AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
EAN : 9782266286381
Éditeur : Pocket (01/11/2018)

Note moyenne : 4.41/5 (sur 1649 notes)
Résumé :
Fuyant un régime sanguinaire et un pays en guerre, Adam a envoyé sa femme Nora et sa fille Maya à six mille kilomètres de là, dans un endroit où elles devraient l'attendre en sécurité. Il les rejoindra bientôt, et ils organiseront leur avenir. Mais arrivé là-bas, il ne les trouve pas. Ce qu'il découvre, en revanche, c'est un monde entre deux mondes pour damnés de la Terre entre deux vies. Dans cet univers sans loi, aucune police n'ose mettre les pieds. Un assassin v... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (574) Voir plus Ajouter une critique
calypso
  09 novembre 2017
Cher Olivier Norek,
Nous ne nous connaissons pas. Du moins, pas encore, et surtout vous, car moi je vous connais un peu. Tout a commencé quand une collègue m'a mis entre les mains Code 93. Elle connaît mon addiction, je n'ai pas eu mon mot à dire. Janvier 2017, j'ai un léger retard sur vos publications, mais est-ce bien important ? Je découvre alors Victor Coste et j'adhère complètement. A l'histoire, bien sûr, mais aux personnages, surtout. Comme cela ne suffit pas, je lis le même mois Territoires. Pas mal du tout, je commence à comprendre que vous maîtrisez le sujet. Vous êtes flic, c'est la clé. Je parle au présent, je pense que cela vous fera plaisir. Février 2017, je dévore Surtensions, je m'enorgueillis d'avoir rattrapé mon retard, j'en sais désormais autant que vos fans – qui sont nombreux – et je me dis : « Ok. Il n'est pas là pour rigoler. » C'est horrible et c'est génial. Une fin de roman en apothéose. Alors, évidemment, quand j'apprends que vous sortez un nouveau roman, il devient évident qu'il me faudra le lire, avec ou sans retard, qu'importe. Mais voilà, la presse s'en mêle, les premiers échos arrivent. Impossible d'attendre plus longtemps. Je vois votre passage à La Grande Librairie, on a dû beaucoup vous en parler, l'évocation de votre grand-père, et votre humilité, et l'intervention de Joann Sfar, et ce silence. Il m'a fallu ce même silence, avant de poser mes doigts sur le clavier. C'est ce qui arrive, toujours, quand on ferme un grand roman. Je ne sais pas ce qui m'a touchée le plus dans l'histoire que vous nous avez offerte, car tout y est profond, mesuré et émouvant. Cet homme qui laisse partir des bouts de lui pour leur offrir une vie meilleure et qui les attend, qui ne peut envisager le pire, qui se noie dans l'espoir. Ces deux êtres voguant sur l'océan de leur destinée, qui ne maîtrisent rien, qui ne demandent qu'à se construire une vie meilleure, loin du sang et des souffrances. Et cet enfant, mon dieu, cet enfant, son histoire, son courage… Ces deux solitudes qui un jour se rencontrent dans la Jungle de Calais et unissent leurs forces avec tendresse et discrétion, sans s'avouer les choses, sans poser les mots, juste parce qu'ils sont deux êtres humains qui se battent pour vivre et pour qui tendre la main est une simple évidence. Et au milieu de tous ces personnages, ce flic qui s'interroge et tente de comprendre comment et pourquoi, tout aussi humain que les autres, avec ses failles et sa bienveillance. Il y a tant d'humanité dans votre roman, tant de mains tendues, que cela fait du bien, même si le coeur est lourd. Il n'y a surtout pas de parti pris, pas de manichéisme. Il n'est pas question de juger mais de poser des questions et d'ouvrir des pistes de réflexion. Il y a des scènes qui sont formidables, des moments d'une rare intensité, des instants suspendus, qui resteront certainement gravés très longtemps dans la mémoire de vos lecteurs. Et comme à chaque fois que je ferme un roman de cette trempe, la même question qui se pose : que vais-je lire, maintenant ?
Merci, Monsieur Norek.

Lien : http://aperto.libro.over-blo..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          19919
Harioutz
  03 juin 2019
Comment parler d'Entre deux mondes, assise tranquillement face à mon écran ?
Comment parvenir à exprimer mon chagrin, ma peine, mon désarroi et ma honte ?
Moi qui ai la chance infinie de vivre dans mon pays de naissance parce que je l'ai choisi, qui n'ai jamais été déracinée ; moi qui vis dans un pays de liberté, un pays qui ne connait plus la guerre; moi qui n'ai jamais éprouvé les vertiges de la faim, de la peur pour ma survie, de la honte de l'exclusion ...
Ce livre est un cri immense, un miroir grossissant face à la lâcheté, à la méconnaissance, à l'indifférence.
Nous n'avons pas encore compris que "dehors" et "dedans", à l'échelle de la planète, c'est pareil et que les millions de réfugiés/migrants/déplacés qui fuient leur pays en raison de la guerre, la famine ou du réchauffement climatique ne s'arrêteront pas parce qu'ils meurent noyés, écrasés, fusillés, oubliés ... parce qu'ils n'ont pas d'autre choix que de partir, et que nous n'avons pas d'autre choix que de les accueillir ...
J'ai tourné la dernière page avec une amertume sans fond, comment continuer à fermer les yeux et nos coeurs, et comment se regarder dans la glace chaque matin ?
Les poussées des partis d'extrême droite sont aussi vaines que nauséabondes, il faut les accueillir, il faut partager, aucun autre choix n'est possible, aucune autre voie n'est humainement défendable.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          19528
bibiouest
  22 avril 2019
Ce qu'il y a de formidable chez Olivier Norek, c'est qu'a chaque roman, on monte d'un cran, mais jusqu'où va-t-il nous emmener?
Celui-ci ne fait pas exception en mettant des noms et des visages sur des migrants les rendant attachants et profondément humains. L'horreur de leur situation nous saute aux yeux.
On a «l'habitude» en parlant des migrants d'entendre des chiffres et les désagréments que cela engendre. Norek nous met le nez dans nos propres contradictions, combien de temps encore allons-nous laisser faire...
Entre deux Mondes, effectivement d'un côté, un monde en paix, riche et apaiser de l'autre, la guerre, la fuite, la violence et l'horreur.
La «jungle» de Calais ici extrêmement bien décrite est le symbole de cet entre- deux...
C'est un roman qui a fini de m'ouvrir les yeux sur notre «impuissance», il y a tant à faire ici et dans les pays d'émigration, peut-être traité les réfugiés avec humanité serait déjà un premier pas...
Commenter  J’apprécie          12913
lyoko
  22 septembre 2019
Un sacré roman que celui-ci… encore une fois Olivier Norek frappe fort.
Si j'ai moins été emballée par l'intrigue, j'ai été bluffée par sa maîtrise et sa façon de gérer la fameuse jungle de Calais.
Si je suis d'origine belge j'ai passé ma jeunesse (mon adolescence pour être plus précise) en France, et plus précisément dans le pas de Calais. J'ai souvent été pour des compétitions à Calais, une ville magnifique, avec ses bourgeois. Mais ça s'était bien avant la jungle.
J'ai gardé des contacts avec des gens qui habitent ou ont habité cette ville encore récemment.
Olivier Norek a admirablement retranscrit toutes les situations dans ce roman : le calaisien qui a perdu son travail et ne peut revendre sa maison depuis que la jungle s'est installée. du flic facho qui cherche a bastonner du migrant, du flic écoeuré par des ordres inhumains, mais des ordres quand même auquel il doit obéir car lui aussi a une famille. Au migrant qui subit la guerre chez lui, qui se retrouve dans une autre guerre celle de l'exploitation par d'autres migrants qui profitent ignoblement de la situation. Sans compter les enfants au milieu de tout ça, des enfants qui n'en sont plus depuis bien longtemps.
J'ai donc trouvé l'auteur très juste et très impartial dans ces descriptions. Chacun pourra d'ailleurs faire sa propre opinion.
L'auteur n'a rien laissé au hasard tout est très travaillé. Mais il faut reconnaître qu'Olivier Norek est maître dans la création des personnages écorchés vifs. Et nous écrire des romans dérangeants, non pas dans la forme mais dans le fond de son sujet.
Si j'ai eu peur de sauter le pas avec l'auteur, aujourd'hui je me rattrape volontiers…. Olivier Norek est très certainement une valeur sûre.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10913
Antyryia
  12 octobre 2017

Entre deux mondes.
Un titre particulièrement judicieux et effroyable pour décrire la Jungle de Calais, séparant les nombreux migrants encore en France de leur destination finale : l'Angleterre.
Pourquoi une telle attirance pour le Royaume-Uni ? Parce que la majorité des réfugiés a au moins des notions d'anglais, parce qu'ils ont parfois de la famille à rejoindre outre-Manche qui pourra aider à leur insertion, parce que la lutte contre le travail au noir ne serait pas une priorité pour le gouvernement anglais, ou encore parce que son taux de chômage est très faible.
Mais si la France a ouvert ses frontières avec l'Italie, par laquelle transitent une majorité de ces réfugiés, elle doit en revanche bloquer le passage vers la destination finale de ces demandeurs d'asile et ainsi interdire l'accès du tunnel sous la Manche ou du ferry Calais-Douvres. L'Angleterre ne fait pas partie de l'espace européen de Schengen et ses frontières sont fermées.
Calais est ici décrit comme le purgatoire séparant l'enfer des pays désertés et le paradis incarné par l'Angleterre.
"Les migrants fuient un pays en guerre vers lequel on ne peut décemment pas les renvoyer, mais de l'autre côté, on les empêche d'aller là où ils veulent. C'est une situation de blocage."
"Comme bloqués entre deux mondes."
Parce qu'en France, dans le Pas-de-Calais, à cent kilomètres à peine de chez moi, a ainsi vu naître le plus grand bidonville d'Europe, abritant près de dix mille étrangers issus principalement du Soudan, de l'Afghanistan, de la Syrie et de bien d'autres pays d'Afrique et du Moyen-Orient. Une zone de non-droit, dans laquelle il n'est pas possible d'intervenir. Où les règles sont différentes. Où la police laisse les crimes se produire en toute impunité.
"Logique, si on refuse de les intégrer à la France, ce n'est pas pour les faire rentrer dans le système judiciaire."
Si vous avez lu "Les larmes noires sur la terre" de Sandrine Collette, vous avez déjà un aperçu de la Jungle, de ses petits commerces et des pires exactions ( viols, meurtres ) pouvant y être perpétrées. Un microcosme de personnes entassées les unes sur les autres dans des tentes, souvent regroupées par ethnies. Les femmes sont heureusement séparées des hommes pour éviter davantage de drames.
"J'ai du mal à croire qu'on est en France."
Mais ici, c'est bien une réalité récente que nous dépeint Olivier Norek puisque le démantèlement de la Jungle n'a eu lieu qu'en octobre 2016, il y a tout juste un an.
Ce que j'ai particulièrement apprécié, c'est que l'auteur est parvenu à donner une vision d'ensemble, sans parti pris. Certains personnages sont plus attachants que d'autres, qu'il s'agisse du policier syrien Adam, infiltré dans une cellule rebelle de son pays avant de devoir partir rejoindre en urgence sa femme et sa fille en France ; du jeune black réfugié Kilani qui aurait tant de choses à raconter s'il n'était pas muet, ou encore du flic Bastien Miller récemment affecté à la brigade de sûreté urbaine de Calais, dont il découvre les particularités avec autant d'horreur que de naïveté.
La vision de l'auteur n'est pas manichéenne. Il dénonce certes la folie ambiante, celle des transports maritimes comme celle de cette Jungle ( "Il y en a beaucoup ici des fous. A cause de ce qu'ils ont vécu, de ce qu'ils ont vu, de ce qu'ils ont perdu." ), une monstruosité qui jamais n'aurait du voir le jour mais avec laquelle chacun va devoir composer : les Calaisiens, les réfugiés ou la police. Et chacun des points de vue va s'opposer parce que ce puzzle humain n'est pas fait pour s'imbriquer. Pour aucun n'existe de solution satisfaisante.
Et c'est pourquoi la violence se déchaîne.
Concernant les habitants de la côte d'Opale, la situation est devenue impossible. Leurs belles plages sont désertées, les touristes évitant Calais comme la peste. Les commerces doivent fermer les uns après les autres et l'immobilier a quant à lui perdu quarante pour cent de sa valeur.
"Calais n'était plus une de ces villes trésors de la Côte d'Opale, mais celle des migrants et du problème de leur accueil."
Les camions qui transportent des marchandises évitent de plus en plus cette zone dangereuse. Les entreprises de transport routier ou maritimes cherchent désormais d'autres voies par lesquelles passer.
"Les agressions de chauffeurs. Les agressions provoquées comme des attaques de diligence. Les barrages et les incendies sur l'autoroute, ça vous parle ?"
Une commune toute entière qui devient de plus en plus isolée, comme elle aussi coincée entre deux mondes.
Alors, devant tant de violence et d'injustice, on ne peut qu'assister à une montée de la xénophobie qui, si elle n'est pas excusable, demeure cependant liée à la colère, à un fait de société unique.
En revanche, de nombreux habitants s'investissent également dans des associations  ( Care 4 Calais, médecins sans frontières, nombreux bénévoles calaisiens ), sans oublier d'autres organisations humanitaires de l'autre côté de la Manche, apportant leur aide aux réfugiés qui veulent bien l'accepter et proposant à ceux qui le souhaitent des conditions de vie davantage acceptables dans de véritables refuges malgré la méfiance générale et, souvent, la barrière de la langue.
Concernant la police, Bastien est choqué tant par l'absence d'intervention dans la Jungle que par la brutalité dont ses collègues de la BAC ( brigade anti-criminalité ) peuvent faire preuve, à grand renfort de grenades lacrymogènes. Ou par la façon dont les forces de l'ordre parlent des migrants comme de zombis ou de gibier qu'il faut chasser. Mais là encore, la réalité est bien plus complexe. Les médias ont dénoncé les violences policières. Sans faire pour autant des saints de ses anciens collègues, Olivier Norek rappelle à juste titre qu'aucune demande de mutation n'étant souhaitée pour Calais, les policiers ne pouvaient donc pas quitter leurs postes, même s'ils étaient au bord de la rupture psychologique, sans oublier qu'ils étaient en effectif insuffisant.
Alors, quand les migrants lancent des attaques de grande envergure sur l'autoroute pour s'emparer de force de véhicules pour pouvoir forcer ce fameux passage interdit vers l'Eden anglais, quitte à laisser des routiers blessés sur le bord de la route, quels choix s'offraient réellement à cette police dénigrée ?
"Tu sais, ici, il y a près de dix mille personnes qui n'ont rien à faire de leur journée qu'attendre le milieu de la nuit pour tenter de monter dans un camion pour l'Angleterre."
Alors ils font leur boulot, aussi ingrat soit-il, dénaturant parfois l'aspect humain de cette horde, et déplorant les pertes humaines qui peuvent parfois découler de ces opérations.
Tous ne sont pas de bons flics, mais la majorité fait au mieux pour respecter les ordres alors que l'ampleur de ces évènements chaotiques les dépasse totalement.
Enfin, il ne faut pas penser à l'inverse que tous ces réfugiés sont des victimes qu'il faut à tout prix protéger. Les conditions de vie déplorables, l'attente, la frustration d'être ainsi bloqués à quatre-vingt kilomètres de leur destination finale après un long voyage peuvent transformer des individus qui voyaient leur onéreux voyage arriver à son terme.
"Toutes ces habitations suivaient la courbe des dunes et donnaient l'impression d'un océan agité de vagues et de détritus."
"Venant des pays les plus éloignés et les plus violents, ils échouaient ici comme l'écume des conflits de l'Afrique et du Moyen-Orient."
Avec les yeux d'Adam principalement, le lecteur découvrira que si la majorité des migrants cherche simplement un refuge, une vie digne de ce nom loin des conflits et des dangers de leurs pays respectifs, d'autres ont leur petit commerce lucratif, certains sont d'une violence inouïe, sans oublier que la Jungle est un endroit idéal pour les recruteurs de Daesh.
Alors doit-on réellement jouer les autruches et ignorer tout ce qui s'y passe ?
Dans ce monde à part, Olivier Norek créera également une intrigue policière, que je vous laisse découvrir. Elle tient en quelques chapitres mais ajoute encore à l'intérêt et aux réflexions du roman.
Mais ce n'est pas un polar à proprement parler, même si on sent peut-être encore davantage cette fois le flic derrière l'écrivain qu'avec les livres consacré au capitaine Coste. Ainsi bien sûr que l'homme qui a exercé des missions humanitaires en ex-Yougoslavie.
C'est un roman de société qui nous met devant un fait accompli, avéré. Un témoignage impartial d'évènements tellement proches de nous, que ce soit en temps ou en distance. Auxquels je n'avais assisté que de loin par le biais de médias dont les propos étaient souvent incomplets, voire erronés.
Même si un tel rassemblement de réfugiés n'aurait jamais du se produire au sein de nos frontières, la Jungle de Calais a bel et bien existé, et s'est fait l'écho de bien des drames qu'Olivier Norek fait ici longtemps résonner, qu'ils soient réels ou légèrement romancés.
Chaque point de vue et chaque enjeu est expliqué.
Ce n'est donc pas une simple histoire avec des gentils et des méchants, c'est L Histoire avec un grand H qui raconte en jugeant le moins possible comment des hommes de tous pays ont conflué vers un même point de notre Hexagone, fuyant la guerre et la misère pour y trouver au final une autre forme de violence, de pauvreté et de rejet.
Un texte qui évite de stigmatiser la police ou les populations et qui se contente d'évoquer le choc des cultures, les raisons de tant d'incompréhension, et tous les débordements qui ont pu en découler.
J'avais apprécié les premiers romans d'Olivier Norek, sans comprendre toutefois pourquoi ils avaient bénéficié d'une telle notoriété.
En faisant la fine bouche, je pourrais avouer ne pas avoir été totalement convaincu par le final de cet Entre deux mondes, avoir parfois été un peu perdu par tous ces enjeux, tous ces conflits internes et mondiaux, probablement pas assez familier des crises géopolitiques internationales. J'avoue également ne pas avoir été totalement séduit par l'écriture à laquelle il manque encore un pur style "Norek", reconnaissable entre mille.
Mais ce roman va me marquer.
C'est vraiment le genre d'oeuvre dont on ressort enrichi, parce qu'on réalise que toutes ces images de guerres quotidiennes qui se déroulent si loin de nous sont en réalité à nos portes.
Parce qu'on ressent énormément d'émotions et d'empathie pour la majorité de ces personnages, qui cherchent à s'impliquer. Quelques rares joies mais des envies de révolte principalement : Des envies qui font réfléchir, des injustices qui font froid dans le dos.
On se sent nous aussi dépassé par les évènements, sans savoir ce que nous aurions fait, si nous aurions eu le courage de réagir.
Parce qu'on comprend à quel point le monde est gris et complexe, et que parfois faire de son mieux est insuffisant.
Et parce qu'on n'en ressort pas indemne tout simplement.
Ce qui est toujours à mon sens synonyme d'un grand roman.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          8111

critiques presse (3)
Actualitte   12 décembre 2017
Ce livre est une épreuve mais son abandon est impossible. Violent, cruel, dérangeant, sans complaisance avec quiconque, il implique intimement chacun d’entre nous, trouble notre regard, perturbe nos opinions et nos certitudes, menace notre intégrité.
Lire la critique sur le site : Actualitte
LePoint   27 novembre 2017
Olivier Norek nous entraîne dans le quotidien des migrants, des embarcations de fortune à la « jungle » de Calais, aux frontières de l'inacceptable.
Lire la critique sur le site : LePoint
LeMonde   10 novembre 2017
Lieutenant de police, Olivier Norek a séjourné à Calais et mené l’enquête, pour écrire un très bon polar tressant plusieurs odyssées.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (263) Voir plus Ajouter une citation
HarioutzHarioutz   02 juin 2019
Le journaliste lança deux cafés serrés qu'il déposa devant lui et ce nouveau lieutenant qui, bon point pour lui, venait prendre le pouls de la ville avant de penser pouvoir y faire régner un semblant d'ordre.

- Le flux des migrants ne s'est pas arrêté avec la fermeture du camp de Sangatte en 2003. Il s'est évidemment poursuivi, sans plus nulle part où les accueillir, et avec toujours la même volonté de passer en Angleterre. Et donc, de rester pas loin des ports pour traverser la Manche.
Résultat, ils se sont mis à squatter chaque maison vide, chaque immeuble abandonné, les jardins, les parcs, les ponts et c'est vite devenu invivable.
Alors il a fallu trouver un endroit pour les parquer. Le long de la côte, à l'écart du centre-ville, entre une forêt et les dunes, il y avait un ancien cimetière qui jouxtait une décharge.
L'Etat a fait place nette à coups de bulldozer et on a invité les migrants à aller s'y installer il y a un an de ça.
Au début, ils sont arrivés discrètement, une petite centaine de curieux tout au plus, puis l'info a traversé la planète et ils sont venus par millers.
La Jungle était née.

- C'est légèrement inapproprié. Qui a trouvé le nom ?

- N'y voyez pas de racisme, ce sont les migrants iraniens eux-mêmes. Quand ils sont arrivés sur place, ils ont vu un morceau de forêt, alors ils ont appelé l'endroit "la Forêt". En langue perse, jangal.
Ici, on a entendu "jungle", prononcé à l'anglaise. Un simple quiproquo. Ensuite, ils y ont été consciencieusement oubliés. Mais pas par tout le monde. Les médias se sont emparés du sujet et bientôt, Calais n'était plus une ville des trésors de la côte d'Opale, mais celle des migrants et du problème de leur accueil.
Le tourisme s'est cassé la gueule en un temps record, même les Anglais hésitent à venir depuis que leurs tabloïds parlent de guerre civile.
L'immobilier a perdu près de quarante pour cent et les magasins se sont mis à fermer. Notre plus grosse économie et notre vivier d'emplois ici, c'est notre port. Dix millions de passagers par an traversent la Manche via Calais et c'est aussi le premier port d'Europe pour le trafic routier.

- Ce sont des bateaux cargos qui chargent les camions vers l'Angleterre, précisa Erika à l'attention de Bastien qui n'avait rien d'un marin.

- Mais les chauffeurs routiers sont morts de trouille et les sociétés de transport cherchent d'autres ports pour éviter Calais.

- Juste à cause des migrants ? s'étonna Bastien.

Lizion lui adressa un regard de biais, comme s'il avait mal évalué l'ampleur de ses lacunes. Sa voix se fit presque condescendante.

- Vous avez comment ils essaient de monter dans les camions tout de même ? Les assauts sur les poids lourds. Les agressions de chauffeurs. Les accidents provoqués comme des attaques de diligence. Les barrages et les incendies sur l'autoroute. Ca vous parle ?

- Ca me parle comme la télé m'en parle, mais je n'en sais pas vraiment plus, avoua Bastien.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          290
HarioutzHarioutz   03 juin 2019
Rapidement, la nuit enveloppa la Jungle et seule la lueur mourante des feux de camp offrait un faible halo au-dessus des dunes.
Adam rassembla ses affaires, les fourra des sa tente et en tira la fermeture éclair.
.../...
Puis les cris s'entendirent. Comme tous les soirs, à la faveur de l'obscurité. Règlements de comptes et punitions, vols et agressions, sans que personne n'intervienne. Il avait même donné un nom à ces moments insoutenables.
La nuit des lâches.
Et il en faisait partie.
Adam serra les poings et attendit que le sommeil le libère de la honte. Mais alors que le silence était revenu, un long sanglot déchira la nuit et lui transperça le cœur.
Une plainte presque animale.
Aucun mot de s'entendait, rien d'intelligible en tout cas, comme un langage inconnu, uniquement fait de voyelles ... suivi d'un hurlement de douleur. Il n'y avait tout de fois aucun doute : il s'agissait d'un enfant.
.../...
Un gamin black d'une dizaine d'années, allongé sur le ventre. Un homme au dessus de lui, lui maintenant les deux mains dans le dos, un genou entre ses omoplates, l'immobilisant totalement. Un autre homme, pantalon baissé, agrippant fermement les petites hanches.
Les regards surpris se posèrent sur Adam, et avant qu'ils comprennent la situation, la lame était posée sur la gorge du violeur. Son complice fit deux pas en arrière et courut vers la sortie, sans demander son reste. Adam n'avait que quelques secondes pour réagir.
Il balaya l'homme d'un coup de pied latéral, bloqua sa tête bien entre ses deux mains, et la frappa au sol à plusieurs reprises, jusqu’à ce que le corps se détende comme une poupée de chiffon. Il s'arrêta avant de le tuer.
Adam s'agenouilla et aida l'enfant à se redresser péniblement tout en lui remontant son jogging. Ce dernier aperçut son agresseur au sol, inconscient. Ses yeux noirs embués de larmes détaillèrent Adam et quelque chose se passa à cet instant précis. Comme un pacte. Une allégeance.
Adam passa son bras sous les jambes du gamin qui passa ses mains autour de son cou.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          310
CannetilleCannetille   28 juillet 2019
Le flux des migrants ne s’est pas arrêté avec la fermeture du camp de Sangatte en 2003. Il s’est évidemment poursuivi, sans plus nulle part où les accueillir, et avec toujours la même volonté de passer en Angleterre. Et donc, de rester pas loin des ports pour traverser la Manche. Résultat, ils se sont mis à squatter chaque maison vide, chaque immeuble abandonné, les jardins, les parcs, les ponts et c’est vite devenu invivable. Alors il a fallu trouver un endroit pour les parquer. Le long de la côte, à l’écart du centre-ville, entre une forêt et les dunes, il y avait un ancien cimetière qui jouxtait une décharge. L’État a fait place nette à coups de bulldozer et on a invité les migrants à s’y installer il y a un an de ça. Au début, ils sont arrivés discrètement, une petite centaine de curieux tout au plus, puis l’info a traversé la planète et ils sont venus par milliers. La Jungle était née.
– C’est légèrement inapproprié. Qui a trouvé le nom ?
– N’y voyez pas de racisme, ce sont les migrants iraniens eux-mêmes. Quand ils sont arrivés sur place, ils ont vu un morceau de forêt, alors ils ont appelé l’endroit «la Forêt». En langue perse, jangal. Ici, on a entendu «jungle», prononcé à l’anglaise. Un simple quiproquo. Ensuite, ils y ont été consciencieusement oubliés. Mais pas par tout le monde. Les médias se sont emparés du sujet et bientôt, Calais n’était plus une des villes trésors de la côte d’Opale, mais celle des migrants et du problème de leur accueil. Le tourisme s’est cassé la gueule en un temps record, même les Anglais hésitent à venir depuis que leurs tabloïds parlent de guerre civile. L’immobilier a perdu près de quarante pour cent et les magasins se sont mis à fermer. Notre plus grosse économie et notre vivier d’emplois ici, c’est notre port. Dix millions de passagers par an traversent la Manche via Calais et c’est aussi le premier port d’Europe pour le trafic roulier.
– Ce sont des bateaux cargos qui chargent les camions vers l’Angleterre, précisa Erika à l’attention de Bastien qui n’avait rien d’un marin.
– Mais les chauffeurs routiers sont morts de trouille et les sociétés de transport cherchent d’autres ports pour éviter Calais.
– Juste à cause des migrants ? s’étonna Bastien.
Lizion lui adressa un regard de biais, comme s’il avait mal évalué l’ampleur de ses lacunes. Sa voix se fit presque condescendante.
– Vous savez comment ils essaient de monter dans les camions tout de même ? Les assauts sur les poids lourds. Les agressions de chauffeurs. Les accidents provoqués comme des attaques de diligence. Les barrages et les incendies sur l’autoroute. Ça vous parle ?
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          230
HarioutzHarioutz   03 juin 2019
Sous les yeux de Bastien, des dunes à perte de vue, sur près d'un millier de mètres carrés, entourées d'une forêt épaisse. De là où il se trouvait, personne n'aurait pu dire de quoi était fait le sol, chaque espace libre étant occupé par des tentes et des baraquements fragiles, faits de métal rouillé par la pluie, de morceaux de bois et de bâches en plastique.
Toutes ces habitations suivaient la courbe des dunes et donnaient l'impression d'un océan agité de vagues de détritus.

- Bienvenue dans la Jungle, lieutenant. Le plus grand bidonville d'Europe.

Feux de camps. Caravanes sans roues rescapées des fourrières. Des visages par milliers, d'Afrique du Nord, d'Afrique noire, d'Asie et du Moyen-Orient. Des chiens errants, la queue entre les jambes. Des chants d'enfants. Une musique pop pakistanaise quelque part au loin.
Des relents de poubelle se mélangeant aux odeurs de cuisine. Quelques humanitaires aux têtes blondes portant des tee-shirts de la Croix-Rouge, de Médecins sans Frontières ou d'autres associations dont Bastien n'avait jamais entendu parler.
Des hommes en djellaba et à la barbe longue, d'autres en jean, cigarette et bière à la main, pas de femmes, quelques gamins seuls, sales, souriants, se courant après.
Rien ne correspondait aux références habituelles de Bastien. Nouveaux sons, nouvelles odeurs, nouveaux types de visages. Il fut saisi d'une légère sensation de déséquilibre interne.
Le vent créa un nuage de sable qui s'éleva au dessus du camp, avant d'y retomber comme une masse et d'y pénétrer violemment, faisant claquer les tentures, s'engouffrant entre les cabanes pour finir par se fracasser contre l'immense grillage barbelé de plusieurs mètres de haut qui séparait la Jungle de la route nationale menant au port de Calais.

- Afghans et Soudanais, en majeure partie, commença Passaro, répondant aux interrogations que Bastien n'avaient pas encore formulées. Érythréens, Iraniens, Syriens, Kurdes, Pakistanais, Yéménites pour le reste. En nombre plus restreint, des Irakiens, des Palestiniens et des Éthiopiens. Je ne saurais même pas placer la plupart de ces pays sur une carte. Selon la préfecture, ils sont 5000. Selon les humanitaires, 7500 hommes, 1500 femmes et près de 900 enfants. Donc 10 000, le double du chiffre officiel.
- Des femmes ? reprit Bastien. Je n'en vois aucune.
- Normal. Avec plusieurs milliers de types qui n'ont pas baisé depuis des mois et qui ont parfois une culture où tu ne demandes pas spécialement l'autorisation quand t'as une petite envie, je vous jure qu'il ne fait pas bon porter une jupe dans le coin. Les femmes, comme la plupart des gosses, sont gardées plus loin, dans une partie réservée du camp, et à peu près protégée. Venez, on va prendre de la hauteur.

Bastien suivit à nouveau Passaro jusqu'à la première dune qu'ils grimpèrent. Déjà, tous les regards convergeaient vers eux. Intéressés, méfiants, craintifs, amicaux ou franchement antipathiques, Bastien reçut le panel complet des émotions humaines en quelques mètres.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          110
HarioutzHarioutz   02 juin 2019
Adam avait été jusqu'ici un policier exemplaire, formaté, confiant en son pays et en son dirigeant.
Et plein d'espoir quand, avec les révolutions arabes, un vent de démocratie avait soufflé sur la Syrie.
Comme en Tunisie ou en Egypte, le peuple réalisait soudain que le combat pour ses libertés était possible.
Mais ce mouvement, aussi noble qu'en soient les causes, fut rapidement réprimé dans le sang de milliers de manifestants, menant le pays dans une guerre civile.
Et profitant de cette faiblesse, comme un virus dans un corps exténué, l'Etat islamique enfonça encore un peu plus profondément les griffes de sa violence et de son obscurantisme.
Il y eut dès lors, pour deux bourreaux, une seule et même victime. La dictature de Bachar el-Assad et la folie de Daesh, contre le peuple syrien désarmé.
C'est à la suite de cette révolte pacifique, assassinée par l'armée, qu'Adam avait décidé de s'impliquer. Refusant de n'être qu'un simple témoin de l'agonie de son pays, il fit allégeance à une cellule rebelle de l'Armée syrienne libre et devint un opposant du gouvernement de la manière la plus risquée. En l'infiltrant, via la police militaire.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          260
Videos de Olivier Norek (72) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Olivier Norek
Commandez les coups de coeur de nos libraires sur filigranes.be ! Les livres dans l'ordre : "Tout cela je te le donnerai" de Dolores Redondo "Mad" de Chloé Esposito "Surface" d'Olivier Norek "La vérité sur l'affaire Harry Quebert", "Les derniers jour de nos pères", "Le livre des Baltimore" et "La disparition de Stéphanie Mailer" de Joël Dicker
autres livres classés : calaisVoir plus
Notre sélection Polar et thriller Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox






Quiz Voir plus

Entre deux mondes - Olivier Norek

Que signifie Youké ?

boxe thailandaise
chanson de Richard Gotainer
discipline de relaxation
UK - L'Angleterre

10 questions
66 lecteurs ont répondu
Thème : Entre deux mondes de Olivier NorekCréer un quiz sur ce livre
.. ..