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EAN : 9782330130749
304 pages
Éditeur : Actes Sud (05/02/2020)

Note moyenne : 3.37/5 (sur 74 notes)
Résumé :
Alors que leur petite sœur est morte, trois enfants sont enfermés par leur mère inquiète jusqu'à la névrose. Ce roman est une ode à la poésie de l'enfance, à la beauté de ses imaginaires habités par la présence des animaux, celle des objets et des sons, ici celle des pierres pour contrebalancer peut-être la dureté des adultes, et l'expérience toujours trop précoce de la perte, de l'absence et du chagrin.
Un très grand roman d'Ogawa, peut-être le plus fort. Un... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (37) Voir plus Ajouter une critique
sandrine57
  29 avril 2018
Parce qu'elle vient de perdre une petite fille, une mère emmène ses enfants dans une station thermale et les enferme dans la villa abandonnée de leur père. Elle attribue la mort de sa benjamine à un chien maléfique qui lui a léché le visage lors d'une sortie au parc. Pour protéger les trois enfants qui lui restent, elle a choisi cette maison isolée, au jardin ceint d'un mur de briques. Une nouvelle vie commence pour la fratrie, régie par une multitude d'interdits, ils doivent, par exemple, oublier leurs anciens noms et s'en choisir un nouveau dans une des encyclopédies éditées par leur père. L'aînée sera donc Opale, le cadet Ambre et le benjamin Agate. Tandis que la mère passe de nombreuses heures à l'extérieur pour son travail aux thermes, les enfants évoluent dans leur nouveau cadre. Opale danse et raconte des histoires, Agate chante et joue de l'harmonium et Ambre dessine, dans la marge des encyclopédies, la benjamine décédée qui apparaît au coin de son oeil gauche. Ainsi les quatre frères et soeurs sont à nouveau réunis.
Inspirée, de son propre aveu, par le Journal d'Anne Franck et Alice au pays des merveilles, Yôko Ogawa nous livre un conte onirique, fantastique et étrange comme elle en a le secret. Des enfants quasiment livrés à eux-mêmes, confinés derrière les murs de leur jardin, se créent un monde, faisant fi de la réalité, de la vérité, de l'extérieur. Engoncés dans des vêtements trop petits, affublés d'une crinière, d'une queue ou encore d'ailes cousues par leur mère, contraints d'oublier leur passé et d'obéir à toutes sortes de règles et d'interdits, ils inventent des jeux, lisent les encyclopédies laissées par leur père absent, perdent leurs voix à force de murmurer. Grâce au jardin, ils ne ressentent pas l'oppression de l'enfermement mais tremblent en pensant au chien maléfique qui les attend dehors s'ils enfreignaient les règles. La mère apparaît comme une névrosée qui, à force d'aimer ses enfants et de vouloir les protéger, les maltraite en les empêchant de s'épanouir dans le monde. Mais la fratrie est forte, solidaire et douée d'une imagination fertile. Opale, Ambre et Agate ne mettent jamais la parole de leur mère en doute, trouve des explications rationnelles à sa déraison, se soutiennent les uns et les autres et grandissent, heureux et libres malgré l'enfermement. Bien sûr, pour le lecteur, ce monde imaginaire inspire le malaise et bien sûr un grain de sable va venir se glisser dans les rouages de leurs folie douce. Un homme va franchir la porte du jardin et entrer dans la maison. Joe, un marchand ambulant. Par lui arrive le désir du monde, si vaste, si plein de possibles. Cette ouverture sur l'extérieur ne sera pas sans conséquences...
L'enfance, le silence, les collections, les anomalies de la nature, autant de thèmes chers à Yôko Ogawa qui encore une fois crée un monde à part, une réalité parallèle où le rêve et le surnaturel ont la part belle. L'auteure décrit ici l'enfance de son héros, Ambre le seul dont on suit la trajectoire jusqu'à la vieillesse, comme une parenthèse enchantée dont il ne parviendra jamais à se défaire. L'ambiance du roman est délétère, partagée entre la féerie des jeux d'enfants, l'imagination débridée qu'ils développent pour échapper à leur enfermement et le mal qui rôde, incarné par un chien maléfique mais visible aussi dans la nature complexe de cette mère de famille liberticide, névrosée, trop aimante, donc mal aimante.
Si l'ensemble traîne un peu en longueur et n'évite pas les répétitions, il est tout de même jouissif de se plonger dans l'univers étrange de cette auteure inclassable qui sait surprendre, faire rêver, inquiéter, déranger.
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bilodoh
  17 janvier 2020
L'histoire d'une fratrie japonaise séquestrée par leur mère.
Ambre c'est le nom d'un vieillard qui raconte sa vie de jeune garçon enfermé entre les murs d'un jardin pendant plusieurs années. Probablement déjà perturbée, leur mère avait perdu pied à la mort de sa benjamine de trois ans. Selon elle, c'était un chien maléfique qui avait empoisonné la petite. Elle avait donc déménagé et installé ses trois enfants dans une maison à la campagne avec la stricte interdiction de sortir de l'enceinte. Les enfants avaient dû changer de nom et avaient même appris à ne parler qu'à voix basse pour éviter d'être repérés par les créatures dangereuses.
S'il est difficile à croire que les aînés de 7 et 10 ans n'aient jamais essayé de fuir pour retrouver leur monde d'avant et leurs amis, on comprend peu à peu la force de l'emprise de la terreur et de la folie qui régnaient sur la fratrie. Un des enfants a développé un talent particulier : affecté d'un problème de vision, Ambre s'est mis à dessiner des folioscopes (flip books) dans les marges des encyclopédies, les seuls livres qui servent à leur éducation. Les oeuvres instantanées d'Ambre redonnent vie à sa petite soeur disparue et apportent un réconfort à sa mère. Jusqu'au jour où…
Une écriture subtile qui restitue avec justesse les émotions enfantines.
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montmartin
  07 août 2018
L'histoire commence dans une résidence de personnes âgées, la narratrice qui a des doigts déformés, a été autrefois accompagnatrice au piano, elle se lie d'amitié avec M. Amber dont l'oeil gauche couleur ambre ne semble plus voir.
Ce roman est donc l'histoire de ce vieil homme qui n'a qu'un filet de voix, il ne produit qu'un semblant de murmure. Parler fort était une des interdictions de sa maman. L'autre interdiction était de ne jamais sortir à l'extérieur du mur de briques. Pendant près de sept ans, Ambre, sa soeur aînée Opale et son petit frère Agathe ont vécu enfermés dans la villa, sans téléphone, ni télévision, ni journaux, sans fréquenter l'école, avec pour seuls amis les insectes et les petits animaux du jardin. Seule l'aînée Opale garde des souvenirs du monde extérieur qu'elle a connu. Leur mère travaille comme assistante pour les curistes. Ils ne connaissent rien du monde en dehors de ce qu'ils lisent dans les encyclopédies.
C'est dans l'encyclopédie illustrée des sciences pour les enfants qu'ils ont choisi leur nouveau prénom, maman veut qu'ils oublient leur nom d'avant. Tout cela à cause d'un chien maléfique qui a emporté leur petite soeur. Ils ne s'éloignent jamais l'un de l'autre, on peut dire qu'à eux trois ils ne font qu'un. A eux trois ils partagent des secrets, ils s'inventent des jeux, les olympiades, le jeu des circonstances, celui des situations.
J'ai trouvé ce roman difficile à lire, le récit est rempli de métaphore, nous sommes plongés dans un monde de l'imaginaire auquel il ne m'a pas été toujours facile d'accéder. Une atmosphère particulière entre conte de fées et huis clos angoissant.
L'auteur avec son écriture poétique nous décrit le monde que les enfants se sont inventé et M.Amber Ambre, n'a vraiment existé que pendant les années où il est resté enfermé avec sa soeur et son frère dans cette villa entourée d'un mur de brique. Leur univers se résume à un âne, un chaton, un professeur qui vit dans l'oreille de la soeur, et surtout Joe le marchand ambulant, qui tel un prestidigitateur fait apparaître toutes sortes d'objets de ses sacoches et leur apporte la totalité du monde. Ambre qui dessine dans la marge des encyclopédies des instantanés, des silhouettes fragiles comme sa voix, des dessins minuscules, microscopiques où vient habiter sa petite soeur décédée.
Un roman très original, à lire doucement pour en comprendre toute la magie et ne pas sombrer dans l'ennui. L'univers de Yôko Ogawa est toujours étrange, baroque, beaucoup de choses sont suggérées, il faut accepter ces règles pour profiter pleinement de ce livre.

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nebalfr
  19 mai 2018
J'ai beaucoup lu Yôko Ogawa – depuis ma découverte, en 2003, du Musée du silence. L'autrice est prolifique, un livre par an au moins, et Actes Sud en traduit l'essentiel (les fictions, en tout cas) depuis plus de vingt ans. Dans cet ensemble, les titres brillants ne manquent pas : La Piscine, Les Abeilles, La Grossesse, L'Annulaire, Hôtel Iris, le Musée du silence, Tristes Revanches, La Formule préférée du professeur, Cristallisation secrète, pour m'en tenir à ceux qui m'ont vraiment marqué… Tous ces livres, souvent courts, et quelques autres, ont été repris depuis dans les deux gros volumes des Oeuvres de Yôko Ogawa en Thésaurus. Mais, après cela, je me suis montré moins exhaustif : si Manuscrit zéro m'avait bien plu, même un bon cran en dessous des ouvrages que je viens de citer, Les Lectures des otages m'avait franchement déçu – au point où j'ai plus ou moins consciemment choisi de faire l'impasse sur les trois titres suivants de l'autrice. J'y reviens tout de même aujourd'hui avec ces Instantanés d'Ambre tout récemment traduits – hélas, autant le dire de suite, il s'agit à nouveau d'une déception.

Dans ses bons moments comme dans ses mauvais, car on a des exemples des deux, Yôko Ogawa demeure Yôko Ogawa : elle a une patte, des thèmes, des procédés – qui constituent une bibliographie cohérente ; les mauvaises langues diraient peut-être « répétitive », mais, pour le coup, je n'ai généralement aucune envie de persifler, tant cet imaginaire bizarre, obsédé par le besoin de classification et une fascination trouble pour tout ce qui est organique, m'a procuré de merveilleux moments de lecture. Sans la moindre surprise, donc, Instantanés d'Ambre joue également de tout cela, c'est une nouvelle variation sur l'ensemble de ces thèmes et procédés.

Sur la base, par ailleurs, d'un postulat très intéressant. Une femme a eu quatre enfants de son amant – un éditeur d'encyclopédies qui la néglige et n'a jamais manifesté le moindre intérêt pour sa progéniture illégitime, qui ne le connaît pour ainsi dire pas. La situation, déjà éprouvante, est bouleversée par un drame, la mort de la petite dernière, emportée par une maladie – le deuil impossible fait perdre la raison à la mère, qui va se réfugier dans une villa isolée, propriété appartenant à son amant, et qui constitue devine-t-on le prix de son silence ; et elle y séquestre ses trois enfants restants. Non qu'elle présente les choses ainsi, bien sûr, et elle n'a probablement pas conscience des conséquences de ses actes pour la chair de sa chair. Mais elle est obsédée par le « chien maléfique » qu'elle rend absurdement responsable de la mort de sa fille – cette créature surnaturelle, qui incarne le monde extérieur hostile, ne doit pas emporter ses autres enfants ! Elle les retire donc du monde – les petits ne doivent pas franchir le mur de brique, sinon le chien maléfique les tuera. Il leur faut oublier ce monde extérieur qui n'est rien d'autre qu'une menace.

Pour cela, il faut creuser l'isolement jusque dans les symboles : les enfants sont débaptisés, ils doivent oublier leurs noms, car ils donneraient prise au chien maléfique. Prenant un volume d'une encyclopédie, une de celles si nombreuses qui ont été éditées par le père absent – il y en a bien des titres dans la bibliothèque de la villa, qui ne contient semble-t-il pas le moindre autre livre –, elle laisse le hasard (?) déterminer les nouveaux noms des enfants. Des noms minéraux d'abord : l'aînée sera Opale, le benjamin Agate – mais notre « héros » sera Ambre, un nom qui détonne car cette substance est ambiguë, avec sa part organique.

Les trois enfants grandissent donc (même si leur mère souhaiterait visiblement qu'ils demeurent à jamais des/ses petits, et multiplie les artifices en ce sens, comme leurs costumes fantasques bientôt trop étroits) dans l'isolement, sans le moindre contact avec l'extérieur : ils ne peuvent pas sortir, car le chien rôde, et personne ne pénètre à l'intérieur du mur de brique – si ce n'est l'âne qui, une fois l'an, vient faire la tondeuse, et plus tard un colporteur de contes de fées, Joe, dont l'apparition très codifiée annonce l'effondrement de ce monde clos et de ce fantasme d'enfance éternelle, et éternellement pure et innocente.

Les trois enfants s'instruisent dans les encyclopédies de leur père, et, car ce sont des enfants, trouvent à se distraire dans ce cadre bien morne – qui n'est pour autant pas tant un enfer qu'un triste et navrant mensonge, le manque de points de référence ne permettant pas aux prisonniers de juger de leur sort. Ils développent des jeux, des rituels – mais tous trois font également montre de talents artistiques : la danse et le conte pour Opale, la musique et le chant pour Agate, le dessin avant toutes choses pour Ambre. Celui-ci est bientôt affecté d'une étrange pathologie oculaire – et c'est comme si la matière qui en est venue à le désigner contaminait son oeil, et par voie de conséquence sa vision. Il ne se perçoit pas le moins du monde comme étant handicapé, et sa famille pas davantage – cette invasion dans son oeil, il l'associe tout naturellement, et de même sa mère, sa soeur et son petit-frère, à la présence persistante de la benjamine décédée du fait des maléfices du chien qui rôde à l'extérieur ; et, dans les marges des encyclopédies, Ambre reproduit ses perceptions de sa petite soeur, lui redonnant vie – et constituant de la sorte d'impressionnants « flip books », ce que l'on appellera ultérieurement ses « instantanés ».

Car nous savons que cette situation improbable ne durera pas éternellement. La plupart des chapitres s'ouvrent sur des aperçus, à la première personne, d'une institution plus ou moins définie, évoquant une maison de retraite et/ou un hôpital psychiatrique ; nous empruntons les yeux d'une femme anonyme, et semble-t-il assez lourdement handicapée même si pianiste accomplie, qui erre avec le timide et doux M. Amber dans le Pavillon des Arts – elle connaît son histoire, celle de son enfance, celle de son « sauvetage », et bien sûr ses « instantanés ». M. Amber semble être dès lors un vieillard – condamné à demeurer dans une institution de cet ordre, jusqu'à la fin ; ils échangent par murmures, et sans doute le récit de la vie au sein du mur de brique est-il en fait la retranscription par cette narratrice des réminiscences naïves en même temps que biaisées de M. Amber – sans guère de recul finalement.

Il y a assurément beaucoup de bonnes choses, là-dedans – et de choses très justes. Yôko Ogawa y traite avec une appréciable finesse du deuil et de la folie, et livre un tableau de l'enfance qui ne manque pas de toucher (mais devrait probablement le faire davantage – et ici, je tends à croire que la traduction de Rose-Marie Makino-Fayolle a pu jouer contre le roman ? Ces enfants sont certes bien particuliers, mais, clairement, ils ne s'expriment pas comme des enfants, et l'ensemble est assez froid, bien trop rigide…). L'ordonnancement du monde via les encyclopédies, à la manière des collections diverses que l'autrice a régulièrement mises en scène au fil de sa carrière, produit un effet typique – de même que les jeux et les rituels qui y sont associés, avec leur légère étrangeté. L'accent mis sur l'art séduit tout d'abord, et cette idée de l'oeil contaminé par l'ambre qui amène le protagoniste enfantin à recréer le monde et sa soeur défunte dans un flip book non exempt de dimensions troubles voire glauques, avec le rapport au père absent qui en découle forcément, c'est du pur Yôko Ogawa, et fût un temps, j'en suis persuadé, où elle aurait pu en tirer un excellent récit.

Ce que n'est hélas pas Instantanés d'Ambre. Il y a bien un risque dans ce jeu de variations sur un même thème – celui de l'automatisme. Yôko Ogawa a pu composer des merveilles de subtilité, mais Instantanés d'Ambre m'a fait l'effet d'un livre conçu sans y croire – d'une production « professionnelle » et manquant d'âme. Et surtout d'un roman profondément ennuyeux… Il m'a fallu batailler pour en venir à bout, et c'était une expérience passablement désolante – d'autant plus que j'y relevais à chaque page ce que j'avais tant aimé par le passé chez cette autrice, mais sans que cela ne me touche jamais véritablement.

À ses débuts, Yôko Ogawa s'était surtout fait remarquer pour des textes courts – voire très courts. Je tends à croire que c'est dans ce registre qu'elle brillait le plus. Elle a très certainement livré de bons romans, comme le Musée du silence, Cristallisation secrète ou, dans un genre assez différent, Hôtel Iris ; en sens inverse, ses recueils de nouvelles ne sont certes pas tous à la hauteur du fabuleux Tristes Revanches… Néanmoins, je tends à croire qu'Instantanés d'ambre pâtit de son format romanesque – même si ce n'est pas un très long roman. Et étrangement peut-être, car un thème pareil demandait sans doute une certaine amplitude pour être utilement et pertinemment développé, je m'en rends bien compte.

Reste qu'en l'état on s'ennuie à mourir. Les mêmes scènes reviennent sans cesse, bien trop abondamment détaillées ; dans l'absolu, ça n'est pas sans justification, le morne quotidien des enfants, où leurs jeux comptent tant, pourrait assurément légitimer le procédé – mais l'ennui l'emporte sur le sens. Régulièrement, on a l'impression de scènes gratuites – insérées dans le seul but de gagner quelques pages. Et cela ne fait que renforcer la triste impression d'une autrice qui joue ses gammes sans sincérité… Parfois, disons-le, on est à la limite de l'autoparodie – le cas de Joe en est parfaitement symptomatique : ce personnage de contes de fée n'apporte finalement rien au récit, et ses apparitions, ses bizarreries, sonnent faux, et plat.

Finalement, il n'y a guère qu'une chose que j'ai aimée dans ce roman qui me fait globalement l'effet d'un ratage – et ce sont les ouvertures de chapitres à la première personne : on ressent bien plus dans ces passages que dans tous les autres, car avec bien plus de subtilité et d'empathie, cette légère bizarrerie généralement constitutive de l'oeuvre de Yôko Ogawa, et le plus ou moins vieux M. Amber intrigue et séduit davantage que le petit Ambre. Tout est plus subtil dans cet « hospice », plus délicat – la voix douce de M. Amber, on l'entend à peine, comme il se doit, et on en perçoit d'autant mieux la fragilité ; les chuchotis des enfants au sein du mur de brique ne parviennent pas à produire ce sentiment. Par ailleurs, le point de vue de la pianiste offre un biais intéressant qui manque au récit « objectif » du sort des enfants séquestrés par leur mère. C'est dans ces passages que j'ai retrouvé la Yôko Ogawa que j'avais tant appréciée, et si souvent, par le passé.

Mais le reste ? Non, hélas. Vraiment, j'ai eu la sensation d'un roman « automatique ». Et qui gâchait de la sorte un très intéressant postulat, et trop de bonnes idées – ou plutôt d'idées qui auraient été bonnes avec un traitement plus subtil et plus sincère, éventuellement sous forme de nouvelles. Instantanés d'Ambre est une déception, oui – et un vrai somnifère. Il m'incite hélas à me défier encore un peu plus des productions les plus récentes de Yôko Ogawa, une autrice qui a si souvent fait bien mieux, bien plus subtil, et bien plus juste.
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Sachka
  21 février 2020
Je referme le roman de Yôko Ogawa, doucement, avec précaution, du bout des doigts, comme l'aurait fait Monsieur Amber avec les pages de ses encyclopédies. Quel beau voyage j'ai fait...
Dans ce roman mélancolique et très poétique la narratrice est une femme âgée, nous ne savons rien d'elle si ce n'est qu'elle a été pianiste autrefois et qu'elle recueille les confidences d'un Monsieur Amber âgé et quasi aveugle avec lequel elle semble avoir tissé un lien profond et que tous 2 demeurent dans ce qui semble être un établissement pour personnes âgées.
Au fur et à mesure de leurs apartés elle nous raconte une bien étrange histoire. L'histoire d'une mère qui n'a pas réussi à surmonter la perte de son premier enfant et qui entraîne les 3 autres enfants de la fratrie dans sa propre folie en les séquestrant dans une vieille maison ayant appartenu au père de famille. L'histoire d'une mère qui dépossède ses enfants de leur identité, qui leur impose des interdictions, qui exerce sur eux une emprise psychologique, qui leur fait porter le poids d'un deuil trop lourd finalement.
L'écriture de Yôko Ogawa est envoûtante, je me suis laissée glisser avec plaisir dans son récit où l'imaginaire et l'aspect visuel tiennent une place importante. Elle nous raconte un long moment, six années de la vie de ces 3 enfants, : Ambre, Opale, et Agate, qui, pour supporter l'enfermement et se protéger des névroses de leur mère, vont se refugier dans l'imaginaire de "l'oeil d'Ambre", cet oeil qui change progressivement de couleur et perçoit un monde qui lui est propre au travers des silhouettes qu'il dessine en marge des pages des encyclopédies du cabinet de lecture.
Ce roman est une ode à l'enfance perdue et à l'innocence, il a su me rendre nostalgique de ma propre enfance, j'ai parfois même arrêté ma lecture pour me remémorer les moments de complicité que j'ai pu avoir avec ma soeur jumelle quand nous etions enfants, nos jeux, les nuits passées à chuchoter, à se raconter des histoires dans le noir, à s'endormir blotties l'une contre l'autre pour se rassurer... Un magnifique roman !

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critiques presse (3)
LaLibreBelgique   09 mai 2018
L’écriture ciselée de Yôko Ogawa, qui a fait son succès tant dans ses textes courts que dans ses plus amples récits, se déploie ici plus singulière que jamais, dans un style qui célèbre avec modestie les noces du mystère et de l’ordinaire, de l’insolite et du familier.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
Culturebox   09 mai 2018
Lire un roman de cette grande romancière japonaise est toujours un merveilleux voyage. Ce dernier ne fait pas exception.
Lire la critique sur le site : Culturebox
LeMonde   13 avril 2018
Une étrange mère coupe ses trois enfants du monde. La romancière japonaise, dissonante et métaphorique dans Instantanés d’Ambre.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (53) Voir plus Ajouter une citation
PiatkaPiatka   05 avril 2018
L’œil gauche de celui-ci (le fils aîné) commençait à présenter une évolution qui cadrait bien avec son nom, Ambre, et aucun autre. Tout d’abord, non loin du coin de l’oeil la limite entre le noir et le blanc s’estompa, le marron de l’iris déborda en marbrures qui bientôt s’étendirent à la totalité de l’œil gauche. Elles coulaient le long des vaisseaux capillaires, se déposaient, sédimentaient. Et les strates venant s’imprégner de larmes comme de résine, il se forma bientôt une concrétion d’ambre. L’existence de cet œil attestait le nom de l’ambre.
Au fur et à mesure de cette transformation son œil gauche eut peu à peu des difficultés à voir, mais Ambre n’était pas inquiet. Si l’extérieur devenait pour lui de plus en plus vague, inversement l’intérieur gagnait en densité, faisant ressortir avec davantage de vie les silhouettes qui apparaissaient au fond.
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PiatkaPiatka   04 avril 2018
Je n’ai jamais rencontré dans aucun musée ni muséum une personne appréciant les expositions avec autant de concentration que M. Amber. On pense souvent à tort qu’il a des problèmes de vue, mais non. En réalité, il a sa manière bien à lui d’observer le monde, différente de celle des autres. Il ne se contente pas de regarder le point qui se trouve présentement devant ses yeux : il accueille aussi la continuité des instants passés et à venir. C’est seulement à travers l’ambre au fond de lui que s’écoule le temps tel qu’il est.
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lafilledepassagelafilledepassage   03 octobre 2018
L’œil gauche […] commençait à présenter une évolution qui cadrait bien avec son nom, Ambre, et aucun autre. Tout d’abord, non loin du coin de l’œil la limite entre le noir et le blanc s’estompa, le marron de l’iris déborda en marbrures qui bientôt s’étendirent à la totalité de l’œil gauche. Elles coulaient le long des vaisseaux capillaires, se déposaient, sédimentaient. Et les strates venant s’imprégner de larmes comme de résine, il se forma bientôt une concrétion d’ambre. L’existence de cet œil attestait le nom de l’ambre.
Au fur et à mesure de cette transformation son œil gauche eut peu à peu des difficultés à voir, mais Ambre n’était pas inquiet. Si l’extérieur devenait pour lui de plus en plus vague, inversement l’intérieur gagnait en densité, faisant ressortir avec davantage de vie les silhouettes qui apparaissaient au fond. Pour Ambre, ce qui était caché à l’intérieur des strates était bien plus précieux que tout ce que petit à petit il ne distinguait plus. Pour voir le monde extérieur, son œil droit était amplement suffisant.
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SachkaSachka   19 février 2020
J'aime M. Amber quand il dessine en marge des encyclopédies. Je crois que ceux qui l'ont vu faire au moins une fois comprendront que j'utilise sans honte le verbe aimer.
Depuis qu'il a été secouru M. Amber n'a jamais interrompu ses instantanés. Au moment où il a été extrait de l'enceinte du mur de briques, il n'avait pas encore réussi à achever le percement du tunnel qui devait lui permettre de traverser le monde main dans la main avec Opale. Ainsi a-t-il été séparé pour un temps des encyclopédies du cabinet de lecture, mais même alors il n'a jamais renoncé à dessiner. Économisant sous à sous sur son argent de poche, il faisait le tour des librairies pour dénicher et réunir les encyclopédies paternelles. Par bonheur, elles étaient bon marché, il les trouvait en général débordant des casiers sur les tables roulantes installées en devanture des boutiques de livres d'occasion.
Pourquoi cela n'aurait-il pas été possible avec d'autres livres ? Pourquoi lui fallait-il absolument des encyclopédies, qui plus est paternelles ? Personne, même pas lui, n'aurait pu l'expliquer.
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SachkaSachka   17 février 2020
Le commencement de tout fut la mort de la benjamine. Elle venait tout juste d'avoir trois ans lorsqu'un jour au jardin public, un chien famélique était venu lui lécher le visage : le lendemain elle avait eu une forte poussée de fièvre, et son état de santé s'aggravant rapidement, elle était morte brutalement. Le médecin avait dit qu'il s'agissait d'une pneumonie, mais leur mère n'avait jamais voulu le reconnaître.
- C'est le chien maléfique. À cause de sa langue, ne cessait-elle de répéter malgré les dénégations du médecin.
- Regardez la rougeur de ses joues. Exactement où le chien l'a léchée, ajouta-t-elle en désignant le visage cramoisi de sa petite fille brûlant de fièvre.
Comme si ce coup de langue était à l'origine de la maladie de sa fille.
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