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Marc Mécréant (Traducteur)
EAN : 9782070425532
105 pages
Éditeur : Gallimard (02/10/2002)

Note moyenne : 3.69/5 (sur 132 notes)
Résumé :
En pleine guerre, un avion américain s'écrase dans les montagnes japonaises. Le rescapé est aussitôt fait prisonnier par les villageois. Or il est noir...

Aux yeux du jeune enfant naïf et émerveillé qui raconte cet épisode, sa nationalité, sa race, sa langue n'en font pas un étranger on un ennemi, mais une simple bête dont il faut s'occuper.

Un extraordinaire récit classique, une parabole qui dénonce la folie et la bêtise humaines.
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Critiques, Analyses et Avis (27) Voir plus Ajouter une critique
Osmanthe
  15 juillet 2015
Voici une longue nouvelle de Kenzaburo Oé...nouvelle qui a reçu le prix Akutagawa en 1958, l'équivalent du Goncourt japonais.
Le résultat est là, car en une petite centaine de pages de gros caractères d'une histoire en apparence très simple, l'auteur nous amène à réfléchir sur différentes thématiques touchant à la conscience humaine.
Pendant la guerre, un avion américain s'écrase dans la nature japonaise. Son occupant est un soldat noir, qui va aussitôt être prisonnier des habitants du village proche. En attendant les ordres de l'administration sur la conduite à tenir, on le fait croupir comme une bête dans une cave. Mais bientôt, devant l'attentisme des adultes, les enfants du village, dont le narrateur, vont s'occuper de lui...
Cette nouvelle est une réussite du genre, concentrant en seulement quelques dizaines de pages la progression dramatique, réservant des coups de théâtre, traduisant remarquablement les sentiments ambivalents de l'enfant narrateur et de ses amis et leur perception de ce Noir, à leurs yeux homme-animal (on le nourrit, on joue avec, on le scrute sous toutes les coutures, y compris lorsqu'il fait ses besoins...).
Dans leurs yeux, leurs paroles, leurs actes, on découvre la curiosité, la peur, la haine, la pitié, et évidemment la xénophobie, l'acceptation de l'Etranger dans la mentalité japonaise n'allant pas de soi et faisant question de manière constante.
Mais Oé est subtil (pas prix nobel de littérature pour rien !), l'enchevêtrement des thèmes forge une oeuvre plus complexe et moins monolithique qu'il n'y paraît, qui interroge sur la nature de l'Homme, ce qui le différencie de l'animal...
On voit poindre également chez l'enfant les notions de découverte du corps, de la sensualité, de la sexualité, qui lorsqu'il s'agit d'un autre homme, qu'on perçoit quasi comme une belle bête, créent une forme de trouble pervers.
Ce texte riche et superbement écrit sans pour autant céder aux artifices, prend finalement l'allure d'un récit initiatique et philosophique, et d'une dénonciation de la folie et de la bêtise humaine.
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sandrine57
  03 février 2018
Un village isolé dans les montagnes japonaises. Des hommes rudes, pauvres, peu éduqués. Une vie quasi autarcique, quelques incursions dans la vallée, peu de contacts avec l'extérieur. Et au loin, la guerre. Une guerre qui va s'immiscer dans le quotidien de ces gens simples et ignorants en la personne d'un aviateur américain dont l'avion est tombé dans les montagnes. Un américain, oui, mais pas vraiment un ennemi. Un noir. Un animal. Enchaîné, jeté au fond d'une cave, observé, surveillé, puis finalement confié aux enfants, apprivoisé comme un animal domestique. Et la guerre s'éloigne à nouveau devant un quotidien embelli par cette présence exotique. Jusqu'au jour où les autorités prennent enfin une décision. le prisonnier se rebelle, redevient l'ennemi à abattre.
C'est par la voix d'un des enfants que Kenzaburô Ôé raconte cette rencontre incongrue entre des montagnards japonais et un pilote américain noir. Leur premier noir. La frayeur, la curiosité, l'admiration, l'attachement. le bonheur de posséder un si bel animal. Aucune communication n'est possible, ni même envisagée, mais des moments sont partagés, des liens se créent. Et pourtant...Quand l'ignorance, la bêtise, la folie s'en mêlent...Le noir s'est plié aux traitements imposés par les villageois, il a partagé les jeux des enfants, a accepté son statut d'animal de compagnie. Mais quand il résiste, c'est la mort qui l'attend. Comme une bête rétive et dangereuse qu'on abat quand elle se retourne contre son maître.
Court roman ou longue nouvelle, Gibier d'élevage est une dénonciation de la folie humaine, de la violence née de l'ignorance. Une lecture dérangeante mais nécessaire.
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MahaDee
  08 mars 2017
Un petit roman d'une centaine de page, un récit classique de la littérature japonaise qui a valu à son auteur en 1958 le prix littéraire Akutagawa, très convoité au pays du soleil levant.
L'action se déroule dans une vallée étroite et isolée, dans un petit village à peu près complètement coupé de la « ville » voisine située à flanc de montagne. Les villageois ont une vie rude, ils se trouvent placés loin de l'animation et de la folie du monde et ignorent pratiquement tout de la guerre. le narrateur, un des enfants du village, vit chichement avec son frère et son père. Il est occupé aux jeux de son âge pendant l'été. Quand un jour un avion ennemi s'écrase dans la forêt proche et que les villageois font prisonnier l'aviateur noir américain rescapé, la guerre perd son caractère d'abstraction. Petit à petit des relations se nouent entre les enfants et ce prisonnier. Les enfants, émerveillés et fascinés, en deviennent responsables et s'occupent de lui comme ils le feraient d'un animal sauvage. Sa race, sa langue, sa nationalité, inconnues d'eux les amènent à le considérer comme une simple bête. L'auteur accentue d'ailleurs cet aspect du récit en donnant des descriptions corporelles très crues et en mettant l'accent sur les fonctions vitales des personnages et en particulier du prisonnier.
Le récit et son dénouement montrent de manière magistrale la bêtise humaine, la folie, la violence et la barbarie qui peuvent naître de l'incompréhension et de l'ignorance.
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PetiteBalabolka
  25 octobre 2015
Connaissez-vous le prix Akutagawa ?
Pour ma part, je ne connais son existence que depuis quelques jours, depuis que mon libraire m'a orientée vers ce livre de Kenzaburô Ôé (découverte de l'auteur également).
C'est l'équivalent du prix Goncourt au Japon. L'auteur l'a reçu pour Gibier d'élevage en 1958. Un livre qui avec moins de 100 pages ressemble presque à une nouvelle, ce qui m'a amené à me demander si le Goncourt avait déjà récompensé un livre de format court. Quantité ne fait pas qualité, c'est certain mais bon, je m'interroge...
Je ne lis que très rarement des livres d'auteurs asiatiques car je crains de ne pas avoir les références culturelles pour les comprendre. Ce n'est pas le cas avec celui-ci qui aborde des thèmes assez universels et notamment celui de la différence, de l'altérité.
Le récit se déroule au Japon au cours de la Seconde guerre mondiale. La guerre semble lointaine pour les habitants de ce "village de défricheurs" perdu dans la montagne, coupé de la ville par des chemins devenus impraticables en raison de pluies torrentielles. L'école a été fermée, les enfants s'ennuient tandis que les parents s'occupent des champs ou partent chasser comme le père du personnage principal dont on ne saura pas le nom. On comprend qu'il est entre l'enfance et l'adolescence et qu'il doit veiller sur son frère plus jeune pendant les longues journées de chasse du père. Il doit aussi s'affirmer face à Bec-de-Lièvre, un petit dur qui impose sa loi à tous les enfants.
Un jour, un avion américain atterrit dans la montagne et les hommes du village partent à la recherche de l'équipage ennemi. Ils reviennent avec un seul captif, un soldat américain à la peau noire. Les villageois ne savent que faire de ce prisonnier. Un fonctionnaire de la ville, contacté avec difficulté explique qu'il faut attendre les ordres de la préfecture. Les enfants sont effrayés par cet homme si différent, les adultes, quant à eux ne sont guère rassurés mais il faut cependant veiller à son approvisionnement. C'est finalement au fils du chasseur que l'on confie cette mission, le prisonnier étant enfermé dans la cave de la resserre communautaire où sa famille et lui habitent. Avec les jours qui passent, la mission d'abord sous surveillance des adultes devient le monopole des enfants, notre héros, son jeune frère et l'inévitable Bec-de-Lièvre qui monnaye ferme l'accès au soupirail permettant d'apercevoir le captif, véritable sujet de curiosité, de peur et de fascination pour les enfants. Sans méchanceté particulière (du moins, le considèrent-ils ainsi), les enfants le traitent comme un animal (oui, je me doute que ça peut choquer mais ils emploient le même terme pour les citadins), un animal superbe qu'il faut apprivoiser. Dis comme ça, c'est un peu réducteur. Pourtant, le titre interpelle bien sur une forme d'animalité mais peut-être est-ce une manière pour ces enfants naïfs et frustres de gérer l'altérité, de l'apprivoiser pour en avoir moins peur ? C'est certainement extrêmement maladroit mais pour autant la vraie cruauté ne viendra pas d'eux.
Un récit qui questionne assez habilement des thèmes nombreux comme ceux de l'humanité ou de la bestialité, de la différence, du racisme, des rapports de confiance ou de défiance et qui fait aussi la part belle à l'évocation des sens. Pas bien volumineux mais assez ambitieux en somme.
Lien : http://leschroniquesdepetite..
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Iansougourmer
  21 janvier 2013
Gibier d'élevage (prix Akutagawa ) est un court roman réussi de l'excellent Kenzabûro Ôé. Durant la seconde guerre mondiale, un avion s'écrase près d'un village dans une région montagneuse et reculée du Japon. Après une battue, l'aviateur est fait prisonnier par les villageois, qui reçoivent l'ordre de le garder captif au village. Seulement, l'aviateur est noir, ce qui amène les villageois à le traiter comme une bête , sous le regard intrigué des enfants et en particulier celui du narrateur qui va tenter de l'apprivoiser.
Ce roman est intéressant car il traite, comme souvent dans l'oeuvre d'Ôé, de l'ignorance de l'autre et de la violence des êtres humains les uns envers les autres avec beaucoup de lucidité et d'intelligence. En effet, s'il est peu étonnant de voir les mauvais traitements que font subir les adultes du village au noir, comportement imputable aux préjugés de montagnards frustres et illettrés, il est beaucoup plus troublant de voir la manière dont les enfants considèrent le prisonnier comme un animal exotique qu'il leur faut apprivoiser, et même si le soldat a les mêmes besoins qu les autres hommes du village, chacun de ses gestes paraissent extraordinaires aux yeux des enfants. Peu à peu, le prisonnier semble se plier à son statut d'animal en cage, devenant même le loisir préféré du narrateur qui craint que les adultes le lui retirent. Cependant Ôé nous fait passer un message en montrant que même quand on veut faire de lui un animal, l'homme conserve la flamme irréductible de son humanité : la révolte du soldat qui se dresse finalement contre les villageois et préfère affronter la mort plutôt que de rester soumis aux villageois en est le symbole. Ce beau message de résistance est portée par le style élégant de l'écrivain et par les belles descriptions de l'auteur qui dépeint une nature hostile à des hommes qui mènent une vie assez démunie et se montrent durs dans leurs comportements comme dans leurs sentiments.
Au final un bon cru, même s'il n'est pas le meilleur, de Kenzabûro Ôé. A lire !
PS : dans la même veine, on peut lire Arrachez les bourgeons, tirez sur les enfants, toujours de Ôé.
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Citations et extraits (22) Voir plus Ajouter une citation
MahaDeeMahaDee   08 mars 2017
Nous étions, mon frère cadet et moi, en train de fouiller avec des bouts de bois dans la terre molle, qui empestait la graisse et la cendre, du crématorium de la vallée - un crématorium de fortune et des plus sommaire : simple fosse presque à fleur de terre dans une clairière dégagée au milieu d'une épaisse végétation d'arbrisseaux. Déjà la brume du crépuscule, aussi froide que les eaux souterraines qui sourdent dans les bois, emplissait le fond de la vallée ; mais sur la maison que nous habitions, sur le petit village groupé autour de la route empierrée, à flanc de coteau, descendait doucement une lumière couleur de raisin pourpre. Je me redressai, tandis qu'un bâillement sans énergie distendait ma cavité buccale. Mon frère aussi se redressa, bâilla et me sourit.
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le_Bisonle_Bison   15 mars 2012
- On ne pourrait pas continuer à le garder comme ça au village ? dis-je. Est-ce que tu le crois dangereux.
Ma question se heurta à un mutisme délibéré. Je revécus intérieurement ma surprise et mon effroi de la veille au soir, quand on avait ramené le nègre au village. Que pouvait-il faire, à cette heure, dans sa cave ? S’il s’échappait de son trou, massacrait tous les habitants et les chiens du village, et mettait le feu aux maisons ? Un frisson de terreur parcourut tout mon corps, et je m’efforçai de ne plus penser à cela.
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OsmantheOsmanthe   15 juillet 2015
Je grelottais. Mordillant mes lèvres parcheminées qui faisaient un léger bruit d'élytres, je regardai intensément chacune des pierres de la route; d'abord voilées d'une patine légèrement dorée qui intensément prit du corps, elles glissèrent à un ton pourpre oppressant, simple frange au départ qui gagna toute la surface; enfin elles s'engloutirent dans une faible lumière violette sans transparence. De temps à autre mes lèvres crevassées se mouillaient de larmes salines qui provoquaient une douloureuse sensation de brûlure.
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bodibodi   17 février 2013
Ce noir était à nos yeux une sorte de magnifique animal domestique, une bête géniale.
Mais comment pourrais-je donner une idée de l'adoration que nous avions pour lui? des éclats de soleil sur nos peaux lourdes et ruisselantes en ce lointain après-midi d'un été resplendissant? des ombres épaisses sur les dalles de pierre? de l'odeur de nos corps et de celui du Noir? des voix rauques de joie?
Comment dire la plénitude, et le rythme, de tout cela
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jeronimusjeronimus   27 juillet 2017
Nous riions au point de ne plus pouvoir tenir sur nos jambes ; tant et si bien que nous finîmes par nous écrouler par terre, épuisés. Tellement épuisés qu'en nos malléables cervelles s'insinua la mélancolie. Ce noir était à nos yeux une sorte de magnifique animal domestique, une bête géniale. Mais comment pourrais-je donner une idée de l'adoration que nous avions pour lui ? des éclats de soleil sur nos peaux lourdes et ruisselantes en ce lointain après-midi d'été resplendissant ? des ombres épaisses sur les dalles de pierre ? de l'odeur de nos corps et de celui du noir ? des voix rauques de joie ? Comment dire la plénitude, et le rythme, de tout cela ?
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