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Critique de Meps


Meps
  29 novembre 2019
Fille noire, fille blanche fait partie de ces lectures troublantes. Troublantes car elles s'ingénient à remettre en cause nos idées reçues. Pas de ces idées reçues que l'on considère comme des stéréotypes, mais plutôt de celles que l'on estime évidentes jusqu'à ce qu'on nous montre que comme toutes les vérités, elles peuvent être remises en cause."Certaines vérités sont des mensonges", c'est la phrase toute simple du père de la narratrice qui résume bien la philosophie du livre.

En effet, comment se dire que parfois la bienveillance et l'empathie peuvent être néfastes ? Que vouloir rechercher l'amitié de quelqu'un et faire tous les efforts en ce sens n'aboutit pas forcément ? Que l'on peut être noire et détester les anti-racistes militants ? Ce livre est là pour faire s'affronter deux stéréotypes (la fille de militants des libertés et la fille d'un pasteur noir) qui devraient pouvoir se compléter mais ont tant de mal à s'imbriquer. Elle décrit ainsi en creux deux positions qui, sous un vernis de recherche de solidarité ou d'amour du prochain, sont finalement assez figées et peu susceptible de s'adapter à une manière différente d'appréhender le monde.

Et tout cela est réalisé, grâce notamment à une narration à la première personne, tout en légers coups de pinceaux qui font ressentir cette incompatibilité douloureusement. On ne sait plus qui on doit plaindre des deux jeunes filles, on en vient parfois à être tout à coup énervé par les deux en même temps. Alors que le début de l'oeuvre nous fait pressentir un polar à l'envers avec une victime annoncée, le mystère s'épaissit finalement plus qu'il ne se résout. On assiste également à une belle description des relations parents-enfants complexes de l'adolescence même pour des jeunes filles finalement assez respectueuses des convenances et pas trop en crise. Comment en effet s'opposer à des parents qui prônent pour certains la révolte comme un aboutissement salutaire, pour d'autres l'amour inconditionnel du prochain et la joue tendue à l'agresseur ?

L'auteure parvient à nous faire ressentir la frustration diffuse de ces deux jeunes filles tout en passant un bon moment de littérature. J'avais lu Joyce Carol Oates il y a longtemps, je regrette de n'être pas plus assidu car son style est un cadeau pour qui aime la littérature qui cherche de nouveaux moyens de nous transmettre des émotions.
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