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Rose-Marie Makino-Fayolle (Traducteur)Yukari Kometani (Traducteur)
EAN : 9782742791545
238 pages
Éditeur : Actes Sud (15/06/2010)

Note moyenne : 3.85/5 (sur 285 notes)
Résumé :
Blessée par l'infidélité de son mari, Ruriko décide de disparaître. Elle quitte Tokyo et se réfugie dans un chalet en pleine forêt où elle tente de retrouver sa sérénité. Ruriko est calligraphe. Non loin, dans un autre chalet, s'est installé Nitta, un ancien pianiste de renom devenu facteur de clavecins, un homme habité par un calme particulier qui semble absorber les sons des instruments qu'il fabrique. Bien qu'assisté chaque jour dans son ouvrage minutieux par une... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (71) Voir plus Ajouter une critique
Erveine
  27 avril 2014

Tokyo. Pour s'extirper d'une vie dont elle est absente, Ruriko s'enfuit pour rejoindre le chalet familial.
Ici, dans cet environnemental, tout est vivant. La forêt bruisse, les murs se racontent, les instruments vibrent, l'air et l'eau, l'hiver et la neige, les sons, cette latte de bois qui geint sur la terrasse et révèle tous ces flous du passé, la famille, la jeunesse et les jeux, les frères et les soeurs, les cousins...
Un soir que Ruriko est alertée par des coups frappés à la porte, des cris stridents et répétés, elle s'échappe par une porte dérobée à l'arrière de l'habitat. Et, en pleine nuit dans la forêt mouvante, elle court parmi les ombres. Mais le danger est au-devant plutôt qu'en arrière. Ce n'est qu'un jeune homme éméché, qui, ayant trop bu tambourine à la porte d'une maison qui n'est pas la sienne. Tandis que Ruriko vole dans les bras de Nitta, il la reçoit avec toute la tendresse, la douceur dont il est enclin. Soignant ses pieds blessés, coupés par des herbes folles et la comblant à mesure de sa demande. Elle, qui fut privée si longtemps d'attention auprès d'un mari violent et dispensant ses élans ailleurs.
Mais, même si Nitta est aimant, il partage un amour plus fort encore avec Kaoru. C'est une complicité de tous les instants, une gestuelle, un langage et une expression dont sera étrangère à jamais, Ruriko. Elle le découvre lorsque Nitta est à la fabrique des clavecins. Quand Kaoru joue ‘'les tendres plaintes'' et que corps et âme, tous les deux, ils se vouent à leur passion. de la création instrumentale à l'édification du clavecin né de leurs mains, jusqu'à la naissance du son.
Et quand les doigts de Nitta effleurent avec sensualité toutes les parties de cet instrument, dont aucun des recoins ne lui échappe, Ruriko est troublée.
Elle s'émeut parce qu'elle rêve que ses mains parcourent son corps, à elle. Il n'est pas un endroit de sa peau qui ne crie cette pulsion, ce besoin. Toutes ces années de vide, de non-vie. Et quand cette nuit d'amour avec Nitta se rappelle à son souvenir, elle n'aura plus d'écho. Au moment des ébats, lors de leur seconde étreinte, l'image de Kaoru se fixe et envahit l'instant. Dans un halo de lumière, la jeune femme lui intime cruellement qu'elle occupe la première place auprès de Nitta.
Et puis, il y a Dona. le baveux, l'affectueux, le généreux qui remue la queue. Il est au coeur de l'histoire, en notre compagnie. Celle que lui prête l'auteure en l'associant au trio. Toute une réalité affective, de celle que partage généralement l'ami de l'homme, en présence. Cela va des caresses qu'il s'auto-prodigue lui-même en se frottant à une jambe ou en reposant sa tête sur des pieds avenants, laissant ça et là, un mince filet de bave. Ce regard expressif et tendre qu'il projette en toute circonstance, y compris, quand piteux, il s'éloigne, nécessiteux et atteint de cécité ou poitrinaire s'époumonant. On viendra chacun son tour lui verser, qui une goutte de lait dont-il se pourléchera les babines en couinant en guise de remerciement, ou réajuster sa couette dans son panier.
Puis, un jour, Kaoru et Nitta sont prosternés devant le résultat de leur travail. Un travail de longue haleine, un travail qui a demandé beaucoup de temps et de soins. Ayant construit de concert, un clavecin dont le son est défectueux, ils vivent ensemble cette situation comme un échec, voire comme une tragédie. Tandis qu'ils se consacrent alors à une sorte de cérémonial en brûlant le clavecin, banni de toute destinée possible, Ruriko arrive et comprend qu'en aucun cas, elle ne pourra de près ou de loin s'immiscer dans leur intimité.
Désespérée, elle s'enfuit alors en courant avec Dona qui, en bon éclaireur la précède et la mène dans une plaine, auprès d'un arbre au tronc creux, dans lequel, doucement, elle s'introduit pour penser à Nitta. Sans le savoir, elle se trouve dans un lieu bien connu de lui. Son lieu de prédilection, un endroit mis à découvert par Dona où curieusement, Ruriko s'imagine qu'il viendra la rejoindre. Elle y pense si fort et même de toutes ses forces. Un peu comme le font de jeunes adolescents rêveurs. Mais Nitta ne viendra pas. Et, à y bien réfléchir, ne sont-ce pas toujours les femmes qui introduisent les conditions et les circonstances propices à la réunion de deux êtres ? Nitta la reçoit et l'aime sans compter, mais uniquement lorsqu'elle vient à lui. Jamais, il ne s'improvisera de lui-même, en quelque partition où l'amour eut pu se jouer.
Et quand, une ultime fois, Ruriko entend jouer la douce mélodie qui résonne en son coeur, ‘'les tendres plaintes'' d'un amour impossible, ses mains comme des notes courent sur le corps de Nitta, chaque muscle et chaque veine de sa peau vibrent et s'animent...
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cuisineetlectures
  30 avril 2015
Trompée, maltraitée par son mari, Ruriko quitte Tokyo pour se réfugier dans la résidence secondaire de ses parents, un chalet à la montagne. Recroquevillée sur sa douleur, elle calligraphie sans relâche l'autobiographie d'une nonagénaire. Tout bascule lorsqu'elle fait la connaissance de Nitta, un ancien pianiste devenu incapable de jouer en public, reconverti en facteur de clavecins. Cet homme calme et exigeant vit avec son vieux chien aveugle et son assistante Kaouru, tout près de chez elle.
Une étrange complicité lie ces coeurs cabossés. Tout se passe dans une tranquilité impressionnante, en osmose avec la nature et la musique, chacun faisant face à sa solitude et à la fragilité des sentiments et du désir. le récit se déroule dans un écrin de verdure mais c'est un huis-clos oppressant d'une grande justesse. C'est un mélange constant de douceur et de douleur et lorsque Ruriko surprend Nitta en train de jouer Les tendres plaintes à Kaouru, on frissonne avec elle…
Yôko Ogawa signe une roman subtil, son style est délicat, incisif, sensuel.
Écoutez Les tendres plaintes, elles sont d'une grande intensité et d'une beauté saisissante.



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fanfanouche24
  25 avril 2017
Deuxième roman que je lis de cette auteure japonaise.
Une jeune femme, calligraphe, après plusieurs années de discorde
conjugale et de trahison subie , quitte du jour au lendemain, son époux, ophtalmologiste... et se réfugie dans un chalet familial, où elle espère se reposer et faire le point....
Elle poursuit pour vivre ses différentes commandes de calligraphies,
dont celle d'un manuscrit d'une nonagénaire, à la vie des plus mouvementées....et palpitantes
Dans cette solitude, elle fera la rencontre inopinée de Nitta, facteur
de clavecins, ainsi que son élève, Kaoru...jeune claveciniste talentueuse, apprenant parallèlement la fabrication délicate des clavecins...
Histoire de la croisée des chemins de trois personnages, entre l' amour
de l'écriture, celui de la musique, et de la nature sans oublier la présence
d'une chienne âgée et aveugle, bien affectueuse... !
Notre calligraphe va tomber sous le charme du facteur de clavecins, Nitta,
et prendra fortement ombrage un moment du maître et de son élève,
si complices au sein de cette passion commune de la musique..
En plus de nombreuses descriptions d'une belle nature boisée et
montagneuse, il est abondamment question de l'amour des "belles
lettres" manuscrites, et de musique, encore et toujours ....
Un roman très prenant ... où une femme déboussolée trouve un lieu
personnel, intime pour retrouver un sens à son existence, une bulle
où se reconstruire...de nouveaux projets pour retrouver un véritable
élan...de vivre . Un moment charnière, de solitude intense...de
cette femme, Ruriko, croisant deux autres solitudes également "cabossées"
par des pertes et drames personnels...La nature, la musique, les
moments de complicité de ce trio passager ,les aidera les uns et les
autres...à clarifier leurs sentiments, et leur chemin...
"-Quand on travaille avec lui, il y a des choses qu'on ressent naturellement.
Surtout quand on est enfermés dans l'atelier. On est sensibles aux vibrations de l'air. Aux résonances des cordes du clavecin. Alors on peut également ressentir les vibrations du coeur de l'autre. "(p. 65)
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Annette55
  26 janvier 2017
Blessée, trompée, maltraitée par l'infidélité de son mari, Ruriko décide brutalement de quitter Tokyo afin de retrouver un peu de légéreté et de sérénité.
Elle se réfugie dans la résidence secondaire de ses parents, un chalet à la montagne.
Calligraphe , elle travaille sans relâche sur l'autobiographie d'une nonagénaire.....
Mais soudain une page se tourne.
Elle fait la connaissance de Nitta, ancien pianiste devenu facteur de clavecins, car incapable de jouer en public.....
Cet homme calme et exigeant vit avec son assistante Kaoru et son chien fidèle Doña, aveugle.
Bientôt une complicité étrange, mystérieuse et belle, tout simplement, va unir ces coeurs abîmés : fiancé tué, mari violent.....
Comme au sein de chaque ouvrage de l'auteur la nature et ses sensations, la musique libératrice et enchanteresse , la tranquillité impressionnante s'allient à une certaine fragilité , la douleur, les sentiments de solitude intense dans un huit - clos oppressant en pleine nature.....:
" le vent traversait la hêtraie.Le murmure des feuilles et son écho sur la pente n'arrivaient pas jusqu'à nous."
Un subtil mélange continu de douceur et de douleur lorsque Ruriko surprend Nitta qui joue " Les tendres plaintes " pour Kaoru.....je ne peux en dire plus...
La romancière décrit minutieusement les peurs , les envies, les états d'âme , les doutes de Ruriko.
Elle nous fait entrer dans les pensées de l'héroïne en suggérant..... d'une manière poétique, sensuelle et délicate. Elle nous plonge dans l'univers du clavecin qui cristallise les passions et les pensées les plus secrètes et les plus intimes.
Un roman musical, à la résonance mystérieuse, d'où se dégage une atmosphère étrange.....doux, beau et simple semblable à la calligraphie, un art muet, lent et patient.....
J'avais lu avec grand plaisir :" Petits oiseaux " du même auteur....

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latina
  01 juin 2020
Aaaah la douceur des romans japonais ! Leurs descriptions de la nature, les dialogues épurés, les sentiments forts réduits à l'essentiel…
« Les tendres plaintes » ont le titre approprié à ce que je viens de dire, n'est-ce pas ?
Il s'agit d'une pièce pour clavecin de Couperin, que l'héroïne écoute avec ravissement et vague à l'âme.
Cette jeune femme, en butte à un mariage malheureux (mari violent et volage), se réfugie dans le chalet familial dans la montagne. Non loin de là, deux « facteurs » de clavecins officient, en pleine nature : un homme d'une quarantaine d'années, Mr Nitta, et Kaoru, sa jeune aide.
Une amitié se crée, favorable à l'état d'esprit de notre héroïne, calligraphe de profession.
Eh bien je vous ai induits en erreur car les apparences sont bien trompeuses, et je me suis souvent dit que la courtoisie japonaise cache bien des violences, dans ce roman ; violences physiques mais aussi psychologiques.
La simplicité de surface dissimule de profondes plaintes et le choc avec le style épuré et gracieux n'en est que plus brutal.
Il va sans dire que j'y ai adhéré totalement, car c'est de manière progressive que ces plaintes envahissent l'espace.
Laissez-vous donc effleurer par la tranquillité illusoire pour pénétrer comme moi dans cet univers intense et ardent…
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Citations et extraits (65) Voir plus Ajouter une citation
sagesse66sagesse66   21 août 2019
À cause de la lumière qui pénétrait par l'embrasure de la porte, la moitié de son visage était plongée dans l'ombre. Plus l'ombre était dense, plus je voyais distinctement la sueur perlant sur ses rides, sa barbe qui repoussait et son front.
Il avait le coeur saturé d'un calme particulier.
Les oiseaux avaient beau gazouiller dehors, nous pouvions bien échanger des paroles, ce calme pesait comme une brume épaisse qui ne se levait pas. Qui semblait absorber les sons des instruments de musique qu'il fabriquait...
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sagesse66sagesse66   20 août 2019
.......elle alla prendre place devant le clavecin.......
Alors qu’elle jouait juste sous mes yeux, j’avais l’impression que le son me parvenait d’un endroit extrêmement lointain.
On aurait dit qu’il contenait la mémoire d’un temps illimité auquel personne n’avait touché.
Le tranchant et la douceur, la magnificence et la grâce, la pureté et l’ombre, des impressions contradictoires jaillissaient ainsi en même temps pour se fondre aussitôt en une seule.
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fanfanouche24fanfanouche24   17 avril 2017
-Quand on travaille avec lui, il y a des choses qu'on ressent naturellement. Surtout quand on est enfermés dans l'atelier. On est sensibles aux vibrations de l'air. Aux résonances des cordes du clavecin. Alors on peut également ressentir les vibrations du coeur de l'autre. (p. 65)
Commenter  J’apprécie          321
fanfanouche24fanfanouche24   20 avril 2017
Au début, le seul fait de marcher en ville me fatiguait. J'avais l'impression que tout le monde était en colère contre moi. Les vagues humaines s'écoulaient rapidement l'une après l'autre en m'ignorant totalement. Il n'y avait là ni l'air ni l'odeur ni les bruits dont étaient remplis les bois. (p. 160 / Babel, 2016)
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fanfanouche24fanfanouche24   18 avril 2017
Encore une fois, ici c'est un endroit merveilleux. (...)
Et pourtant il n'y a que des arbres, de l'eau et le ciel. Comment dire ? C'est un peu comme s'il baignait dans une profonde miséricorde. Cela fait longtemps que je ne m'étais pas rappelé l'existence de ce mot, miséricorde. (p. 118)
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