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Claude Seban (Traducteur)
EAN : 9782848761213
658 pages
Philippe Rey (15/09/2008)
4.14/5   377 notes
Résumé :

"J'ai su alors qu'un homme pouvait aimer. Avec sa musique, avec ses doigts, un homme peut aimer. Un homme peut être bon, il n'est pas forcé de vous faire du mal ": quand elle rencontre le pianiste Chef Gallagher, Rebecca ose à peine y croire.

Enfant de juifs allemands réfugiés dans une petite ville américaine, elle a grandi dans la terreur et la misère.
Sa fuite éperdue à travers l'Amérique triomphante de l'après-guerre semble ne ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (80) Voir plus Ajouter une critique
4,14

sur 377 notes
C'est avec appréhension que j'entame cette critique, comme quand j'ai ouvert ce roman pour la première fois. de Joyce Carol Oates je ne connaissais rien; ni son style ni son univers, juste une auteure américaine très prolixe.
La petite Rebecca Schwart née sur le bateau qui emmène sa famille au Etats-Unis. le père, Jacob, la maman Anna et les deux frères Herschel et Gus ont fuit le nazisme.
Issu d'un milieu culturel plutôt élevé, lui professeur de mathématique citant Schopenhauer, la maman mélomane et pianiste vont se retrouver dans un lieu sordide, Milburn petite ville de l'état de New-York.
La petite Rebecca va devenir la fille du fossoyeur. Nous allons la suivre pas à pas sur ce chemin tortueux qu'est sa vie. Les parents sombrant peux à peux dans la folie, les enfants que l'on maltraitent. On continue on s'enfonce dans le gris puis dans le noir, de temps en temps, une petite éclaircie vient adoucir le récit comme cette sonate n°23 écouté à la radio. On ne sait pas où J.C.Oates nous emmène, pourtant je continue, les pages défilent :le premier travail de Rebecca, son mariage, son enfant; l'écriture est fluide, ces descriptions ces petits cailloux que la romancière laisse pour ne pas la perdre; des indices comme la sonate n°23 "appassionata".
Le personnage de Rebecca est magnifique, c'est une femme forte devant l'adversité.
Malgré la noirceur de ces parents j'ai eu de l'empathie pour eux. Seul Tignor, manipulateur, violent tout ce que je hais chez un homme m'a donné la nausée.
Nul besoin de dire que j'ai adoré ce livre, et madame Oates a rendu un lecteur de plus heureux. Pour les inconditionnels de musique je vous conseille la fameuse sonate n°23 de ce grand monsieur Beethoven.
Merci à Latina et aux lectrices qui se reconnaitront pour leurs conseils.
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La fille du fossoyeur est le second livre que je lis de l'autrice américaine Joyce Carol Oates.
Comment vous parler de ce roman de plus de sept cents pages que j'ai lu presque d'une traite en l'espace de deux jours ? Comment vous en parler sans trop en dire, rien que mon ressenti, un ressenti à fleur de peau, une histoire qui pourrait continuer à se promener dans mes jours et mes nuits.
Ici le bonheur n'est jamais loin de l'appréhension, comme s'il fallait s'en méfier, le tenir à distance, se dire que si le bonheur est là, le malheur lui se tient en embuscade, jamais loin pour dévorer les jeunes filles innocentes...
Survivre est le mot qui m'est venu souvent dans cette lecture addictive. Survivre aux démons de son enfance...
Ce roman est une comète qui m'a traversé de part en part. La fulgurance de l'histoire, la manière de l'écrire, de me la raconter, ses personnages écrits de manière si fouillée, jusqu'à entendre les battements de leur coeur. J'ai aimé tout cela. J'ai été dévoré par cela...
Tout au long de ma lecture, je me suis demandé où Joyce Carol Oates était allée chercher ce sujet, dans quel puits sans fond. Plus tard je l'ai su, toujours fouillant à droite et à gauche, elle ne s'en cache pas d'ailleurs, c'est l'histoire de sa grand-mère qui l'a inspirée.
C'est vrai que son écriture paraît habitée par un sentiment douloureux, cette écriture fine et aiguisée, féroce, capable d'aller fouiller les tréfonds de l'âme humaine.
J'aime qu'un écrivain m'enlève de mon territoire ordinaire pour me rincer dans tous les sens comme dans une vague frénétique.
J'ai l'impression que le souvenir de cette fulgurance qui a traversé deux jours de cette lecture estivale, va rester à jamais dans ma mémoire, je me souviendrai toujours de la fille du fossoyeur.
J'ai été troublé par ce texte d'une fluidité impressionnante malgré le sujet, j'ai été troublé comme on peut l'être en regardant une eau saumâtre, se dire qu'il y a peut-être de la vie là-dedans.
J'ai rendu grâce à Chopin et Beethoven de venir apporter quelques respirations à l'étouffement du texte. La sonate 23 Appassionata continue de vibrer en moi. J'ai rendu grâce aussi aux doigts agiles de Thelonious Monk...
En dehors de la musique, pourtant il y a de la lumière de temps en temps, une lumière comme la lame d'un couteau, blanche et tranchante. Comme le regard d'une jeune femme aussi qui regarde froidement devant elle.
La violence et le malheur courent sans cesse après cette petite fille pour tenter de la rattraper, cette petite fille captive de ses rêves d'enfance, mais les fuyant en même temps du moins ceux qui ressemblent à des cauchemars et qui reviennent, parce qu'on sait que les cauchemars ont justement cette fâcheuse tendance à agir ainsi...
Ce drame de l'enfance, comment l'évoquer sans rien dire ? Ne lisez aucune chronique avant de vous emparer de ce livre envoûtant car certains ont déjà fâcheusement tout raconté ou presque et c'est fort dommage.
Où trouve-t-elle la force de se relever parmi les décombres de cette enfance broyée où il y avait malgré tout quelques rais de lumière ? Peut-être dans cette phrase que lui a un jour dit son père, oui vous savez celui qui est devenu le fossoyeur : « Cache ce que tu sais. Comme tu cacherais une faiblesse. Parce que c'est une faiblesse d'en savoir trop parmi des gens qui en savent trop peu. » Est-ce à ce compromis qu'elle pourrait survivre ?
S'extraire d'où elle vient... Mais d'où vient-elle au juste, puisqu'elle vient de presque nulle part ?
Renoncer à ce destin qui la pourchasse de manière implacable.
Changer de nom, se teindre les cheveux... Cela peut-il suffire pour qu'un prédateur renonce à vous pourchasser ? Cela suffit-il à arrêter la malédiction qui pèse comme un anathème, inverser le cours des choses ?
D'ailleurs, le sait-elle, qui elle est vraiment ? D'où elle vient ?
Rebecca est fille d'une famille juive allemande, ayant fui en 1936 l'Allemagne nazie vers les États-Unis. Elle est née à bord d'un paquebot dans le port de New-York, devant Long Island.
Le mythe du Nouveau Monde était alors à la portée de leurs rêves.
Son père était professeur de mathématiques à Munich, passionné par la philosophie de Hegel et d Schopenhauer, sa mère pianiste, passionnée elle par Chopin et Beethoven.
Ils vont découvrir un autre monde, ce monde mythique qu'ils imaginaient autrement, le Nouveau Monde, loin de l'effroi, loin de l'horreur.
Le père va devenir fossoyeur dans une petite ville américaine de l'État de New-York. C'est la seule chance trouvée pour s'intégrer. La mère sombre très vite dans une sorte de dépression, attendant vainement l'arrivée du reste de sa famille ?
Ils vivent dans la vie ordinaire d'une Amérique hostile qui ne les acceptera pas. Est-ce ainsi l'explication de cet abime qu'ils ont construit chaque jour dans cet exil où ils n'ont jamais su trouver leur place ?
Cette chronique intime d'une famille en exil croise ici la douleur de l'histoire et ses hontes, la honte des États-Unis, celle du silence sourd du Président Roosevelt.
Le 13 mai 1939, le Saint-Louis, paquebot transatlantique allemand, quitte le port de Hambourg. À son bord, il y avait 937 passagers. La grande majorité d'entre eux sont des juifs allemands fuyant le Troisième Reich, qui ont réuni l'argent nécessaire pour un visa et un aller simple sur le Saint-Louis dans l'espoir de trouver refuge en Amérique. Refusé d'escale à la Havane, puis à New-York, le Saint-Louis a dû faire demi-tour pour l'Europe, alors sous la botte nazie. Beaucoup de ses passagers furent victimes des camps et exterminés...
Peut-être dans ce paquebot, y avait-il des membres de leur famille, qui sait, qui peut le dire... ?
Comment ces deux-êtres-là vont-ils alors sombrer dans une sorte de folie emportant le décor, tentant d'emporter les êtres qu'ils leur sont chers avec eux, par quel miracle Rebecca s'accrochera-t-elle pour ne pas tomber dans cette fosse béante ? A quels interstices du paysage saura-elle poser ses mains pour ne pas être emportée dans le vide ?
C'est comme cela qu'elle va devenir la fille du fossoyeur, qu'on l'appellera ainsi.
Elle a grandi dans la misère, la déchéance, une sorte de terreur qui faisait semblant de ne pas y ressembler. C'est l'horreur qui conduit à un drame familial d'une rare violence, achevant l'enfance, mais sont les stigmates seront des éléments fondateurs pour le reste de sa vie.
Comment survivre aux démons de son enfance qui n'en finiront jamais de la hanter ?
Elle va grandir, se relever, marcher, avancer, rencontrer des hommes et puis celui qui sera le premier homme de sa vie, ce ne sera pas la bonne pioche, comme on dit.
Tous les hommes sont-ils comme cela ? Les hommes seraient-ils tous des pervers, des prédateurs ? Aurait-elle tiré à jamais la mauvaise carte de la vie ?
Elle cherche, cherchera durant ces années, à percer le mystère et la violence de certains hommes sur les femmes, comme des millions de femmes depuis la nuit des temps sur toute la planète, depuis que l'humanité existe, cherchent aussi la réponse à cette question. À l'inverse de tant d'autres femmes qui ont tenté sans retour de faire entendre leur douleur auprès d'un commissariat de police ici ou ailleurs avec la vaine illusion même encore en 2023 d'y trouver un possible écho, ou là-bas encore pire dans l'État de New-York en 1959 chez le shérif homologué du coin qui dira que ces faits font partie des choses normales, elle sait par avance que cela ne servirait à rien et elle ne fera jamais le pas, acceptera les coups sans frémir, sans broncher, sans même à la fin cacher son visage avec ses mains... À quoi cela servirait-il de redoubler la violence ? Espérant seulement que son fils ne voit pas cela...
Rarement, j'ai lu ces mots, ces coups venir avec tant de douleur au ventre comme si c'était à moi que cet homme les assenait.
J'ai l'impression que le regard éperdu de cette enfant restera à jamais inoubliable pour moi.
Sans doute comme tant d'autres femmes, elle a peut-être pensé que cette violence était justifiée, que c'étaient eux qui détenaient la vérité, les hommes qui cognent, celui qui frappe sa femme, comme si c'était elle la coupable, comme si les choses étaient irrémédiablement inscrites ainsi.
J'ai craint pour Rebecca. Pour sa vie, pour son fils.
Peut-être y a-t-elle pensé, à son fils justement, plus qu'à elle, lorsqu'elle s'est convaincue que survivre était plus important que mourir ?
Le chemin pour sortir de cette violence, n'est-ce pas acquiescer en silence ? Mais est-ce que cela suffira pour survivre, à faire abdiquer cette incompréhension qui sommeille comme une colère sourde ?
L'écriture de Joyce Carol Oates est là à chaque instant, précise, ample, généreuse aussi.
C'est l'écriture qui dessine un très beau personnage de femme dans une métamorphose attendue, une fille, une femme, une amante, une mère et sa tendresse ainsi que sa férocité pour tenter de tenir debout.
C'est une manière de raconter une histoire, avec des flux de conscience qui vont et viennent, reviennent, ramènent de l'émotion à chaque vague qui revient, à chaque pas de Rebecca qui revient...
Qu'a-t-elle vécu, Joyce Carol Oates, pour décrire à ce point la dureté des hommes avec autant d'acuité ? Dire l'ordinaire sordide et poisseux de l'Amérique profonde...
Rebecca peut-elle échapper à ce destin d'avoir été la fille du fossoyeur ?
Derrière la noirceur, ce roman n'est-il pas au contraire le récit de la résilience, la métamorphose et la reconstruction d'une femme ?
L'épilogue que j'ai trouvé légèrement long m'a perdu un peu en chemin, mais je crois deviner qu'il était indispensable pour l'autrice, afin de fermer définitivement une porte essentielle à cette histoire. Son histoire peut-être, ou celle de sa grand-mère.
Il n'empêche que c'est un livre autant magistral que dérangeant.
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En 1936, Ils ont quitté l'Allemagne pour les Etats-Unis parce qu'ils étaient juifs. Mais le père, ancien professeur devenu fossoyeur, y connait avec sa famille une déchéance intellectuelle et matérielle telle, qu'il se suicide devant sa fille après avoir tué sa femme.

Toute la vie de Rebecca, née sur le bateau qui les a conduits en Amérique, va être déterminée par ce drame initial. La haine de son père et son mariage avec un homme violent qui lui ressemble, ses changements d'identité pour se reconstruire après, les hommes nombreux et les métiers multiples et finalement le renvoi à son passé de fille de fossoyeur dans la quête de ses origines juives.

Cette histoire, inspirée à Joyce Carol Oates par celle de sa grand-mère, a une construction époustouflante. A l'inverse d'un récit linéaire, on découvre le combat et la survie d'une femme, blessée et malmenée par la vie, à travers les fluctuations de ses pensées intimes. C'est dense, historiquement passionnant, poignant et inoubliable.
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Rebecca porte en elle une tumeur : la tumeur de son enfance dévastée…par son père, lui-même dévasté par son statut d'immigré allemand aux USA. Ancien professeur de mathématiques, il n'a trouvé qu'un emploi de fossoyeur et fait payer le prix fort à sa famille. Les 2 frères aînés fuient cette maison délabrée, ce père taciturne et violent, cette mère à moitié folle. Rebecca survit, tant bien que mal, à cette ambiance mortifère, pour finir par assister à l'horreur absolue : le meurtre de sa mère et le suicide de son père.
La tumeur que Rebecca a enfouie en elle continue à se développer, lentement, pendant son adolescence puis le début de sa vie adulte, car la violence se retrouvera encore sur son chemin...
J'attribue à JC Oates le titre de « docteur ès psychologie » pour sa maîtrise absolue de l'âme humaine, autant masculine que féminine. Deux pas en avant, trois pas en arrière, c'est comme ça qu'on avance dans ce roman. Tout comportement, toute pensée, est décortiqué, mais de manière tellement sensible, tellement juste, tellement bouleversante, que je ne peux que balbutier et m'incliner.

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Ce roman de Joyce Carol Oates est conforme aux romans de Joyce Carol Oates que j'ai déjà eu l'avantage de lire ; c'est un coup de poing en pleine face.

On peut compter sur Joyce Carol Oates pour ne pas prendre de gants et son style brut et brutal peut déconcerter plus d'un lecteur. Question d'habitude ou d'apprivoisement. Une chose est sûre : on ne sort pas indemne d'un roman de Joyce Carol Oates.

Rebecca Schwart est née en 1936 sur le paquebot dont les cales bondées d'immigrés a transporté sa famille, son père, sa mère et ses deux frères, au pays où tout semble possible, aux Etats-Unis d'Amérique. Fuyant le fascisme nazi, les Schwart peineront à s'intégrer à une société qui les rejette et l'enfance de Rebecca sera marquée par une extrême violence sociale et physique. Une violence qui draine le drame dans son sillage.

Sur les 700 pages que compte le roman, j'ai passé un bon quart à me demander où l'auteure voulait m'emmener. le rythme du récit est plutôt lent, la narration s'éparpille tout au long d'une chronologie dense qui s'étale de 1936 à 1998. Et pourtant, on s'accroche, on se laisse aimanter.

Ne croyez pas suivre une chronique familiale, c'est d'abord le destin de Rebecca qui intéresse l'auteure et le lecteur. Un destin complexe, bouleversé et bouleversant, marqué par les erreurs, le sang, les coups, la fuite, la quête et la survie.

Un portrait au vitriol de la société américaine comme Joyce Carol Oates sait si bien en peindre ; un spectacle qui fait grincer des dents, donne envie de vomir ou de jouer des poings. Au final un roman rude et fascinant que j'aurai mis de longues semaines à lire mais dont je garderai longtemps la trace.


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Citations et extraits (166) Voir plus Ajouter une citation
[...] ... Elle espérait désespérément que Tignor n'entendrait pas les appels implorants de Niley.

Il avait cessé de lui faire mal, et elle se disait que c'était peut-être fini quand il y eut une brusque explosion de lumière sur le côté de sa tête. Elle se retrouva soudain à terre, assommée. Quelque chose l'avait frappée. Elle ne se rendait pas clairement compte que cela avait été un poing d'homme ni que l'homme qui l'avait frappée était Tignor.

Debout au-dessus d'elle, il la poussait du pied. Le bout de sa chaussure entre ses jambes, la faisant se tordre de douleur. "Hé, poupée ? Tu aimes ça, non ?" Rebecca était trop ralentie et trop hébétée pour réagir comme Tignor le souhaitait, il perdit patience et s'assit à califourchon sur elle. Maintenant il était vraiment en colère, il l'injuriait. Tellement en colère et elle ne comprenait pas pourquoi. Elle ne lui avait pas résisté, elle n'avait pas essayé de le provoquer. Et pourtant il lui entourait le cou de ses mains, juste pour lui faire peur. Lui donner une leçon. Oser lui faire honte devant leur fils ! Il lui cogna la tête contre le plancher, encore, encore. Rebecca suffoquait, perdait connaissance. Elle sentait pourtant un air froid à travers les fentes du plancher, montant de la cave au-dessous. Dans la chambre voisine, l'enfant hurlait, elle savait que l'homme le lui reprocherait. Il va te tuer maintenant, c'est plus fort que lui. Comme quelqu'un qui s'est aventuré sur une glace mince, certain de pouvoir rebrousser chemin quand il veut, il ne risque rien tant qu'il peut rebrousser chemin dans le même temps, elle pensait avec terreur qu'il allait s'arrêter bientôt, bien sûr qu'il allait s'arrêter, ça n'avait jamais duré aussi longtemps, il ne l'avait jamais gravement blessée jusque là. Il était entendu entre eux - non ? - qu'il ne la blesserait jamais gravement. Il l'en menacerait mais il ne le ferait pas. Pourtant il l'étranglait, il lui fourrait des billets dans la bouche, essayait de les enfoncer dans sa gorge. Jamais il n'avait rien fait de pareil, c'était entièrement nouveau. Rebecca ne pouvait plus respirer, elle étouffait. Elle se débattit avec désespoir, une peur panique dans les veines. "Juive ! Garce ! Putain !" Il était furieux. Une chaleur terrible émanait de tout son corps.

En tout, cela durerait quarante minutes.

Elles penserait ensuite qu'elle n'avait pas perdu connaissance. ... [...]
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Dans les machines, dans l'enfer de l'usine, il y avait une étrange vie primitive qui imitait la pulsation de la vie naturelle. Et le coeur vivant, le cerveau vivant étaient pris au piège de cette fausse vie . Les machines avaient leur rythme, leur pulsation. Leurs bruits se chevauchaient et éliminaient tout son naturel. Les machines n'avaient pas de mots, rien que du bruit. Et ce bruit vous submergeait.Il y avait un chaos en lui, malgré la répétition mécanique , l'ordre apparent, le rythme. Il y avait l'imitation d'une pulsation naturelle. Et certaines machines, les plus compliquées , imitaient une forme grossière de pensée humaine.
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Ses blessures guériraient, ses ecchymoses s'effaceraient. Il lui resterait un tintement aigu dans l'oreille droite, par moments, quand elle serait fatiguée. Mais pas plus dérangeant que les trilles des rainettes faux grillons au prin- temps ou la stridulation des insectes en été. Elle avait de vilaines cicatrices enflammées sur le front qu'elle touchait distraitement, presque avec respect, avec un curieux plaisir. Mais elle pouvait les dissimuler sous des mèches de che- veux. Elle s'inquiétait plus pour l'enfant que pour elle, elle avait peur que le désir de le récupérer ne rende son père fou furieux.
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Cette sacralisation de l’Holocauste ! Dans une de vos lettres, vous avez employé ce mot avec une révérence qui m’a fait rire.

Je n’emploie plus jamais ce mot qui glisse sur les langues américaines comme de la graisse.

L’un des critiques qui m’ont démolie a traité Morgenstern de traitre qui réconfortait l’ennemi (quel ennemi ? ils sont nombreux.) en déclarant et re-déclarant (ce que je continuerai de faire chaque fois que l’on me posera la question) que l’«Holocauste» était un accident de l’histoire, comme tous les événements de l’histoire sont des accidents.

L’Histoire n’a pas plus de but que l’évolution, il n’y a ni objectif ni progrès. « Evolution » est le terme appliqué à ce qui est.

Les pieux rêveurs souhaitent prétendre que le génocide nazi était un événement unique qui nous a élevé au-dessus de l’histoire. Ce sont des foutaises. Je l’ai dit et je continuerai de le dire. Les génocides sont aussi vieux que l’humanité. L’Histoire est une invention des livres.
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Les cheveux de Hazel, mouillés de transpiration, collaient à son visage, à sa bouche. Ses seins étaient beaucoup plus gros, plus lourds qu’il ne l’avait imaginé, d’une pâleur laiteuse, avec des pointes grosses comme des baies. Il n’était pas préparé aux poils sombres, abondants sur son corps, noirs et hérissés sur son sexe, montant jusqu’au nombril. Il n’était pas préparé à la force de ses jambes, de ses genoux. Je t’aime t’aime t’aime les mots s’étranglèrent dans sa gorge tandis que, impuissant, il abandonnait sa vie en elle.
Rapidement le soleil grossit jusqu’à remplir le ciel.
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Vidéo de Joyce Carol Oates
Après seize ans de négociations, le réalisateur Stig Björkman a convaincu Joyce Carol Oates, 85 ans, de lui ouvrir les portes de son univers. Portrait sensible de l’immense romancière, inlassable exploratrice de la psyché noire de l'Amérique.
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