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ISBN : 2848767561
Éditeur : Philippe Rey (05/09/2019)

Note moyenne : 4.43/5 (sur 21 notes)
Résumé :
2 novembre 1999. Luther Dunphy prend la route du Centre des femmes d’une petite ville de l’Ohio et, se sentant investi de la mission de soldat de Dieu, tire à bout portant sur le Dr Augustus Voorhees, l’un des « médecins avorteurs » du centre.


De façon éblouissante, Joyce Carol Oates dévoile les mécanismes qui ont mené à cet acte meurtrier. Luther Dunphy est à la fois un père rongé par la culpabilité car responsable de l’accident qui a causé l... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
BillDOE
  26 septembre 2019
Le 2 novembre 1999, Luther Dunphy est devant la clinique où ont lieu les avortements. Il braque son fusil sur le docteur Augustus Voorhees et au nom d'un Dieu qui lui parle et lui ordonne, il appuie sur la gâchette et le tue, car Voorhees est un « tueur d'enfants ».
La définition d'un martyr est : « Une personne qui a souffert la mort pour sa foi religieuse, pour une cause à laquelle elle se sacrifie ». En d'autres termes, c'est quelqu'un qui a vécu un calvaire, qui en est mort, juste pour défendre ses convictions, rien de matériel, rien de concret, juste pour des notions irréelles, des certitudes. N'est-ce pas idiot ? Parce qu'une fois mort, que deviennent ces convictions ? Rien. Elles sombrent dans l'oubli et le néant.
Le roman de Joyce Carol Oates, si on peut appeler ça un roman car cette histoire tient plus du reportage que d'une invention, fait l'autopsie du choc provoqué par l'antagonisme des « pro-vie », fou de Dieu, soldats d'une église intégriste, et des « pro-choix », défenseurs de la liberté des femmes à disposer de leur corps. Ces deux monstres se mènent une guerre sans merci qui ne connait qu'une issue fatale, car le raisonnement a cédé la place à un obscurantisme acharné, à une provocation outrancière qui insulte les croyances de l'autre.
L'objectivité des propos de l'auteur ne laisse aucune place à une prise de partie pour l'un ou l'autre camp. Chaque position, chaque conviction de chacun des protagonistes est relatée sans qu'à aucun moment la balance de la justice des hommes ne verse pour l'un ou l'autre, sans l'ombre d'un parti pris. Il y a une évidente sauvagerie dans chacune des attitudes. L'onde de choc et ses conséquences se répercutent même sur les personnes à la périphérie proche ou lointaine de ce conflit.
Cette Amérique des martyrs est celle des gens qui meurent au nom de leurs convictions aveugles et inébranlables.
Avec un style faulknérien et un remarquable talent, Joyce Carol Oates écrit cette histoire qui ne peut que déchainer les passions et dénonce l'aveuglement moyenâgeux d'une société qui a grandi trop vite et seulement jeune de deux ou trois siècles.
Le fait que la question de la légalité de l'avortement se pose encore dans nos sociétés dites évoluées montre bien l'absence de maturité et de recul de ses composants.
Sur un autre plan, une question émerge : et si la mère d'Adolph Hitler avait avorté ? …
Un monument de littérature américaine, traduit par Claude Seban, que je recommande vivement de lire.
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chocoladdict
  08 octobre 2019
J' avoue que je ne sais pas par où commencer pour vous parler du dernier roman de Joyce Carol Oates, Un livre de martyrs américains. Par mon admiration devant cette auteure capable d'écrire un roman de 800 pages aussi riche et complexe et à la productivité stupéfiante ? Par cette rencontre qui n'a pas été immédiate ? Il m'a fallu un certain temps pour rentrer dans l'histoire (heureusement que je n'ai pas lâché ce livre pour autant) et puis soudain, malgré ma lenteur de lecture, j'avais envie de connaître la suite, d'en savoir plus sur chacun des protagonistes.
Une Amérique en guerre
Le terme peut paraître fort mais dans le vocabulaire même choisi (ennemi, combattre, soldat de Jésus, armée de Dieu..), il s'agit bien d'une guerre entre les pro-life et les pro-choix, entre des chrétiens d'une Amérique rurale et des médecins de santé publique et ceci à travers l'histoire de deux hommes et de toute leur famille. Joyce Carol Oates a écrit ce roman en 2017 et depuis le droit à l'avortement n'a jamais été autant d'actualité aux Etats-Unis.
Un livre de martyrs américains s'ouvre sur le meurtre du médecin Augustus Voorhees par Luther Dunphy. Joyce Carol Oates s'attarde sur la jeunesse de ce « soldat de Dieu », sur son comportement avec les filles, sur son cheminement et comment il se sent « sauvé » par l'église. Si l'auteure adopte un point de vue neutre, je l'ai trouvé pour ma part très antipathique (raciste, prêt à étouffer sa femme dans un moment de rage) et je me suis demandée comment j'allais pouvoir passer plus de 800 pages avec lui !
Heureusement dans le chapitre suivant, Joyce Carol Oates adopte le point de vue de Naomi, une des filles du Dr Augustus Voorhees et c'est à ce moment précis, que j'ai commencé à avoir réellement envie, chaque soir, de me replonger dans ce pavé.
Pourquoi Un livre de martyrs américains est un grand roman
Ce roman est d'une telle richesse qu'il est difficile d'en isoler certains éléments en particulier. Néanmoins une scène m'a frappé et témoigne pour moi du génie de l'écrivaine : celle du coup de fil, celle où on annonce à la femme du docteur qu'on a tiré sur son mari et probablement de manière mortelle. Cela m'a rappelé cette fabuleuse scène d'ouverture de Daddy Love où l'auteure décrit la même séquence sous différents angles faisant monter une pression incroyable.
Dans cette scène du coup de fil, on perçoit tout : le basculement, l'avant/après, l'effondrement, la fragilité des choses et le côté éphémère de la vie.
Joyce Carol Oates a une façon de revenir sur certains détails, certaines minutes comme si elle tenait à la main d'abord un crayon de papier, puis un feutre puis de la peinture pour ajouter des nuances de couleurs. Il n'y a jamais de facilité, de binarité. le tableau est complexe et vibrant.
Ce roman est magistral car Joyce Carol Oates tisse des liens que l'on aurait cru impossibles entre deux hommes si diamétralement opposés. En effet les enfants de l'assassin comme ceux du médecin tué doivent changer d'école, changer de ville et sont l'objet de tous les regards, mis au banc pareillement. Leur mère, de façon différente, est absente et chacune chute face au drame.
Et puis qui est le martyr ? Celui qui meurt au nom de Dieu ou celui qui devient un héros parce qu'il est mort pour une cause (le droit des femmes à disposer de leur corps) ?
Au fil des pages, on suit les différents procès et comment ils sont vécus par les deux familles. Je ne peux pas vous en dévoiler davantage mais il y a une scène particulièrement terrible vue par les yeux d'un surveillant de prison, le genre de scène qui marque la mémoire à vie.
Plus j'ai avancé dans ma lecture et plus j'ai eu l'impression d'un kaléidoscope complexe, rendant l'histoire d'autant plus palpable, crédible, « vraie ». Kaléidoscope du fait du nombre de points de vue différents sur la même histoire, kaléidoscope car dans la grande histoire, il y a des dizaines et quelle talent de conteuse a Joyce Carol Oates.
Un livre de martyrs américains n'est pas seulement le destin de deux hommes et le portait d'une Amérique déchirée, c'est aussi celui de deux femmes : Naomi la fille du médecin et Dawn, celle de son assassin. Toutes les deux sont obsédées par la mémoire de leur père. le meurtre change totalement le cours de leur vie jusqu'à un final qui m'a laissé sans voix !
Impossible de ne pas citer l'immense travail de traduction de Claude Seban, traductrice de Joyce Carol Oates depuis 23 ans !
Ne vous laissez pas impressionner par le nombre de pages, prenez le temps qu'il faudra (la lecture n'est pas une course ou une compétition) mais ne passez pas à côté de ce roman incroyablement puissant !
Lien : http://www.chocoladdict.fr/2..
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LiliGalipette
  09 juillet 2019
Quand Luther Dunphy perd une de ses filles dans un accident de voiture et qu'il assiste à la lente dépression de son épouse, il se tourne vers le professeur Wohlman qui milite contre l'avortement. Il devient alors Soldat de Dieu et fait sien le combat fanatique des pro-vies. Au point d'assassiner le docteur Augustus Voorhees, le 2 novembre 1999, devant une clinique pour femmes de l'Ohio. « L'Armée de Dieu sait que chaque meurtrier avorteur tué signifie des vies d'enfants sauvés. » (p. 18) Luther est jugé et condamné à la peine capitale. Pour les épouses et les enfants des deux hommes, il faut désormais vivre avec un poids énorme : être apparenté à un assassin ou à un assassiné, ce n'est pas une identité facile à afficher.
Au gré de témoignages croisés sur les deux hommes, faits par des parents, des amis, des témoins ou des professionnels, et au fil du récit de leurs deux existences, Joyce Carol Oates dresse deux portraits fictifs qui symbolisent les camps qui s'opposent avec acharnement autour de la question de l'avortement. Pro-vie ou pro-choix, il semble ne pas exister de demi-mesure. « Défendre les enfants à naître. Un homicide justifiable. » (p. 24)
À la lecture d'une phrase de la quatrième de couverture, je m'interroge. « le lecteur est ainsi mis à l'épreuve, car confronté à la question principale : entre les foetus avortés, les médecins assassinés ou les « soldats de Dieu » condamnés à la peine capitale, qui sont les véritables martyrs américains ? » Pour moi, les premiers martyrs, ce sont les femmes à qui on refuse encore le droit de décider, à qui on impose une loi divine supérieure pour contrôler leur corps.
Lire ce texte a été perturbant. Je suis femme, je suis croyante, je suis pro-choix. Ce roman fait froid dans le dos parce qu'il dit le vrai, l'actuel, le concret. Si une dystopie comme La servante écarlate peut faire frémir dans ce qu'elle a de très plausible, le texte de Joyce Carol Oates n'a pas besoin d'être imaginaire pour être terrifiant.
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lau2201
  13 août 2019
Je suis très impressionnée par ce roman. Peu de thématiques divisent autant que le droit à l'avortement ; les positions des pro-vie et des pro-choix sont tellement arrêtées, défendues avec tellement d'arguments irrecevables par l'autre camp, qu'il est difficilement envisageable de pouvoir s'écouter, se comprendre, encore moins de s'influencer. Par conséquent, ce n'est pas tout à fait ce que Oates nous propose.
Elle nous emmène dans les familles du « médecin avorteur », un gynécologue social, partisan de la médecine pour tous (et on sait que c'est plutôt rare au pays d'Oncle Sam), et de son assassin, un chrétien fanatisé. le 2 novembre 1999, Luther Amos Dunphy abat le Dr Augustus Voorhees et son garde du corps. On revient dans le passé des deux hommes pour connaître leurs motivations et, a minima, les comprendre. Mais la plus grande partie du livre est à venir, puisqu'on suit les deux familles, et singulièrement les filles âgées de 12 ans à l'époque des faits, jusqu'en 2012. Comment grandir et se construire dans de telles circonstances ? Autant le dire de suite, elles ne vont pas bien, elles n'ont jamais été bien depuis, Dawn Dunphy et Naomi Voorhees. Et par le biais de ces personnages, JC Oates questionne aussi l'engagement, politique ou religieux, et sa portée, ses conséquences immédiates, ses « dommages collatéraux ».
C'est le portrait de l'Amérique d'aujourd'hui, de plus en plus divisée, sclérosée. L'autrice parvient à rendre compte de la complexité des points de vue, tout en nuances. Evidemment, pour ça, il faut un certain nombre de pages, plus de 850, mais pas un mot n'est de trop. Remarquable !
(Il y a juste le titre qui sonne faux, je trouve, traduction littérale du titre anglais qui, lui, sonne juste !)
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gmougenot
  16 octobre 2019
C'est un livre épais , plus de 800 pages
Oui, il m'est arrivé de compter celles qui me restaient à lire
Mais c'est une oeuvre bouleversante .La très bonne critique dans le journal le Monde du 10 septembre dernier notait justement qu'il n'y avait nul face à face simpliste entre partisans du droit à l'avortement et anti , et elle avait raison. Mais elle a tort de dire que si Oates a voulu décrire des causes nobles et des raisons de s'engager qui ne sont pas limpides .Il s'agit plutôt de certitudes et d'obligations morales , une forme d'impératif catégorique , des situations bien plus courantes aux Etats Unis qu'en Europe me semble t il avec leurs cohortes de destinées fracassées comme celles de victime de guerre.
De la littérature , de celle qui ne nous laisse pas indemne !
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critiques presse (5)
Telerama   17 octobre 2019
Dans son dernier roman “Un livre de martyrs américains”, fresque polyphonique de huit cents pages, Joyce Carol Oates ausculte la société américaine à l’aune de ses divisions sur l’avortement.
Lire la critique sur le site : Telerama
LePoint   16 octobre 2019
Ce roman est à lire au moment où la guerre de l'avortement divise plus que jamais les États-Unis et où Trump reste le porte-parole de tous les Dunphy, de tous les sans-voix surarmés. Il dit l'Amérique telle qu'elle est, malade.
Lire la critique sur le site : LePoint
Liberation   07 octobre 2019
Un livre de martyrs américains cristallise quelque chose d’intime, de littéraire, de politique et de furieusement contemporain (depuis quelques mois, les opposants à l’IVG gagnent du terrain aux Etats-Unis).
Lire la critique sur le site : Liberation
LaLibreBelgique   27 septembre 2019
A 81 ans, la grande romancière américaine qui distille à jets continus de nouveaux livres, nous offre un roman magistral. Aussi énorme par son contenu que par son volume (860 pages !), riche comme un torrent qui nous submerge.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
LeMonde   10 septembre 2019
A la fin des années 1990, en Ohio, un médecin pratiquant des avortements est assassiné par un fanatique chrétien. C’est le point de départ d’un splendide roman où l’écrivaine brosse un portrait saisissant de ces Etats-Unis épuisés de rancœur.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
QuoidbachQuoidbach   02 octobre 2019
Papa disait donc, pas à Maman (qui n'était pas venue marcher avec nous, et était restée à la table de pique-nique avec sa machine à écrire), mais à nous, qu'il n'y avait pas de "mal", mais qu'il y avait un "paradis", à condition de se souvenir que le "paradis" n'était rien d'extraordinaire ni d'étonnant; peut-être simplement une promenade le long du rivage, un jour venteux de la fin septembre; rien de mémorable en soi, mais si vous vos rappelez que nous l'avons faite, que nous étions ici ensemble, que nous nous sommes arrêtés pour déjeuner à Bay Point, que même si ce n'était pas le déjeuner du siècle nous étions ensemble, tous les cinq, quoi qu'il puisse arriver par la suite ... Ça, c'est le "paradis", Compris, les gosses?
D'accord, Papa, avions-nous dit. Nous étions gênés quand Papa nous parlait comme à des adultes, trop "sérieusement".
+ Lire la suite
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LiliGalipetteLiliGalipette   09 juillet 2019
« Dans leur religion […], il importait peu qu’une grossesse résulte d’un viol ou d’un inceste, l’avortement était un péché, un crime et une honte parce que c’était le ‘massacre des innocents’. On ne prononçait pas le mot à haute voix. » (p. 225)
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FleurDuBienFleurDuBien   18 septembre 2019
Dans leur religion ( pour autant q'il la comprenne) il importait peu qu'une grossesse résulte d'un viol ou d'un inceste, l'avortement était contre la loi divine. L'avortement etait un péché, un crime et une honte parce que c'était le "massacre d'innocents". On ne prononçait pas le mot à haute voix.
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LiliGalipetteLiliGalipette   09 juillet 2019
« Le corps d’une femme ou d’une jeune fille violé par l’instrument de l’avorteur, comme a été violé son âme. Car celles que le Seigneur destine à être mères subissent souvent un lavage de cerveau et n’ont aucune idée de ce à quoi elles consentent. Une femme ne sait pas ce qu’elle veut. Surtout quand elle est enceinte et que son état mental est bouleversé par ce qu’on appelle les hormones. » (p. 20)
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LiliGalipetteLiliGalipette   09 juillet 2019
« Elles venaient le trouver en proie au désespoir. Elles venaient le trouver à la nuit tombée, et elles venaient parfois sous un déguisement. » (p. 218)
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Videos de Joyce Carol Oates (16) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Joyce Carol Oates
Direction Princeton, dans le New Jersey, à la rencontre de la poétesse, romancière et dramaturge Joyce Carol Oates. Elle signe un roman magistral sur les menaces qui planent aujourd?hui : violences faites aux femmes, avortement ou le poids de la religion... Fresque sur les travers de l?humanité, "Un livre de martyrs américains" est publié aux éditions Philippe Rey.
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