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EAN : 9782851818164
224 pages
L'Arche (02/09/2013)
3.88/5   8 notes
Résumé :
Au plus près de ses propres blessures, O’Neill taille dans les souvenirs sombres de son histoire familiale pour composer cette oeuvre à fleur de peau d’un étrange lyrisme, “ourdie de vieux chagrin”, traversée d’affects contradictoires et mouvants, émaillée des lambeaux des poèmes qui accompagnèrent sa jeunesse. Les personnages qui la hantent ne sont autres que sa mère, son père, son frère, et lui-même : Edmund, son double — prénom emprunté à un jeune frère mort deux... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique

Long Voyage du Jour À La Nuit est une pièce glauquissime, qui nous présente la déliquescence d'une famille écartelée par l'alcool, la drogue, la maladie et l'avarice. Tout un programme !

D'un point de vue stylistique et de sa position dans la lignée évolutive des dramaturges, je place Eugene O'Neill comme le chaînon manquant entre Anton Tchekhov et Tennessee Williams.

Huis clos avec ambiance de plomb à la Tchekhov où les personnages se bouffent la rate en permanence. Personnages névrosés, légèrement dérangés et complètement dans leur bulle à la Williams.

Pourtant, chez O'Neill, il n'y a nul sujet à aller chercher chez d'autres auteurs, car l'histoire qu'il nous raconte n'est autre que sa propre autobiographie, et les personnages qu'il nous décrit sont simplement ses plus proches parents et lui-même.

Dans la pièce, il n'y a que quatre personnages : James Tyrone, Mary, sa femme, et leur deux fils, James, dit Jamie et Edmund. On parle de temps en temps d'un troisième frère, mort en bas âge qui s'intercalait entre les deux autres et s'appelait Eugene.

Et bien intervertissez juste les prénoms d'Eugene et d'Edmund, changez seulement Tyrone en O'Neill et vous aurez le véritable portrait de la famille de l'auteur.

James Tyrone est un acteur américain d'origine irlandaise qui a connu son heure de gloire mais qui est sur le déclin aux abords de la soixantaine. Il n'hésite pas à lever le coude de temps en temps, et même assez régulièrement. Son fils, Jamie, est lui carrément alcoolique. Sa femme, Mary, une droguée morphinomane. Et son dernier fils, Edmund, un trois-quarts alcoolique lui aussi qui présente tous les symptômes de la tuberculose.

La pièce, en quatre actes qui représentent quatre moment d'une même journée, nous dévoile pan par pan la douloureuse histoire de cette famille qui aurait, a priori, tout pour être heureuse. C'est une longue suite d'aigreurs et de récriminations où chacun reproche à l'autre son malheur et son mal-être : l'avarice maladive du père, la naissance d'Edmund qui a rendu la mère dépendante à la morphine, la place de Jamie dans la famille, jamais considéré donc acerbe et noyant son insignifiance dans les bouteilles de whisky, sans oublier Edmund, désolé par cette famille, qui a pris la tangente plusieurs années sur des bateaux douteux à sillonner les mers du monde pour fuir cette gangrène familiale et qui revient tubard, etc., etc.

Bon, je vous avoue que ce n'est pas particulièrement réjouissant, et qu'en plus, la pièce est particulièrement longue. On a parfois l'impression de patauger dans le noir visqueux d'une marée noire, à respirer le mazout en quête d'une bolée d'air frais. C'est probablement l'effet recherché par l'auteur, mais bon, est-ce que cela donne envie, là est une autre histoire.

Pourtant, il y a quelques tirades d'anthologie dans cette pièce et l'écriture est de très belle qualité. Au final, je comprends, par cette finesse de style, qu'il ait pu recevoir le prix Nobel de littérature mais je comprends également, par la lourdeur déprimante de tels écrits, qu'il soit quelque peu oublié de nos jours.

Mais ceci n'est que mon long voyage jusqu'à l'avis, d'autres sentiers pourraient vous mener au vôtre de façon plus satisfaisante, n'en doutons pas.

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Décidément, je ne comprends pas du tout pourquoi O'Neill n'est pas plus connu en France. Quelle écriture!

C'est profond, c'est prenant, poignant, la beauté et la puissance des dialogues, la façon dont se mêlent tendresse et violence, l'épaisseur des personnages, complexes, attachants - ils sont beaux, ils sont minables et émouvants, ils s'aiment et se malmènent, se déchirent, nous font plonger dans leur naufrage familial avec tout leur amour, toute leur rancoeur, leur mal de vivre. Ils se lancent des coups de griffes qui labourent les coeurs, ils se déchirent, mais au fond sont persuadés qu'il est si vain, si injuste de se crisper ainsi sur la liste des torts et griefs

«Ce que la vie fait de nous, nous n'y pouvons rien, ni les uns ni les autres. Les choses arrivent sans qu'on s'en rende compte, et elles vous amènent à faire d'autres choses, et finalement tout vous empêche d'être ce qu'on voudrait, on n'est plus soi-même, jamais.»

On s'enfonce dans le brouillard et la nuit, avec en bande sonore la trompe de brume « semblable au gémissement d'une baleine qui mettrait bas », mais il y a beaucoup de beauté, d'humanité aussi, semées par la plume d'Eugene O'Neill. Au sordide de l'addiction qui dépossède Marie de son âme, la rend si lointaine et détachée de ceux qui l'entourent, de la radinerie maladive de Tyrone ou de la jalousie destructrice de James, se mêlent la poésie de Baudelaire et de Shakespeare, de la mer qui apaise, emplit d'une joie primitive, de quelque chose qui nous dépasse.

Moi qui ne suis pas particulièrement une grande fan de l'autobiographique, ici j'en viens à me demander si ça ne contribue pas à l'impressionnante intensité de la pièce, au fait que ça vibre autant, que c'est si plein d'émotions.

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N'étant pas un grand lecteur de théâtre, j'implore par avance l'indulgence des connaisseurs qui liront ces quelques remarques un peu naïves.

Dès les premières pages, j'ai en effet été surpris par la forme de cette tragédie américaine où les didascalies occupent une place prépondérante et donnent davantage l'impression de lire un roman qu'une pièce de théâtre.

Pourtant, on retrouve ici certaines règles classiques (unité de temps, unité de lieu et unité d'action) et il est plutôt facile d'imaginer quelle pourrait être la mise en scène d'une telle oeuvre.

Au coeur de cette dramaturgie familiale, l'alcool et la maladie occupent une place importante, au même titre que les quatre protagonistes : le père, la mère et les deux fils.

Largement autobiographique, cette pièce n'a pas grand chose à voir avec la description exogène de l'alcoolisme faite par Zola.

A l'instar de Malcolm Lowry ou de William S. Burroughs, l'auteur connait personnellement les ravages causés par l'addiction. Il parvient donc à décrire parfaitement la descente en enfer que vivent le frère alcoolique et la mère morphinomane.

Plus largement, il montre comment l'alcool peut paradoxalement devenir le ciment d'une relation familiale et un refuge individuel quand la réalité quotidienne devient incontrôlable.

En l'espace d'une journée, tout semble effectivement se dérégler dans la vie de cette famille : l'amour (fraternel et filial) se mêle à la haine (des autres et de soi-même), le désespoir (face aux maladies/addictions) nourrit l'espérance (de la guérison/rédemption), le passé (et son cortège de souvenirs positifs et négatifs) se confronte à la peur de l'avenir (l'impossible sevrage et la tuberculose), ...

Couronnée par un prix Pulitzer (décerné à titre posthume, trois ans après la mort d'Eugene O'Neill), cette oeuvre ressemble à bien des égards à La Chatte sur un toit brûlant de Tennessee Williams. Ecornant le mythe de la famille américaine moderne, cette pièce bouscule également la forme théâtrale en détaillant abondamment l'état d'esprit des personnages.

Cette façon de procéder se retrouve également dans la seconde pièce (Hughie) de ce volume.

Située dans un hall d'hôtel (en plein milieu de la nuit), celle-ci est bien plus courte et met en scène un veilleur de nuit et un client. Tandis que ce dernier parle sans relâche, le réceptionniste laisse son esprit vagabonder et n'écoute que distraitement ces bavardages nostalgiques.

Comme dans la première pièce, les personnages pensent et parlent, mais n'arrivent jamais vraiment à se comprendre.

En refermant cet ouvrage, l'absurdité de cette incommunicabilité résonne étrangement avec ce qu'on peut observer aujourd'hui encore dans nos sociétés hyperconnectées. Et cela justifie amplement de lire cette oeuvre magnifiquement écrite.

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C'est en effet à un long voyage que nous convie Eugene O'Neill, en quatre actes qui nous mènent du début de la matinée à la nuit d'une même journée, au cours de laquelle nous quittons l'espoir -certes illusoire- inauguré par le matin d'un jour nouveau, pour s'enfoncer dans la noirceur, le pessimisme, le malheur, au fur et à mesure que l'on avance vers le crépuscule.

C'est aussi un voyage éreintant, éprouvant, dans les noirs méandres des relations unissant les quatre protagonistes d'une même famille, dont le couple que forment Marie et Tyrone, acteur dont l'heure de gloire n'est plus qu'un souvenir, et leurs deux fils : Jamie, trentenaire, et Edmund, de dix ans son cadet.

L'ambiance est d'emblée tendue, électrisée par l'angoisse que révèle le comportement des trois hommes vis-à-vis de Marie, qui semblent marcher sur des oeufs face à l'irritation nerveuse que l'on devine chez cette dernière, que dissimulent mal ses accès de joie factice. Hors de sa portée, son mari et ses fils évoquent par sous-entendus la possibilité terrifiante d'une rechute, tentant de se rassurer par le mieux qu'ils observent depuis quelque temps, mais qu'un rien pourrait venir briser. Et la nouvelle qui pourrait faire éclater ce fragile équilibre n'est pas rien : Edmund attend les résultats d'analyses médicales qu'ont imposé une toux et un état de faiblesse persistants. Bien que le niant avec force, chacun s'attend au verdict de la tuberculose.

La pièce, portée par un lyrisme sombre et désespéré, est composée de dialogues denses, succession des fielleuses récriminations que s'adressent à tour de rôle les personnages. le père reproche au fils aîné d'être un bon à rien et un alcoolique, à son cadet d'être influencé par son frère… en retour Edmund et Jamie lui font grief de son avarice maladive et sa psychorigidité. Chacun rend l'autre responsable des troubles dont souffre Marie, rendue dépendante à la morphine suite à la naissance d'Edmund, et insatisfaite de la vie que lui a offerte Tyrone, qui n'est pas à la hauteur de ses rêves de grandeur.

Comme se livrant à un triste ballet de dupes, les trois hommes alternent expression véhémente de leurs griefs et présentation d'excuses consistant à préserver au sein du foyer la pseudo-cohésion indispensable au maintien de Marie sur les rives de la raison…

Mais plus la nuit approche, puis s'avance, et plus les efforts s'avèrent dérisoires… les névroses et les frustrations cessent de ramper pour éclater, et vaincre les tentatives de conciliation qu'exigeait l'affection qu'éprouvent pourtant les uns pour les autres ces êtres torturés.

Un huis-clos intense dont les répliques obéissent à une mécanique redondante créant un effet de martèlement oppressant…


Lien : https://bookin-ingannmic.blo..
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Pièce dramatique et autobiographique, écrite en 1941, de Eugène O'Neill, prix Nobel 1936.

Une pièce que je n'oublierai pas. Je ne connaissais pas l'auteur mais cette pièce m'a rappelé Tennessee Williams.

C'est un huis-clos familial sous l'emprise de l'alcool, des blessures et des rancoeurs du passé, des maladies (la tuberculose pour le fils cadet) et pour la mère, Mary, la dépendance à la morphine, que l'on ne découvre que petit à petit.

L'auteur maîtrise de façon remarquable le drame en cours, le fils est malade, la mère retombe dans sa dépendance. Les dialogues sont remplis de reproches, d'amour-haine les uns pour les autres.

Cette pièce a une force extraordinaire et ne laissera personne indifférent.

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Citations et extraits (27) Voir plus Ajouter une citation
EDMUND : J'étais de quart à l'aube dans la hune. Mer calme, cette fois-là. Juste une houle de fond paresseuse et un roulis très lent, comme somnolent. Les passagers dormaient, personne de l'équipage en vue. Pas un bruit fait par l'homme. La fumée noire s'épandant hors des cheminées à l'arrière, tout en bas. Rêver, oublier le quart, se sentir seul, au-dessus de tout, isolé, à regarder l'aube grimper comme un rêve peint sur le ciel et la mer dormant ensemble. Et là, le moment d'extase et de liberté est venu. La paix, la fin de la quête, le havre dernier, la joie d'être part d'un accomplissement bien au-delà des craintes, des espoirs, des rêves des hommes, si pitoyables, si sordides, si cupides !
Acte IV.
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MARY : Oh, ne dis pas ça. Mon bébé ! Tu me fais affreusement mal !
EDMUND : Désolé, maman. C'est toi qui en as parlé. Écoute, maman. Je vais te le dire, que tu aies ou non envie de l'entendre. Il faut que je parte en sanatorium.
MARY : Que tu partes ? Non ! Je ne te laisserai pas ! Comment le docteur Hardy peut-il conseiller de telles choses sans même me consulter ! Comment ton père peut-il le laisser faire ! Et de quel droit ? Tu es mon bébé à moi !
Acte III.
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MARY : Le docteur Hardy, je le connais comme ma poche. Bien obligée, Dieu sait, après tant d'années. C'est un idiot, un ignare ! Il devrait y avoir une loi qui empêche les gens dans son genre d'exercer. Il n'a pas la moindre idée de... Vous, vous êtes au martyre, à moitié fou de douleur, et, lui, il s'assied, il vous prend la main et il vous sort des sermons sur la force de volonté ! Il fait exprès de vous humilier ! Il vous amène à mendier et à supplier ! Il vous traite comme une criminelle ! Il ne comprend rien ! Et pourtant, c'est exactement le même genre de charlatan au rabais qui vous a donné le remède la première fois — et, vous, vous ne saviez même pas ce que c'était, avant qu'il ne soit trop tard ! Je déteste les médecins ! Ils feraient n'importe quoi — n'importe quoi pour vous faire continuer d'aller les voir. Ils vendraient leur âme ! Pire encore, ils vendraient votre âme à vous, et vous ne le sauriez même pas avant de vous retrouver en enfer !
Acte II, Scène 2.
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D’autres fois aussi, nageant au large, ou allongé sur la plage, j’ai connu cette sensation. Je suis devenu le soleil, le sable chaud, les algues vertes amarrées aux rochers, et qui se balancent au gré des flots... Ce que les saints appellent la béatitude... C’est comme si une main, soudain, arrachait le voile qui nous cache les choses. L’espace d’une seconde on voit l’invisible et, le voyant, on est soi-même l’invisible. L’espace d’une seconde, les choses ont un sens! Et puis la main laisse retomber le voile, et on se retrouve seul, perdu à nouveau dans le brouillard, et on avance à nouveau en trébuchant, sans but, sans raison. (Il a un sourire grimaçant.) Pourquoi suis-je né homme? J’aurais bien mieux réussi comme mouette, ou comme poisson.
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JAMIE : Alors je ferais mieux d'aller en ville avec Edmund. Les mauvaises nouvelles, en plus de ce qui est arrivé à maman, ça pourrait lui faire un choc.
TYRONE : Oui, vas-y avec lui, Jamie. Soutiens-le, si tu peux. Si tu peux sans y voir un prétexte pour aller te saouler !
JAMIE : Avec quel argent ? Aux dernières nouvelles, la gnôle, ça se vend toujours, ça se donne pas.
Acte II, Scène 2.
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Video de Eugene O'Neill (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Eugene O'Neill
The Iceman Cometh, film réalisé par John Frankenheimer en 1973, d'après une pièce de théâtre écrite par Eugene O'Neill en 1939. Bande-annonce
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