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Marc Mécréant (Traducteur)
EAN : 9782070425532
105 pages
Gallimard (02/10/2002)
3.62/5   195 notes
Résumé :
Première édition : 1958.

En pleine guerre, un avion américain s'écrase dans les montagnes japonaises. Le rescapé est aussitôt fait prisonnier par les villageois. Or il est noir...

Aux yeux du jeune enfant naïf et émerveillé qui raconte cet épisode, sa nationalité, sa race, sa langue n'en font pas un étranger on un ennemi, mais une simple bête dont il faut s'occuper.

Un extraordinaire récit classique, une parabole qui déno... >Voir plus
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Gibier d'élevage est un court récit de Kenzaburo Oé, qui valut à l'auteur de recevoir en 1958 le prix Akutagawa, équivalent de notre prix Goncourt. Kenzaburo Oé a par ailleurs été récompensé du prix Nobel de littérature en 1994. Cette lecture est pour ma première incursion dans son univers littéraire.
Et quelle incursion ! J'en suis encore rudement retourné.
Le récit est ramassé dans une chronique de guerre presque ordinaire.
Nous sommes au Japon, durant la seconde guerre mondiale. Un avion américain s'écrase dans les montagnes japonaises. le rescapé est aussitôt fait prisonnier par les villageois. Or il est noir...
Au tout début, les villageois ne savent pas trop que faire de ce captif. Ils s'en retournent vers le chef du village qui s'enquiert auprès de l'autorité préfectorale du territoire. Bon, vous savez, au Japon comme ici et en plus à cette époque-là et en temps de guerre, bref... Les villageois finissent par poser leur propre loi : détenir le prisonnier selon les conditions qui leur conviennent en attendant que la guerre s'achève...
L'épisode qui nous est livré ici est raconté à la hauteur d'un enfant et cela n'est pas anodin dans la force du propos mais aussi dans le malaise qui résulte de cette lecture. le narrateur, c'est l'enfant d'un des hommes du village qui a capturé le prisonnier, chargé de nourrir celui-ci et d'enlever ses déjections.
L'homme, le prisonnier, parfois on l'appelle le Noir ou le nègre ou le captif, on ne s'enquiert jamais de son nom, celui qu'il portait avant de chuter ici, avant que d'être réduit à ce que les villageois vont décider de faire de lui : une bête, un animal domestique, domestiqué, le réduire à cela, le cantonner à cela car on ne sait jamais l'animal sauvage peut à chaque instant surgir... On n'en oublierait presque qu'il fut un soldat ennemi, cela ne compte plus désormais, il devient peu à peu étranger à toute humanité et c'est terrifiant.
L'écriture est une prouesse littéraire et contribue à porter un récit extraordinaire dans sa densité, sa sauvagerie, sa capacité effroyable à dénoncer la folie et la bêtise humaine. Son acuité, sa pertinence à venir fouiller les tréfonds de notre âme.
Vu à la hauteur d'un enfant, cet enfant du récit, il existe encore en lui l'hésitation d'un regard, la naïveté de l'étonnement, l'émerveillement, la tentative d'une complicité avec celui qui est étranger, différent... Mais il y a aussi le poids de la paternité, de la parole officielle, celle qui conditionne... Mais il y aussi une sorte de méchanceté naïve, enfantine... La puissance narrative, aidée d'une construction subtile du récit, nous plonge de manière troublante dans son esprit et rend totalement inconfortable la lecture.
L'homme prisonnier est réduit à l'état d'animal, il n'a pas le choix il accepte son sort docilement.
Le récit est traversé de scènes parfois cocasses, peuplées d'enfants qui s'amusent comme on s'amuse avec un animal qu'on apprivoise peu à peu.
De cette tendresse qui existe, qui naît parmi les gestes fraternels des enfants, on se dit qu'il va se passer quelque chose, on guette l'humanité qui pourrait jaillir comme une source au hasard d'un chemin...
J'y ai lu la force d'une parabole intemporelle, celle qui dit la bestialité qui gît dans l'humanité, cette humanité qui hésite encore à grandir dans les yeux étonnés de l'enfance...
C'est une lecture difficile, éprouvante, parfois dérangeante, d'un texte superbe, celui d'un grand auteur.
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Voici une longue nouvelle de Kenzaburo Oé...nouvelle qui a reçu le prix Akutagawa en 1958, l'équivalent du Goncourt japonais.

Le résultat est là, car en une petite centaine de pages de gros caractères d'une histoire en apparence très simple, l'auteur nous amène à réfléchir sur différentes thématiques touchant à la conscience humaine.

Pendant la guerre, un avion américain s'écrase dans la nature japonaise. Son occupant est un soldat noir, qui va aussitôt être prisonnier des habitants du village proche. En attendant les ordres de l'administration sur la conduite à tenir, on le fait croupir comme une bête dans une cave. Mais bientôt, devant l'attentisme des adultes, les enfants du village, dont le narrateur, vont s'occuper de lui...

Cette nouvelle est une réussite du genre, concentrant en seulement quelques dizaines de pages la progression dramatique, réservant des coups de théâtre, traduisant remarquablement les sentiments ambivalents de l'enfant narrateur et de ses amis et leur perception de ce Noir, à leurs yeux homme-animal (on le nourrit, on joue avec, on le scrute sous toutes les coutures, y compris lorsqu'il fait ses besoins...).

Dans leurs yeux, leurs paroles, leurs actes, on découvre la curiosité, la peur, la haine, la pitié, et évidemment la xénophobie, l'acceptation de l'Etranger dans la mentalité japonaise n'allant pas de soi et faisant question de manière constante.

Mais Oé est subtil (pas prix nobel de littérature pour rien !), l'enchevêtrement des thèmes forge une oeuvre plus complexe et moins monolithique qu'il n'y paraît, qui interroge sur la nature de l'Homme, ce qui le différencie de l'animal...

On voit poindre également chez l'enfant les notions de découverte du corps, de la sensualité, de la sexualité, qui lorsqu'il s'agit d'un autre homme, qu'on perçoit quasi comme une belle bête, créent une forme de trouble pervers.

Ce texte riche et superbement écrit sans pour autant céder aux artifices, prend finalement l'allure d'un récit initiatique et philosophique, et d'une dénonciation de la folie et de la bêtise humaine.
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Un village isolé dans les montagnes japonaises. Des hommes rudes, pauvres, peu éduqués. Une vie quasi autarcique, quelques incursions dans la vallée, peu de contacts avec l'extérieur. Et au loin, la guerre. Une guerre qui va s'immiscer dans le quotidien de ces gens simples et ignorants en la personne d'un aviateur américain dont l'avion est tombé dans les montagnes. Un américain, oui, mais pas vraiment un ennemi. Un noir. Un animal. Enchaîné, jeté au fond d'une cave, observé, surveillé, puis finalement confié aux enfants, apprivoisé comme un animal domestique. Et la guerre s'éloigne à nouveau devant un quotidien embelli par cette présence exotique. Jusqu'au jour où les autorités prennent enfin une décision. le prisonnier se rebelle, redevient l'ennemi à abattre.

C'est par la voix d'un des enfants que Kenzaburô Ôé raconte cette rencontre incongrue entre des montagnards japonais et un pilote américain noir. Leur premier noir. La frayeur, la curiosité, l'admiration, l'attachement. le bonheur de posséder un si bel animal. Aucune communication n'est possible, ni même envisagée, mais des moments sont partagés, des liens se créent. Et pourtant...Quand l'ignorance, la bêtise, la folie s'en mêlent...Le noir s'est plié aux traitements imposés par les villageois, il a partagé les jeux des enfants, a accepté son statut d'animal de compagnie. Mais quand il résiste, c'est la mort qui l'attend. Comme une bête rétive et dangereuse qu'on abat quand elle se retourne contre son maître.
Court roman ou longue nouvelle, Gibier d'élevage est une dénonciation de la folie humaine, de la violence née de l'ignorance. Une lecture dérangeante mais nécessaire.
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Un petit roman d'une centaine de page, un récit classique de la littérature japonaise qui a valu à son auteur en 1958 le prix littéraire Akutagawa, très convoité au pays du soleil levant.
L'action se déroule dans une vallée étroite et isolée, dans un petit village à peu près complètement coupé de la « ville » voisine située à flanc de montagne. Les villageois ont une vie rude, ils se trouvent placés loin de l'animation et de la folie du monde et ignorent pratiquement tout de la guerre. le narrateur, un des enfants du village, vit chichement avec son frère et son père. Il est occupé aux jeux de son âge pendant l'été. Quand un jour un avion ennemi s'écrase dans la forêt proche et que les villageois font prisonnier l'aviateur noir américain rescapé, la guerre perd son caractère d'abstraction. Petit à petit des relations se nouent entre les enfants et ce prisonnier. Les enfants, émerveillés et fascinés, en deviennent responsables et s'occupent de lui comme ils le feraient d'un animal sauvage. Sa race, sa langue, sa nationalité, inconnues d'eux les amènent à le considérer comme une simple bête. L'auteur accentue d'ailleurs cet aspect du récit en donnant des descriptions corporelles très crues et en mettant l'accent sur les fonctions vitales des personnages et en particulier du prisonnier.
Le récit et son dénouement montrent de manière magistrale la bêtise humaine, la folie, la violence et la barbarie qui peuvent naître de l'incompréhension et de l'ignorance.
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« La guerre, à présent disgracieuse dans sa majesté de légende trop longtemps entretenue, vomissait un air croupi. » le ciel d'un village reculé du Japon est depuis récemment traversé par des avions ennemis, et aux yeux du jeune narrateur de cette histoire, ils ne sont que des oiseaux d'une espèce rare. L'école étant fermée, le garçonnet, son frère cadet et leur ami Bec-de-Lièvre s'occupent comme ils peuvent, cherchant des os de bel aspect dans le crématorium de fortune de la vallée, ou chassant le chien sauvage. Lorsqu'un avion américain s'écrase non loin de là dans la montagne et qu'un rescapé est fait prisonnier par les villageois, c'est tout autant une calamité qu'une attraction qui remue la vallée, d'autant plus que cet homme est noir. Incapable de prendre en charge ce prisonnier, l'administration japonaise désorganisée le laisse aux soins des villageois. Pour l'enfant narrateur qui n'a jamais vu un être aussi bien bâti et d'une telle carnation, ce n'est ni un ennemi ni même un homme, mais une bête étrange qu'il faut nourrir et surveiller, peut-être même apprivoiser.

Dans ce court roman d'une centaine de pages, c'est au travers du regard d'un jeune garçon que nous voyons ce prisonnier noir, d'abord abattu et apathique, puis étrangement docile et coopératif, devenant même pour les enfants ébahis de naïveté et d'émerveillement « une sorte de magnifique animal domestique, une bête géniale ». Mais au fur et à mesure que l'été de canicule avance, tandis que la préfecture tarde à donner ses instructions, le lecteur sent enfler quelque chose qui relève du drame, un événement qui changera le regard de notre jeune narrateur sur le monde des adultes.

Kenzaburô Ôé a été récompensé pour cet ouvrage en 1958 par le prix Akutagawa, l'équivalent de notre Goncourt. Sa concision et le prisme enfantin par lequel cet épisode de la guerre du Pacifique est raconté sont remarquables. Cette histoire illustre tout autant la cruauté que l'absurdité d'un conflit qui verse dans le marasme. Une adaptation cinématographique de ce roman a été réalisée en 1961 par Nagisa Oshima sous le titre « Une bête à nourrir » (飼育, Shiiku).
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Citations et extraits (25) Voir plus Ajouter une citation
Nous étions, mon frère cadet et moi, en train de fouiller avec des bouts de bois dans la terre molle, qui empestait la graisse et la cendre, du crématorium de la vallée - un crématorium de fortune et des plus sommaire : simple fosse presque à fleur de terre dans une clairière dégagée au milieu d'une épaisse végétation d'arbrisseaux. Déjà la brume du crépuscule, aussi froide que les eaux souterraines qui sourdent dans les bois, emplissait le fond de la vallée ; mais sur la maison que nous habitions, sur le petit village groupé autour de la route empierrée, à flanc de coteau, descendait doucement une lumière couleur de raisin pourpre. Je me redressai, tandis qu'un bâillement sans énergie distendait ma cavité buccale. Mon frère aussi se redressa, bâilla et me sourit.
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- On ne pourrait pas continuer à le garder comme ça au village ? dis-je. Est-ce que tu le crois dangereux.
Ma question se heurta à un mutisme délibéré. Je revécus intérieurement ma surprise et mon effroi de la veille au soir, quand on avait ramené le nègre au village. Que pouvait-il faire, à cette heure, dans sa cave ? S’il s’échappait de son trou, massacrait tous les habitants et les chiens du village, et mettait le feu aux maisons ? Un frisson de terreur parcourut tout mon corps, et je m’efforçai de ne plus penser à cela.
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Je grelottais. Mordillant mes lèvres parcheminées qui faisaient un léger bruit d'élytres, je regardai intensément chacune des pierres de la route; d'abord voilées d'une patine légèrement dorée qui intensément prit du corps, elles glissèrent à un ton pourpre oppressant, simple frange au départ qui gagna toute la surface; enfin elles s'engloutirent dans une faible lumière violette sans transparence. De temps à autre mes lèvres crevassées se mouillaient de larmes salines qui provoquaient une douloureuse sensation de brûlure.
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Ce noir était à nos yeux une sorte de magnifique animal domestique, une bête géniale.
Mais comment pourrais-je donner une idée de l'adoration que nous avions pour lui? des éclats de soleil sur nos peaux lourdes et ruisselantes en ce lointain après-midi d'un été resplendissant? des ombres épaisses sur les dalles de pierre? de l'odeur de nos corps et de celui du Noir? des voix rauques de joie?
Comment dire la plénitude, et le rythme, de tout cela
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Nous riions au point de ne plus pouvoir tenir sur nos jambes ; tant et si bien que nous finîmes par nous écrouler par terre, épuisés. Tellement épuisés qu'en nos malléables cervelles s'insinua la mélancolie. Ce noir était à nos yeux une sorte de magnifique animal domestique, une bête géniale. Mais comment pourrais-je donner une idée de l'adoration que nous avions pour lui ? des éclats de soleil sur nos peaux lourdes et ruisselantes en ce lointain après-midi d'été resplendissant ? des ombres épaisses sur les dalles de pierre ? de l'odeur de nos corps et de celui du noir ? des voix rauques de joie ? Comment dire la plénitude, et le rythme, de tout cela ?
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