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Critique de Jerry_Can


Jerry_Can
  12 janvier 2018
Écrire pour se souvenir. Écrire pour exorciser les douleurs tues. Écrire pour ne plus laisser un gamin de dix-neuf ans meurtri par le ressac des souvenirs. Écrire le Vietnam ; celui que Tim O'Brien a connu deux ans durant. Deux années à subir l'exotisme de ce pays inconnu et à côtoyer la mort au plus près au sein de la compagnie Alpha. Deux années passées auprès de camarades devenus un peu autres sous la magie de la plume et le poids des décennies : Jimmy Cross, Ted Lavender, Norman Bowker, Rat Kiley, Mitchell Sanders, Henry Dobbins et Kiowa. Mais si le temps se nimbe parfois d'un épais brouillard, il est des instants restés intacts, plus vivants que le présent. La lourdeur du barda et des rares babioles emportés avec soi…Des photos de petites amies, des revues, des transistors, des lettres…Porte-bonheurs de fortune, une part d'Amérique toujours avec soi. de menus objets dispensant un peu de réconfort et beaucoup de vague à l'âme dans la nuit sombre comme l'enfer de la jungle. Tim O'Brien se rappelle tout cela mais aussi la mort qui rôde sans cesse autour des uns et des autres, plus collante que la boue la plus infâme à ses semelles. le bruit des armes, le fracas des obus déchirant les entrailles de la terre et ne laissant derrière eux que des cadavres mutilés, pantins désarticulés aux postures inconcevables. Et la terreur silencieuse mais plus menaçante que l'arme la plus redoutable, celle qui s'insinue lentement en vous et dissipe son venin. Celle que les soldats transportent au plus profond de leur for intérieur mais qu'ils taisent pour garder la face devant les copains. Celle que l'on devine dans un regard hébété, dans un silence trop long ou un jeu de mots sordide pour tenter de lui faire front. Tim O'Brien se souvient des sensations chevillées au coeur, des visages des camarades disparus, des parties de rigolades venues alléger un peu une tension perpétuelle. Au fil des pages tantôt difficiles tantôt émouvantes, A propos de courage devient l'exorcisme d'un conflit ayant dévoré la dernière part de jeunesse d'un homme de dix-neuf ans à peine. Et c'est avec le recul de la maturité et de vingt ans passés que Tim O'Brien partage ses résurgences. Son récit, largement autobiographique se colore parfois de faits fictifs et d'une réalité à peine déformée, peut-être pour ne pas réveiller certaines souffrances, peut-être pour conserver intacte une part de son ancienne vie de soldat… Peu importe au fond. Marcher dans les pas de l'écrivain et parcourir ses mots aussi éprouvants que bouleversants de réalisme suffisent au lecteur. Et l'on plonge jusqu'au vertige dans ces nouvelles d'une authenticité crue loin des clichés du GI héroïque et infaillible. A propos de courage mais avant tout d'humilité.
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