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EAN : 9782848767567
859 pages
Philippe Rey (05/09/2019)
4.31/5   617 notes
Résumé :
2 novembre 1999. Luther Dunphy prend la route du Centre des femmes d’une petite ville de l’Ohio et tire sur le Dr Augustus Voorhees, l’un des « médecins avorteurs » de l'hôpital.

De façon remarquable, Joyce Carol Oates dévoile les mécanismes qui ont mené à cet acte meurtrier : Luther Dunphy est à la fois un père rongé par la culpabilité et un mari démuni. Pour ne pas sombrer, il se raccroche à son église, où il fait la rencontre décisive du professeur... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (156) Voir plus Ajouter une critique
4,31

sur 617 notes
Avec Un Livre de martyrs américains, Joyce Carol Oates aborde le difficile sujet de l'avortement. Malgré ce droit considéré comme acquis depuis que la médecine a sécurisé les pratiques et la loi précisé les conditions, les choses ne sont pas aussi simples en pratique, et particulièrement aux Etats-Unis, où les groupes religieux sectaires refusent les règles établies par l'état pour s'en remettre à ce qu'ils considèrent comme les lois divines. Et cette opposition de principe se limite pas à des débats internes : manifestations, entrave à l'accueil des femmes dans les centres dédiés, voire meurtres qui visent les médecins « destructeurs de bébés ».

Mais avec Joyce Carol Oates, rien n'est tout blanc ou tout noir.

Le roman débute sur un fait divers : le meurtre d'un médecin gynécologue par un adepte d'une secte anti-avortement. Luther Dunphy abat d'un coup de fusil le Dr Vorhees ainsi que l'homme qui l'accompagnait dans la difficile tâche quotidienne qui consiste à se rendre sur son lieu de travail.

Loin d'opposer le méchant assassin et le vertueux médecin, l'auteure dissèque avec une grande précision l'histoire de ses personnages et tente d'expliquer, sans excuser, le cheminement qui a pu aboutir au drame. Et sans se limiter au couple tueur-victime, elle étend son analyse aux autres membres des deux familles, liées malgré elles par cette brusque rupture dans leur destin. Personne n'est innocent dans l'affaire. Au -delà des convictions, chaque personnage tisse sa propre toile d'araignée.

C'est passionnant, et malgré l'épaisseur du récit, on est captivé d'un bout à l'autre. Difficile de lâcher ce monument, qui allie romanesque et analyse pointue d'une société complexe.


Un excellent cru de l'américaine prolixe.
Lien : https://kittylamouette.blogs..
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Je me demande si mon enthousiasme pour Joyce Carol Oates n'a pas quelque chose d'un tantinet masochiste - franchement, se retrouver dans la tête d'un ultra «pro-life» «soldat de l'Armée de Dieu», assassin d'un médecin pratiquant l'avortement, pour moi, ce n'est pas ce qu'il y a de plus confortable. Mais j'adore cette façon dont Oates sait nous plonger, par-delà nos jugements, en profondeur, dans des intériorités radicalement autres,
faisant s'entrechoquer ou s'entrelacer les visions contrastées et parfois convergentes des membres de ces deux familles américaines, celle du meurtrier et celle de sa victime. Celle du fanatique Luther Dunphy, proche d'organisations chrétiennes d'extrême-droite, contre les aides sociales, contre l'athéisme, l'homosexualité, et surtout bien sûr en guerre contre les «meurtriers avorteurs». Celle du médecin, Gus Voorhees, homme de gauche, humaniste, «champion infatigable» des droits des femmes, «héros féministe» pour les uns, mais pour d'autres «homme profondément malfaisant et amoral», «coupable de massacres de masse à l'égal d'un criminel de guerre nazi ».

Ce qui m'impressionne surtout une fois de plus chez Joyce Carol Oates, c'est cette écriture surpuissante qui s'attaque aussi bien au psychologique qu'au social, au politique, et nous offre une impressionnante peinture de l'Amérique contemporaine avec sa violence, ses clivages, et de l'humanité dans toute sa complexité.
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Le 2 novembre 1999, Luther Dunphy est devant la clinique où ont lieu les avortements. Il braque son fusil sur le docteur Augustus Voorhees et au nom d'un Dieu qui lui parle et lui ordonne, il appuie sur la gâchette et le tue, car Voorhees est un « tueur d'enfants ».
La définition d'un martyr est : « Une personne qui a souffert la mort pour sa foi religieuse, pour une cause à laquelle elle se sacrifie ». En d'autres termes, c'est quelqu'un qui a vécu un calvaire, qui en est mort, juste pour défendre ses convictions, rien de matériel, rien de concret, juste pour des notions irréelles, des certitudes. N'est-ce pas idiot ? Parce qu'une fois mort, que deviennent ces convictions ? Rien. Elles sombrent dans l'oubli et le néant.
Le roman de Joyce Carol Oates, si on peut appeler ça un roman car cette histoire tient plus du reportage que d'une invention, fait l'autopsie du choc provoqué par l'antagonisme des « pro-vie », fou de Dieu, soldats d'une église intégriste, et des « pro-choix », défenseurs de la liberté des femmes à disposer de leur corps. Ces deux monstres se mènent une guerre sans merci qui ne connait qu'une issue fatale, car le raisonnement a cédé la place à un obscurantisme acharné, à une provocation outrancière qui insulte les croyances de l'autre.
L'objectivité des propos de l'auteur ne laisse aucune place à une prise de partie pour l'un ou l'autre camp. Chaque position, chaque conviction de chacun des protagonistes est relatée sans qu'à aucun moment la balance de la justice des hommes ne verse pour l'un ou l'autre, sans l'ombre d'un parti pris. Il y a une évidente sauvagerie dans chacune des attitudes. L'onde de choc et ses conséquences se répercutent même sur les personnes à la périphérie proche ou lointaine de ce conflit.
Cette Amérique des martyrs est celle des gens qui meurent au nom de leurs convictions aveugles et inébranlables.
Avec un style faulknérien et un remarquable talent, Joyce Carol Oates écrit cette histoire qui ne peut que déchainer les passions et dénonce l'aveuglement moyenâgeux d'une société qui a grandi trop vite et seulement jeune de deux ou trois siècles.
Le fait que la question de la légalité de l'avortement se pose encore dans nos sociétés dites évoluées montre bien l'absence de maturité et de recul de ses composants.
Sur un autre plan, une question émerge : et si la mère d'Adolph Hitler avait avorté ? …
Un monument de littérature américaine, traduit par Claude Seban, que je recommande vivement de lire.
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Un livre de martyrs américains est un roman qui s'ouvre sur une déflagration au sens propre du terme, une double déflagration d'ailleurs. Nous sommes le 2 novembre 1999. Luther Dunphy prend la route du Centre des femmes de la petite ville de Muskegee Falls dans l'Ohio et tire sur le Dr Augustus Voorhees, obstétricien et directeur du centre, l'un des « médecins avorteurs » de l'hôpital, le tuant à bout portant, puis il dirige son arme vers l'homme qui se tenait aux côtés du médecin, chargé d'escorter ce dernier, tire, le tuant lui aussi...
Luther Dunphy appartient à ce groupe social qui se désigne sous l'appellation d'Armée de Dieu et qui a ses propres codes. Dès les premières pages nous sommes plongés avec sidération et dans un sentiment de malaise total dans la tête de ce « soldat du Christ », un évangéliste américain, anti-avortement et je reconnais que cela a de quoi décontenancer le lecteur.
Non il n'y aucune erreur dans le propos que je vous relate, je vous assure que l'histoire débute bien en 1999 et non en 1935 ou en 1955. Je crois bien qu'elle pourrait se passer exactement de la même façon en 2024.
Comment comprendre l'Amérique et ses fractures ? Cette Amérique divisée en deux clans sans doute irréconciliables pour longtemps... C'est en effet un récit qui plonge en apnée dans l'Amérique profonde et en même temps à visage ouvert, de plus en plus visible, c'est presque comme une guerre civile... de plus en plus visible est ce creuset de l'ignorance et de la superstition. Suintant de ces zones grises de la société américaine, la manière dont ce fondamentalisme s'incarne, s'enracine, se propage dans une société, quelle qu'elle soit, est juste terrifiante.
Tout au long des 864 pages que compte cet imposant roman choral publié en 2017, Joyce Carol Oates dissèque le débat sur l'avortement qui agite le pays depuis l'arrêt Roe vs Wade en 1973. Ce roman nous plonge dans les affres d'un pays complexe, un texte qui ne l'est pas moins, indispensable peut-être pour mieux comprendre, par exemple, pourquoi la nomination par Donald Trump en 2020 de la juge conservatrice Amy Coney Barrett a tant déchaîné les passions et pourquoi cette nomination préparée dans une intention tactique a entraîné le 24 juin 2022 l'abrogation du droit constitutionnel à l'avortement par la Cour suprême des États-Unis.
Voilà pour le contexte sociopolitique ! le reste, c'est une fiction qui laisse sans répit, à peine une fiction, tant on sent que l'histoire qui nous est racontée ici est empreinte d'une réalité palpable, à fleur de peau, sidérante.
Dès les premières pages, j'ai senti les relents d'une certaine Amérique à plein nez, l'Amérique divisée, l'Amérique cassée en deux, peut-être depuis toujours, depuis qu'elle existe, c'est un portrait sans concession, multidimensionnel d'une Amérique déchirée par ses passions et ses contradictions.
À partir de la première scène fondatrice du roman qui est d'une violence inouïe, j'ai été littéralement emporté dans la suite d'un récit polyphonique intense, malgré mes premières hésitations, malgré l'inconfort des premières pages... La suite du récit, c'est tout d'abord un retour en arrière sur les deux protagonistes, le passé de ces deux hommes, l'un protestant évangélique membre de l'Église missionnaire de Jésus de Saint-Paul, enferré dans l'absolutisme de sa religion, tandis que l'autre, médecin ayant une vision libérale du soin, est un infatigable militant pour le droit des femmes à disposer de leurs corps.
La déflagration sera temporelle, elle va se propager dans les familles respectives des deux protagonistes principaux du roman, plus loin qu'eux, jusqu'à leurs enfants... Ce seront deux familles dévastées, épouses et enfants... Dans les cendres de leurs histoires, surgissent deux filles, les deux filles aînées des deux familles, l'une s'appelle Dawn Murphy et l'autre Naomi Voorhees...
C'est à cet endroit que j'ai totalement été emporté dans le flux de conscience de ces deux personnages féminins. Plus que des flux de conscience, ce sont deux trajectoires que nous sentons brusquement tendues l'une vers l'autre, inexorablement.
C'est sans doute aussi à cet endroit que la qualité narrative de Joyce Carol Oates assène des uppercuts, la manière dont elle s'empare du destin de ces deux jeunes femmes qui ne sont pour rien dans la tragédie survenue mais dont l'existence en sera marquée à jamais. Joyce Carol Oates donne voix à leurs itinéraires chaotiques, la complexité et les contradictions qui animent les personnages de cette histoire cristallisée par la question de l'avortement.
Bien sûr, il est impossible de ne pas entrer en empathie ni en résonance avec certains des personnages de ce roman, mais la force de Joyce Carol Oates est de nous délivrer un récit qui est tout autre chose qu'un pamphlet manichéen contre les anti-avortements et c'est là sans doute la puissance de son propos.
Se retrouver dans la tête d'évangélistes anti-avortement fut dès les premières pages de ce roman une expérience malaisante, mais je n'y ai décelé aucune complaisance de l'autrice envers la cause de ces croisés. Elle nous invite à nous approcher au plus près d'eux, chercher à comprendre leur dessein, plutôt que les juger ou les condamner de manière dogmatique, esquisser tout en nuances les conséquences effroyables de leurs actes. Je n'ai cependant eu aucun doute, Joyce Carol Oates ne cesse de dire en creux où elle se situe : du côté de la liberté de chaque femme à choisir et décider pour elle-même. Cela se lit en filigrane. Ainsi, le roman déploie une forme bien plus subtile qu'un plaidoyer, qu'une charge virulente, qu'un manifeste manichéen. La force romanesque de la fiction est justement pour l'autrice de pouvoir se départir de toute approche morale.
Le fait que Joyce Carol Oates s'affranchit de tout jugement moral lui permet alors d'élargir la portée de son texte à la question plus vaste des passions sacrificielles.
Ainsi, à un moment du roman, un personnage en faveur de l'avortement n'hésite cependant pas à dire cette phrase, qui pourrait peut-être à elle seule révéler la subtilité du propos de l'autrice :
« La seule restriction que j'aurais concernant ce médecin avorteur héroïque, c'est la sanctification absurde qui a suivi sa mort. Cet homme n'est pas un saint, un martyr... c'était un idiot. Il était parfaitement idiot d'agir comme il l'a fait, de pousser aveuglément, témérairement, les ennemis de la rationalité à l' « assassiner » - ce qu'ils font toujours avec plaisir. Ce sont des gens désespérés, des chrétiens fondamentalistes. On ne peut pas s'interposer entre des gens désespérés et leur Dieu : ils vous mettront en pièces. Par définition, un martyr est un idiot. » 
Mais qui sont les véritables martyrs de cette histoire ? Chrétiens-martyrs, médecins-martyrs, épouses-martyres, foetus-martyrs, enfants-martyrs...
Soulevant de manière souterraine et tellurique cette question des passions sacrificielles, Joyce Carol Oates déploie alors l'autre force du récit et laisse son style incroyable porter dans la lumière les déflagrations de l'existence. Elle nous fait entendre des voix multiples, des voix secondaires, tendues, tordues, balbutiantes dans leurs trajectoires abîmées, elle les entremêle dans une narration asymétrique construite en miroir qui se dessine inexorablement d'un versant à l'autre. Ce sont des voix faussement dissonantes, chaotiques, meurtries de désir et de douleur dans leur coeur et leur âme, sacrifiées sur l'autel des passions exclusives et aveugles, chacune à leur façon tente de se révéler dans les décombres des vies qui s'effondrent...
Ce sont des voix cependant éprises à jamais de lumière et c'est dans cet embrasement que le roman de Joyce Carol Oates m'a emporté.
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Je n'avais jamais lu Joyce Carol Oates, une femme de lettres américaine née en 1938, auteure de plusieurs dizaines de romans, auxquels il convient d'ajouter essais, pièces de théâtre, recueils de nouvelles et de poésies. Un livre des martyrs américains est son dernier opus. C'est un roman qui pourrait être le récit d'une histoire vraie, un récit enrichi de témoignages semblant pris sur le vif.

Le livre commence comme un thriller sanglant. En novembre 1999, un individu qui se dit « Soldat de Dieu » raconte en direct son meurtre prémédité d'un homme qu'il qualifie de « médecin avorteur ». Un meurtre qu'il revendique au nom de sa foi religieuse. Il tue en même temps le garde du corps du médecin.

Luther Dunphy est un homme fruste, à l'esprit malade et pervers. Incapable de s'assumer, enfermé dans le déni, il s'est réfugié dans une bigoterie absurde au sein d'une église évangélique radicalisée, comme il en existe de nombreuses aux États-Unis. Des chapelles où l'on fait allégeance à la « Parole de Jésus » et non à la Loi des hommes. Où l'on considère que l'avortement est un assassinat et qu'un médecin avorteur est un tueur en série qu'il convient d'éliminer.

La famille Dunphy est à l'image du père. La mère et les enfants sont arriérés, à la limite de la débilité. Vivant dans la crasse et le désordre, ils sont manipulés par un environnement de bigots qui élèveront leur père au rang de héros, et plus tard, de martyr.

La cible du tueur, le docteur Augustus (ou Gus) Vorhees, était un médecin obstétricien laïque aux idées progressistes, convaincu du droit des femmes à disposer librement de leur corps. A l'écoute de celles qui, pour une raison ou pour une autre, se refusaient à mettre au monde un enfant non désiré, il pratiquait des avortements depuis des années. Lors de sa mort, il exerçait dans le centre spécialisé d'une petite ville du Midwest américain, dans un contexte ayant légalisé l'interruption de grossesse.

La disparition du mari et du père provoque un cataclysme dans la famille Vorhees. Les enfants découvrent que l'engagement de Gus l'exposait à des menaces qu'il connaissait, qu'il assumait en toute conscience et qui faisaient vivre sa femme dans l'angoisse. Leur reste le sentiment d'avoir été abandonnés par leur père au profit de ses convictions. Ou de ses ambitions.

Les deux familles vont suivre, chacune de son côté, la longue procédure judiciaire qui conduira Luther Dunphy dans le couloir de la mort. Deux personnages principaux émergent peu à peu : les filles cadettes des deux familles, Dawn Dunphy et Naomi Vorhees. Leurs profils s'opposent, mais elles sont toutes les deux anéanties par l'acte du début et par ses prolongements. A mon étonnement, j'ai été captivé par l'évolution et le parcours de ces deux jeunes filles, puis jeunes femmes, jusqu'à l'inattendue et émouvante fin concoctée par l'auteure, douze ans après le meurtre… le talent d'une romancière !

Pour attester d'une complexité difficile à assumer par les uns et par les autres, l'auteure n'hésite pas à prendre du recul et à peindre dans toute sa largeur une société américaine en butte à de nombreux problèmes sociaux et sociétaux, parmi lesquels le racisme et l'intolérance dans le pays profond, périphérique et rural. Les paradoxes ne manquent pas, notamment le constat que les conservateurs « pro-vie », hostiles à l'avortement, sont de fervents partisans de la peine de mort, à laquelle les progressistes « pro-choix », sont opposés par conviction.

Finalement qui sont les martyrs ? A l'approche de son exécution, Luther Dunphy se voit en martyr au service de Jésus. C'est aussi en martyr que l'érigent ceux qui le soutiennent. On est dans la même logique monstrueuse que celle des islamistes radicalisés qui tuent au nom d'Allah. le docteur Vorhees pourrait être considéré comme un martyr de la lutte pour la libération de la femme. Et que dire des enfants dont les pères ont sacrifié l'équilibre, au profit d'une cause qui leur paraissait essentielle et qui ne comptait peut-être que pour leur propre ego ?

Le martyr n'est qu'un « idiot suicidaire », selon un personnage apparaissant dans la seconde partie du livre. A chacun d'en penser ce qu'il croit bon.

L'écriture de Joyce Carol Oates est ample, déliée, le ton est vivant, varié, adapté aux narrateurs auxquels elle prête sa plume. Des passages en italique lui permettent de mettre en perspective plusieurs narrations, plusieurs moments, plusieurs points de vue. On sent que les mots lui viennent facilement, trop facilement peut-être, inspirant quelques redondances, quelques détails en trop, quelques longueurs. Fallait-il huit cent cinquante pages ?

Lien : http://cavamieuxenlecrivant...
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critiques presse (9)
SudOuestPresse
10 novembre 2020
Tout au long des 864 pages de cet imposant roman choral publié en 2017, Joyce Carol Oates dissèque le débat sur l’avortement qui agite le pays depuis l’arrêt Roe vs Wade en 1973.
Lire la critique sur le site : SudOuestPresse
Bibliobs
21 novembre 2019
Dans « Un livre de martyrs américains », la romancière de « Blonde » consacre 850 pages à l’assassinat d’un médecin par un fou de Dieu. C’est virtuose, mais long. Très long.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
LaPresse
12 novembre 2019
L’autrice décrit avec beaucoup de nuances les motivations des deux camps. Elle réussit à montrer de l’intérieur les répercussions de cet assassinat sur les deux dynamiques familiales. Ses personnages sont riches et leurs émotions, profondes. Enfin, elle installe une tension qui nous tient en haleine tout au long du roman.
Lire la critique sur le site : LaPresse
LeDevoir
04 novembre 2019
Lançant un profond coup de sonde au cœur de la société américaine d’aujourd’hui, Joyce Carol Oates nous donne ici un livre puissant, un peu torrentiel comme c’est souvent le cas chez elle, mais totalement immergé dans la nuance.
Lire la critique sur le site : LeDevoir
Telerama
17 octobre 2019
Dans son dernier roman “Un livre de martyrs américains”, fresque polyphonique de huit cents pages, Joyce Carol Oates ausculte la société américaine à l’aune de ses divisions sur l’avortement.
Lire la critique sur le site : Telerama
LePoint
16 octobre 2019
Ce roman est à lire au moment où la guerre de l'avortement divise plus que jamais les États-Unis et où Trump reste le porte-parole de tous les Dunphy, de tous les sans-voix surarmés. Il dit l'Amérique telle qu'elle est, malade.
Lire la critique sur le site : LePoint
Liberation
07 octobre 2019
Un livre de martyrs américains cristallise quelque chose d’intime, de littéraire, de politique et de furieusement contemporain (depuis quelques mois, les opposants à l’IVG gagnent du terrain aux Etats-Unis).
Lire la critique sur le site : Liberation
LaLibreBelgique
27 septembre 2019
A 81 ans, la grande romancière américaine qui distille à jets continus de nouveaux livres, nous offre un roman magistral. Aussi énorme par son contenu que par son volume (860 pages !), riche comme un torrent qui nous submerge.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
LeMonde
10 septembre 2019
A la fin des années 1990, en Ohio, un médecin pratiquant des avortements est assassiné par un fanatique chrétien. C’est le point de départ d’un splendide roman où l’écrivaine brosse un portrait saisissant de ces Etats-Unis épuisés de rancœur.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (128) Voir plus Ajouter une citation
Elle ne pouvait aimer personne. Elle percevait toujours les autres à travers une sorte d’écran. Elle était préoccupée, dissimulée. Ce qui comptait le plus pour elle ne pouvait être partagé avec personne, c’était une sorte de maladie honteuse dont elle n’osait pas parler.
Elle avait toutefois appris à contrefaire l’« amour », l’« amitié »… jusqu’à un certain point. Habilement, elle s’était créé une personnalité à l’intérieur de laquelle elle pouvait vivre, comme elle aurait pu assembler un patchwork de pièces colorées et disparates, éblouissant l’œil.
À moins que ce ne fût un masque de marionnette ? Elle, en tout cas, était quelque part à l’intérieur, cachée.
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Comme la plupart des filles, elle avait été entraînée à sourire dès l'enfance. Sourire à vos aînés, à ceux qui ont autorité sur vous. Sourire quand vous avez peur. Sourire quand vous n'arrivez pas à entendre tout à fait ce qu'on vous dit. Sourire pour vous montrer douce, docile, coopérative, suprêmement bien élevée, "bonne". Sourire aux hommes.
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La seule restriction que j'aurais concernant ce médecin avorteur héroïque, c'est la sanctification absurde qui a suivi sa mort. Cet homme n'est pas un saint, un martyr... c'était un idiot. Il était parfaitement idiot d'agir comme il l'a fait, de pousser aveuglément, témérairement, les ennemis de la rationalité à l'"assassiner" - ce qu'ils font toujours avec plaisir. Ce sont des gens désespérés, des chrétiens fondamentalistes. On ne peut pas s'interposer entre des gens désespérés et leur Dieu : ils vous mettront en pièces. Par définition, un martyr est un idiot.
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Comme la plupart des filles, elle avait été entraînée à sourire dès l'enfance. Sourire à vos aînés, à ceux qui ont autorité sur vous. Sourire quand vous avez peur. Sourire quand vous n'arrivez pas à entendre tout à fait ce qu'on vous dit. Sourire pour vous montrer douce, docile, coopérative, suprêmement bien élevée, "bonne". Sourire aux hommes.
Comme un exercice d'équilibre à la poutre, au cours de gymnastique. Vous vous déplacez avec une concentration et des précautions infinies pour ne pas "perdre" l'équilibre et ne pas vous écraser honteusement sur le plancher du gymnase.
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Papa disait donc, pas à Maman (qui n'était pas venue marcher avec nous, et était restée à la table de pique-nique avec sa machine à écrire), mais à nous, qu'il n'y avait pas de "mal", mais qu'il y avait un "paradis", à condition de se souvenir que le "paradis" n'était rien d'extraordinaire ni d'étonnant; peut-être simplement une promenade le long du rivage, un jour venteux de la fin septembre; rien de mémorable en soi, mais si vous vos rappelez que nous l'avons faite, que nous étions ici ensemble, que nous nous sommes arrêtés pour déjeuner à Bay Point, que même si ce n'était pas le déjeuner du siècle nous étions ensemble, tous les cinq, quoi qu'il puisse arriver par la suite ... Ça, c'est le "paradis", Compris, les gosses?
D'accord, Papa, avions-nous dit. Nous étions gênés quand Papa nous parlait comme à des adultes, trop "sérieusement".
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Après seize ans de négociations, le réalisateur Stig Björkman a convaincu Joyce Carol Oates, 85 ans, de lui ouvrir les portes de son univers. Portrait sensible de l’immense romancière, inlassable exploratrice de la psyché noire de l'Amérique.
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