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ISBN : 2749932262
Éditeur : Michel Lafon (05/10/2017)

Note moyenne : 4.6/5 (sur 34 notes)
Résumé :
Fuyant un régime sanguinaire et un pays en guerre, Adam a envoyé sa femme Nora et sa fille Maya à six mille kilomètres de là, dans un endroit où elles devraient l'attendre en sécurité. Il les rejoindra bientôt, et ils organiseront leur avenir.
Mais arrivé là-bas, il ne les trouve pas. Ce qu'il découvre, en revanche, c'est un monde entre deux mondes pour damnés de la Terre entre deux vies. Dans cet univers sans loi, aucune police n'ose mettre les pieds.
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Critiques, Analyses & Avis (28) Voir plus Ajouter une critique
Antyryia
  12 octobre 2017

Entre deux mondes.
Un titre particulièrement judicieux et effroyable pour décrire la Jungle de Calais, séparant les nombreux migrants encore en France de leur destination finale : l'Angleterre.
Pourquoi une telle attirance pour le Royaume-Uni ? Parce que la majorité des réfugiés a au moins des notions d'anglais, parce qu'ils ont parfois de la famille à rejoindre outre-Manche qui pourra aider à leur insertion, parce que la lutte contre le travail au noir ne serait pas une priorité pour le gouvernement anglais, ou encore parce que son taux de chômage est très faible.
Mais si la France a ouvert ses frontières avec l'Italie, par laquelle transitent une majorité de ces réfugiés, elle doit en revanche bloquer le passage vers la destination finale de ces demandeurs d'asile et ainsi interdire l'accès du tunnel sous la Manche ou du ferry Calais-Douvres. L'Angleterre ne fait pas partie de l'espace européen de Schengen et ses frontières sont fermées.
Calais est ici décrit comme le purgatoire séparant l'enfer des pays désertés et le paradis incarné par l'Angleterre.
"Les migrants fuient un pays en guerre vers lequel on ne peut décemment pas les renvoyer, mais de l'autre côté, on les empêche d'aller là où ils veulent. C'est une situation de blocage."
"Comme bloqués entre deux mondes."
Parce qu'en France, dans le Pas-de-Calais, à cent kilomètres à peine de chez moi, a ainsi vu naître le plus grand bidonville d'Europe, abritant près de dix mille étrangers issus principalement du Soudan, de l'Afghanistan, de la Syrie et de bien d'autres pays d'Afrique et du Moyen-Orient. Une zone de non-droit, dans laquelle il n'est pas possible d'intervenir. Où les règles sont différentes. Où la police laisse les crimes se produire en toute impunité.
"Logique, si on refuse de les intégrer à la France, ce n'est pas pour les faire rentrer dans le système judiciaire."
Si vous avez lu "Les larmes noires sur la terre" de Sandrine Collette, vous avez déjà un aperçu de la Jungle, de ses petits commerces et des pires exactions ( viols, meurtres ) pouvant y être perpétrées. Un microcosme de personnes entassées les unes sur les autres dans des tentes, souvent regroupées par ethnies. Les femmes sont heureusement séparées des hommes pour éviter davantage de drames.
"J'ai du mal à croire qu'on est en France."
Mais ici, c'est bien une réalité récente que nous dépeint Olivier Norek puisque le démantèlement de la Jungle n'a eu lieu qu'en octobre 2016, il y a tout juste un an.
Ce que j'ai particulièrement apprécié, c'est que l'auteur est parvenu à donner une vision d'ensemble, sans parti pris. Certains personnages sont plus attachants que d'autres, qu'il s'agisse du policier syrien Adam, infiltré dans une cellule rebelle de son pays avant de devoir partir rejoindre en urgence sa femme et sa fille en France ; du jeune black réfugié Kilani qui aurait tant de choses à raconter s'il n'était pas muet, ou encore du flic Bastien Miller récemment affecté à la brigade de sûreté urbaine de Calais, dont il découvre les particularités avec autant d'horreur que de naïveté.
La vision de l'auteur n'est pas manichéenne. Il dénonce certes la folie ambiante, celle des transports maritimes comme celle de cette Jungle ( "Il y en a beaucoup ici des fous. A cause de ce qu'ils ont vécu, de ce qu'ils ont vu, de ce qu'ils ont perdu." ), une monstruosité qui jamais n'aurait du voir le jour mais avec laquelle chacun va devoir composer : les Calaisiens, les réfugiés ou la police. Et chacun des points de vue va s'opposer parce que ce puzzle humain n'est pas fait pour s'imbriquer. Pour aucun n'existe de solution satisfaisante.
Et c'est pourquoi la violence se déchaîne.
Concernant les habitants de la côte d'Opale, la situation est devenue impossible. Leurs belles plages sont désertées, les touristes évitant Calais comme la peste. Les commerces doivent fermer les uns après les autres et l'immobilier a quant à lui perdu quarante pour cent de sa valeur.
"Calais n'était plus une de ces villes trésors de la Côte d'Opale, mais celle des migrants et du problème de leur accueil."
Les camions qui transportent des marchandises évitent de plus en plus cette zone dangereuse. Les entreprises de transport routier ou maritimes cherchent désormais d'autres voies par lesquelles passer.
"Les agressions de chauffeurs. Les agressions provoquées comme des attaques de diligence. Les barrages et les incendies sur l'autoroute, ça vous parle ?"
Une commune toute entière qui devient de plus en plus isolée, comme elle aussi coincée entre deux mondes.
Alors, devant tant de violence et d'injustice, on ne peut qu'assister à une montée de la xénophobie qui, si elle n'est pas excusable, demeure cependant liée à la colère, à un fait de société unique.
En revanche, de nombreux habitants s'investissent également dans des associations  ( Care 4 Calais, médecins sans frontières, nombreux bénévoles calaisiens ), sans oublier d'autres organisations humanitaires de l'autre côté de la Manche, apportant leur aide aux réfugiés qui veulent bien l'accepter et proposant à ceux qui le souhaitent des conditions de vie davantage acceptables dans de véritables refuges malgré la méfiance générale et, souvent, la barrière de la langue.
Concernant la police, Bastien est choqué tant par l'absence d'intervention dans la Jungle que par la brutalité dont ses collègues de la BAC ( brigade anti-criminalité ) peuvent faire preuve, à grand renfort de grenades lacrymogènes. Ou par la façon dont les forces de l'ordre parlent des migrants comme de zombis ou de gibier qu'il faut chasser. Mais là encore, la réalité est bien plus complexe. Les médias ont dénoncé les violences policières. Sans faire pour autant des saints de ses anciens collègues, Olivier Norek rappelle à juste titre qu'aucune demande de mutation n'étant souhaitée pour Calais, les policiers ne pouvaient donc pas quitter leurs postes, même s'ils étaient au bord de la rupture psychologique, sans oublier qu'ils étaient en effectif insuffisant.
Alors, quand les migrants lancent des attaques de grande envergure sur l'autoroute pour s'emparer de force de véhicules pour pouvoir forcer ce fameux passage interdit vers l'Eden anglais, quitte à laisser des routiers blessés sur le bord de la route, quels choix s'offraient réellement à cette police dénigrée ?
"Tu sais, ici, il y a près de dix mille personnes qui n'ont rien à faire de leur journée qu'attendre le milieu de la nuit pour tenter de monter dans un camion pour l'Angleterre."
Alors ils font leur boulot, aussi ingrat soit-il, dénaturant parfois l'aspect humain de cette horde, et déplorant les pertes humaines qui peuvent parfois découler de ces opérations.
Tous ne sont pas de bons flics, mais la majorité fait au mieux pour respecter les ordres alors que l'ampleur de ces évènements chaotiques les dépasse totalement.
Enfin, il ne faut pas penser à l'inverse que tous ces réfugiés sont des victimes qu'il faut à tout prix protéger. Les conditions de vie déplorables, l'attente, la frustration d'être ainsi bloqués à quatre-vingt kilomètres de leur destination finale après un long voyage peuvent transformer des individus qui voyaient leur onéreux voyage arriver à son terme.
"Toutes ces habitations suivaient la courbe des dunes et donnaient l'impression d'un océan agité de vagues et de détritus."
"Venant des pays les plus éloignés et les plus violents, ils échouaient ici comme l'écume des conflits de l'Afrique et du Moyen-Orient."
Avec les yeux d'Adam principalement, le lecteur découvrira que si la majorité des migrants cherche simplement un refuge, une vie digne de ce nom loin des conflits et des dangers de leurs pays respectifs, d'autres ont leur petit commerce lucratif, certains sont d'une violence inouïe, sans oublier que la Jungle est un endroit idéal pour les recruteurs de Daesh.
Alors doit-on réellement jouer les autruches et ignorer tout ce qui s'y passe ?
Dans ce monde à part, Olivier Norek créera également une intrigue policière, que je vous laisse découvrir. Elle tient en quelques chapitres mais ajoute encore à l'intérêt et aux réflexions du roman.
Mais ce n'est pas un polar à proprement parler, même si on sent peut-être encore davantage cette fois le flic derrière l'écrivain qu'avec les livres consacré au capitaine Coste. Ainsi bien sûr que l'homme qui a exercé des missions humanitaires en ex-Yougoslavie.
C'est un roman de société qui nous met devant un fait accompli, avéré. Un témoignage impartial d'évènements tellement proches de nous, que ce soit en temps ou en distance. Auxquels je n'avais assisté que de loin par le biais de médias dont les propos étaient souvent incomplets, voire erronés.
Même si un tel rassemblement de réfugiés n'aurait jamais du se produire au sein de nos frontières, la Jungle de Calais a bel et bien existé, et s'est fait l'écho de bien des drames qu'Olivier Norek fait ici longtemps résonner, qu'ils soient réels ou légèrement romancés.
Chaque point de vue et chaque enjeu est expliqué.
Ce n'est donc pas une simple histoire avec des gentils et des méchants, c'est L Histoire avec un grand H qui raconte en jugeant le moins possible comment des hommes de tous pays ont conflué vers un même point de notre Hexagone, fuyant la guerre et la misère pour y trouver au final une autre forme de violence, de pauvreté et de rejet.
Un texte qui évite de stigmatiser la police ou les populations et qui se contente d'évoquer le choc des cultures, les raisons de tant d'incompréhension, et tous les débordements qui ont pu en découler.
J'avais apprécié les premiers romans d'Olivier Norek, sans comprendre toutefois pourquoi ils avaient bénéficié d'une telle notoriété.
En faisant la fine bouche, je pourrais avouer ne pas avoir été totalement convaincu par le final de cet Entre deux mondes, avoir parfois été un peu perdu par tous ces enjeux, tous ces conflits internes et mondiaux, probablement pas assez familier des crises géopolitiques internationales. J'avoue également ne pas avoir été totalement séduit par l'écriture à laquelle il manque encore un pur style "Norek", reconnaissable entre mille.
Mais ce roman va me marquer.
C'est vraiment le genre d'oeuvre dont on ressort enrichi, parce qu'on réalise que toutes ces images de guerres quotidiennes qui se déroulent si loin de nous sont en réalité à nos portes.
Parce qu'on ressent énormément d'émotions et d'empathie pour la majorité de ces personnages, qui cherchent à s'impliquer. Quelques rares joies mais des envies de révolte principalement : Des envies qui font réfléchir, des injustices qui font froid dans le dos.
On se sent nous aussi dépassé par les évènements, sans savoir ce que nous aurions fait, si nous aurions eu le courage de réagir.
Parce qu'on comprend à quel point le monde est gris et complexe, et que parfois faire de son mieux est insuffisant.
Et parce qu'on n'en ressort pas indemne tout simplement.
Ce qui est toujours à mon sens synonyme d'un grand roman.
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gruz
  09 octobre 2017
Olivier Norek écrit un nouveau chapitre à sa success-story. Il met de coté le capitaine Victor Coste, héros récurrent de ses trois précédents romans, et vient accoster du coté de Calais.
Entre deux mondes a le rythme d'un thriller, mais des thématiques typiques du roman noir. Un « thrillnoir » ? Voilà un livre qui porte en tout cas bien son nom, entre ces deux mondes qui ont de plus en plus d'atomes crochus.
Oui, ce roman, d'une puissance inimaginable, est totalement ancré dans la réalité. Il propose une fiction si crédible et si intense qu'il laisse le lecteur pantelant. C'est mon cas, avec ce récit gravé au fer rouge dans ma mémoire.
Appelons un chat un chat : cette histoire parle de migrants et se déroule pour partie dans la jungle de Calais juste avant son démantèlement (autant le préciser puisque le résumé n'en fait aucunement état). Une zone de non droit, quel que soit le camp, migrants, ONG ou forces de l'ordre (mais y a-t-il encore une notion de camp dans un tel espace de promiscuité ?)
Arrivée du flic qui découvre la jungle : « Rien ne correspondait aux références habituelles de Bastien. Nouveaux sons, nouvelles odeurs, nouveaux types de visages. Il fut saisi d'une légère sensation de déséquilibre interne ».
Voilà bien le genre de sujet sensible, difficile à traiter dans le cadre d'une fiction. Difficile de trouver le bon équilibre sans stigmatiser personne à travers une réalité effroyablement complexe à gérer au quotidien. Olivier Norek réalise cet exploit avec un talent doublé d'une conviction qui ne peuvent que laisser admiratif.
A mon sens, l'auteur a choisi la meilleure voie pour traiter son histoire : celle de l'humain. A ma gauche, des flics qui sont tout sauf des cowboys ou des gros durs sans cervelle. A ma droite, des déracinés qui sont avant tout des femmes et des hommes.
« Ce job se fait en apnée », dit l'un des flics. Ce roman se lit de la même manière. le flot d'émotions contradictoires et exacerbées aura pris le lecteur que je suis à la gorge du premier chapitre (insoutenable) à la dernière page (inoubliable). Un parti pris de faire parler les émotions, sans jamais tomber dans le pré-fabriqué, qui rend cette intrigue particulièrement poignante. Déchirant.
Avec un style fluide, maîtrisé et ultra-visuel, Olivier Norek décrit l'impensable et développe une intrigue aussi passionnante qu'ahurissante, aussi prenante qu'effrayante. Comme il l'a toujours fait avec ses romans, rien n'est raconté à la légère, tout vient du terrain et de ce qu'il a pu voir ou entendre par lui-même. Une vraie fiction qui possède tous les ingrédients pour qu'on ne lâche pas le livre, tout en faisant réfléchir sur le traumatisme que vivent des milliers d'hommes de nos jours (flics compris, ils sont juste moins nombreux).
Norek n'y va pas avec le dos de la cuillère. C'est plutôt un récit qui inflige des coups de bâtons à répétition. Direct, dur, sans concession, sans moralisation déplacée. Personne n'est épargné. Certaines scènes sont terribles, et l'ambiance souvent irrespirable. Pourquoi ? Parce que l'auteur réussi l'exploit de nous faire nous attacher à tous les personnages sans aucun manichéisme. Beaucoup ont leur part d'ombre, c'est ce qui les rend si humains. Parce que l'homme est capable du pire comme du meilleur (et vis versa). Et puis, il y a ces moments de grâce aussi, qui par moments déchirent la pénombre.
Entre deux mondes est sans aucun doute l'un des romans qui m'aura fait vivre le plus d'émotions fortes et contradictoires depuis des lustres. Autant de lumière dans ces ténèbres, autant de frissons, autant de larmes qui montent, c'est très rare. Une boule dans la gorge qui n'est pas prête de disparaître.
Entre deux mondes est un roman inoubliable qui place définitivement Olivier Norek dans la liste restreinte des auteurs incontournables.
Lien : https://gruznamur.wordpress...
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Anaislectrice
  11 octobre 2017
[Un sujet de société]
Je dois avouer que j'ai commencé ma lecture avec une grosse appréhension. Si j'ai vraiment aimé les trois premiers opus de l'auteur, qui étaient du bon polar français pur et dur comme je les aime, je dois avouer que le thème abordé dans Entre deux mondes ne m'attirait pas franchement de prime abord. Et quand c'est un de tes auteurs chouchous qui écrit à ce sujet, ben tu flippes un peu grave de ne pas accrocher… le sujet des migrants et de la jungle de Calais a été omniprésent dans nos médias, depuis des années; nous sommes noyés sous les reportages et articles à ce sujet parce qu'il est grave et sérieux et qu'il constitue un véritable problème de société actuellement en Europe. Mais j'avoue très honnêtement que ce n'est pas un des sujets qui attire mon attention. Non pas que je n'ai pas de coeur et ne me sens pas concernée : je travaille dans le domaine du social et forcément je me sens concernée par la misère humaine, mais une fois la porte du boulot refermée, j'ai envie de couper avec cette réalité difficile et je préfère « faire l'autruche » pour me préserver un peu de tout ce négatif.
Sauf qu'ici, c'est tellement bien abordé que je me suis laissée prendre au jeu de l'intrigue, d'autant plus que l'auteur y a tout de même ancré une histoire policière et que ça, ce n'était pas pour me déplaire. J'ai d'ailleurs tellement accroché que je ressors de cette lecture avec les émotions égratignées et envahie d'un certain cafard. Indéniablement, ce qui a provoqué en moi cette implication émotionnelle, c'est l'élément d'écriture propre à Olivier Norek, et qui est le réalisme dont il fait preuve dans ses bouquins. Plus c'est réaliste, plus tu te sens concerné. Et plus tu te sens concerné, plus tu arrives à faire preuve d'empathie.
Certes, on est dans un thème différent ici, par rapport à ses trois premiers livres : pas de Coste (Coste, tu me manques ! ), pas d'équipe de flics qu'on va suivre à temps complet durant leur enquête, pas d'immersion au coeur d'un commissariat du 9-3… Par contre, le réalisme, qui constitue une sorte de fil d'Ariane dans le style d'écriture de cet écrivain, est bel et bien présent. C'est une véritable plongée dans la jungle de Calais qu'il nous propose ici, mais aussi dans le quotidien des policiers du secteur, tous au bout du rouleau émotionnellement, complètement démunis face aux milliers de migrants qui arrivent mois après mois pour constituer le plus grand bidonville de France. Olivier Norek a été flic, ça a été sa vie et son quotidien pendant des années, et il sait de quoi il cause; et quand il ne sait pas, et bien il va tout simplement sur le terrain, comme ça a été le cas durant l'écriture de ce quatrième opus, histoire de s'imprégner de l'atmosphère des lieux afin de la transcrire au mieux : il nous sert alors une histoire brute de décoffrage, mais tellement crédible et humaine qu'elle vous touchera au plus profond des tripes. C'est sans édulcorant qu'il nous jette cette réalité en pleine tête, la réalité d'une vie de souffrances et de fuites dans l'espoir d'un avenir meilleur pour ses enfants, ou simplement pour espérer survivre.

[Des personnages marquants]
Qui dit immersion dans la jungle de Calais dit forcément réfugiés. Nous faisons donc la rencontre d'Adam, un flic syrien qui a fui son pays pour protéger sa famille. Et c'est justement sa femme et sa fille qu'il recherche : elles ont quitté le pays avant lui sur une embarcation de fortune par la mer quelques jours avant son exil à lui. Tout ne se passera pas comme prévu, car une fois arrivé en France, aucune trace d'eux. Jour après jour, sans relâche, il les cherchera dans cet immense bidonville. Un soir, il viendra en aide à un petit garçon, Kilani, qui est en train de se faire agresser par des hommes. Je vous passe les détails sordides, cette scène m'a vraiment marquée même si elle a été abordée par l'auteur de manière relativement distante histoire de nous éviter une scène d'un voyeurisme dégueulasse qui aurait eu pour effet de me rendre vraiment mal à l'aise. C'est à ce moment qu'il fera la connaissance de Bastien, un flic français tout juste débarqué à Calais, qui ne connait pas la ville et qui n'a qu'une vague idée de ce qu'est cette fameuse jungle. Il en a bien entendu parler, certes, mais il est loin de s'imaginer que son boulot de flic sera totalement différent de ce qu'il a vécu dans ses précédents commissariats. Et c'est alors un véritable lien qui va unir les deux hommes que tout oppose de prime abord. Cette relation qui va s'installer entre eux est ce qui fait la force de cette histoire et qui rend le livre vraiment humain. C'est grâce à ce genre d'histoires foncièrement positives qu'on peut espérer lever la méfiance que peut avoir un peuple à l'idée de se sentir « envahi » par une immigration clandestine. Nous sommes dans une époque particulièrement sombre où nous nous retrouvons au second tour des élections présidentielles avec un des partis les plus gerbants de France, et la peur de l'étranger est plus présente que jamais, renforcée par les attentats de ces dernières années. Les médias se focalisent toujours sur le négatif, distillent la peur sournoisement dans l'esprit des citoyens français, et putain qu'est-ce que ça fait du bien de lire des choses positives à ce sujet. Parce qu'il y en a des histoires positives, de belles rencontres, où chacun peut apprendre de l'autre, où les uns peuvent venir en aide aux autres plus faibles et abîmés par la vie. C'est exactement ce que j'ai ressenti ici, c'est une bulle d'air pur dans un air vicié, et ça fait un bien fou !

[Parlons quand même un peu du style]
Ne vous y trompez pas, Entre deux mondes n'est pas un roman classique sur un thème de société, nous restons en effet malgré tout dans la littérature noire. Bien que cette fois, comme je vous l'ai dit, l'accent n'est pas mis sur l'enquête policière, il n'en reste pas moins que ce livre est un thriller, et un bon en plus ! Entre suspense, (sur)tensions (ah ah), un peu de castagne quand même, et une ou deux scènes assez choquantes pour le lecteur, tout y est pour faire de ce livre une réussite.
Les dialogues sont justement équilibrés avec la narration, ainsi le lecteur n'a pas le temps de se poser de question ou de s'ennuyer, il est pris dans le tourbillon de l'intrigue et il découvre avec un certain effarement cette réalité qu'on préfère taire et ne pas montrer. J'en reviens à ça de manière un peu appuyée je vous l'accorde, mais c'est vraiment quelque chose qui m'a marqué, dans le sens où j'ai l'impression d'avoir enfin ouvert les yeux sur le drame de ces gens qui n'ont plus rien. Je suis un coeur d'artichaut, quelqu'un d'hypersensible malgré le fait que je sois une sauvage, et j'ai l'impression de m'être pris une terrible réalité dans la tête et clairement, depuis ma lecture, je ne vois plus les articles ou reportages à ce sujet de la même manière.

[Le mot de la fin]
N'ayons pas peur des mots, pour moi Entre deux mondes est le meilleur des livres d'Olivier Norek, le plus abouti, le plus poignant… Il a ajouté un petit quelque chose en plus, une certaine émotivité qui le rend profondément humain. J'ai rédigé ma chronique il y a quelques temps de ça, j'ai rajouté encore un bon pavé dans ma chronique aujourd'hui en la relisant car elle ne retranscrivait pas à 100% mon ressenti au sujet de ce livre. J'ai eu du mal à me défaire de cette histoire, et de ce qu'elle a crée en moi.
J'ai terminé ce livre avec une espèce de boule dans la gorge, comme une sorte de mélancolie, me prenant en pleine face une réalité qu'il m'était confortable d'ignorer. Derrière une intrigue policière romancée, il y a des faits réels, une réalité qui n'est pas tronquée par l'auteur, comme il l'explique lui-même au tout début du livre. Entre deux mondes nous amène à réfléchir sur des thèmes graves et d'actualité et permettra sans doute d'éveiller les consciences. Je n'ai pas forcément analysé de manière aussi pointue que d'habitude le style d'écriture, parce que j'étais vraiment prise dans l'intrigue au point d'en oublier les choses plus concrètes. Quand un lecteur se retrouve plongé dans une histoire au point d'oublier d'analyser le style, c'est que l'auteur a bien réussi son travail, celui nous couper de notre réalité pour nous plonger dans une exosphère par si fictive que ça…
J'ai apprécié aussi que l'auteur ne prenne pas clairement position dans ce livre. On la comprendra néanmoins sa position, mais il restera foncièrement objectif, nous présentant la situation telle qu'elle est. Je retrouve une certaine sensibilité dans l'écriture, que je ne lui connaissais pas forcément, preuve que quand un écrivain sort de sa zone de confort et ose, ça fait bien souvent de belles choses.
Un grand bravo, c'est un grand coup de coeur pour moi !
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NicolasElie
  06 octobre 2017
Tu te souviens de « Code 93 » ?
Puis de « Territoires » et de « Surtensions » ?
Ben ouais, forcément. Si tu suis mes chroniques un minimum, t'a dû jeter un oeil circonspect, comme le mien, sur ces romans policiers. D'autant que tu sais que j'aime pas trop ça…
Mais là, on est « Entre deux mondes ».
Le tien, et le leur. Celui de ceux qui vivent (j'allais dire survivent) à Calais. Pas dans Calais, mais à côté, dans la jungle. Tu sais le plus grand bidonville d'Europe, celui dont on est si fier… Enfin, pas toi ni moi. Ceux qui l'ont créé. Les autres. Ceux qui n'y ont jamais mis les pieds.
Parce que ceux qui y vivent, ce sont des fantômes, des images qu'on te montre à la télé, le truc que j'espère que tu regardes pas trop non plus. Ça veut dire que quand tu appuies sur la télécommande, pfuitt, ils disparaissent…
Trop bien.
Olivier Norek, il a décidé de nous raconter une histoire. Des histoires. Celles qu'on raconte pas trop d'habitude. Celle de ces gens qui fuient, qui laissent tout derrière eux, leur vie, leurs amours, leur dignité parfois, et qui nous apportent leurs peurs. Et ces peurs, nous, on n'en veut pas.
Quand je dis nous, c'est pas toi, c'est pas moi non plus. C'est les autres. C'est toujours les autres.
Toujours.
C'était pas gagné. Parce que tomber dans le misérabilisme, c'était le piège. Nous décrire ces hommes, ces femmes, et ces enfants, comme une masse informe, celle que d'aucun appellent « les migrants », en nous laissant imaginer une foule sans identité, ça aussi, c'était le piège. Nous faire oublier qu'ils sont eux aussi partie prenante de cette humanité que l'on se targue de défendre… On, encore une fois, c'est pas toi et c'est pas moi, c'est les autres.
Toujours les autres.
T'es sur un bateau, une embarcation fragile, qui t'emmène vers un ailleurs que t'espère sans morts et sans tortures. T'es sur ce bateau, et ta petite, elle est malade. Elle a pris froid, alors elle tousse. Et y a un mec qui se pointe. le mec a qui t'as filé de la thune pour partir. Plein de thune. Et ce mec, il regarde ta môme, et il te dit : « Ta petite, tu dois la jeter. »
T'es dedans.
Je me suis surpris à terminer ce roman en quelques heures, parce que j'ai pas pu lâcher ceux qu'Olivier m'a fait croiser. J'ai pas pu lâcher ces hommes et ces femmes qui ont décidé de donner leur temps à cette humanité qui vit à côté de notre monde à nous. Celui du confort et de l'eau qui coule par le robinet. Pas pu lâcher ce petit garçon qui a plus vécu durant son voyage que toi et moi dans nos vies réunies. Pas pu fermer les yeux ni me boucher les narines face à cette misère que Norek nous donne à voir, à respirer la bouche ouverte, parce que ça pue. Ça pue grave.
Pas pu casser le miroir de ma salle de bains tout confort pour ne plus y voir à quel point c'est facile, ici, et difficile, ailleurs.
Pas pu laisser Adam, Bastien, ou Kilani.
Moi aussi, j'ai regardé Youkè, de l'autre côté de la mer, si proche et si loin à la fois, comme un rêve récurant, et souvent inaccessible.
T'as vu, comme d'hab, je te raconte pas l'histoire.
C'est pas la peine.
« Entre deux mondes » est sans aucun doute le meilleur livre d'Olivier Norek. Sa plume a grandi, et c'est pas donné à tout le monde. Il aurait pu se complaire dans « les aventures de M'sieur Coste » et son « public » aurait adoré ça. Il aurait pu se complaire aussi dans ces histoires de flics que tu peux lire partout, avec plus ou moins de réalisme, de suspense, d'humour, ou de rien, dans certains cas.
Souvent.
Il aurait pu.
Il a décidé de faire autre chose.
Il a décidé de te mettre en face de ce que les reportages te montrent pas. de ce que les journalistes te disent pas trop. Pourquoi ils t'en parlent pas ?
Parce que c'est plus confortable.
Les images sont crues, violentes parfois, parce que c'est la vie de ceux qui sont dans cette jungle. Tu croyais que la jungle, c'était celle de Tarzan et des gentils gorilles ?
Non. C'est celle de ceux qui ne savent pas comment faire pour y survivre, qui ne savent pas si le futur ne sera pas pire que le passé.
Pour une fois, j'ai laissé de côté le style à propos duquel je suis toujours tellement intransigeant. Pour une fois, et c'est rarissime dans ces romans « policiers », je me suis laissé emporter par les « humains » qui le peuplent. Pour une fois, l'histoire a prévalu sur la forme.
Et j'ai aimé ça.
Ça pique les yeux, c'est sûr, mais j'ai aimé ça.
Va le chercher. Tu vas pas regretter tes 20 balles.

Lien : http://leslivresdelie.org
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ClaudeMoha
  06 octobre 2017
Avec « Entre deux mondes », aux éditions Michel Lafon, Olivier Norek nous offre un récit poignant qui oscille entre espoir et désespoir. Une immersion dans la « Jungle » de Calais, deux mois avant la décision de son démantèlement.
4ème de Couv : « Adam a découvert en France un endroit où l'on peut tuer sans conséquences. »
Ce que j'en pense…
J'ai d'abord été déçu de ne pas retrouver Victor Coste, notre capitaine du SRPJ du 93 et le héros de « Code 93 », « Territoires » et « Surtensions », trois polars que j'ai adoré.
Olivier Norek aime prendre des risques et nous offre un focus sur un autre thème : la vie des migrants dans la « Jungle » de Calais, avec d'autres flics et d'autres personnages. Et il s'en sort très bien, son livre est une réussite.
L'auteur nous ouvre les yeux sur ces hommes, ces femmes et ces enfants qui fuient leurs pays en guerre pour rester en vie. Il nous fait vivre la réalité des conditions de traversée de la méditerranée des migrants, entassés dans des embarcations de fortune surchargées.
Les survivants de ce périple de plusieurs milliers de kilomètres échouent à Calais, en France, dans une zone appelée la « Jungle ». C'est une zone de non-droit où la police ne s'aventure pas. Ces migrants sont au moins 10 000 personnes à vivre au jour le jour. Vous découvrirez leurs conditions de vie.
De prime abord, ce n'est pas un sujet qui m'attire pour une lecture. Mais je dois avouer que ce livre d'Olivier Norek m'a très vite happé. J'ai plongé dans cet univers qu'est la « Jungle » de Calais que l'on croit connaître par les reportages télévisés. Mais la vérité qu'on nous montre n'est que la surface des choses et non la réalité de vie de ces hommes et de ces femmes.
La force de ce livre est qu'il nous fait vivre de l'intérieur le parcours de plusieurs migrants. Cela nous les rend attachants et l'on se trouve très vite en empathie avec eux. Et l'on veut savoir s'ils vont s'en sortir et ainsi avoir une chance de gagner le pays de leur rêve.
Plus vous avancez dans cette histoire, plus la tension est palpable. Personne n'est à l'abri de rien. Un crime va être commis. Mais comment retrouver l'assassin ?
Vous allez rencontrer deux flics que tout semble opposer : un français, Bastien Miller, tout juste muté du commissariat de Bordeaux à celui de Calais et Adam Sarkis, un flic syrien, un migrant récemment arrivé dans la « Jungle » de Calais, à la recherche de sa femme et de sa fille. Ceux-ci vont devenir amis.
Vous ferez surtout la connaissance d'un jeune garçon soudanais, Kilani, un être qui a déjà beaucoup souffert dans sa prime jeunesse. Je suis sûr que vous l'aimerez très vite.
L'équipe de flics du commissariat de Calais est aussi intéressante à découvrir. Ce sont des hommes et des femmes qui côtoient les migrants quotidiennement. Ces policiers, qui ont une famille, font leur travail le mieux possible en essayant de rester humains. Ils ont en grande partie les mains liées et ne font qu'appliquer les ordres de l'État français. Cela est souvent frustrant et vous découvrirez pourquoi.
Pour l'écriture de ce roman, Olivier Norek est allé voir sur place les conditions de vie des migrants dans cette « Jungle » de Calais. Il a interrogé des hommes et des femmes ayant connu les horreurs de la guerre qui ont accepté de se livrer. Il a parlé avec des bénévoles humanitaires, des flics de Calais, des Renseignements et des journalistes.
Ce roman inclassable d'Olivier Norek ne pourra vous laisser indifférent. Une fois refermé, il vous laissera au coeur une empreinte indélébile. Et vous vous souviendrez longtemps du personnage d'Adam et du jeune Kilani.
Entrez dans l'enfer de la Jungle ! Vous n'en sortirez pas indemne, croyez moi !
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Citations & extraits (5) Ajouter une citation
GuillangersGuillangers   17 octobre 2017
- Alors je te repose la question. Quand veux-tu que nous partions ?
- Tu as la journée. Mais pas la nuit. A moins que tu n’acceptes la seconde proposition des Afghans.

Adam n’avait aucun doute sur l’objet de cette dernière.
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BadoleBadole   16 octobre 2017
On a 208 fois plus de chance de gagner au loto que de naître en bonne santé, dans un pays démocratique et en paix, avec un toit sur la tête.
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StoufnieStoufnie   08 octobre 2017
Ce n'est pas le premier. La violence est partout puisque la pauvreté est immense. Tu ne peux pas mettre ensemble dix mille hommes, quasiment enfermés, tributaires de la générosité des Calaisiens et des humanitaires, sans autre espoir qu'une traversée illégale, et croire que tout va bien se passer. Des morts, il y en a toutes les semaines. Les No Border les traînent aux limites de la Jungle, devant les CRS, mais parfois ils sont simplement enterrés entre les dunes et la forêt. Si un jour ils rasent la Jungle, il ne faudra pas creuser trop profond.
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Amandine49Amandine49   05 octobre 2017
- Normal, c'est à peine légal. Si on ouvrait à la mutation, nous perdrions quarante pour cent de nos effectifs dans le premier mois. Donc, vous voir, ici, volontairement, je me pose des questions. j'espère juste que vous n'êtes pas une bonne nouvelle déguisée.
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loeildelucioleloeildeluciole   04 octobre 2017
On a 208 fois plus de chance de gagner au loto que de naître en bonne santé, dans un pays démocratique et en paix, avec un toit sur la tête.
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Vidéo de Olivier Norek
Olivier Norek signe un livre qui sort un peu du polar classique auquel il nous avait habitué. Il nous explique ses motivations à l'écrire et pourquoi ne veut pas s'enfermer dans un genre. Transparait dans son propos toute l'intensité et l'émotion qu'il a mis dans Entre deux mondes. Un livre nécessaire et incontournable. https://www.lagriffenoire.com/94642-romans-entre-deux-mondes.html
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