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Laura Derajinski (Traducteur)
EAN : 9782070360680
432 pages
Gallimard (07/05/2009)
4.23/5   175 notes
Résumé :
Quand Dan O'Brien s'installe dans le ranch de Broken Heart, il réalise son rêve : vivre au pied des terres indiennes de Sitting Bull. Mais, en un siècle, les Grandes Plaines ont été stérilisées par l'agriculture et l'élevage bovin. Pour rétablir l'écosystème originel de ses terres, O'Brien imagine l'impossible : élever des bisons dans leur milieu naturel... Sur les pas de Jim Harrison, Dan O'Brien nous offre une ode au Grand Ouest américain.
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Critiques, Analyses et Avis (36) Voir plus Ajouter une critique
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Si on aime la nature et les grands espaces sauvages de l'Ouest -- ici les Grandes Plaines du Dakota --, les bisons et les beaux dialogues à l'américaine, on aime ce livre, et c'est mon cas.

Néanmoins, je comptais ne lui accorder à regret que trois étoiles, car s'il comporte d'excellentes descriptions de la nature, des bisons, du froid hivernal glacial, il me semble manquer un peu de structure, ce qui amène l'auteur à de nombreuses répétitions sur ses activités, ses difficultés économiques, tout cela devenant quelquefois lassant. Heureusement que l'on rencontre, en alternance, d'excellents dialogues, des valeurs humaines partagées, des sentiments qui élèvent l'homme ainsi qu'une vaine mais nécessaire contestation des empires économiques financiers qui détruisent par le profit à tout prix, sur le temple notamment de la mal bouffe.

Dan O'Brien commence son récit par l'histoire dramatique des immenses peuplements de bisons et leur destruction méthodique par l'homme au XIXe siècle. C'est un préambule malheureusement nécessaire qui est réalisé avec justesse et compassion pour ces nobles animaux.

Ensuite, c'est l'histoire de la grande aventure de sa vie, la mise ne place d'un élevage de bisons, avec les nombreuses difficultés, surmontées grâce aux amitiés fidèles et à la ténacité de l'auteur. le langage de Dan O'Brien est clair, il énonce les situations et leurs périls sans détours, il martèle ses convictions, on peut le comprendre.

Les dialogues entre Dan et ses amis sont pleins de saveurs. J'ai particulièrement aimé l'échange quasi absurde entre Jim Harrison et le fin négociateur, Dick Saterlee. C'est certainement retranscrit à merveille et on croit entendre la voix de Jim quand il énonce comment la vérité devient vérité.

Dan o'Brien chante aussi un hymne à la qualité de la viande de bison, il explique comment la cuire pour la savourer pleinement. Son livre a été publié en 2001, époque à laquelle le véganisme ne sévissait pas encore.

Le coeur de Dan O'Brien est souvent brisé par les aléas de la vie, il surmonte tant bien que mal ses difficultés, ses échecs amoureux, il compatit au malheur des autres, sans insister sur les mots, ni les maux, en apportant un soutien silencieux quand il ne peut en exister d'autres.

En arrivant au terme de cette restitution de mon ressenti, je n'hésite plus pour la quatrième étoile que l'ensemble du livre mérite pour ses nombreuses qualités.
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Le Bison, tout le monde en connait au moins un emblématique sur Babelio.
Mais il se pourrait bien que les Grandes Plaines, sises dans le Grand Ouest Américain, en abritent bien plus.

Tout part d'une idée un peu folle, comme souvent.
L'esprit déraisonnable de Dan O'Brien qui se mit en tête de délaisser l'habituel élevage colonisateur de bovins au profit de l'exploitation de bisons, le tout dans le plus pur respect de ce noble animal désormais élevé dans l'esprit d'une certaine éthique écologique.

Quel souffle épique et libérateur que ce récit.
Un océan de liberté paradoxalement contraint par d'innombrables contingences terrestres.
Car le bestiau se mérite.
On ne se lance pas dans la production de bisons comme dans l'héliciculture.
Le tout se réfléchit mûrement, s'infléchit tout autant pour finalement voir le jour au profit d'un bien-être personnel que l'on pressent fondamental.

Au travers ces péripéties d'éleveur hors norme, c'est tout l'Ouest revisité, bâti à grands coups d'extermination massive pour contribuer à la marche forcée d'un progrès devenu inéluctable.

J'ai adoré douter avec O'Brien.
Puis l'accompagner dans un vieux pick-up brinquebalant et arpenter ces immensités cabossées pour finalement assister à la renaissance d'un mythe.

A projet exceptionnel roman exceptionnel.
Ode au grand ouest de légende, ces bisons procurent un bien-être que je n'imaginais honnêtement pas aussi profond et persistant.

De l'ébauche hésitante d'une telle entreprise à sa pleine et entière réalisation, Dan O'Brien nous y associe sans réserve, rythmant notre humeur au pas cadencé de ses peines passagères et de ses joies ineffables.

Je ne connais pas le bonhomme.
Ce que je sais, c'est son amour absolu pour les grands espaces sauvages, son respect et son admiration pour le renouveau d'une espèce en voie de réapparition, sa volonté forcenée de vouloir combiner les deux dans un esprit d'épanouissement mutuel ce qu'il réussit admirablement, faisant fi de ses doutes récurrents.

Ce que je sais, pour finir, c'est le manque ressenti la dernière ligne dévorée...
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Folio, collection « voyage » N°2

Dan O'brien est un enseignant, fauconnier et amoureux de la nature. Il achète un jour le ranch « Broken Heart », coeur brisé, le sigle dont on marque les vaches dont il fait l'élevage, un « V » et un « 3 » couché. Il se rend vite compte que ces bêtes, notamment importées du vieux continent, ne sont pas du tout adaptées à l'environnement et qu'au contraire, elles participent à la stérilisation des plaines immenses du Dakota Sud. Son affaire prend vite l'eau lorsqu'elle se retrouve largement impactée par le jeu perfide de l'offre et de la demande, auquel se livrent les ignorants courtiers avides d'argent, et la chute du court de la viande.
C'est le déclic lorsqu'il revient du ranch voisin, le 777, avec dans son camion treize jeunes bisons. Cette espèce endémique marque le début de la grande aventure dans laquelle l'auteur va se lancer.
L'histoire que nous raconte Dan O'Brien, son histoire, est un hymne à l'écologie et au respect de la nature. Elle pose la question :
Pourquoi les personnes dont le travail consiste à nourrir les populations, un travail qui est parmi les plus pénibles, sont-elles si mal rémunérées, si peu considérées, voir même vilipendées, conspuées ?
Elle fait aussi appel à la sagesse de l'homme et à sa faculté de raisonnement, afin qu'il change ses habitudes de comportement et de consommation, qu'il s'adapte à son environnement et non pas l'inverse.
« Les bisons de Broken Heart » est une lecture qui dépasse la simple aventure d'une vie et amène des éléments de réponse au chaos que nous nous préparons. C'est une lecture indispensable.
Traduits de l'américain par Laura Derajinski.
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Alors que l'économie agricole vacille, subsister n'est pas chose aisée lorsqu'on ne désire pas quitter les Grandes Plaines du Dakota du Sud. Les Grandes Plaines, c'est le triste refrain des difficultés financières, de la chute des prix de la viande, de conditions climatiques de moins en moins favorables. Dan O'Brien, attaché à son ranch niché dans ces prairies infinies, en sait quelque chose mais il sait aussi que sa vie est ici, au nord des Black Hills.

L'unique activité pour y survivre est l'élevage de bétail, un travail non viable qui apporte son lot de soucis et de dettes. Malgré les traites à payer, son amour de ces étendues sauvages ne peut évidemment pas se satisfaire de la catastrophique gestion de ces terres. Les vaches domestiques implantées là ont engendré un surpâturage appauvrissant et asséchant les sols. Cette destruction de l'habitat naturel entraîne la quasi disparition des oiseaux faute d'endroits pour nidifier. La faune sauvage se raréfie.
Fort de ses connaissances et de ses observations, Dan O'Brien n'a aucun mal à nous faire comprendre que c'est de la qualité et de la diversité de l'herbe des prairies que découlent la vie et le bien-être de toutes les espèces sauvages qui devraient fouler et survoler allégrement ces Grandes Plaines.
Alors, convaincu de l'aberration du piétinement inadéquat des vaches et de leur façon de paître qui déséquilibre les pâturages, que faire pour inverser cette tendance suicidaire appauvrissant tout l'écosystème ?
Réponse : réintroduire le maillon manquant cruellement décimé par l'homme : le bison.

Si vous désirez vivre cette aventure, plongez vous dans ce récit et vous serez révolté, écoeuré, dégoûté mais aussi ému, ébloui, confiant en l'avenir et bien sûr fasciné par le comportement de ces animaux sauvages qui peuplaient ces plaines plus d'un siècle auparavant.

C'est à cheval, par – 15°C, revêtu sous d'épaisses couches de vêtements, que Dan avale des kilomètres de plaines afin d'aider un ami à diriger deux mille bisons vers leur corral. Ce sera le jour de bascule important dans le cours de sa vie et celle de son ranch. le chargement dans la bétaillère de treize bébés bisons, montrant leurs croupes crépues, sera le début d'un monde nouveau, un monde calqué sur hier pour sauver celui de demain. La terre de son ranch va revivre sous les sabots des bisons.

Pour goûter pleinement la beauté de la réintroduction de ces têtes laineuses dans ces prairies américaines, l'auteur fait des incursions dans le passé pour nous livrer les grandes lignes de leur écoeurante extermination.

Alors, on s'attache d'autant plus au devenir du jeune bison Bill Bouclé et des siens. Mais la tâche est ardue avant que tous ces bisons enrichissent de nouveau la terre, deviennent un véritable troupeau rentable car il faut garder à l'esprit, hélas, qu'ils doivent être sacrifiés pour assurer la survie du ranch. Bien que n'étant pas dans une démarche philanthropique, Dan O'Brien reste avant tout respectueux de la nature ainsi que de son troupeau et c'est ce qui ressort intensément de ce récit. Il tente, avec beaucoup d'efforts et de persévérance, d'élever ses bisons en plein air pour s'affranchir des antibiotiques et autres produits chimiques et refuse l'engraissement de ces bêtes en enclos.

Avec une très belle simplicité, sans rien omettre des joies et des difficultés rencontrées tant sur le plan humain qu'animal, l'auteur tente de s'approcher au plus près de sa vision d'un cow-boy idéaliste comme il se qualifie en fin d'ouvrage. Son envie de réhabilitation des Grandes Plaines laisse l'espoir d'une cohésion possible entre l'homme, sa société et une nature florissante.
Ce magnifique récit laisse de nombreuses images qui s'impriment sur l'herbe drue de Broken Heart :
celles de nuits glacées, de festin inattendu d'une famille coyote, de clôtures bien tendues et d'enroulage de barbelé et survolant tout ça, de la beauté des bisons dans ce paysage grandiose, de ces épaisses fourrures hermétiques au froid, ignorant le climat taquin qui subitement se met à tout recouvrir de neige.
Bill Bouclé et sa bande sont chez eux et je suis allée à leur rencontre avec beaucoup d'émotion et de fascination.
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Tout part d'un banal accident de la route, le jour où Dan O'Brien a failli s'encastrer dans un énorme bison. Euh, non, ce n'est pas tout à fait exact! Cette idée d'élevage de bison sommeillait dans son cerveau depuis longtemps, peut-être depuis son enfance lorsqu'il affirmait à sa mère que c'était là qu'il voulait vivre, dans les Grandes Plaines, dans ces prairies herbeuses qui s'étendent sur des milliers de kilomètres jusqu'à la frontière canadienne, patrie des bisons et des Sioux, Cheyennes et autres Comanches (merci qui ? merci wiki).

Car depuis longtemps O'Brien, l'un des trop rares biologistes spécialisés dans les écosystèmes menacés en Amérique du Nord, pressentait l'ineptie des troupeaux de vaches sur ces terres soufflées par les tornades, surchauffées par un soleil cuisant en été et figées par les fortes gelées en hiver. Des vaches qu'on dirait peintes sur le paysage et qui n'en feront jamais partie, sorte de touristes ongulés importés par les colons et engraissés au grain, parqués au détriment des espèces indigènes (bisons bien sûr mais aussi wapitis, mouflons, cerfs, antilopes) et dont le pâturage se révèle être nuisible, car ces braves ruminants résistent mal aux conditions drastiques, ne se déplacent pas et ont de grand besoin en eau qu'ils sont incapables de trouver par eux-mêmes.

Dan O'Brien se lance donc dans l' « élevage » de bisons. Et comme par magie la population aviaire augmente sur ses terres. Comme par magie, les herbes endémiques, agropyres, alfa vert, pâturin, et j'en passe, se remettent à prospérer. Peu à peu, les relations symbiotiques entre les espèces se reconstruisent et l'équilibre du précieux écosystème se rétablit.

Une belle histoire, donc. Mais l'essentiel n'est pas là : ce récit est aussi une belle leçon de courage, de ténacité, un éloge de la patience aussi, car Dan O'Brien n'en était pas à son coup d'essai dans cette région et ses échecs étaient toujours plus cuisants (ainsi en va-t-il peut-être dans la vie ?). Il doutera plus d'une fois mais il s'accrochera à son intuition, parfois à peine audible. Mais surtout j'ai été époustouflée par son besoin brûlant de donner un sens à sa vie, de l'emplir de noblesse et de dignité. Besoin parfaitement comblé avec ses bisons. Bravo, Mister O'Brien, je vous envie.
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Citations et extraits (93) Voir plus Ajouter une citation
Comme le fil qui dépasse et menace de détricoter un pull-over, la disparition du principal herbivore du continent, ajoutée à une population toujours plus nombreuse et matérialiste, fut rapidemment suivie par la disparition des prédateurs dont la survie dépendait du bison. Quand les vaches, remplaçantes simplettes, furent implantées dans le Northern Buffalo Range, les prédateurs s'intéressèrent évidemment à ces substituts plus lents et idiots. Les loups furent tués pour leur transgression. Les antilopes, les wapitis, les mouflons et les daims proliférèrent et concurrencèrent le bétail. Ils furent bannis des plaines luxuriantes et poussés sur des habitats étrangers, notamment vers les montagnes. Aujourd'hui, alors que les villes, leurs pelouses verdoyantes et irriguées et leurs jardins s'étalent sur les terrains montagneux des Grandes Plaines, un débat civique fait rage autour du contrôle des daims. Peut-être devrions-nous les traiter comme les bisons, les massacrer, les débiter et envoyer les différents morceaux à Saint-Louis. Evidemment, nous connaîtrions une expansion explosive des buissons dont les daims se nourrissent. Mais nous pourrions alors créer des emplois dans l'industrie chimique et asperger les buissons de désherbant. Et ainsi de suite, et ainsi de suite.
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Je roulais trop vite et, en débouchant sur un talus poussiéreux, j’ai failli m’encastrer dans un énorme bison. Voluptueusement allongé au milieu du chemin, il était étendu au soleil comme un gros matou d’une tonne. Mis à part une baleine aperçue un jour, c’était la créature la plus grosse que j’avais jamais vue. J’ai freiné mais j’étais beaucoup trop près et, comme je me démenais pour passer la marche arrière, il a relevé la tête et m’a regardé droit dans les yeux. J’étais suffisamment près pour voir le pare-chocs du pick-up se refléter dans ses sombres yeux ronds surmontés d’une touffe de poils noirs et frisés. Sa tête était aussi grosse qu’une machine à laver.
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Devant nous, une immense langue de terre s'étendait sur des kilomètres sous le ciel pâle de janvier. De l'armoise, des yuccas et de fines congères s'étalaient à perte de vue jusqu'au-dessous du soleil levant. Entre nous et les Badlands qu'on apercevait au loin, des centaines d'hectares de taches et de stries brunes se déplaçaient comme un banc de poissons sur une immense étendue d'eau salée.
Il m'a fallu quelque temps pour me rendre compte de l'échelle mais j'ai fini par comprendre que toutes ces taches et ces stries étaient en réalité des bisons.
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Alors que la femme est satisfaite et se laisse nourrir, elle et ses enfants, par la prairie, l'homme s'acharne à plier son environnement à son bon vouloir, pour façonner, "pardieu", un jardin correct. Un jardin semblable à celui qu'ils avaient en Ohio, ou en Virginie, ou en Norvège, ou dans l'un de ces milliers d'endroits où étaient recrutés en masse les pionniers improvisés et mal informés. J'aime à penser que l'éclair de douleur dans le regard de la femme résulte non pas de la rudesse des terres, mais de l'angoisse à la vue de son homme et de son combat contre une bête à la fois trop difficile à vaincre et trop fragile pour résister à ses mauvais traitements.
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On engraisse le bétail au grain pour deux raisons. Quand les vaches sont nourries ainsi, elles produisent la graisse qui rend la viande tendre et goûteuse. Le bœuf possède une caractéristique unique, dans la mesure où sa graisse est uniformément répartie dans la chair. On dit d’une viande de bœuf bien engraissée qu’elle est « marbrée ». La seconde raison, et sans doute la principale pour envoyer les animaux aux parcs d’engraissement, c’est d’assurer une production et une qualité constante de bœuf. Si on abattait les vaches dans leurs prés, elles seraient dans leur meilleure condition en automne, après un bon été de pâturage. Mais la structure du marché exige que le bœuf soit disponible toute l’année. En engraissant les vaches en enclos, la constance et la disponibilité ne posent aucun problème – pour la santé, c’est une autre histoire.
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