AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestions
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
ISBN : 2351785649
Éditeur : Gallmeister (02/05/2016)

Note moyenne : 4.17/5 (sur 41 notes)
Résumé :
Virgil Caudill a toujours respecté la loi, laissant la rébellion et la violence à son frère Boyd. Mais Boyd est mort et tout le monde - y compris le shérif et la propre mère de Virgil - s'attend à ce que Virgil, se pliant ainsi au vieux code des collines du Kentucky, venge la mort de son frère.
Virgil ne peut briser ce code, mais, s'il accepte de tuer, il est bien déterminé à stopper la spirale de la vengeance. Il abandonne ses collines et ses modestes espéra... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonCulturaMomoxLeslibraires.fr
Critiques, Analyses et Avis (20) Voir plus Ajouter une critique
Renod
  17 juin 2016
La ville de Blizzard dans le Kentucky est une ancienne cité minière. Ce territoire rural est peuplé de rednecks disséminés dans la campagne. La plupart sont démunis et logent dans des mobil-homes ou des maisons décaties. Tout le monde se connaît dans ces collines ; donnez votre patronyme et votre interlocuteur vous parlera des exploits de votre père ou de votre grand-oncle. Mais cette communauté a des règles qui sont proches de celles d'un village corse ou sicilien : l'omertà et la vendetta. Boyd, le frère de Virgil, a été assassiné. Si les raisons de ce meurtre restent floues, tout le monde – excepté les institutions judiciaires - en connaît l'auteur : Billy Rodale. Et toute la communauté attend de Virgil qu'il venge son frère. Mais le jeune-homme a une existence tout tracée : il doit devenir dans peu de temps chef d'équipe d'un service de collecte des déchets et il doit épouser Abigail. Et comme le lui a soufflé un vieil homme reclus dans les bois : « le problème avec le fait de tuer, (…) c'est que t'as peur d'être tué à ton tour. Souviens-toi juste, quelqu'un va te pister. » L'été s'achève et Virgil se prépare activement à venger son frère. le voilà contraint de bouleverser son destin. Mais il apprendra qu'une malédiction ne s'arrête pas aux frontières d'un Etat.
La nature et les saisons façonnent les principales parties du récit. le Kentucky en été étouffe de chaleur, tout est plus lourd à l'image du poids de l'honneur qui pèse sur les épaules de Virgil. Il y a ensuite la vigueur de l'hiver au Montana où les gens passent la moitié de leur existence à se battre contre les éléments. Ils se cloîtrent dans leur maison et si certains s'en sortent dépressifs ou alcooliques, pour Virgil, l'isolement sera l'opportunité d'une mue. L'été, dans ce même Etat, les vastes forêts s'embrassent dans de gigantesques incendies qui se rapprochent chaque jour symbolisant un danger de plus en plus pressant. Le texte est parsemé de phrases sur les arbres, le gibier. Les personnages sont plus à l'aise dans une forêt qu'en ville et ont appris à vivre à l'écoute de leur environnement.
« le bon frère », c'est l'histoire de Virgil, un jeune-homme honnête et travailleur qui est écrasé par la personnalité charismatique de son défunt frère et par la dette qu'il doit honorer aux yeux de tous. Il est chez lui, au sein de sa communauté, mais il va être contraint de choisir sa vie. La liberté a un prix, il doit quitter sa famille et sa terre. Mais peut-on vraiment fuir son passé et changer d'identité ? L'opossum empaillé offert par le vieux Morgan et que Virgil tentera en vain d'enterrer symbolise ce passé qui finit malgré tout par resurgir.
Chris Offutt dresse aussi un état des lieux des Etats-Unis. Il évoque les «white trash » habitant les zones rurales. Dans ces villages isolés, il n'y a ni emploi, ni commerce, seul le bureau de Poste vivote encore pour quelques années. Virgil est adulte mais il n'est jamais entré dans un centre commercial et n'a encore jamais croisé d'Afro-américain. L'agent administratif qui le reçoit, devinant ses origines, lui parle comme à un enfant. L'auteur évoque aussi un autre type de communauté qui revendique une liberté totale et qui partage l'amour des principes fondamentaux de l'Amérique la religion et les armes à feux. L'ennemi commun, c'est l'Etat fédéral qui saisit les maisons et les armes et restreint les libertés. « le bon frère » a été publié en 1997, quelques années après le siège de Waco au cours duquel le gouvernement américain fera donner un assaut meurtrier contre une communauté religieuse extrémiste.
Un personnage en crise, une nature magnifiée placée au coeur du roman, le portrait d'une Amérique trouble, pas de doute, « le bon frère » a tous les atouts pour intégrer l'écurie Gallmeister. Cette nouvelle édition dans la collection Totem est une belle opportunité pour (re)découvrir un auteur qui peut être comparé à d'autre grands tels que Larry Brown ou Ron Rash.
Je remercie Babelio et les éditions Gallmeister pour l'envoi de ce roman dans le cadre d'une Masse Critique.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          291
LeaTouchBook
  09 juin 2016
Deux Gallmeister chroniqués aujourd'hui, deux coups de coeur ! Voilà un de mes petits bijoux de l'année, une découverte : celle d'un auteur, d'un univers... Belle claque littéraire !
L'histoire en elle-même me rappelle un de mes films préférés : Les Brasiers de la colère au travers d'une histoire de vendetta, de fraternité dans un coin paumé des Etats-Unis. J'attendais cette sortie avec grande impatience et je peux vous dire que j'ai été servie : c'est un drame d'une grande force narrative, d'une puissance stylistique avec une montée crescendo de la tension du lecteur.
Vous allez peut-être me demander ce que ce livre a de plus que les autres dans le même genre ? Je dirai que Chris Offutt fait partie des plus grands, il est l'héritier des légendes du roman noir, il en est un des membres. Le Bon frère est la quintessence de tout ce que j'aime dans la littérature américaine : il donne autant d'importance au cadre spatio-temporel, à l'histoire et aux personnages. Ils ont tous un rôle à jouer jusqu'au grand final !
Lorsque le nature writing rencontre le roman noir, lorsque le drame rencontre la folie, lorsque le sang appelle le sang : des paysages grandioses sont dépeints sous une plume poétique mais aussi tranchante qu'un couteau (bravo à Freddy Michalski pour la traduction). Virgil est l'antithèse de son frère : c'est un être rangé, calme, serein et qui souhaite par dessus tout vivre une existence paisible en communion avec son environnement. Pourtant un choix terrible va l'amener à sortir de sa léthargie quotidienne : il doit venger la mort de son frère. Un dilemme est au coeur de l'histoire, un dilemme existentiel qui changera la vie de notre héros à jamais.
J'ai eu le coup de coeur pour ce roman car j'ai vécu aux côtés de Virgil, j'ai senti ses hésitations, ses peurs, ses pensées; j'ai vu ces sublimes rivières et ces magnifiques vallons; je me suis plongée dans ce livre en oubliant tout et en vivant l'Amérique grandeur nature. Les éditions Gallmeister ont le pouvoir de publier ces livres qui nous font voyager, qui nous font respirer au rythme des protagonistes et de la nature.
En définitive, la collection Totem a accueilli un nouveau maître du genre en son sein : Chris Offutt et son grand roman Le Bon frère !
P.S. : Cette couverture est juste magnifique, je crois que je n'ai jamais eu autant le coup de coeur pour une couverture ! (Je tenais à le dire ^^)
Lien : http://leatouchbook.blogspot..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          160
belette2911
  12 septembre 2017
L'avantage de vivre dans des communautés où tout le monde se connaît, c'est que lorsque vous donnez votre nom à quelqu'un, il peut vous parler de votre arrière-grand-père, des frasques de votre papy, et ainsi de suite…
Inconvénient ? C'est quand les gens n'ont rien de mieux à faire que de s'occuper de vos affaires et de vous dire ce que vous devez faire !
Comme ce fut le cas lors de la mort violente de Boyd, le frère aîné de Virgil : tout le monde sait qui a fait le coup, et tout le monde s'attend à ce que Virgil aille descendre le mec qui a fait ça.
Tout le monde le pousse à le faire, en plus ! de sa mère, en passant par sa soeur, ses collègues, les gens dans la rue, et pire, même le shérif !
Ces gens-là avaient-ils l'idée de ce que cela peut occasionner comme traumatismes de tuer un autre homme ? Ou simplement de savoir que tout le monde attend ça de vous et que personne n'arrive à comprendre que vous n'avez pas envie ?
Personne ne sait que lorsqu'on se venge de quelqu'un, il faut creuser deux tombes ? Une pour lui, une pour vous… La mère avait-elle seulement pensé que si Virgil tuait l'assassin de son frère, elle perdrait son second fils ?
Non, personne n'y avait songé, sans doute… Dans cette partie du Kentucky, dans cette ville paume qu'est Blizzard, les gens pauvres vivent chichement dans les collines, dans des cabanes de rondins ou dans des mobil-home, tout le monde se parle, tout le monde sait tout sur tout le monde et tout le monde s'occupe des affaires des autres.
Voilà un roman qui mêle habillement le roman noir avec tous ces personnages qui vivent dans un contexte social pas facile, le roman politique, parce que nous allons ensuite croiser la route de gens qui pensent que le Gouvernement les espionne, et le nature writing, car dans toute cette misère sociale, dans les fumées des cigarettes et des joints, dans les vapeurs de l'alcool de contrebande, il y a aussi la force de la Nature et le fait de vivre en harmonie avec elle.
Oui, ce roman c'est l'Amérique grandeur nature, avec ses magnifiques paysages et ces gens un peu bas de plafond, des Blancs suprémacistes qui pensent que les autres se sont des macaques (dit texto dans le roman), que le Gouvernement les piste, qui refusent de payer leurs impôts mais n'ont aucun scrupules à utiliser les routes payées par les impôts des autres.
Si j'ai aimé Virgil, sa couardise, ses réflexions, ses peurs, ses questionnements, si j'ai suivi sa vie durant un bon moment, il est des personnages dans le roman avec lesquels j'aurais aimé avoir une conversation et leur expliquer un peu l'Histoire, mais pas sûr qu'ils auraient voulu la comprendre.
Pour certains points, ils n'avaient sans doute pas tort, je sais qu'il existe plus d'argent "numérique" que physique et qui si tout le monde demandait le remboursement de leur $, ce serait impossible, l'argent ne reposant plus sur la valeur or depuis longtemps.
Un roman noir politico-nature-writing sur fond de vengeance non voulue qui prend son temps, qui s'installe à son aise, qui vous pose dans l'environnement et dans la vie de Virgil, qui, comme la nature, va piano, sans rythme fou, avec juste un moment un peu plus chiant, quand Virgil est blessé, sinon, tout le reste (400 pages) se savoure et se digère avec délectation et lenteur.
C'est l'histoire d'un mec qui n'était pas comme son frère, mais qui a sur les épaules l'horrible tâche de le venger, parce que ici, c'est ainsi qu'on fait, et personne ne se soucie de savoir qu'il a collé une tempête dans le crâne de ce pauvre Virgil qui voulait juste vivre en paix.
Le portrait d'une Amérique profonde, où les clivages sont importants, que ce soit par race ou par niveau social, où l'appartenance à un clan ou une famille est importante, où tout le monde peut virer paranoïa, le tout porté par une écriture qui oscille entre la poésie brutale ou le brut poétique.
États-Unis, ton univers impitoyable !

Lien : https://thecanniballecteur.w..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          100
monromannoir
  05 juin 2016
Une nature encensée et magnifiée dans laquelle on déploie les rapports humains au coeur de ces immensités sauvages pour nouer des tragédies silencieuses qui s'achèveront dans une violence sourde et assumée tout à la fois, en passant des forêts vallonnées du Kentucky aux massifs abrupts du Montana, le Bon Frère de Chris Offutt s'inscrit dans ce fameux courant littéraire de nature writing en décrivant la longue errance d'un personnage enfermé dans cette logique du devoir à accomplir.
Le sang appelle le sang. Tout le monde sait qui a tué Boyd. Mais dans les contrées délaissées des Appalaches où rien ne se règle par le biais des tribunaux, il faudra bien que Virgil fasse le nécessaire pour venger la mort de son frère. C'est en tout cas ce que tout le monde attend de lui, même s'il aspire à une vie tranquille dans ses collines du Kentucky. Mais l'attente est trop forte et personne ne fera en sorte de le dissuader d'accomplir son devoir, bien au contraire. Pourtant, tuer un homme n'est pas une chose aussi simple qu'il y paraît et cette spirale de violence pourrait bien ne jamais s'achever. Il faut donc fuir, traverser les immenses plaines du pays, puis se faire oublier dans les vallées sauvages du Montana pour tenter de panser ses blessures et ses regrets dans la solitude de l'exil.
Sans être trop ostentatoire sur la forme, nous sommes immédiatement saisis par la prose lyrique de Chris Offutt dépeignant les contrées sauvages dans lesquelles évoluent ses personnages. Il y a tout d'abord cette première partie se déroulant dans le Kentucky où l'on perçoit toute l'affection que l'auteur porte à cette région dont il est originaire. Au travers des vallons, des forêts et de cette population locale disséminée, ce sont de somptueuses fresques naturalistes empruntes d'un élan poétique assumé qui nous permettent de nous immerger totalement dans le récit en suivant le quotidien de Virgil. Cette sensation de sérénité va bien évidemment s'estomper au fur et à mesure du périple de Virgil qui devient de plus en plus instable dans cette région du Montana paraissant plus hostile et plus inquiétante dans toute sa magnificence.
Même si les territoires sont immenses, même si certaines contrées sont complètement délaissées, Virgil semble être à la recherche de cette frontière lointaine de l'ouest sauvage dont l'Alaska deviendrait l'ultime incarnation d'une quête de liberté inassouvie. Et pour cause, le paradoxe du roman célébrant l'oubli, la fuite et le renouveau provient du fait que tous les acteurs sont prisonniers de leurs peurs et de leurs devoirs. Pour Virgil, c'est bien évidemment cette nécessité d'accomplir une vengeance dont il ne perçoit pas l'impérieuse nécessité hormis dans le regard de son entourage qui fait pression sur lui. C'est encore plus tangible dans la logique de ces miliciens du Montana qui craignent l'intrusion d'un gouvernement personnifiant désormais cet ennemi invisible contre lequel il va falloir en découdre. Les portraits de ces miliciens sont d'ailleurs saisissants d'humanité avec leurs certitudes de lutter pour le bien commun et de protéger des valeurs qu'eux seuls seraient à même de partager.
Un voyage mélancolique au coeur d'une Amérique rurale dépeinte sans ostracisme sur fond de paysages grandioses avec une belle description sans concession de la ville de Missoula, patrie de ce courant littéraire d'écrivains célébrant la nature et dont fait désormais partie Chris Offutt. Une belle écriture pour une intrigue solide sur le renoncement de l'identité et des racines. le Bon Frère incarne le souffle brut de la poésie naturaliste, allié à la tragédie des grands romans noirs.
Lien : http://monromannoiretbienser..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          100
JIEMDE
  11 août 2016
Encore - mais c'est une habitude avec Gallmeister - un vrai bonheur de lecture avec le bon frère de Chris Offutt, un auteur US découvert à cette occasion qui nous livre une pépite à trois dimensions, aussi réussies les unes que les autres.
Il y a l'histoire, celle de de Virgil, jeune habitant du Kentucky profond, dont la vie - boulot, mariage... - est paisible, tracée et conditionnée, jusqu'à ce que son frère soit abattu. Et dans le Kentucky, un mort se venge, oeil pour oeil, dent pour dent. Et c'est à Virgil de s'y coller. C'est comme ça. Depuis toujours. On suivra ainsi sa vie d'avant et ses déchirements face aux pressions de toutes sortes qui s'exercent sur lui. Et surtout sa vie d'après, dans le Montana. À travers ces tranches de vie, c'est à la naissance d'un homme, d'un homme nouveau, d'un homme libre qu'Offutt nous convie.
Il y a ensuite la nature et de formidables descriptions de ces paysages américains dont l'infinie diversité conditionne tant la vie de ceux qui y habitent. Si le Kentucky offre son lot de grands espaces pour s'isoler, ce n'est rien à côté des montagnes du Montana, où le plus proche voisin peut habiter à 30 kilomètres, où l'été est suffocant alors que l'hiver est interminablement glaçant. Virgil se coule dans cette nature, s'y complaît, s'y confronte, s'y perd mais s'y construit. La nature comme rédemption, tel est le message du bon frère. Avec pour "tentation de Venise", celle de l'Alaska, ultime frontière de la fuite. La plume d'Offutt est belle, quasi-amoureuse, lorsqu'il parle de ces espaces, sans être jamais ennuyeuse.
Et enfin, il y a une implacable description de cette société américaine post-waco, et c'est là que se situe la force de ce roman. Si certains thèmes sont "classiques" - les inégalités raciales, la société à deux vitesses... - Offutt ouvre largement celui de la liberté individuelle, socle de la constitution américaine et de ses dix principaux amendements. Liberté de posséder, une terre ou des armes. Liberté de se déplacer. Et liberté de vivre dans l'anonymat, alors que l'Amérique entre de plein fouet dans l'ère du XXIe siècle où contrôle absolu, gestion de données et omniprésence policière devient la norme.
Amérique, vas-tu perdre ton âme et tes valeurs ? semble interroger Offutt.
Un superbe exemple de nature writing, doublé d'un zeste de polar et parcouru de réflexions sociétales. Une réussite !
PS : merci pour la recommandation de ce livre à l'excellent libraire polar de L'Armitière à Rouen !
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          70
Citations et extraits (21) Voir plus Ajouter une citation
RenodRenod   14 juin 2016
Virgil se leva et sortit, laissant derrière lui un silence tendu. Le ciel était gris entre les collines. Il se demanda quel genre d’individu sa famille croyait qu’il était. Peut-être ne l’avait-elle jamais bien compris. Il réalisa, avec un nœud terrible dans la poitrine, qu’ils voulaient qu’il ressemble à [son frère décédé] Boyd.

Il s’allongea sur le dos et contempla le ciel. La Voie lactée s’étalait au-dessus de lui comme la couche légère du givre printanier. Certaines étoiles étaient tellement loin qu’au moment où leur lumière lui arrivait, elles s’étaient déjà consumées. Boyd était comme ça. Même mort, il continuait à faire rayonner son énergie dans les collines.

L’obscurité se faisait plus dense à l’entrée du vallon et s’insinuait le long du torrent. L’air entre les arbres se figeait. Virgil se leva et donna un coup de pied dans une capsule de bouteille d’alcool, une vieille bouteille de Boyd. Elle se mit à tourner en rond comme un chien estropié. Dans cent ans, un gamin trouverait la capsule et lui imaginerait une histoire. Virgil aurait aimé pouvoir s’inventer une nouvelle histoire, ou mieux encore, un avenir.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          100
RenodRenod   17 juin 2016
Joe ne considérait pas le gouvernement comme un ennemi. Il s’agissait plus d’une entité à manipuler si l’on désirait voir sa route regravillonnée, ou faire sortir de prison un membre de la famille. Chez lui, les gens ne se souciaient pas du gouvernement, ils l’ignoraient. Les hommes chassaient hors saison pour nourrir leurs enfants. Les familles fabriquaient du whisky clandestin pour l’exportation et, lorsque la demande changeait, ils faisaient pousser de la marijuana. Les lois n’avaient guère d’impact dans les collines, en particulier quand le shérif était un officiel élu.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          140
RenodRenod   16 juin 2016
Le regard de Joe se reporta sur la lampe au plafond. Il sentit quelque chose qui changeait de place en lui, une certaine profondeur qui s’installait, et il comprit qu’il avait vieilli. Tout comme les enfants grandissaient par à-coups, l’âge avançait en brèves explosions, et Joe venait de faire un pas vers les crânes blanchis et ternes qui reposaient sur les étagères au-dessus de sa tête.
Commenter  J’apprécie          180
Charybde2Charybde2   11 juin 2016
– C’est juste que j’aime pas écouter les vieux ragots qui se racontent là-bas. Vas-y donc, Sara. Tu serais capable de convaincre un oiseau de sortir du nid en le baratinant.
– Y disaient quoi ? demanda Sara.
À côté d’elle, leur mère attendait sans parler. Elle avait passé quasiment toute sa vie dans cette position – silencieuse dans la cuisine, à attendre des nouvelles invariablement mauvaises.
– T’es vraiment sûre que tu veux le savoir ? dit Virgil.
Sara acquiesça.
– On raconte que la fille Wayne est enceinte, dit-il.
– Non !
– Sûr que si.
– Laquelle ?
– Celle qui est sur Red Bird Ridge.
– J’me doute bien, dit Sara. Y’en a qu’une de famille Wayne. Je veux dire, laquelle des filles ?
– La plus jeune.
– Si c’est pas malheureux, elle a pas encore quatorze ans.
– Ben, dit Virgil.
– Il est de qui ? On t’a dit ?
– Tout le monde le sait.
– Ben qui, alors ?
– Ça m’embête d’être celui qui te l’annonce, Sara. Mais c’est ton Marlon qu’a fait ça.
Le visage de Sara changea de couleur. Son souffle râpeux résonna dans la pièce. Leur mère regarda Sara pour s’assurer que sa fille n’allait pas s’évanouir, puis elle examina Virgil.
– Sara, chérie, dit-elle. Je crois qu’il te fait marcher.
Sara attrapa une éponge et la lança. Elle rebondit sur la poitrine de Virgil en laissant une empreinte humide sur sa chemise.
– Si t’allais chercher le courrier, dit Virgil, tu ferais la différence entre un vrai potin et un faux.
– Si t’es pas capable de ramener le courrier, dit Sara, au moins tu peux tondre le jardin.
Boyd s’occupait du jardin et d’aller chercher le courrier. Quatre mois après sa mort, la famille essayait encore de répartir les corvées.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          30
Charybde2Charybde2   11 juin 2016
Au-delà de Divorce Court, séparé par quelques arbres et une clôture, s’étendait le terrain du vieux cinéma drive-in. Au cours de son dernier été d’existence, le propriétaire avait diffusé des films X. Le terrain s’était alors couvert de voitures. Tout le monde venait voir la chair nue haute de huit mètres, allant et venant au milieu des collines sombres. La première semaine, quatre voitures qui passaient à proximité étaient sorties de la route. La semaine suivante, il y eut neuf accidents, dont un impliquant deux prêcheurs et une nonne du nouvel hôpital. La programmation fut prolongée, et on appela le film le bousilleur-de-nonnes. Mais les films X finirent par être interdits, et l’écran se dressait entre les collines comme une pierre tombale géante.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          50
Videos de Chris Offutt (4) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Chris Offutt
À l'occasion du Quai du Polar 2019, rencontre avec Chris Offutt autour de son ouvrage "Nuits appalaches" aux éditions Gallmeister.
Retrouvez le livre : https://www.mollat.com/livres/2303417/chris-offutt-nuits-appalaches
Propos traduits de l'anglais par Fleur Aldebert
Notes de Musique : Bibliothèque Audio Youtube
Visitez le site : http://www.mollat.com/ Suivez la librairie mollat sur les réseaux sociaux : Facebook : https://www.facebook.com/Librairie.mollat?ref=ts Twitter : https://twitter.com/LibrairieMollat Instagram : https://instagram.com/librairie_mollat/ Dailymotion : http://www.dailymotion.com/user/Librairie_Mollat/1 Vimeo : https://vimeo.com/mollat Pinterest : https://www.pinterest.com/librairiemollat/ Tumblr : http://mollat-bordeaux.tumblr.com/ Soundcloud: https://soundcloud.com/librairie-mollat Blogs : http://blogs.mollat.com/
+ Lire la suite
autres livres classés : kentuckyVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonCulturaMomoxLeslibraires.fr





Quiz Voir plus

Retrouvez le bon adjectif dans le titre - (6 - polars et thrillers )

Roger-Jon Ellory : " **** le silence"

seul
profond
terrible
intense

20 questions
1649 lecteurs ont répondu
Thèmes : littérature , thriller , romans policiers et polarsCréer un quiz sur ce livre
.. ..