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Rose-Marie Makino-Fayolle (Traducteur)
EAN : 9782742754915
315 pages
Éditeur : Actes Sud (01/04/2005)

Note moyenne : 3.75/5 (sur 247 notes)
Résumé :
Un jeune muséographe vient d'entrer en fonction dans un manoir aux confins du monde. Sous la direction d'une vieille femme plutôt étrange, il devra recenser, agencer, mettre en scène une véritable collection d'objets, de reliques du quotidien, de vestiges d'une intimité disparue et pourtant soutirée depuis des années aux défunts du village voisin. Car ces objets ont un seul point commun : ils furent tous volés quelques heures après la mort de leur propriétaire...>Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (40) Voir plus Ajouter une critique
Nowowak
  17 avril 2020
Vais-je dire un mot sur cet étrange musée ? Comme dans tous les livres de Yôko Ogawa dont l'univers kafkaïen s'étire et s'éthère en longueur, les personnages n'ont souvent pas de nom véritable. Ah ah je vous ai bien eu... rigole-t-elle, tout ceci n'existe pas ! Oh mais chuuut ! Nier leur identité est-ce l'autorisation pour partir davantage dans le rêve ? le lecteur s'embarque clandestin en acceptant de suivre le cheminement par petites touches. Les personnages viennent un peu de nulle part. Chuuut ! Enfin voyons ! Cette floraison anonyme n'est pas pour autant dénuée de profondeur. Ces gens sont souvent remplis de choses excellentes et d'autres moins bonnes. Ils alternent. Chuuut ! Ne dérangez pas ceux qui se taisent !
Ici on retrouve le personnage de la jeune fille, elle nous rappelle Miira. Elle est pure, belle, angélique, jamais de mauvaise humeur, toujours bien habillée, pas d'âge, entre dix et vingt. le conservateur de musée qui ouvre sans cesse des yeux étonnés est un jeune garçon qui ne veut pas grandir mais qui endosse toutefois son costume d'adulte avec résilience et sans trop de maladresse. Pas d'âge entre trente et quarante. Il se heurte à l'inévitable personnage de la vieille femme acariâtre dont le bon fond ne dévoile que des appas rances. En conformité avec l'endroit. Déroutante. Pas d'âge, entre soixante-dix et quatre-vingt. Les personnages secondaires sont bien campés, un bon casting, un bon timing, comme d'habitude.
L'histoire se passe où ? Mystère. Au Japon ou bien n'importe où. le factuel n'est pas la tasse de saké de Yôko. Elle s'attache plus aux détails qu'aux événements de ce monde. Elle en fait des bourgeons, elle les cultive avec nostalgie et tendresse, parfois  noirceur, elle examine chaque millimètre avec simplicité, discrétion, subtilité, densité, c'est long, c'est long, surtout vers le début. C'est son style. Cela se lit par petites goulées, le temps de reprendre son souffle, de goûter à la joie de vivre, de profiter de la vue, du soleil. Lire Ogawa étourdit. le réel se mêle à l'irréel dans un ballet étrange voire surnaturel. le mot le plus juste serait envoûtant, limite hypnotique. L'auteur nous parle sans rien nous dire. C'est très nippon. Tout en retenue, en pudeur. Tout semble exprimé durant les premières pages mais le lecteur est happé, il restera jusqu'au bout. N'est-ce pas cela que l'on demande à un livre ?
C'est ma seconde lecture de cette auteure après "Le petit joueur d'échecs" dont le sujet échiquéen m'était plus parlant. Des thèmes s'y retrouvent. La mort en personnage principal, guest star. Les fantômes sont aussi réels que les vivants voire parfois davantage. le confinement est également un thème. Les choses rentrent dans une boîte, c'est leur place, il n'y a pas de raison qu'elles en sortent. le temps n'a aucune valeur dans ses livres. Il ne se passe pas grand chose dans cette sorte de huis-clos. le peu d'action s'écoule dans un goutte-à-goutte dont le charme est ailleurs. Où ? Je vous invite à le découvrir.

Lien : https://pasplushautquelebord..
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gouelan
  08 janvier 2018
Un muséographe, une jeune fille, une vieille dame, un jardinier et sa femme, dans un vieux manoir.
Une canne, un almanach pour rythmer le temps et l'espace. Un couteau pour récolter l'objet soyeux. Une cicatrice en forme d'étoile comme souvenir d'un jour où le bruit a écrasé le silence. Un microscope, un roman pour préserver le passé et ne pas accepter le présent.
Un village étrange, un monastère du silence, où les prédicateurs recouverts d'une peau de bête recueillent les secrets, sans jugement ni regard. Un sentiment de vide, de dépouillement, d'inutilité.
Et le musée du silence...
Pour ne pas que les défunts du village soient oubliés, la vieille dame, puis le jeune muséographe collectent l‘objet qui les caractérise le mieux, en s'introduisant dans leurs maisons de manière illicite.
C'est angoissant, on a l'impression de s'enfoncer, de perdre l'équilibre. On pressent un danger. La neige recouvre tout. le silence règne, la vie étouffe.
Une histoire étrange sur la mort, l'accumulation d'objets gardant la mémoire du monde, le travail si délicat du muséographe, dont les trésors finiront un jour par être détruits, par le temps, le manque de place, le désintérêt, l'oubli. Comme les morts qu'on oublie et qui disparaissent une seconde fois du monde des vivants.
Un roman qui se lit tout doucement en laissant un goût de tristesse, de mélancolie poétique, d'impuissance.
C'est un endroit sur la bordure du monde où l'on risque de glisser dans le silence.

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joedi
  10 janvier 2014
L'histoire est celle d'un jeune muséographe engagé par une vieille dame étrange pour la création d'un musée sur sa propriété, un vieux manoir et ses dépendances. Habite avec la vieille dame, une jeune fille qu'elle appelle sa fille, nommée la jeune fille dans le roman. Sur cette propriété située près d'un petit village, vivent également dans une des annexes, un couple formé par le jardinier et la femme de ménage. le père, le grand-père, l'arrière grand-père, les aïeux du vieux jardinier étaient déjà jardiniers au domaine du manoir. le jeune muséographe travaille à la création du musée avec la jeune fille sous la férule de la vieille femme. C'est une vie en huis clos, les objets qui seront exposés sont parfois bizarres, ils ont été volés aux défunts du village. le voisinage est tout aussi étrange car dans la montagne existe un monastère habité par des prédicateurs qui ont fait voeu de Silence.
Comme dans les romans de Kafka et dans le roman « l'enquêteur » de Philippe Claudel, Yoko Ogawa ne donne aucun nom à ses personnages, c'est par leur fonction qu'elle les cite.
J'aime l'écriture de Yoko Ogawa, les émotions et la poésie qu'elle apporte à ses sujets.
À lire !
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BrunoA
  14 octobre 2015
Un jeune muséographe arrive dans un manoir retiré, habité par une vieille dame et par sa fille.
C'est dans cet angoissant décor qu'il se trouve chargé de créer un musée dans lequel seront exposés des objets issus des défunts du village.
Chacun d'entre eux a été collecté alors que son propriétaire venait de rendre son dernier souffle.
Il faut entrer complètement dans cette histoire, où le silence est omniprésent, pour ressentir pleinement toute la mélancolie qui s'en dégage.
Chemin faisant, l'impression s'amplifie que l'on ne sortira pas de cet anxieux tableau, comme ne sortent pas de leur silence les prédicateurs du proche monastère.
On retrouve bien ici les composantes de l'univers de Yoko Ogawa, mais je n'ai pas retrouvé ici la sérénité que l'on ressent dans ses autres romans, comme cristallisations secrètes.
Un beau roman, très profond et plein de sens, mais à ne pas lire au coeur de l'hiver...
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nounours36
  20 décembre 2014
Un univers un peu différent, dans ce roman d'Ogawa. En premier on remarque que le narrateur est un homme, et que l'action se passe dans un village isolé au bout du monde qui semble à la frontière entre la réalité et l'irréel.
Un jeune muséographe embauché par une vieille femme ‘acariâtre' dans un village au bout du monde doit organiser un musée ou seront disposés les souvenirs du village. Rassemblement d'objets qui caractérisent le mieux les personnes après leur mort. Il lui faudra donc cataloguer puis récolter les objets des défunts ( en les subtilisant, ou en les volant) . On part dans ce récit du réel pour s'éloigner peu à peu dans un monde fantastique. Ce narrateur dont le métier est la conception d'expositions pour les musées, et qui a une parfaite connaissance et une grande expérience de ce milieu, se trouve à rassembler, cataloguer des objets qui possèdent une âme. Une incursion pas pas dans un monde irréel, blanc, et muet.

Un village particulier au niveau de ses règles : le paiement des impôts est régi par les oreilles des contribuables.
« Il y a très longtemps, ces trous étaient utilisés pour faire le tri des contribuables. On pensait que le corps s'arrêtait un jour de grandir, mais que les os des oreilles continuaient toute la vie à se développer. C'est pourquoi ceux qui arrivaient à glisser leur oreille dans ces trous et entendre les bruits au travers n'étaient pas encore obligés de payer l'impôt. p28
Le personnage principal : le muséographe qui est notre attache à la réalité dans cet univers proche du fantastique, semble tomber sous l'emprise de ce village et de ce musée petit à petit. La réalité ou le monde réel auquel il se raccroche est son frère marié qui va avoir un enfant, et également le livre « le journal d'Anne Franck » dont il relit chaque soir un passage. Il s'enferme dans son rôle afin de transmettre l'histoire des ces objets. Et là, il perd peu à peu pied, ce substituant au musée.
Des personnages singuliers font leur apparition : ils sont présentés par leur fonction plutôt que par leur nom. Tout d'abord cette femme acariâtre, désagréable et plutôt repoussante, qui garde la mémoire des défunts par des objets. Elle est entourée de sa fille adoptive, d'une bonne et d'un jardinier ( homme à tout faire de père en fils, dont la passion est la coutellerie également de père en fils), Un prédicateur du silence (p35) ascèse du silence(discipline volontaire du corps et de l'esprit cherchant à tendre vers une perfection, par une forme de renoncement) , secte ou confrérie mystérieuse qui parait au premier abord antinomique, ils portent comme vêtement une fourrure de bison des roches blanches(??) et qui prône la disparition des mots pour le silence, un tueur sadique qui prend les mamelons des femmes qu'il tue, un terroriste.
Et également tous ces personnages dont l'âme et le souvenir se transmettent par la mémoire des objets qui leur ont été proches.
Troublant, l'ensemble des liaisons que l'on peut faire ( fortuites ou recherchées) , on retrouve le thème de la collection d'objets par ce musée du silence, de l'obsession du classement, de la volonté de garder une trace du passé. On retrouver « l'annulaire, » mais aussi par croisement on retrouve ce thème dans des nouvelles. Un des thème que j'aime chez cette auteure est l'importance qu'elle donne aux organes et a leur conservation : on ne sera pas en reste avec les bouts de mamelons. Si l'on fouille également dans l'ensemble de l'oeuvre d'Ogawa, cette histoire sur les oreilles fait penser à ‘l'amour en marge‘ ou il était donnée une importance assez importante aux sons. Il semble également que par le biais des cycles lunaires et des changements de lune que l'on puisse retrouver une liaison avec un roman de Paul Auster. Une atmosphère étrange, de plus en plus étouffante pour ce livre, mais dans un ton poétique qui est la signature d'Ogawa, des choses simples, naturelles racontées avec franchise délicatesse qui nous emmène dans un monde des plus étrange. .
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Citations et extraits (56) Voir plus Ajouter une citation
gouelangouelan   05 janvier 2018
— À vrai dire, je croyais qu'un musée était un endroit où l'on se contentait d'exposer des choses.
— Ce n'est pas étonnant. C'est ce que pensent la plupart des gens. Ils ne font pas la différence d'avec un entrepôt.
— Ça sert à quoi d'écrire ces textes ?
— À valider l'existence des documents. Il n'y a pas que les textes, on leur donne une signification par toutes sortes de moyens, la photo, le croquis, les chiffres. Si le carnet d'enregistrement est un état civil, le dossier rédigé est un curriculum vitae, vous voyez. Mais cela est plus profond et a beaucoup plus de charme qu'un simple curriculum. [...]
— Valider leur existence, est-ce que ça signifie les conserver ?
— C'est exactement ça. La conservation est le rôle le plus important d'un musée. Parce que si on les laisse, toutes les choses de ce monde, quelles qu'elles soient, finiront un jour par être détruites.
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joedijoedi   09 janvier 2014
Avec elle, nous nous partageâmes les préparatifs pour transporter la collection dans le musée.
...
C'était un travail ingrat qui prenait du temps. Qui me fit encore une fois toucher du doigt le manque de cohérence des formes de la collection du musée du Silence. Je n'avais jamais expérimenté cela aillleurs. Nous avions beau, par souci d'efficacité, mettre le plus possible d'objets dans les cartons, toutes sortes de formes, sphériques, tubulaires, cubiques et autres ficelles, liquides ou poudres, s'affirmaient selon leur bon vouloir, sans s'accomoder de leur présence mutuelle, créant des espaces inutiles.
La seule chose qui les reliait entre elles était ce terme d'objet. Ce mot était discret comme le fil reliant les perles d'un collier, mais il avait aussi une rigueur qui gouvernait l'ensemble du musée, dépassant sans difficulté les différences de formes.

[pages 276-277]
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IrisaIrisa   08 juillet 2010
A la réunion de décision des pièces à détruire, j'étais toujours silencieux et de mauvaise humeur. Je n'arrivais pas à me calmer, comme si j'avais été contraint de me retrouver dans un endroit où je ne me sentais pas à ma place.
Les spécimens végétaux qu'il n'était plus possible de restaurer étaient passés à l'effilocheuse. Un socle de l'Acropole qui s'était fendu en cours de reproduction était réduit en morceaux à coups de marteau. Et pour la simple raison que c'était trop banal, le diorama sur la vie des abeilles était mis au feu.
Et ils n'étaient pas inhumés avec autant de soin que des animaux de laboratoire sacrifiés à l'élaboration de nouveaux médicaments. Il n'y avait ni prières ni fleurs. Près d'un conservateur novice qui les détruisait mécaniquement l'un après l'autre, une autre jeune recrue inscrivait les données nécessaires dans un classeur. Pas pour garder une trace de ce qui disparaissait, plutôt pour vérifier, conformément aux statuts des musées, que la destruction avait été effectuée selon la manière prévue.
Je me tenais un peu en retrait, seul à leur dire adieu, en suivant des yeux jusqu'au bout les éclats qui jaillissaient ou les cendres qui s'élevaient en tourbillonnant. Alors qu'ils auraient certainement pu devenir, dans n'importe quelle région reculée du monde, un fragment constitutif de ce monde.

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IrisaIrisa   08 juillet 2010
‒ C'est en manipulant, jour après jour, toutes sortes d'objets que je m'en suis rendu compte. Alors que ce devaient être des preuves de la vie des gens, je ne sais pourquoi j'ai l'impression qu'ils racontent ce qu'il est advenu de ces personnes dans le monde d'après la mort. Ce ne sont pas des boites qui renferment le passé, mais peut-être des miroirs qui reflètent le futur.
‒ Des miroirs ? Questionna-t-elle en sondant toujours l'espace.
‒ Oui, c'est ça. Quand j'ai le livre de ma mère entre les mains, je sens que l'univers de la mort, qui devrait être entouré d'un halo de frayeur, tient agréablement à l'intérieur de ma paume. Alors que je suis en train de tourner les pages, de deviner ce qui est écrit ou de sentir l'odeur du papier, toute peur finit pas disparaître. J'ai parfois même l'impression qu'il s'agit d'une vieille amie qui m'est chère. C'est pour cela que lorsque je suis en contact avec les objets je respire mieux, je me sens calme, et je m'endors plus facilement.
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joedijoedi   06 janvier 2014
La veillée et les funérailles sont une sorte de fête. Tout le monde est excité par la situation où la mort est venue brutalement interrompre la monotonie du quotidien, l'équilibre hormonal est perturbé, les bras et les jambes sont maladroits et perdent leur calme. Dans ces moments-là, personne n'a le temps de réfléchir ni de faire attention aux autres. Il suffit de porter un vêtement de deuil pour être reconnu comme quelqu'un en conformité avec l'endroit.
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Second épisode de l'instant lecture consacré au roman Cristallisation secrète de Yôko Ogawa.
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