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Hervé Jaouen (Traducteur)
EAN : 9782918135234
180 pages
Editions Dialogues (17/02/2011)
3.86/5   7 notes
Résumé :

La Grande Blasket : au sud-ouest de l'Irlande, un gros rocher désolé où quelques familles vivent de la pêche, de la récolte de la pomme de terre et de maigres céréales, et se chauffent à la tourbe, quand les intempéries permettent qu'elle sèche...

Pendant vingt ans, de 1931 à 1951, Elisabeth O'Sullivan confie à George Chambers, un lettré anglais, des bribes de son quotidien sur l'île, évidemment banal pour la jeune femme, tout à fait sing... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Il y a dix mille ans, la montée du niveau de la mer transforma un grand plateau en deux grandes îles auréolées d'une constellation de plus petites. Et les deux peuples les plus coriaces d'Europe, à savoir les Irlandais et les Ecossais, parvinrent à s'enraciner jusque sur les plus nus et les plus caillouteux des îlots, où ils survécurent des siècles durant aux famines, aux tempêtes, aux épidémies, aux ouragans, et même à l'influence pernicieuse de ce peuple haï de Dieu et des gastronomes que sont les Rosbifs. (Et je referme là ma parenthèse ‘Auld Alliance', car il n'est pas d'endroit plus agréable pour randonner que les vertes collines anglaises, et l'accueil chaleureux d'un B&B à l'arrivée).

Dans les petites îles isolées, la vie était particulièrement dure. Vivant chichement de poisson, de viande de mouton, plus tard de pomme de terre, et globalement tout ce qui de près ou de loin pouvait passer pour vaguement comestible, de petites populations y survécurent en conservant une culture et des traditions qui parvinrent presque intact jusqu'à la fin du XIXème siècle. Des historiens et ethnologues téméraires les redécouvrirent alors avec stupeur, publièrent des livres sur eux qui firent venir des tas d'autres historiens et ethnologues, puis des touristes ordinaires, et en peu de temps les îles devinrent aussi banales que n'importe quel coin du Sussex. Celles où les conditions de vie étaient les plus pénibles furent même carrément abandonnées ; ce fut le cas des îles de Saint-Kilda, Mingulay, et le cas qui nous intéresse présentement, la Grande Blasket.

C'est avec une certaine surprise que j'ai découvert que cette dernière avait été intensément étudiée, notamment grâce à l'autobiographie de l'un de ses habitants : ‘L'Homme des îles' (An t'Oileánach) de Tomás Ó Criomhthain. Ces souvenirs de la vie d'un vieux pêcheur irlandais furent (je le découvris) un grand succès de librairie traduit dans de nombreuses langues, dont l'allemand par Heinrich Böll. Dans la foulée, plusieurs autres habitants de l'île écrivirent leurs mémoires ou se mirent à correspondre avec des universitaires, qui plus tard en firent des recueils. C'est le cas de ce livre, qui reprend les lettres échangées pendant vingt ans entre Elisabeth O'Sullivan, jeune fille des Blaskets, et George Chambers, lettré anglais. C'est donc une correspondance un peu décousue, de longs délais s'écoulant souvent entre deux échanges. Elle commence quand Chambers, en visite aux Blaskets, croise deux jeunes filles pieds nues menant un âne chargé de tourbe. L'une d'entre elle est Elizabeth.

Par ses mots on découvre la dureté de la vie dans ses petites îles où beaucoup de gens n'ont jamais vu d'arbre ou de voiture de leur vie. Des îlots pierreux tout à l'ouest de l'Irlande, se prenant de plein fouet les tempêtes de l'Atlantique qui soufflent une grande partie de l'année. Dans les premières années, la nourriture se compose essentiellement de pommes de terre, de mouton et de poisson. La tourbe est le seul moyen de se chauffer, des barques à fond plat font la navette avec le continent. L'île comporte 160 habitants environ, dont beaucoup de jeunes et d'enfants, une école est en activité.

Sur ces vingt ans, l'évolution est stupéfiante. Avec les touristes, le beurre, la farine et le sucre font leur apparition, puis des produits de luxe comme le café et le tabac. Devenus adultes, tous les jeunes partent en Amérique. le mariage d'Elisabeth sera le premier dans l'île depuis douze ans, sa fille la dernière enfant à y grandir. Malgré son amour pour son île bien aimée, la décision de partir deviendra peu à peu inévitable, et sera précipitée par une maladie de sa fille, qui manquera de mourir faute de pouvoir aller chercher un médecin en pleine tempête. A sa grande tristesse, Elisabeth et sa famille abandonneront pour toujours leur terre natale. Quelques décennies plus tard, quand le traducteur de l'oeuvre visite Grande Blasket, il n'y trouvera que des ruines.

Il est étrange de se dire que des lieux habités sans discontinuer depuis l'âge du bronze furent ainsi abandonnés. Pas parce que la vie y était devenue trop dure, mais parce qu'elle était devenue plus facile ailleurs. On ne peut également que se prendre d'amitié devant les mots simples de cette jeune fille, aimant plus que tout son île mais condamnée à l'abandonner par la simple marche du temps.
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En fait ce livre en contient deux :
D'une part la correspondance du début du XX° siècle entre Elisabeth O'Sullivan, jeune habitante de la grande Blasket (île de l'extrême sud-ouest de l'Irlande) et un lettré anglais, George Chambers.
D'autre part, un petit texte du traducteur, Hervé Jaouen, très émouvant lui aussi.

Pour Elisabeth l'anglais n'est pas la langue maternelle, elle parle l'irlandais.
De ce fait et parce qu'elle vit sur une île complètement isolée en ayant 17 ans à peine, ses lettres sont d'une écriture approximative (que le traducteur a su parfaitement transcrire) elles ont la fraîcheur, la candeur qui fait paraître la dureté de la vie quotidienne presque normale, presque gaie.
A travers les sentiments difficilement exprimés nous comprenons quelle sera sa souffrance, 20 ans plus tard, de devoir se résoudre à quitter son île sur laquelle la vie est sans avenir pour sa fille.

Hervé Jaouen, découvrit par hasard cette correspondance et en fut visiblement très touché. Il entreprit alors brillamment sa traduction.
Il nous gratifie ici d'un petit texte plaisant et bien vivant évoquant la vie et les moeurs des irlandais de nos jours.
Il nous montre sa quête de la Grande Blasket, les émotions qu'il ressentira en foulant la terre où vécu Elisabeth, en imaginant sa vie dans ce que sont à présent les ruines de sa chère maison, en parcourant grèves et landes qui virent la joie si grande de la jeune femme.
Au fur et à mesure que ces émotions naissent il sait les illustrer d'extraits de lettres d'Elisabeth comme un fantôme infusant à travers les vieilles pierres et les touffes de bruyère.
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La Grande Blasket est une toute petite île au Sud de l'Irlande où quelques familles vivent recluses.
Pendant vingt ans, de 1931 à 1951, Elisabeth O'Sullivan (Eibhlís Ní Shúilleabháin ) entretient une correspondance avec Georges Chambers, un anglais. Devant la beauté de ce témoignage, John décidera de les publier : Les lettres de la grande Blasket voient le jour
Elle y décrit sa vie sur l'île : l'organisation pour le ravitaillement concernant la nourriture, les tempêtes, les fêtes qui ponctuent les saisons, mais aussi les décès et les mariages (peu nombreux)…
Leur façon de vivre, leurs coutumes, leurs croyances (fantôme) y sont décrites et restent assez étonnantes pour un citadin londonien tel que Georges. Les questions de la demoiselle sur Londres nous apparaissent naïves et touchantes, mais vivant en autarcie il ne faut pas oublier que rien (ou presque) ne leur parvient de l'extérieur !
Toutes ses lettres montrent également l'extinction de sa communauté, Elisabeth ayant quitté, elle –aussi, l'île avec mari et enfant.
Sa langue d'origine n'est pas l'anglais et cela se ressent tout à fait à la lecture. Sa prose est parfois maladroite mais toujours touchante et authentique.
Ce recueil de lettres me fait vaguement penser au Cercle littéraire d'épluchures de patates, à la différence ici que rien n'est romancé, et que tout est beaucoup plus tranquille !

Lien : http://leslivresdagathe.over..
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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
Vous avez dit que ce serait malheureux si Niamh devait rester fille unique. Eh bien je suis sûre qu'elle ne le resterait pas si son père gagnait 3£ par semaine. Les enfants ne sont pas pour les pauvres qui reçoivent quatre ou cinq shillings par semaine d'aide sociale et rien d'autre. Sûrement que c'est un péché d'avoir des enfants et n'être pas capable de leur donner tout ce qu'il leur faut, de l'instruction et un bon métier, s'ils ne peuvent pas les avoir ça vaut mieux pour eux qu'ils ne naissent pas. Ils ne sont pas désirés sur l'île, personne n'en veut, ils ne sont qu'une gêne, sans argent.
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Et bien mon cher ami nous sommes au début de la nouvelle année et Dieu merci nous sommes tous heureux et en bonne santé jusqu’à présent et nous avons toujours assez à manger et à boire. Je pense que nous avons beaucoup de chance d’être à l’extérieur cet hiver car c’est l’hiver le plus dur depuis une éternité et même encore maintenant il fait mauvais et très mauvais avec autan de pluie et de neige presque tous les jours. Quand le temps est mauvais ma jolie île ne me manque pas beaucoup mais par beau temps bien sur je pense à ses beaux paysages que je n’ai jamais tant aimés que maintenant. Bien sûr avec l’aide de Dieu je les reverrai un de ces jours en été, oh comme je voudrais revoir mes parents encore une fois et tous mes amis et m’élancer à corps perdu encore une fois sur la Grève Blanche.
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[…] cela m’a pris du temps, à cause des deux facteurs temps irlandais : le temps qu’il fait, imprévisible, et le temps sidéral, les aiguilles des pendules dont la lenteur vous hypnotise, quand la cocaïne des tourbières, cet alcaloïde qu’exhalterait des vastes étendues, vous fait planer et annihile les résolutions.

Hervé Jaouen
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(Les ruines de la chambre d’Elisabeth) La pièce fait environ trois mètres sur deux. Adossés à la pente, les deux tiers du pignon sont toujours debout, étayés par le petit linteau – une grosse pierre plate – d’un âtre minuscule, sans conduit de cheminée. Où s’en allait la fumée de tourbe ? A travers le mur ?

Hervé Jaouen
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Vous ai-je jamais parlé de mes deux autres frères ?
Non, je ne le pense pas. Padraig est mon frère aîné et Mike mon deuxième frère. Mary est la troisième, moi-même suis la quatrième et Sean est le plus jeune (…) et nous sommes encore tous ensemble.
Dieu merci. J’entends souvent les gens dire que la meilleure partie de la vie c’est quand la famille est au complet.
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