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EAN : 9782072886959
240 pages
Éditeur : Gallimard (19/03/2020)

Note moyenne : 4.25/5 (sur 6 notes)
Résumé :
À bientôt quatre-vingts ans, elle reprend la cigarette, s’installe à la terrasse d’un café, se déchausse. Libre, enfin. Elle rencontre un homme qui croit à un hasard. Mais Clémence sait à qui elle a affaire, et la journée qu’ils passent ensemble bouleversera leur existence.
Quatre femmes, quatre époques. Clémence, ses filles Lydie et Margaux, et Prune, la petite-fille née le 11 septembre 2001. Elles sont d’une même famille, mais ont vécu dans des milieux diff... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
VincentGloeckler
  14 mai 2020
Un livre fait d'un tas de « je ne sais quoi », d'une multitude de « presque rien », une histoire qui aurait enchanté Vladimir Jankélévitch, donc, ou la Françoise Héritier du « Sel de la vie », le Ruben Ogien de « L'odeur des croissants chauds »… Ces « Petites victoires » vous mettent le coeur et l'esprit en fête ! Qu'on ne s'y trompe pas, pourtant, et même si, pour Clémence, la vieille dame vaguement indigne, dont les gestes orchestrent les mouvements du récit, sa seconde vie commence peut-être quand elle comprend qu'elle n'en a qu'une..., on est loin, avec ce texte, de la mièvre littérature-à-faire-du bien des Gavalda, Grimaldi, Gounelle, Martin-Lugand, Perrin, Valognes, j'en passe et des meilleur(e)s, des tartines lénifiantes et autres pansements pour nos âmes en détresse. Les personnages du récit de Pierre Notte se heurtent sans cesse à la dureté du quotidien, à la lutte des classes ou au carcan familial, à la tristesse des ambitions déchues, des illusions perdues, des espoirs perclus par les horizons bouchés d'une existence en banlieue ou en province. Surtout lorsque, comme Clémence et ses filles, Lydie et Margaux, l'on est une femme, au destin trop souvent dicté par les hommes auxquels on s'est attachée… Ni magie de l'amour, ni miraculeuse résilience, ici, pour se sauver, et quand, à force de désespoir, on cherche refuge dans les paradis artificiels de l'alcool ou des drogues, c'est pour souffrir davantage de la violence de ses propres fantasmes. Et l'Histoire collective n'est jamais estompée dans ce récit, qui, de 68 aux gilets jaunes, en passant par mai 1981, septembre 2001 ou les attentats terroristes de 2015, accompagne, des rêves qu'elle suscite aux traumatismes qu'elle provoque, les existences chaotiques de Clémence, la grand-mère, de ses filles et de Prune, sa petite-fille, de l'homme, enfin, dont la rencontre avec Clémence aura suffi à provoquer, dans l'espace d'une journée, entre petit matin et nuit tombée, cette remontée des souvenirs, l'évocation de ce faisceau de vies… Tout commence quand Clémence, bientôt quatre-vingt ans, et qui voudrait ne pas mourir trop tôt, décide de se remettre à fumer – la première des « petites victoires », oui !-, puis s'arrête, sur la place des Halles, devant l'église Sainte-Eustache, où s'est installé le « bordel à merdouilles » d'une brocante, face au stand d'un homme, la soixantaine bien entamée, « moustache blanche sur visage rond », auquel elle achète une vieille poêle en fonte, avant de l'inviter à boire un café à l'estaminet le plus proche. le vendeur est bonhomme, intrigué par l'étrange enjouement de Clémence, curieux de ses motivations, favorisant les confidences. On comprendra plus tard que la rencontre n'est pas, en fait, le fruit du hasard, mais pour l'instant, elle génère plaisante conversation et travail de mémoire. « La dame parle et fume, libre sous sa légère teinture rousse » (p.16), et nous voici, lecteurs, séduits par son regard espiègle et sa verve, entraînés dans cette formidable exploration d'un destin individuel et familial. A l'instar de la protagoniste et de ses incessants croche-pattes aux contraintes morales ou aux conventions sociales, l'écriture de Pierre Notte vous rit au nez, semble se foutre de tout, riche en formules bien ajustées et en ironie, libre et insolente comme les meilleurs personnages de cette histoire…, une écriture qui se déchausse, tiens, oui, comme Clémence, la vieille dame qui ne se juge pas scandaleuse de montrer ses pieds nus – encore une « victoire » - en sirotant son « Fritz », son spritz – et toujours une « victoire » - à la terrasse très parisienne de ce bistrot des Halles. Et ce roman est aussi une manière, dans ce temps où l'on évoque beaucoup, à plus ou moins bon escient, le « petit peuple » de France, de jeter un regard critique, tendre ici, amusé là, toujours lucide, sur l'histoire de ces populations de la « périphérie », entre les Trente glorieuses et l'ère macronnienne. Alors, oui, on se prend à rêver d'accompagner encore Clémence, son nouveau compagnon et leur liberté retrouvée, sur les chemins de ces petites victoires, on aimerait que cette histoire ne s'arrête pas, odyssée de trois sous à la Queneau ou à la Vian, texte de grande jouissance… Bravo, monsieur Notte !
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SagnesSy
  09 mai 2020
« Clémence rêverait de fumer une cigarette, comme tout le monde ici ou à peu près, mais elle doit faire l'effort de se souvenir qu'elle ne fume plus. »
Clémence approche des 80 ans et aujourd'hui, elle s'octroie une journée spéciale. Elle compte refumer, boire des Spritz en terrasse dès le matin, raconter sa vie, aussi. Elle a un interlocuteur, un petit monsieur autour des soixante ans, tel qu'il est décrit on voit un genre de Georges Brassens, un physique peu remarquable mais sans drame non plus, quant à ce qu'il a dans la tête c'est plus opaque, forcément, on va se demander pas mal. Clémence se raconte et les années défilent dans son récit, semant des petits repères pour nous aussi, la deuxième élection de Miterrand, le11 septembre, des évènements à la fois très concrets et lointains qui nous ont tous concernés. À un moment on voit le lien, on comprend, on observe alors différemment, mais de toute façon on était déjà tous les sens à l'affût, il y a quelque chose dans ce roman, dans la manière dont Clémence communique avec les animaux, une sensation d'inéluctabilité, la vie c'est comme ça, voilà, au bout du compte ce qui vaut le coup c'est quoi ? Pas de réponse chez Pierre Notte mais beaucoup de regards, de points de vue, de douceur. Et c'est bien.
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Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
rkhettaouirkhettaoui   18 avril 2020
Des tables et des tréteaux, des chaises, des chapiteaux de fortune, tentes légères et draps de maison. Ça se prépare, ça fourmille, ça s’agite de plus en plus. La brocante, bordel à merdouilles d’un dimanche au soleil, ouvrira dans un instant. Ils viennent en famille se débarrasser des objets caducs, souvenirs tangibles auxquels on ne veut plus toucher. On se déleste. Clémence écoute les bruits de la foule, se prépare, remet ses chaussettes, un peu ivre de l’alcool à l’orange. Faire le tour de la brocante, revenir fumer une cigarette, forte et longue. Elle attaque, et de front, repérage méthodique, autopsie d’une décharge.
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rkhettaouirkhettaoui   18 avril 2020
Elle a vingt-cinq ans, elle rayonne de beauté, joues rondes, casque de cheveux bruns, lèvres rouges. Elle ne sait pas qu’elle est belle, et l’ignorance ajoute la grâce à sa beauté. L’homme a vingt ans de plus qu’elle, et une bonne heure à se faire pardonner. Elle cherche ses mots, ne trouve rien. Elle est émue. Il se sert un verre de vin, évite toute remarque sur le fait que la bouteille a été entamée. Il parle, lent et droit. Situation professionnelle difficile, ultime réunion du mois sur la situation financière de l’hôpital où il travaille. Elle étudie la chimie, elle quittera le cursus universitaire dans un an.
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rkhettaouirkhettaoui   18 avril 2020
la mort du père, les clés de la boîte lui revenaient de droit, avec son nom, ses employés, son expansion vers un monde aux produits biologiques issus d’une agriculture respectueuse. Il avait lâché l’affaire. Il renonçait aux privilèges du petit patron, rien à foutre. Il avait fait la fierté de son père, ça suffisait comme ça. Il vivrait désormais de ses rentes et de ses vide-greniers. Il s’était habitué à ce qu’il était devenu, avec lunettes et moustache, front dégarni, vestes de jean bleu et pantalons élimés, chemisettes blanches et chaussures achetées à la Halle aux chaussures, en solde, une fois par an.
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rkhettaouirkhettaoui   18 avril 2020
Petits pas dansés à la Chaplin, un rien voûtée à la Columbo, ses héros. Mitterrand a été réélu, mais ça l’a rendue moins heureuse que la première fois. Elle ira à la Fête de l’Huma, elle dansera. La femme en blouse blanche dans les couloirs de l’hôpital n’est pas joyeuse mais elle sait faire semblant. Il le faut bien. Elle vient de transmettre au médecin compétent le tube de sang de sa grande fille, Lydie, dix-neuf ans. Elle l’a piquée hier soir, elle a récupéré quelques échantillons pour faire les tests, elle s’en serait bien passée. Branger la couvre, c’est un copain.
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rkhettaouirkhettaoui   18 avril 2020
Elle, elle est bien décidée à dépenser son fric. Et n’importe comment. Elle aspire la fumée, ferme les yeux, et plonge en silence dans un bien-être qu’elle avait perdu de vue depuis des lustres. « Je suis retraitée. » Il s’en était un peu douté. Elle le sait bien. Il lui demande ce qu’elle faisait, son métier, sa vocation. Elle se souvient, elle raconte, c’était il y a longtemps. Il écoute, approche ses lèvres de la paille orange qui sort du verre au liquide orange. Il goûte, et renonce pour toujours au café.
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