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Anne Rabinovitch (Traducteur)
ISBN : 2234063639
Éditeur : Stock (13/01/2010)

Note moyenne : 3.9/5 (sur 120 notes)
Résumé :
Une gigantesque demeure dans la région de Chautauqua, près du mythique Lac Noir. Six générations d’une même famille l’habitent au cours du xixe siècle : les fortunés et influents Bellefleur. Ils possèdent une multitude de terres, emploient leurs voisins et pèsent sur le gouvernement. Groupe excentrique et prolifique, ils composent un clan des plus bigarrés : un tueur en série, un allumé qui part se terrer dans les montagnes à la recherche de Dieu, un noctambule inqu... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (24) Voir plus Ajouter une critique
Woland
  29 juillet 2017
Etoiles Notabénistes : ******
Bellefleur
Traduction : Anne Rabinovitch
ISBN : 9782253183008
Quiconque a lu Joyce Carol Oates sait, avant d'entamer l'un de ses ouvrages qui lui est encore étranger, qu'il va, très probablement, plonger dans un monde extrêmement particulier : le plus souvent par l'univers qu'elle crée (et qui évoque toujours à mes yeux le monde d'Alice au Pays des Merveilles, bourré de dangers insoupçonnés et de non-sens qui, soigneusement examinés, ne sont pas si dépourvus de signification qu'ils voudraient le paraître) mais aussi par le style et par sa technique (nombreux retours en arrière, entremêlement de temps différents, parfois descriptions qu'on croit bien réelles de ce qui n'est en fait que fantasmes purs). Dans "Bellefleur", qu'elle appela à sa sortie son "livre-vampire" tant il lui avait pris d'énergie, elle met toute la gomme, si j'ose dire, et cela donne un autre chef-d'oeuvre (oui, Oates en a créé quelques uns.)
Tout le roman, en particulier sa fin, qui intriguera, et même en frustrera plus d'un, est contenu dans cette phrase d'Héraclite citée en exergue : "Le Temps est un enfant qui fait une partie de dames ; le royaume est entre les mains de l'enfant."
Bellefleur, en France, avant la Guerre d'Indépendance des colons anglais d'Amérique du Nord, c'étaient un duché, un titre, des armoiries, un duc. Ce personnage, indésirable à la cour de Louis XV, tente l'aventure des colonies lointaines et, par des moyens qui vont du plus honnête au plus tordu, se fait au moins un nom sur le Nouveau continent. Il y fait aussi souche de trois fils : Louis, Jedediah et Harlan. Louis, à son tour, épouse une Irlandaise, Germaine O'Hara, dont il a deux fils et une fille. Mais, pour des raisons que je ne tiens pas à vous livrer, c'est aux aventures de la souche issue du mariage de Jedediah avec la veuve de Louis qu'Oates nous invite à assister.
Comme d'habitude, elle feint de nous demander de nous contenter de notre rôle de spectateurs. Mais, dès le début, avec l'entrée en scène, dans l'immense manoir des Bellefleur, par une monstrueuse nuit d'orage, du chat Mahalaleel, recueilli par Leah, l'épouse de Gideon, l'arrière-arrière-petit-fils de Jedediah en ligne directe, le lecteur sent bien qu'il lui faut bouger, agir. Il prend le roman - et c'est un pavé, je vous le garantis - à pleins bras et il se plonge dedans, au point d'y disparaître comme dans une piscine enchantée ou victime d'un maléfice, refaisant de temps à autre surface pour reprendre un peu d'air et se poser des questions du genre : "Mais n'avait-il pas ? ... Où ai-je donc lu que ? ... Pourquoi ai-je cru que ? ...", puis replongeant à nouveau dans le but de découvrir l'issue du labyrinthe conçu par l'auteur.
Tout ce qui peuple l'imaginaire d'Oates est présent au rendez-vous : un tambour de la Guerre de Sécession que Raphaël, l'arrière-grand-père, qui rétablit la fortune des Bellefleur et fit construire cette énorme, cette incroyable bâtisse où la famille habite et s'agite, ordonna de faire tendre de sa propre peau une fois qu'il serait mort ; une chambre somptueuse, baptisée "la Chambre Turquoise", où tout le monde a l'interdiction d'entrer car elle est hantée (on ne retrouva jamais le dernier membre de la famille qui s'y établit) ; un clavicorde, fabriqué pour l'épouse de Raphaël, la douce Violet (laquelle alla se jeter une nuit dans le lac de la propriété), et qui est également hanté ; un enfant, le petit Samuel, qui disparut lui aussi dans un lac (il y a plusieurs étangs et lacs dans la propriété, c'est bien pratique), attiré par ce qu'il y voyait ou croyait y voir ; l'oncle Hiram dont il faut surveiller les crises de somnambulisme ; une tante, Della, devenue veuve très jeune et en d'étranges circonstances, qui a préféré par la suite aller vivre dans une petite maison, un peu plus loin, avec sa soeur Matilde, célibataire enragée ; une jeune fille, Yolande, dont on ne sait trop si elle a disparu accidentellement ou si elle s'est enfuie ; un ... ; une ... ; des ... ; enfin, tout un capharnaüm d'êtres et de choses étranges sans oublier l'inquiétant Mahalaleel et ses innombrables rejetons, allant, venant, rôdant, flattant, griffant, crachant, dévorant des ratons-laveurs, etc, etc ...
Et mille petites histoires sur la destinée de tous ces Bellefleur qui aboutissent à Gideon, à son épouse, à leurs jumeaux et surtout à l'enfant qu'ils eurent en dernier, la petite Germaine, laquelle possédait à la naissance une particularité fort ennuyeuse que sa grand-tante Della, à moins que ce ne fût la grand-mère Elvira, qu'on verra plus tard se remarier à plus de cent ans, a résolue sans tambour ni trompette.
Evidemment, comme dans tout labyrinthe qui se respecte, il existe des impasses, des chemins qui ne mènent à rien ou à pas grand chose, des pas (et des pages) sur lesquels le lecteur doit revenir, des incertitudes qu'on déplore, des certitudes qu'on eût aimé ne pas acquérir, des points de suspension qui ressemblent aux cailloux du Petit Poucet ...
C'est du Oates, enfin, du Joyce Carol Oates dans toute sa splendeur, avec tout ce qui l'a rendue célèbre : profondeur mais accessibilité, journées radieuses mais forêts sinistres, folies joyeuses et folies meurtrières, quête sans fin de l'Etre et sa perte quand le personnage se rend compte qu'il n'atteindra pas ce qu'il cherche ou alors quand il s'égare et part dans une mauvaise direction, minutie des détails, qu'ils soient agréables à répertorier ou, au contraire, terrifiants, réalisme saupoudré, comme toujours, de fantastique, et enfin interrogations éternelles sur le Temps et l'Etre ...
Si vous aimez Joyce Carol Oates jusque dans ses livres plus "basiques" comme "Les Chutes", vous ne pourrez qu'adorer, magnifier, glorifier "Bellefleur" avec lequel je vous laisse, le coeur tranquille, pour cet été. Bonne lecture ! ;o)
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kuroineko
  18 février 2018
Bellefleur, publié en 1980, débute le cycle dit "gothique" de Joyce Carol Oates. L'auteure le qualifie elle-même de "roman-vampire" qui la vida alors de son énergie. Sa lecture permet d'approcher, dans une certaine mesure, cette sensation.
Mme Oates peint avec l'énorme pavé une saga familiale qui se déroule dans le sud-ouest de l'État de New York. La dynastie commence, du moins en Amérique, avec Jean-Pierre, fils renié du duc français de Bellefleur et exilé dans le Nouveau-Monde dans les dernières décennies d'un XVIIIème siècle prolifique en changements politiques et sociaux.
Le récit déroule de façon non linéaire l'arbre généalogique tout au long du XIXème siècle jusqu'après la fin du premier conflit mondial.
Famille étrange, souvent fantasque, voire dérangée pour certains membres. Ils vivent tous depuis l'époque de Raphaël dans l'énorme et bizarre monstruosité architecturale dit le manoir des Bellefleur.
Comme précisé plus haut, Joyce Carol Oates joue avec la chronologie, mêlant analepses et prolepses. Dense, labyrinthique et fréquemment déstabilisant, le roman s'amuse à perdre son lecteur dans ses méandres. Fort judicieusement, l'auteure a placé un arbre généalogique de la famille qui permet de s'y retrouver. Un peu. Car il n'y a pas que le temps qui souffre de distorsion. La réalité se trouve parfois en situation bancale, flirtant avec l'irréel. Gothique oblige, après tout.
Roman fou, roman baroque, roman déconcertant, roman qui pèse son poids mais roman qui mérite les efforts produits pour s'acheminer jusqu'à sa dernière page. Difficile de vraiment s'attacher aux très nombreux protagonistes tant leurs bizarreries les placent en-dehors d'une pleine compréhension. Reste une indéniable fascination pour la fresque familiale américaine. Fascination... un terme récurrent à l'évocation de l'oeuvre de Joyce Carol Oates... A la sienne même d'ailleurs.
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loudarsan
  09 février 2015
«Ceci est une oeuvre de l'imagination, et doit obéir, avec humilité et audace, aux lois de l'imagination. Que le temps se noue et se déploie, puis s'efface, pour redevenir formidablement présent ; que le "dialogue" se fonde parfois dans le récit et dans d'autres conversations présentées de façon conventionnelle ; que l'invraisemblable fasse autorité et soit investi d'une complexité habituellement réservée à la fiction réaliste : l'auteur l'a voulu ainsi. Bellefleur est une région, un état de l'âme, et il existe vraiment ; ses lois, sacro-saintes, sont tout à fait logiques.»
Quelle belle et juste introduction de Joyce Carol Oates à son roman monstre ! Dès la première page Bellefleur s'impose au lecteur comme une entité, unique, vivante, entière. Une fois passé le seuil du domaine familial, on y est happé sans retour possible, jusqu'à la dernière page, et lorsque celle-ci est refermée, l'on se surprend encore à rêver du Lac Noir et des montagnes de la région du Nautauga, à parcourir les innombrables pièces du manoir, à se pencher sur les eaux paisibles de l'Etang du Vison pour y apercevoir, peut-être, un visage disparu.
L'ouverture est magistrale : par une nuit de tempête, dans leur immense lit, deux amants se disputent puis s'aiment violemment, lorsque la femme se lève pour ouvrir la porte à un être dont elle pressent l'arrivée imminente. Comme au théâtre, tout les membres de la famille Bellefleur nous sont présentés par leur ordre d'arrivée dans l'entrée où ils accourent pour voir la femme introduire dans le manoir un animal pitoyable et trempé, qui se révélera le lendemain matin être un magnifique, immense chat roux. En quelques pages le décor et l'ambiance sont plantés. Déjà, la transposition d'événements, de ressorts psychologiques, et d'émotions réalistes en éléments gothiques nous fascine et nous plonge au coeur du roman. Page après page, l'auteur construit l'histoire d'une famille qui a ses propres mythes, ses légendes, et sa malédiction que personne ne sait définir, expliquer ou nommer.
Joyce Carol Oates explique dans une préface américaine que j'essaie de traduire ici que « la "clé" de la plupart des oeuvres de fiction est une voix, un rythme, une musique uniques ; une façon précise de voir et d'entendre qui va donner à l'auteur l'accès au monde qu'il essaye de créer. (Bien que ce monde soit parfois si réel dans l'imagination que sa construction, en termes artistiques formels, semble plutôt être une re-création, une re-construction.) » Pour elle, la clé qui a ouvert le monde des Bellefleur a été l'image du jardin muré, dans lequel Germaine, l'héroïne, est bercée dans son berceau, alors qu'un autre bébé est enlevé par un immense vautour. C'est autour de cette vision, chapitre placé au centre du livre, qu'ont émergés le manoir, ses terres, le Lac Noir et tout l'état de Chautauqua, la cartographie imaginaire d'un royaume qui échappe à toute logique spatio-temporelle, condensant à la fois l'histoire accélérée de l'industrialisation des Etats-Unis et le destin d'une famille.
La construction singulière de Bellefleur en fait une oeuvre particulièrement riche et complexe, ambitieuse et réussie qui place pour moi Joyce Carol Oates parmi les meilleurs écrivains contemporains. Très loin de suivre le lassant et (trop) usité ordre chronologique des habituelles sagas familiales, Bellefleur réussit le tour de force de nous conter les six générations de la famille tout en restant centré sur les quatre premières années de vie de la petite Germaine. Les chapitres ancrés dans le présent alternent avec les retours sur le passé, mais surtout – et c'est ce que j'ai trouvé remarquable et réjouissant – avec de cours chapitres centrés soit sur un des nombreux membres de la dynastie Bellefleur soit sur un lieu ou un thème qui, reliant plusieurs anecdotes en un détour, nous laisse entrevoir les clés bien dissimulées de l'intrigue à travers l'énumération des paris insensés des hommes de la famille, de leurs chevaux, des « choses hantées » du manoir, des automobiles...
Il faut accepter de s'égarer dans le labyrinthe des époques, des noms, des faits divers. de se laisser bercer par ce va-et-vient d'une génération à une autre, par ces phrases très longues. de perdre ses repères. D'avoir oublié un événement mineur survenu 200 pages en amont et qui revêt tout à coup un sens particulier. La multitude des personnages se mêle parfois en une masse indistincte, lorsque, sans prévenir, le projecteur se braque sur un caractère secondaire que l'on découvre plus profond, plus complexe. Tout compte, tout est lié, et le motif se dessine sans que l'on s'en aperçoive, comme si l'on regardait de très près le détail d'une foule sur une photographie, passant d'un visage à un autre, et que l'on réalisait que quelques pas en arrière ont soudain suffit à nous révéler l'ensemble.
D'ailleurs le temps des Bellefleur est singulier, relatif. Labyrinthique, il attire en son sein, déroute, surprend. Souvent, il s'altère. le suspens réside-t-il dans le futur ou dans le passé ? Arrive un point d'orgue où l'on se demande non ce qui va advenir mais ce qui est advenu. Les temps se mélangent. Ce qui va arriver est souvent annoncé, brièvement. Comme si ce n'était pas les faits qui importaient. Tel personnage bien vivant la page précédente est enterré depuis longtemps quelques paragraphes plus loin. Qu'est-il arrivé ? L'événement est à la fois passé pour les Bellefleur et à venir pour le lecteur. L'on ne sait plus si le narrateur est omniscient ou si le récit est une focalisation interne à Germaine tant la prescience que suppose à l'enfant sa mère devient reflet du point de vue emprunté par la narration. Et le fantastique plane, brouille les pistes... le réel devient vision, étrangeté. le passé est un conte de nourrice, le gothique fait incursion. Irréels, les enfants qui disparaissent, les vampires qui séduisent les jeunes femmes, les hommes-ours qui les enlèvent. Persistances rétiniennes et auditives, les miroirs magiques et les clavicordes hantés. Hors du temps, les pauses qui surviennent, instants de fraîcheur bucolique au bord l'étang de Raphaël, le merveilleux étang du Vison grouillant de vie, « un lieu secret tacheté de soleil ».
Précieux moments de lecture...
Lien : http://louetlesfeuillesvolan..
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Josepha_Anh
  04 décembre 2013
Challenge ABC 2013/2014
3/26
Ce roman est merveilleux et Joyce Carol Oates démoniaque. Avec son style inimitable - les mots comme jetés sur du papier - l'auteure nous entraîne au coeur d'une vaste chronique familiale étalée sur plusieurs générations. Elle parvient à créer un véritable écheveau en narrant l'histoire par une construction thématique où deux fils se distinguent, celui du passé - avec les fondateurs de la famille - et celui du présent. A l'aide de "zooms" que forment les chapitres du roman, Oates nous présente un fait, une pièce, un personnage qui au fur et à mesure du roman prennent leur sens et s'imbriquent parfaitement à l'édifice final qu'est la famille Bellefleur et son histoire dans son intégralité. le rythme pourrait en être brisé mais ce n'est absolument pas le cas.
On dit ce roman gothique. Il n'y a pourtant aucune jeune fille en détresse fuyant son persécuteur. Mais il y a le manoir des Bellefleur, personnage à lui tout seul et cette ambiance oppressante, foisonnante, inquiétante parfois... Certains personnages disparaissent mystérieusement quand d'autres réapparaissent comme sortis de l'oubli, les animaux domestiques semblent dotés d'une conscience bien plus humaine qu'animal et certaines pièces de la maison sont bien entendu réputées hantées. le temps semble également suspendu, une intemporalité susbsiste dûe à la construction narrative en même que parfois, il semble s'emballer.
Roman gothique certes, mais il est également riche de divers genres : historique, fantastique, ambiance de contes de fées aussi ou même de westerns avec notamment le thème de la vengeance qui file tout au long du récit.
Avec leur caractère et leurs croyances bien à part, les Bellefleur forment une famille atypique, une entité unique et cohérente qu'on leur fera d'ailleurs payer à plusieurs reprises. Les personnages ne sont pas toujours attachants et il est parfois difficile de s'identifier à eux mais le
charme opère et il est difficile pour le lecteur de se détacher d'eux avant la fin. Bref, j'ai adoré !
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Bruidelo
  17 avril 2018
Un roman dense, original, foisonnant, qui donne un peu le vertige. Comme le château des Bellefleur, oeuvre monumentale, extravagante - une folie « d'une beauté sauvage, tentaculaire », le roman de Joyce Carol Oates en impose.
Tout s'entremêle dans cette déroutante et sinueuse saga familiale, le temps, les générations, le réalisme, le fantastique, la grande finesse de l'analyse et le souffle d'un imaginaire débridé qui s'engouffre hors des sentiers battus, dans des zones d'énormités et de démesure où ça trouble et secoue. Le récit est rythmé par le va-et-vient des motifs, personnages, images, thèmes, éléments du bestiaire: le tambour fait de la peau tannée et tendue de Raphaël, conformément à sa volonté, en escomptant à tort les hommages de ses descendants; l'étrange Mahalaleel, qui, une nuit d'orage, pleura, supplia, griffa pour qu'on le fasse entrer dans le château, affreuse créature squelettique aux airs de rat, répugnante de saleté, métamorphosée le lendemain en chat d'une beauté extraordinaire, à la fourrure soyeuse au dessin fascinant, dont chaque poil se teinte d'une couleur subtile; l'araignée domestique Love, d'une taille et d'une beauté remarquable, qui aime à se blottir affectueusement sur l'épaule de Leah; l'étang frémissant, au clapotis apaisant comme de la musique sans parole, où Raphael s'absorbe, pénétrant dans l'invisibilité, perdant son nom et tout intérêt pour le monde, devenu à ses yeux irréel...
Joyce Carol Oates semble avoir cousu ensemble une multitude d'univers contrastés pour nous offrir un livre-patchwork impressionnant, comme Mathilde crée sa merveilleuse couverture à l'aspect insensé en assemblant un labyrinthe de carrés « qui contrastaient non seulement par leur couleur et leur dessin mais aussi par leur texture » - son frère lui reproche son dessin trop compliqué, qui lui donne mal à la tête.
Pas une lecture tranquille mais une créativité d'une puissance admirable!
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Citations et extraits (21) Voir plus Ajouter une citation
kuroinekokuroineko   12 février 2018
Raphael, examinant la belle mappemonde ancienne dans la bibliothèque (...), ne réussit même pas à trouver le lac Noir et fut pris de vertige en songeant à l'immensité de l'océan. Il faudrait passer sa vie entière à l'intégrer dans son esprit, dit-il à son cousin Vernon... Je ne veux jamais voir l'océan.
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BruideloBruidelo   18 avril 2018
« Je commençais par me cacher dans la Nature », devait écrire Bromwell dans ses mémoires, des dizaines d’années plus tard, « mais la Nature est un fleuve qui vous emporte sur ses flots rapides... Bientôt Votre monde est partout, et il n’est plus nécessaire de se cacher, et vous ne vous rappelez même plus que vous étiez en train de fuir. »
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WolandWoland   30 juillet 2017
[...] ... Leah était en colère mais fatiguée ; elle était très en colère, ou elle l'eût été, si elle n'avait été aussi fatiguée ; ainsi passèrent les semaines. Les mâchoires dévorent, les mâchoires sont dévorées ... A travers un demi-sommeil distrait, elle entendait, au loin, les clarinettes, les tambours et les hurlements isolés, et elle se demandait paresseusement qui étaient ces invités d'Ewan, possédés d'une telle gaieté, d'un tel entrain ... Cela l'épuisait même de les écouter.

Vernon.

Et Cristabel.

Et Bromwell.

Et Gideon.

Et ce bébé de Garnet. Leah avait tourné le dos un instant à peine et l'énorme oiseau s'était approché à grands battements d'ailes pour l'attaquer : et après, sur les dalles,, il y avait eu des taches grosses comme des pièces de monnaie. ... [...]
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le-mange-livresle-mange-livres   23 octobre 2011
Cependant, les gens extérieurs à la famille, même ceux qui vivaient à des centaines de kilomètres de là, dans la plaine, et n'entendaient que les rumeurs les plus indirectes, les plus exagérées sur le clan des Bellefleur, n'hésitaient jamais à parler de la malédiction des Bellefleur, comme s'ils savaient exactement de quoi ils parlaient, et comme si aucun mystère ne l'environnait. Cette malédiction, disait-on, était très simple : les Bellefleur étaient destinés à être des Bellefleur, depuis le ventre de leur mère jusqu'au tombeau et au-delà.
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WolandWoland   30 juillet 2017
[...] ... Il disparut pendant trois, puis quatre jours ; lorsqu'ils forcèrent la porte de la Chambre turquoise, ils ne le trouvèrent nulle part. Mais il descendit le soir même, et se montra encore surpris d'avoir été si longtemps absent. D'après ses calculs, il était monté lire les journaux et n'avait passé que deux jours là-haut, mais selon leurs calculs il était parti pendant quatre jours.

- "Je pense que je comprends," dit-il lentement, toujours avec ce sourire terne, relâché. "Le temps est une horloge, pas des horloges. Pas votre horloge. Vous pouvez seulement essayer de le retenir, comme l'eau que vous transportez dans une passoire ..."

Ainsi disparut-il finalement dans la Chambre turquoise. Il y entra un soir, après le dîner, et n'en ressortit jamais ; il disparut, simplement. Les fenêtres étaient non seulement fermées mais verrouillées de l'intérieur. Il existait des passages secrets permettant de sortir de deux ou trois autres chambres du château (dont l'un était le bureau de Raphaël) mais aucun couloir de ce genre ne partait de la Chambre turquoise. Le garçon avait simplement disparu. Il n'existait plus. Il n'y avait aucune trace, aucun message d'adieu, aucune remarque finale, lourde de signification n'avait été prononcée : Samuel Bellefleur avait simplement cessé d'exister. ... [...]
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Vidéo de Joyce Carol Oates
Paysage perdu, de Joyce Carol Oates
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