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ISBN : 2226437347
Éditeur : Albin Michel (22/08/2018)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 3.39/5 (sur 293 notes)
Résumé :
Les prénoms épicènes peuvent être à la fois masculins et féminins. A ce nom savant on préfère souvent le terme de prénoms mixtes.
Derrière le titre d'Amélie Nothomb, l'histoire d'une relation père fille.
Ce roman sera en quelque sorte une contrepartie du précédent "Frappe-toi le cœur", qui traitait d'une relation mère fille.
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Critiques, Analyses et Avis (142) Voir plus Ajouter une critique
Antyryia
  24 août 2018

- Bonjour, alors dis-moi, comment tu t'appelles ?
- Je m'appelle Samia et j'ai sept ans.
- Et qu'est-ce que tu vas nous lire Samia ?
- Ben je vais vous réciter un petit extrait d'un grand classique d'Amélie Nothomb, "Métaphysique des tubes".
"Ce … spect-acle de mon pu … public assi … assistant à ma … mort … ( … )"
Je laisse la jeune demoiselle me casser les oreilles quelques minutes, après tout c'est pour ça que je suis payé.
La foule de spectateurs se lève et applaudit, Amélie également.
La bande de sales gosses brandit des cartons pour noter la piètre prestation de leur camarade. Vu les multiples hésitations et l'absence du moindre ton, je n'aurais pas mis plus de 02 mais je simule l'enthousiasme en m'exclamant :
- Oh un 09 ! Un 08 ! Et un autre 09 ! C'est bien mérité, tu as vraiment été formidable Samia, quelle belle lecture !
J'appelle ensuite l'enfant suivant.
Vivement que la journée se termine...
Une silhouette androgyne s'approche. Impossible pour moi de savoir s'il s'agit d'une fille ou d'un garçon. Mais je devrais bientôt être fixé grâce à la question magique.
- Bonjour toi, alors, dis-moi comment tu t'appelles ? dis-je d'une voix gâteuse comme quand je demande à mon chien d'aller chercher son nonos.
- Bonjour Antyryia, bonjour à tous. Je m'appelle Epicène Guillaume.
Et merde. Me voilà bien avancé.
- Epicentre, c'est vraiment un très joli prénom. Et dis-moi, tu viens d'où comme ça ?
- Je me prénomme Epicène. J'habite à Paris. Mon père a insisté pour que je prétende habiter près de la place des Victoires, mais en réalité je réside rue Etienne Marcel. Il en a un peu honte, pour une question de standing je crois. Son ascension sociale est très importante pour lui.
- Ah bon ? Et dis-moi il est où ton papa ? Tu peux me le montrer avec ton doigt ? Comment il s'appelle ?
- Il s'appelle Claude. Mais il n'est pas venu. Il ne m'aime pas et je dois dire que je lui rends bien. On s'adresse à peine la parole, il était hors de question pour lui de m'accompagner ici aujourd'hui. Il pourvoit aux besoins matériels de notre famille, c'est tout.
"Je le hais encore plus qu'il me hait."
On ne me l'avait jamais faite celle-là ... Pour la première fois de ma carrière je me sens déstabilisé par ces réponses qui n'ont rien d'infantiles. Je suis déconcerté.
- Et tu as quel âge Epictète ?
- J'ai sept ans et demi. Je suis née le 09 septembre 1974. Et je m'appelle Epicène.
- Et qui t'a accompagné alors aujourd'hui dis moi ?
- Juste ma maman Dominique. Elle est là bas !
Mon regard se tourne vers une dame souriante, élégante, quelque peu embourgeoisée cependant.
- Alors Dominique, vous devez être très émue de voir votre enfant sous les feux des projecteurs, devant des dizaines de téléspectateurs !
- Oui je suis très fière de ma fille. Elle est formidable, vraiment.
"La petite était exceptionnellement éveillée, elle comprenait tout et éclatait de rire à la moindre occasion."
( Oh merci madame, sans le savoir vous venez de m'enlever une belle chandelle du pied ! )
- Si ça n'est pas trop indiscret, pourquoi avoir choisi ce prénom, Epiphanie ?
- Eh bien Claude mon mari et moi avions tous les deux constaté que nous avions des prénoms épicènes, mixtes si vous préférez. Et il nous a alors paru évident d'appeler notre enfant Epicène, qu'il s'agisse d'une fille ou d'un garçon.
"Nous avons un point commun toi et moi. Nos prénoms ne spécifient pas de quel sexe nous sommes."
Soulagé de pouvoir mettre une identité sur la starlette assexuée, je me retourne vers Piscine et lui demande avec mon air gaga :
- Alors ma petite, Amélie Nothomb fait partie de tes auteurs préférés ? Ca fait combien de temps que tu es fan ?
- J'ai commencé à dévorer ses romans depuis l'âge de trois ans. Aujourd'hui je lis davantage Homère ou Victor Hugo parmi tant d'autres mais c'est Amélie m'a fait découvrir et aimer les livres.
- Et qu'est-ce que tu vas nous chan ... Euh, nous lire comme extrait ?
- Je vais vous interpréter un texte extrait de son dernier livre, "Les prénoms épicènes".
Le contraire m'aurait étonné.
"Bizarrement, maman aimait papa. Elle ne lui avait pas dit, mais cela se voyait, se sentait, s'entendait. Maman avait pour s'adresser à papa une voix pleine de déférence, des yeux intenses et des gestes choisis. Papa ne remarquait pas ses manières, ni ne partageait pas son trouble. Si Epicène avait du formuler le sentiment de sa mère pour son père, il eût dit qu'il la supportait - à condition qu'elle parle peu et qu'elle existe le moins possible."
Prononcé sans la moindre hésitation, déclamé même, je remarque que la salle entière est silencieuse, écoutant religieusement la prodigieuse petite fille lire son paragraphe. La moindre allocution présidentielle ferait pâle figure à côté de cette prouesse verbale. Amélie Nothomb elle-même se lève pour rejoindre Epistole et l'accompagner au micro.
"Et elle, est-ce qu'il la supportait ? Pas sûr. Les rares fois qu'il lui disait quelque chose c'était :
"Tu es insupportable !"
Epicène était insupportable quand elle jouait au salon, quand elle chantait dans sa chambre, quand elle ne mangeait pas, quand elle mangeait, quand elle manifestait de l'enthousiasme.
Maman n'osait pas prendre la défense de sa fille. Elle attendait que papa s'en aille et disait :
"Papa est énervé par son travail."
La dame au chapeau et la fillette partagent une brève étreinte émue après leur discours dénonçant les dysfonctionnements de la famille Guillaume. On sent toute la salle crispée par par la description de ce père incapable d'apprécier son propre enfant, si brillant, si réaliste, si en avance sur son âge ; et par cette mère dédaignée, amoureuse mais incapable de lui tenir tête aussi graves que puissent être ses propos.
Enfin, les applaudissements fusent et les pancartes se lèvent, donnant 10 à l'unanimité à la prestation éblouissante d'Epuration. Et pour la première fois de ma carrière, je suis d'accord.
Comme j'ai encore quelques minutes avant que l'émission ne s'achève, j'enchaîne en demandant à la surdouée ce qu'elle a pensé de ce dernier roman de mon invitée belge.
- Eh bien je dirais que je l'ai lu à la façon dont on dévore une gourmandise. Qui aurait eu un goût parfois sucré, parfois amer. L'histoire qui est relatée dans Les prénoms épicènes n'est absolument pas crédible, tout y est exagéré, déformé, et comme souvent dans les romans d'Amélie j'ai davantage eu l'impression de lire un conte. Un récit farfelu qui va toujours droit à l'essentiel, avec des ellipses temporelles quand c'est nécessaire et une économie de mots telle qu'on a parfois l'impression de lire davantage une longue nouvelle qu'un véritable roman. Mais ce conte, je dois bien avouer que je n'ai pas pu le lâcher. le vocabulaire d'Amélie est toujours aussi riche, sa façon de s'exprimer toujours aussi unique en son genre. Même si les personnages sont un peu stéréotypés puisque leur psychologie n'est pas très approfondie, il n'y a pas besoin de davantage pour plonger au coeur du récit de la première à la dernière page sans pouvoir s'arrêter avant la conclusion. Un père odieux et manipulateur, une épouse aimante et complexée et une fillette adorable, intelligente et solitaire suffisent à insuffler suffisamment de vie aux membres de cette famille pour qu'on s'intéresse à leur devenir.
- Et quels thèmes selon toi sont abordés dans ce roman ?
- Beaucoup de thèmes sont communs au roman qu'elle avait sorti l'année dernière, Frappe toi le coeur. Comme dans son pénultième livre, Amélie aborde le sujet de la relation entre les parents et leurs enfants, en se demandant si l'amour est inné, et en présentant tour à tous les points de vue de la mère et de la fille. Mais cette fois le père joue un rôle beaucoup plus important puisque c'est lui cette fois qui s'avérera incapable de s'attacher à sa fille. On dit que la haine est préférable à l'indifférence, mais dans une telle relation familiale est-ce vraiment envisageable ? L'amour, qu'il soit filial ou sentimental, peut-il se commander ? La colère peut-elle cohabiter avec l'affection ? Comme autre thème important il y a bien sûr celui de la vengeance, ce fameux plat qui se mange froid, mais cela je laisse le soin de le découvrir à tous ceux qui n'ont pas encore lu le livre. Et puis bien sûr, il y a tout ce qui tourne autour du paraître. La réussite sociale est une obsession maladive pour le père, pour qui seules semblent compter les apparences : le métier, les relations, les fréquentations de sa fille, le prestige de son adresse ...
- Et pour conclure, qu'aimerais-tu dire à Amélie ?
- Eh bien, évidemment je souhaite la remercier pour tous les merveilleux moments que m'ont fait passer ses livres. Celui-ci présente la particularité d'être l'un des plus prenants, et pourtant à contrario je pense que je l'oublierai très vite, d'où ma comparaison avec une sucrerie dont on se délecte mais dont il ne reste qu'un léger goût en bouche finalement, qui finit rapidement par disparaître. J'aurais également voulu demander à Madame Nothomb de ne pas couler dans la résine les soixante-sept romans qu'elle a rédigés et qu'elle n'a pas souhaité publier, comme je l'ai lu dans un journal. Ce serait dommage de priver son public d'autant d'oeuvres inédites après sa mort, alors que je suis convaincue que beaucoup vaudraient le détour et nous feraient en prime découvrir d'autres facettes de son talent.
* Générique de fin *
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JRB
  26 août 2018
Alors là, je dis "BRAVO", impeccable, incontournable...remède contre l'insomnie. Inutile de vous entretenir du style, de la magie des mots, du thème abordé, non, Amélie N a eu le don, de m'endormir deux fois en 64 pages, un vrai exploit ! Merci à elle d'avoir réussi à me guérir de mon insomnie en ce dimanche !
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KATE92
  05 septembre 2018
Rentrée littéraire 2018 oblige, Amélie NOTHOMB est au rendez-vous ; certes avec un livre très court (150 pages) mais néanmoins captivant avec les thèmes de prédilection de l'auteure, et aujourd'hui sur la relation père/fille.
Difficile d'en parler sans un dévoiler trop… J'ai été conquise et je vous laisse le découvrir avec une coupe de champagne ! ou non...
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tynn
  03 septembre 2018
Famille: amour et haine (encore?)
C'est la rentrée littéraire... c'est l'incontournable production de septembre de la Dame au chapeau!
À chaque sortie, je la lis plus par curiosité que par fidélité. Il m'est arrivé d'être plutôt satisfaite de ma lecture et d'autres fois légèrement contrariée de la perte de temps. C'est le cas ici et j'en perds toute argumentation pour construire cet avis tant il se résume à une moue dubitative.
Elle se frotte encore une fois à la sphère familiale avec une partition de vengeance et haine. Ou comment construire une vie sur une relation toxique complètement improbable avec des personnages caricaturaux, sans aucune crédibilité… J'en suis ressortie peu convaincue.
Sur le plan du style: sans surprise.
Ça a au moins le mérite d'être écrit de façon minimaliste, fluide et sans pesanteur pour être lu en deux heures. J'apprécie néanmoins d'y trouver à chaque livre de l'originalité, voire de la cocasserie, des marottes surprenantes comme ces prénoms mixtes, des thèmes de sociétés complètement détournés.
Mais je laisse le choeur des groupies chanter ses louanges (sans moi) ;-)
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ninachevalier
  31 août 2018

Amélie Nothomb voudrait-elle payer sa dette aux auteurs qui l'ont nourrie ? le titre du roman précédent Frappe-toi le coeur lui avait été inspiré par Alfred de Musset. Cette fois, avec Les prénoms épicènes, elle fait un clin d'oeil à Ben Jonson, contemporain de Shakespeare, qui a écrit « Epicène ou la femme silencieuse ».
Arrêtons-nous sur le sens de l'adjectif « épicène »: il désigne des prénoms « qui ne spécifient pas de quel sexe nous sommes ». Soulignons le talent de « la reine de l' onomastique. », dixit Augustin Trapenard !
Le premier chapitre mettant en scène Reine congédiant l'homme qui l'aime depuis cinq ans, peut dérouter, car ce n'est qu'à la page 107 que l'on découvre l'identité de celui qui n'a toujours pas « décoléré ».
Moment où tout va basculer, faire exploser un couple et modifier l'avenir d'une mère et de sa fille.
Nous suivons ensuite le couple formé par Dominique et Claude, depuis leur rencontre, leur mariage, la montée à Paris, le mari créant une filiale de la société Terrage. À la naissance tant attendue de leur fille, le père s'éloigne, ainsi il ne manifeste aucune joie à voir sa fille marcher. Son absence de plus en plus fréquente va renforcer les liens fusionnels entre mère et fille. Mais que cache cette indifférence, cette indisponibilité du géniteur ? le sens de son prénom, Claude, signifiant «  boiteux » aurait-il une influence sur son comportement ?
La scolarité de leur fille Épicène donne l'occasion d'une mixité sociale, la mère réussissant à sympathiser avec Reine Cléry, partageant les mêmes soucis de parents d'adolescentes, lors des rencontres avec les enseignants. le professeur de latin ne manque pas d'asséner ses quatre vérités, ce qui rapproche les deux femmes, prêtes à s'épauler.
Elles se fréquentent, sortent, s'invitent, mènent grand train. « Une amitié neuve qui ne cesse de s'intensifier ». Une nouvelle vie pour Dominique qu'elle se plaît à relater à son mari le soir. Mais n'est-elle pas, depuis le début, manipulée par son époux ? Pourquoi manifeste-t-il un besoin si impérieux de rencontrer M.Cléry ? Est-il vraiment motivé par des raisons professionnelles ? Comment s'immiscer dans cette famille sinon en étant invités à une de leurs réceptions ? le plan fonctionne grâce à Dominique !
Le jour J, la soirée fixée au 26 janvier, tourne au cauchemar. Scène très théâtrale où Dominique surprend une conversation entre son mari et Reine.
Rebondissement du récit, tournant décisif dans la vie des Guillaume.
Les confidences de Claude à Reine, si édifiantes, si consternantes, provoquent un terrible séisme chez Dominique trahie. Tout s'écroule pour elle. C'est sur le champ qu'elle décide de partir avec sa fille.

La narratrice autopsie les sentiments de ses protagonistes avec subtilité et brosse des portraits très contrastés.
Que penser de Claude, ce père ambitieux, qui n'a jamais eu le temps pour sa fille ? Un citoyen, pour qui les apparences importent, au point de déménager pour la rive gauche de la Seine! Un homme qui incarne l'hypocrisie et suscite l'indignation.
Que penser de Dominique, l'épouse, qui n'intercède pas quand le père brise l'amitié de sa fille avec Samia ? Une épouse que le mari comble d'objets luxueux lui laissant subodorer un retour de flamme jusqu'au moment où « stupeur et tremblements », elle découvre la vraie face de celui qu'elle aime. La narratrice montre comment l'amour qui la transcendait à ses débuts va se transformer en une force destructrice.
On retrouve dans les personnages cet esprit des « loyautés » de Delphine de Vigan, « des liens invisibles qui nous attachent aux autres ».
Reine n'est- elle pas loyale envers sa nouvelle amie quand elle traite le mari de celle-ci, de «  monstre », « de cinglé » ?
Quant au lien entre Reine et Claude, ne dévoilons rien.
L'auteure «  met toujours au monde » des « enfançonnes » surdouées.
Ici Épicène réussit admirablement au collège, donne satisfaction à son professeur de latin, puis décroche le bac brillamment. Et pourtant, pour le père, elle est cet enfant «  insupportable » à qui il consacra si peu de temps.
Mais l'intelligence condamne à une certaine forme de solitude. N'est-ce pas pour cette raison qu'elle adopte «  le stratagème du coelacanthe » ? ( 1)
Épicène sidère par sa maturité, à 15 ans, elle prend les choses en main dès leur retour à Brest chez ses grands-parents et s'avère être quasi le pilier de sa maman. Elle déploie un tel «  grit » (2), que sa mère se montre battante à retrouver du travail.
La vocation des héroïnes d'Amélie Nothomb est dictée par la littérature. Épicène, bachelière brillante se tourne vers un cursus d'angliciste, influencée par Ben Jonson, ce qui n'est pas sans rappeler la motivation de Diane qui a embrassé le métier de cardiologue, impressionnée par la phrase De Musset : «  Frappe-toi le coeur, c'est là qu'est le génie. »
Dans la foulée la « fabuleuse » étudiante éblouit par sa thèse, décroche l'agrégation « haut la main », et un poste d'enseignement à Brest.
La romancière aime explorer les relations parentales complexes et les couples. Ses livres traitent souvent de conflits, d'injustice et de vengeance.
Elle montre jusqu'où certains peuvent aller par amour. le défi du père en fait un personnage exécrable, antipathique.
On pense à « Tuer le père », si ce n'est que « ce mec ignoble », ce « type infect » pense, lui, à supprimer sa fille ! Un vrai drame.
L'académicienne se réfère au prince de Ligne, moraliste belge, pour commenter le geste létal de celle qui a, pendant des années vécu, comme « le coelacanthe ». Elle aborde la question de la préméditation ou non et du remords.
L'image d'Épicène qui, lors de son départ précipité, considère comme « essentielle » son édition bilingue de l'Iliade  convoque les paroles dithyrambiques de Sylvain Tesson sur Homère, ce maître de poésie et de vie, dont « l'oeuvre est une sorte de bréviaire de l'homme, un enchantement de lecture., un trésor. Homère, c'est Goldorak » !
Et nous, que prendrions-nous d'essentiel, en cas de départ précipité?
Pour rester fidèle à son titre «  d'ambassadrice du champagne », Amélie Nothomb fait couler un grand cru, le préféré de Reine Cléry. Et elle ne manque pas de distiller les effluves d'un parfum de renom, ainsi que son sempiternel mot : « pneu », ici il faut les regonfler !
Les anglicistes et anglophiles seront ravis de lire que « L'anglais est une langue étonnante. Un seul mot suffit là où nous affaiblissons à coup de périphrases ». Pour les autres, enrichis du verbe «  crave », ils auront « un besoin éperdu de » lire les romans précédents de «  Crotteke » ! (3)
La romancière tresse une tragédie psychologique entrelaçant le destin de deux familles, digne des pairs qui l'ont inspirée.
Un roman irrigué par la haine, «  deux vengeances (une qui rate, une qui réussit ! » selon l'écrivaine) et l'amour, étayé par cette déclaration :
« La personne qui aime est toujours la plus forte ».
(1) Coelacanthe : «  poisson qui a le pouvoir de s'éteindre pendant des années si son biotope devient trop hostile ».
(2) grit : Ce terme désigne la capacité de ne pas se résigner, de persévérer.
(3) Surnom donné à Amélie Nothomb par ses proches.
A écouter : l'émission Boomerang du 28 août 2018 où Augustin Trapenard reçoit Amélie Nothomb.
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critiques presse (6)
Bibliobs   25 septembre 2018
La littérature d'Amélie Nothomb est immuable. Elle est aussi annuelle qu'une rente, courte sur pattes, très champagnisée, trop maquillée, et toujours décevante.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
LaPresse   19 septembre 2018
Nothomb signe ici un roman divertissant, mais sans plus, un roman qu'on oublie dès la dernière page lue.
Lire la critique sur le site : LaPresse
Lexpress   10 septembre 2018
Du Nothomb pur sucre.
Lire la critique sur le site : Lexpress
LeFigaro   06 septembre 2018
La romancière publie Les Prénoms épicènes, un conte intelligent mais facile.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Telerama   03 septembre 2018
La romancière, qui vient de publier “Les Prénoms épicènes”, se détache du lot en sondant la cruauté des rapports humains. A contre-courant des tendances.
Lire la critique sur le site : Telerama
Actualitte   29 août 2018
À son habitude, Amélie Nothomb écrit un monde sans superflu, apparemment simple et calme. Presque tendre au début. Mais les personnages sont des prétextes, des images et leur aventure vaut pour ce qu'elle questionne.
Lire la critique sur le site : Actualitte
Citations et extraits (70) Voir plus Ajouter une citation
EveduChambonEveduChambon   07 novembre 2018
Elle aima être appelée Épicîne d'un ton admiratif par la faculté entière. Elle choisit un maximum de cours reliés aux auteurs élisabéthains. La pièce qui portait son nom ne fut pas préférée. Elle relut " Richard III" jusqu'à l'intoxication.
(...)
Elle consacra sa thèse au verbe "to crave", de son apparition à nos jours. Sceptiques, les professeurs tentèrent de la dissuader : " Vous ne tiendrez pas la distance sur un pareil sujet." Elle ne se laissa pas intimider.
+ Lire la suite
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ninachevalierninachevalier   29 juillet 2018
La nouvelle amie avait un art infini pour distiller son charme. A l'évidence, il ne s'agissait pas d'une technique.Reine procédait par la plus naturelle des magies. Quand, au terme d'une expédition en ville, les deux femmes regagnaient l'appartement de la montagne Sainte-Geneviève, la maîtresse des lieux débouchait une bouteille de champagne en disant que le Deutz était son thé préféré.Les bulles achevaient de leur délivrer le coeur et Dominique voyait littéralement les étincelles crépiter dans la conversation de son amie. Elle s'en laissait imprégner, savourant deux ivresses dorées à la fois.
+ Lire la suite
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calypsocalypso   30 août 2018
Un jour que sa mère tournait en boucle dans le questionnement, la fille lui dit de passer à autre chose.
- Tu as gagné le divorce, ajouta-t-elle.
- Personne ne gagne un divorce. C'est toujours un échec pour tout le monde.
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ninachevalierninachevalier   29 juillet 2018
-Jean-Louis affirme qu'il est beaucoup plus chic d'inviter chez soi qu'au restaurant. Il a raison, mais quelle plaie! J'ai beau me faire aider, j'ai toujours beaucoup de mal. Alimenter les conversations, avoir l'air ravi d revoir des gens ennuyeux, à périr, ne pas les jeter dehors alors qu'on rêve d'aller se coucher, et savoir qu'en guise de remerciements on sera convié chez eux à des soirées comparables, c'est le prix à payer pour ma belle vie.
- Il paraît que vous y excellez.
- qu'est-ce que cela change? On peut détester ce en quoi on excelle.
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NievaNieva   23 août 2018
Soudain, Épicène vit apparaître son père devant elle. Il la regarda avec tant de contrariété qu’elle eut du mal à ne pas s’étrangler avec sa bouchée de BN. Sentant que sa présence dérangeait, elle fila dans sa chambre dont elle ferma la porte. Elle s’assit sur le lit et dans sa tête, elle entendit la voix intérieure dire :
– Je n’aime pas papa.
Le savoir était une chose, le formuler changeait la donne. Malgré le calme et l’absence d’étonnement, les mots produisaient un effet considérable. La révélation accédait à une réalité supérieure, elle devenait un monument de l’esprit. « Je n’aime pas papa. » Même le son grotesque – papapa – déterminait l’énormité du constat.
Désormais, la vie serait différente. Bien qu’Épicène n’éprouvât aucune honte, elle sut qu’il faudrait garder pour soi ce papapa, comme un dogme que le monde n’était pas prêt à recevoir.
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Videos de Amélie Nothomb (109) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Amélie Nothomb
"Si votre véritable but n?est pas d?écrire, dans les conditions les plus dures, sans aucune garantie que ce vous écrivez à la moindre valeur, arrêtez tout de suite ! » Amélie Nothomb
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