montre l'évolution et le quotidien d'un camp. Si on y retrouve par ailleurs quelques références à des éléments historiques, l'essentiel est dans la représentation de ce hors-temps terrifique.
Enfin cet album recèle l'espoir de la persistance de valeurs dans ce monde déshumanisé. Ainsi les hommes mêmes niés dans leur substance s'organisent sans cesse pour essayer de lutter et d'aider les plus faibles.
La partie explicative " à propos du Rapport Pilecki" écrite en fin d'ouvrage par Isabelle Davion, Maîtresse de conférences à Sorbonne Université éclaire avec netteté les enjeux et offre de nombreuses précisions concernant les faits.
À lire absolument et à offrir !
Lien : http://www.nouveautes-jeunes..
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laurent35
  17 janvier 2020
magnifiques dessins incroyable histoire
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critiques presse (4)
Sceneario   04 septembre 2019
Le rendu artistique est une chose, le propos en est une autre. Qu'on ait des bémols à formuler sur l'un ou sur l'autre, la combinaison des deux fait cependant mouche : en effet, l'objectif de transmettre l'information, de nous raconter cette histoire extraordinaire, est atteint !
Lire la critique sur le site : Sceneario
BoDoi   22 juillet 2019
Au-delà de son grand intérêt de reconstitution historique, l’album de Gaétan Nocq émeut par ce récit juste et sobre de descente aux enfers volontaire, qui voit son héros survivre mois après mois, comme par miracle, en attendant en vain un message de l’extérieur.
Lire la critique sur le site : BoDoi
Telerama   27 juin 2019
De 1940 à 1943, il s’est plongé volontairement dans l’horreur d’Auschwitz pour en tirer un rapport, alertant les autorités polonaises. Dans cet album, Gaëtan Nocq met en images l’incroyable mission d’espionnage de Witold Pilecki. Fascinant.
Lire la critique sur le site : Telerama
BDGest   05 juin 2019
Une belle réussite, un album cohérent où le sujet, le texte, le dessin et les couleurs convergent habilement.
Lire la critique sur le site : BDGest
Citations et extraits (5) Ajouter une citation
Pixie-FlorePixie-Flore   01 septembre 2019
Il existait encore un monde où les gens vivaient normalement. Et là-bas, à quelques kilomètres, il y avait ce camp, où régnait l'enfer. Le meurtre, l'anéantissement de toute humanité... Des hommes torturaient, assassinaient d'autres hommes. Et ce SS ? Là-bas, dans le camp, c'était un tortionnaire, un boucher ; ici, il prétendait être un homme. Dans cette maison, il faisait son nid. Sa femme allait arriver. Il pouvait avoir des sentiments.

[p41-42]
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deuxquatredeuxdeuxquatredeux   13 octobre 2019
Nous rentrions au camp par le portail. Je comprends maintenant l'inscription en fer forgé. Oui, le travail rendait libre... car il libérait du camp... il libérait l'esprit du corps, ce corps destine au crématoire. (p. 68)
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deuxquatredeuxdeuxquatredeux   02 juillet 2019
Toute la journée, nous avons roulé. Aucune nourriture, aucune boisson ne furent distribuées. Mais, après tout, personne ne voulait manger. Du pain avait été fourni le jour précédent. Nous le gardions. Nous n'avions pas conscience alors de la valeur d'un morceau de pain (p. 5-7)
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BdotakuBdotaku   24 juillet 2019
S’il y a cet enfer, c’est à cause de l’ignorance. Seule la culture nous sauvera
- Belle sentence
(Le sculpteur Slawek et son codétenu Witold Pilecki à Auschwitz en 1942, p.173)
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loup0loup0   16 octobre 2019
— Qu'aucun de vous ne pense qu'il sortira jamais d'ici vivant...
La portion alimentaire est calculée de telle façon que vous ne vivrez que six semaines.
Quiconque vivra plus longtemps... aura donc volé.
Il sera alors mis dans la Strafkompanie, le kommando spécial, où on vit très peu de temps !
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