AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestions
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures

Rose-Marie Makino-Fayolle (Traducteur)
ISBN : 2742788298
Éditeur : Actes Sud (31/10/2009)

Note moyenne : 3.98/5 (sur 256 notes)
Résumé :
L'île où se déroule cette histoire est depuis toujours soumise à un étrange phénomène : les choses et les êtres semblent promis à une sorte d'effacement diaboliquement orchestré. Quand un matin les oiseaux disparaissent à jamais, la jeune narratrice de ce livre ne s'épanche pas sur cet événement dramatique, le souvenir du chant d'un oiseau s'est évanoui tout comme celui de l'émotion que provoquaient en elle la beauté d'une fleur, la délicatesse d'un parfum, la mort ... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonCulturaMomoxLeslibraires.fr
Critiques, Analyses et Avis (52) Voir plus Ajouter une critique
gouelan
  14 septembre 2016
Sur une île, une jeune romancière assiste impuissante à la disparition d'objets. La nature de ces disparitions est étrange et imprévisible. Ils s'en vont quelque part dans un lieu d'oubli, ne laissant derrière eux qu'une cavité. Les habitants en éprouvent d'abord un tremblement d'émotion, puis, ils s'adaptent, ils oublient jusqu'au souvenir de cet objet, jusqu'au mot qui le désigne. Ainsi, nul ne se révolte, car le besoin de l'objet s'est effacé.
Pourtant certains d'entre eux n'oublient pas, ils ne subissent pas les effets de cette tyrannie. Ils sont alors traqués par la police secrète. La romancière ne fait pas partie de ceux qui gardent leur mémoire intacte ; celle des odeurs, des sensations, de la beauté et de la magie de ces objets disparus.
Mais alors, comment va-t-elle pouvoir continuer la narration de son roman si sa mémoire se rétrécit, si les mots s'échappent un à un ? L'histoire de son roman est magnifiquement imbriquée dans celle qu'on est en train de lire. On comprend alors ce qu'il adviendra des deux histoires, la fin est inéluctable.
C'est un univers de calme oppressant, dans ce lieu où les hommes deviennent marionnettes, où la vie se meurt à petit feu, dans l'indifférence la plus totale. Quand il n'y a plus d'oiseaux, plus de roses, plus de calendriers, plus de printemps, plus de livres. Quand les hommes n'ont plus de mots pour traduire leurs émotions, qu'elles restent au fond du marais, sans jamais voir la lumière, avec à peine un frémissement. Peut –on encore dire que ces hommes sont encore vivants ? Sont-ils encore des hommes ?
Un roman angoissant qui décortique nos peurs les plus intenses. La disparition, l'oubli, l'impuissance, la mort. Où vont nos souvenirs, nos mots, nos émotions, lorsque nous mourons ? Qui pourra les recueillir ?
Une métaphore des régimes totalitaires, de celle qui écrase l'homme en essayant d'effacer ses mots, sa mémoire. En brûlant les livres et finissant par brûler les hommes.
Une écriture qui économise les mots car ils sont si précieux, qui garde les meilleurs, les plus imagés, pour traduire cette ambiance effrayante de l'effacement, de l'oubli.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          569
latina
  18 juin 2013
Imaginez un monde où tout à coup, vous vous réveillez le matin, l'air est ‘plus rugueux', et des objets ont disparu. Les parfums, ou les roses, les oiseaux ou encore...quelle horreur ! les livres.
Eh bien, c'est ce qu'il se passe dans cette histoire inventée par la japonaise Yôko Ogawa. Histoire très bizarre, parce qu'il m'a fallu du temps pour comprendre, (enfin, c'est un grand mot !) ces « disparitions ». Est-ce à dire que les objets se volatilisent tout à coup ? Non ! En fait, les habitants de cette île, soudainement, ne ressentent plus rien face à ces choses. Et ils se sentent donc obligés de s'en débarrasser en les brûlant, en les jetant à l'eau...
Cela donne lieu donc à de grands autodafés, en ce qui concerne les livres notamment.
Manifestement, la majorité de la population se coule dans ce moule, y compris l'héroïne, qui est romancière ( !).
Mais certains refusent ! Et ils sont donc poursuivis et traqués par la police secrète : nous voici dans une allégorie d'un régime totalitaire. Si l'héroïne se laisse faire, obéit, elle n'en cache pas moins son éditeur chez elle, dans une chambre secrète.
Et les disparitions continuent, régulièrement...

Ce livre fait réfléchir, je ne peux dire qu'il soit extrêmement captivant, mais il met mal à l'aise.
D'abord, je me suis demandé comment je réagirais dans un régime pareil, où la population doit cesser de vivre par rapport au passé, sinon le souvenir des jours heureux la hanterait et la pousserait à se rebeller ; un régime totalitaire aussi marqué par la grisaille (ah oui, le printemps, aussi, a disparu ! ) et la difficulté de se débrouiller au quotidien.
Et puis on s'interroge sur la permanence des souvenirs, et donc sur la permanence du coeur. Si les souvenirs disparaissent, si toutes les choses auxquelles on tient s'en vont, parce qu'on est obligé de s'en débarrasser, est-ce qu'on en est moins humain ? La narratrice est perpétuellement angoissée par cette question. En voici d'ailleurs un extrait, lors d'un dialogue avec son éditeur, qui lui, refuse de se séparer des objets et donc des souvenirs :
« - Quelle impression cela fait de ne rien perdre de ce que l'on a au fond du coeur ?
- C'est une question difficile, me dit-il.
- Est-ce que cela ne serre pas le coeur, si fort qu'on en est mal à l'aise ?
- Non, il ne faut pas s'inquiéter de cela. le coeur n'a pas de contour, pas de fond non plus. C'est pourquoi il est capable d'accueillir n'importe quelle forme pouvant descendre à une profondeur infinie. C'est pareil pour les souvenirs, vous savez.
- Les choses qui ont disparu de l'île jusqu'à présent sont toutes restées complètement au fond de vous, n'est-ce pas ?
- Complètement, je ne sais pas. Parce que les souvenirs ne se contentent pas d'augmenter, ils changent avec le temps. Parfois certains disparaissent. Mais d'une manière fondamentalement différente de l'anéantissement qui vous tombe dessus à chaque disparition.
- de quelle manière est-ce différent ?
- Mes souvenirs ne sont jamais détruits définitivement comme s'ils avaient été déracinés. Même s'ils ont l'air d'avoir disparu, il en reste des réminiscences quelque part. Comme des petites graines. Si la pluie vient à tomber dessus, elles germent à nouveau. Et en plus, même si les souvenirs ne sont plus là, il arrive que le coeur en garde quelque chose. Un tremblement, une douleur, une joie, une larme. »
La narratrice sera-t-elle capable de ressentir ce tremblement, cette douleur, cette joie ? Je préfère ne rien dévoiler, car c'est la progression de son coeur qui est la trame de ce roman lent, profonde descente dans les abîmes de l'être humain sous l'emprise d'un pouvoir étrange et absolu.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          418
joedi
  14 août 2015
La narratrice, dont les parents sont morts, vit sur une île où se passent des événements étranges. Au fil des jours, des choses disparaissent, les oiseaux, les roses ... quand ces choses disparaissent toute la population doit se débarrasser de celles qui sont en leur possession ; automatiquement ils oublient jusqu'à leurs existences et leurs fonctions sauf certaines personnes qui gardant tout en mémoire sont traquées par la police secrète, les chasseurs de mémoires. La narratrice, romancière, cachera son éditeur qui fait partie de ceux qui gardent la mémoire, ceux qui se souviennent, ceux qui n'oublient rien. Un roman étrange dans lequel l'auteure évoque les peurs provoquées par les régimes totalitaires et les effets insidieux d'effacement des souvenirs.
Commenter  J’apprécie          451
Iansougourmer
  20 mars 2013
Cristallisation secrète est un des tout meilleurs romans de Yoko Ogawa. Sa lecture est réellement captivante pour le lecteur, qui est comme d'habitude bousculé et aspiré dans l'imaginaire si singulier et si captivant de la romancière nippone.
Ce qui frappe dans ce livre, dès les premiers paragraphes, c'est tout d'abord le style de Yoko Ogawa. Simple, fait de petite phrases, il est léger, agrémenté de belles expressions poétiques mais sans fioritures inutiles, si bien qu'aucun passage, même les descriptions de petits gestes, ne semble superflu. L'écriture d'Ogawa constitue un tout et le déroulement des mots enferme petit à petit sans qu'il s'en rende compte le lecteur, pris dans une atmosphère qui se fait tantôt mélancolique, poétique et oppressante. En outre l'auteur réalise avec grâce un procédé de style délicat : le lecteur profite d'une mise en abîme, il peut suivre le déroulement du roman que la narratrice rédige.
L'action se déroule sur une île fictive où les habitants subissent des disparitions : une chose, et ce peut être n'importe quoi, ne signifie brusquement un matin plus rien aux habitants de l'île ; la chose est là, mais elle n'est plus reliée aux souvenirs des habitants qui ne savent plus ce qu'elle est. Ainsi disparaissent le parfum, les oiseaux, les roses, les calendriers...
Une police assez mystérieuse est chargée de faire respecter ces dispritions : elle détruit les choses disparues et traque les personnes qui à la différence de la majorité de la population se souviennent des choses et ne subissent pas les effets des disparitions. le personnage principal et narrateur est une jeune romancière, femme un peu solitaire qui ressent avec sensibilité les disparitions et le fait que des personnes, dont sa mère soient enlèvées par la police secrète. Elle décide d'aménager une pièce secrète chez elle pour son éditeur qui est en danger du fait de sa capacité à ne pas être affecté par les disparitions.
Ce roman est intéressant car l'auteur réussit à inventer dans un univers fictif une métaphore des régimes totalitaires pour mieux en faire la critique. En effet, l'omniprésence de cette police qui arrête de manière totalement arbitraire des citoyens et s'attache à faire respecter des règles qui semblent avoir été inculquées par un bourrage de crâne intensif à l'endroit de la population par une terreur intense à l'encontre de la population et des actions d'intimidations et de violence toujours plus intenses, n'est pas sans rappeler les pires travers des régimes nazis, soviétiques...
Yoko Ogawa livre ici une dénonciation édifiante de ces régimes qui maintiennent au mépris des libertés individuelles un ordre fondé sur une idéologie prétendument vécue par tous. En effet, l'action de la police secrète dans le seul but de préserver l'intégrité du processus de disparition n'est jamais expliquée dans ce livre, le fait que les disparitions adviennent devant être considère comme une vérité immuable qui ne peut être discutée et que la police défend au mépris de la liberté des individus de l'île semble en faire une sorte de dogme malsain d'Etat. Les disparition apparaissent donc comme une idéologie totalitaire défendue par un ordre politique répressif. de plus, Yoko Ogawa poursuit sa métaphore encore plus loin en nous montrant le caractère pernicieux de ces régimes, qui en plus de défendre leur idéologie, veulent à tout prix l'imposer dans l'esprit des populations qu'ils oppressent. Ainsi dans le livre personne ne se rebelle contre la police secrète et la narratrice est presque exclusivement la seule à questionner l'origine et les conséquences des disparitions, toutefois elle même fait montre de son impuissance à combattre ce processus qui semble inexorable et qui peu à peu glace son coeur, de mois en moins réceptif aux souvenirs.
De plus ce livre est l'occasion pour Ogawa de revenir à l'exploration de l'un des thèmes qui lui est cher et qui constitue de mon avis son thème le plus captivant : celui du souvenir, de leur difficile conservation et du fait que l'homme n'est constitué que de ses souvenirs.
En effet ces disparitions des choses provoquent des " cavités " dans le coeur des habitants de l'île. Ces cavités, mot poétique s'il en est, sont tous les souvenirs qui meurent avec chaque disparition. Ogawa nous fait prendre conscience d'une chose : la mémoire n'est constituée que d'éléments épars, liés à la perception de choses insignifiantes, mais qui rassemblés comme autant de petit coups de pinceaux sur un tableau, forment par leur combinaison une scène cohérente. Ogawa nous invite donc à préserver ces souvenirs par tous les moyens possibles, le symbole en est ces statues qui abritent des objets disparus. L'auteur nous invite à préserver notre mémoire, bien le plus précieux, car sans elle notre perception du monde et le goût des choses s'en trouvent modifiés de manière préjudiciable.

Au final, Yoko Ogawa offre au lecteur un roman qui est un travail d'orfèvre, de par le style de l'auteur ici au sommet de son art, une dimension politique extrêmement subtile et éclairée et enfin un univers personnel de l'écrivain qui sait nous intéresser par des thèmes aussi délicats que profonds. Pour les adeptes, un cru à ne pas rater, pour les néophytes je conseillerais de commencer par un roman plus court et plus abordable de l'auteur ( les abeilles...).
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          211
Eric76
  28 décembre 2014
Une île isolée du monde où, inexplicablement, des choses disparaissent, des plus anodines au plus essentielles. Les roses, les oiseaux, les calendriers, les livres, le printemps…. Les habitants de cette île se lèvent un matin et n'ont plus le souvenir de ces choses qui sombrent "dans le marais insondable de leur coeur". Pourtant, des habitants résistent et se souviennent du nom des oiseaux, de l'odeur des roses, ou bien persistent à lire. Une police secrète, implacable, efficace, qui a pour but de les éradiquer, les traque sans relâche. Une écrivaine, aidée d'un vieil homme ingénieux et d'une bonté ineffable, cache R, son éditeur, un clandestin qui se souvient de ces choses disparues. Terré dans son réduit, il assiste impuissant à leur effacement, et à la passivité de ses amis qui y assistent sans broncher, sans se révolter. Yôko Ogawa écrit un livre implacable, sans une lueur d'espoir, mais elle le fait avec un style d'une grande sensualité et d'une grande poésie. La scène où la narratrice décrit la fête d'anniversaire du grand-père dans la cachette de R est bouleversante et d'une beauté à couper le souffle. le ton est en demi-teinte, presque détaché ; il renforce d'une certaine manière le fatalisme de la narratrice. Une belle parabole sur la soumission aveugle à l'autorité, et sur l'oubli des hommes.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          303
Citations et extraits (44) Voir plus Ajouter une citation
PiatkaPiatka   22 février 2014
- Peut-être que si je pleure sans raison, c'est la preuve que mon cœur est dans un tel état de faiblesse que je ne peux même pas me venir en aide à moi-même.
- Mais pas du tout. C'est plutôt le contraire. Votre cœur revendique de toutes ses forces son existence.
Commenter  J’apprécie          350
IansougourmerIansougourmer   18 mars 2013
- Il n'y a rien de bien étrange, vous savez. Cette boite existe bel et bien devant nous. Qu'elle ait disparu ou non, elle continue à jouer de la musique. Elle répète fidèlement sa mélodie en fonction de la longueur remontée de son ressort. Son rôle se limite à cela, toujours et toujours. Ce qui a changé, c'est le cœur de tous.
-Oui, je le comprends bien. Que ce n'est pas de sa faute si elle a disparu. Mais je ne peux rien n'y faire. Quand j'ai sous les yeux des objets disparus, mon cœur s'agite énormément. Comme si quelque chose de dur et épineux était lancé soudain au milieu d'un paisible marais. Il se forme des rides, un tourbillon et la boue remonte. C'est pourquoi nous sommes bien obligés de brûler les objets, de les jeter à la rivière ou de les enterrer, afin de les éloigner le plus possible de nous.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          70
gouelangouelan   14 septembre 2016
- C'est curieux que sur cette île où tout est en train de disparaître, on puisse ainsi fabriquer quelque chose avec des mots, dit-il en essuyant les feuilles couvertes de grains de poussière granuleuse comme s'il caressait quelque chose qui lui était cher.
Commenter  J’apprécie          240
ivredelivresivredelivres   11 août 2010
Mes souvenirs ne sont jamais détruits définitivement comme s’ils avaient été déracinés. Même s’ils ont l’air d’avoir disparu, il en reste des réminiscence quelque part. Comme des petites graines. Si la pluie vient à tomber dessus, elles germent à nouveau. Et en plus, même si les souvenirs ne sont plu là, il arrive que le cœur en garde quelque chose. Un tremblement, une larme
Commenter  J’apprécie          150
IansougourmerIansougourmer   21 mars 2013
- Je ne vous laisserai pas partir ainsi.
- Et moi, je ne désire aller nulle part. Je veux me trouver dans le même endroit que vous. Mais c'est impossible. Puisque maintenant votre cœur et le mien sont aussi éloignés l'un de l'autre. Votre cœur ressent la tiédeur, la tranquillité et la fraîcheur, il est plein de bruits et de senteurs, mais le mien est simplement en train de geler à toute vitesse. Bientôt, il va se briser en mille morceaux, se transformer en grains de glace qui finiront par fondre dans un endroit inaccessible.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          100
Videos de Yôko Ogawa (7) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Yôko Ogawa
Second épisode de l'instant lecture consacré au roman Cristallisation secrète de Yôko Ogawa.
autres livres classés : littérature japonaiseVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonCulturaMomoxLeslibraires.fr





Quiz Voir plus

Yôko Ogawa

Dans quelle maison d'édition française sont édités les livres de Yôko Ogawa?

Les Editions de Minuit
Actes Sud
Le Seuil
Stock

10 questions
93 lecteurs ont répondu
Thème : Yôko OgawaCréer un quiz sur ce livre
.. ..