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ISBN : 2809433550
Éditeur : Panini France (06/11/2013)

Note moyenne : 4/5 (sur 53 notes)
Résumé :
Afrique, après l’apocalypse.
Le monde a changé de bien des façons, mais la guerre continue d’ensanglanter la terre. Une femme survit à l’anéantissement de son village et au viol commis par un général ennemi avant de partir errer dans le désert dans l’espoir d’y mourir. Mais au lieu de cela, elle donne naissance à une petite fille dont la peau et les cheveux ont la couleur du sable.
Persuadée que son enfant est différente, elle la nomme Onyesonwu, ce q... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (24) Voir plus Ajouter une critique
boudicca
14 novembre 2013
« Qui a peur de la mort? ». Onyesonwu en igbo : le nom de l'héroïne de ce singulier roman signé par l'auteur américano-nigérienne Nnedi Okorafor et qui constitue sans aucun doute l'un de mes plus beaux coups de coeur de cette année 2013, pourtant riche en sortie de qualité. Il faut dire aussi que le roman a eu l'honneur d'être récompensé dernièrement par le prestigieux World Fantasy Award 2011 ! L'action se limite à une région bien définie (correspondant aujourd'hui au territoire du Soudan) où deux tribus se livrent depuis des temps immémoriaux une lutte sans merci . D'un côté les Nurus, peuple «béni» par la déesse Ani et supposé assurer leur domination sur son territoire, de l'autre les Okeke, peuple en voie d'extinction, asservi par les Nurus et dont les quelques tentatives de révolte se sont, jusqu'à présent, toujours soldées par un échec. On comprend rapidement grâce à quelques indices que nous nous trouvons en réalité dans une Afrique post-apocalyptique, un élément que l'on pourrait toutefois aisément être tenté d'oublier tant l'univers dépeint par Nnedi Okorafor n'a plus grand chose à voir avec le notre, géographiquement et culturellement parlant. Pour le reste, on retrouve hélas un sentiment de déjà-vu : massacres, pillages, meurtres, viols..., les atrocités s'accumulent dans un camp comme dans l'autre, preuve que, quoi qu'il se soit passé, les hommes sont, en ce qui les concerne, restés fidèles à eux-mêmes.
C'est dans ce contexte qu'on découvre la triste histoire de la jeune Onyesonwu, dont le nom sonne comme un véritable défi lancé à la grande faucheuse qui semble hélas hanter ses pas. Car notre héroïne a le malheur d'être née ewu, une enfant du viol, mi Nuru par son père, mi Okeke par sa mère, et par conséquent considérée par tous comme une paria. Car qui voudrait prendre le risque que la violence de sa conception rejaillisse un jour dans l'un de ses actes ? Rongée par l'horreur de sa naissance que la société ne lui laisse jamais oublier, la jeune fille possède heureusement l'atout de savoir manipuler avec aisance la magie. Mais difficile, dans un monde dominé par les hommes, de se faire une place et de tracer sa propre voie. A travers le récit bouleversant de la jeune fille, Nnedi Okorafor en profite pour rappeler et dénoncer certains tabous rarement abordés, notamment au sein des littératures de l'imaginaire : le viol utilisé comme redoutable arme de guerre ; la pratique de l'excision des jeunes filles ; l'embrigadement d'enfants soldats... Certaines scènes sont particulièrement prenantes, et ce même si vous n'avez pas particulièrement l'âme sensible. Difficile par exemple de rester de marbre à la lecture du viol de la mère d'Onyesonwu ou encore du rituel d'excision des jeunes filles Okekes.
Ne vous y trompez donc pas, le récit de Nnedi Okorafor est sombre et dur, les personnages comme le lecteur se voyant confrontés à des réalités choquantes qu'ils préféreraient certainement occulter. Révolte et horreur sont deux sentiments qui ne sont jamais bien loin tout au long de cette lecture dont on ressort à la fois sonné et émerveillé. Car parallèlement à toutes les atrocités et la dureté auxquelles on se retrouve confronté, on découvre également un univers exotique fascinant. le monde de Nnedi Okorafor pourrait ainsi ne rien à voir avec un monde post-apo mais relever de la pure fantasy, un dépaysement lié aussi bien à ces vastes étendues désertiques qui constituent l'essentiel des paysages du roman qu'à l'omniprésence de la magie au sein des sociétés okekes et nurus dont le fonctionnement nous est aussi parfaitement étranger. de même, il est pour une fois appréciable de découvrir certains éléments ou concepts prenant leurs racines dans la culture africaine que, pour ma part, je connais très peu (l'idée des mascarades, sortes d'esprit des ancêtres ou du désert pouvant adopter des formes très diverses, m'a notamment particulièrement plu). Un mot, enfin, concernant les personnages, tous bourrés de défauts mais néanmoins attachants : le vieux sorcier Aro ; la courageuse et sulfureuse Luyu, la petite Binta... Et bien évidemment le couple au centre du roman, Onyesonwu et Mwita, dont la relation constitue l'un des principaux attraits du récit.
Avec « Qui a peur de la mort », Nnedi Okorafor signe un roman bouleversant traitant de sujets rarement abordés en fantasy et mettant en scène une héroïne atypique et dont je me souviendrai certainement longtemps. Les nombreux éléments liés à la culture africaine apportent un charme supplémentaire au récit qui malmène autant qu'il séduit le lecteur qui ne sortira pas indemne de sa lecture. Une excellente découverte que je conseille chaleureusement.
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Ellane92
08 septembre 2015
Onye, qui signifie "Qui a peur de la mort?", est une ewu, une enfant du viol d'une Okeke, la race "esclave", par un Nuru, la race "dominante". La peau plus claire que les Okeke parmi lesquels elle vit, elle est de tout temps stigmatisée pour la couleur de sa peau et de ses yeux. D'autant que les ewus sont souvent considérés comme dangereux, maudits : on dit souvent, chez les Okeke comme chez les Nuru, que ceux qui naissent de la violence finissent par la commettre. Bien vite, elle se rend compte qu'elle est également ushu, une sorcière.
Bien loin à l'Ouest, dans un ville proche du désert où elle est née, le devin Rana dévoile une nouvelle prédiction : un ushu ewu arrive, qui va changer la face du monde.
Qui a peur de la mort ? est un ouvrage très original dans le paysage de la fantasy contemporaine. L'auteure, américaine d'origine nigériane, a puisé dans ses racines pour concocter un récit qui entremêle allègrement et avec beaucoup de bonheur les traditions, la magie, la spiritualité, les croyances...
Découvert dans le cadre de mon club de lecture préféré, mon avis sera relativement pondéré ; si Qui a peur de la mort ? présente des qualités, dont l'originalité n'est pas la moindre, d'autres choses m'ont suffisamment "déçue" pour ne pas faire de cette lecture un coup de coeur.
Outre son appui sur la culture nigériane, un autre point fort du livre est d'évoquer des sujets habituellement absents de ce type de littérature : l'excision, le viol comme arme de guerre, la place des femmes dans la société, etc... Toujours dans les qualités de cet ouvrage, je tire mon chapeau à N. Okorafor pour avoir su créer un monde dans lequel la magie est si naturellement et intimement implantée. J'ai beaucoup apprécié également certains personnages, comme Aro, Sola ou l'Ada, qui tiennent quasiment de l'archétype. J'ai particulièrement apprécié la culture du "Peuple rouge", si tant est que ce peuple de légende, se déplaçant dans les tempêtes de sable, existe réellement. Enfin, et de façon générale, j'ai toujours aimé les histoires de quêtes initiatiques pour changer le monde, au cours desquelles, bien souvent, c'est le personnage qui grandit et évolue bien plus que son monde.
Et c'est bien là que le bât blesse dans mon appréciation de ce livre. Je crois qu'il faut que je me fasse une raison, je n'accroche absolument pas au style "young adult", avec ses triangles amoureux (qui m'ennuient), batailles de filles pour un garçon (l'inverse est également vrai) (que je trouve ridicules), réactions typiquement binaires (et prévisibles), et avec des émotions systématiquement paroxystiques (qu'il s'agisse de colère, très présente dans l'ouvrage, mais aussi de détresse, de peur, de tristesse, de joie...), qui, même si on peut les relier à l'adolescence, âge des personnages principaux, me semblent factices. Serait-ce mes 40 automnes s'approchant qui en seraient la cause ? Possible... En tout cas, si je n'ai rien contre une belle et puissante histoire d'amour, les développements gnangnan sur qui aime qui, qui couche avec qui, et compagnie, me laissent de marbre. J'ai donc trouvé les réactions des personnages souvent enfantines, stéréotypées, et la colère d'Onye a fini par me lasser, d'autant que, en tant que personnage principal qui porte ce récit, c'est le personnage qui évolue le moins au fil des 500 pages de l'histoire...
D'autre part, je suis passée à côté d'un certain nombre de choses... Par exemple, je n'ai pas compris le rôle de la technologie dans la cosmogonie de N. Okorafor. A priori, les Okeke, premier peuple, ont été déchu par les dieux au profit des Nuru, car ils utilisaient trop cette technologie. On trouve dans les étendues désertiques traversées par Onye et ses amis des cimetières d'ordinateurs et de téléphones portables, qui portent malheur. Ceci dit, pour produire de l'eau, le seul moyen est d'utiliser une boite... technologique (qui doit marcher à l'énergie magique parce qu'on ne la recharge jamais...) ; enfin, on trouve des téléphones portables avec GPS qui fonctionnent encore... Qui entretient le réseau, les émetteurs et récepteurs, comment recharge-t-on les batteries ?? Bref, ça me laisse un peu sceptique.
Enfin, et ça me parait plus "grave", j'ai surement raté quelque chose autour de l'histoire du Livre. Ce livre explique pourquoi les Okeke sont des esclaves et pourquoi les Nurus sont leurs propriétaires. La prédiction du devin Rana dévoile que ce livre sera réécrit... Ben, à part si le récit de Onye est la nouvelle version du Livre, je ne vois pas se réaliser la prédiction du devin. Mais en quoi le récit de cette adolescente en colère peut-il être le fondement d'une société plus juste ? (Enfin, si c'est bien ça le noeud du livre, mais pas sure d'avoir tout suivi...).
Bref, si Qui a peur de la mort ? n'est pas un coup de coeur, j'ai quand même globalement apprécié sa lecture, y compris la fin qui, un peu mystérieuse et laissant une jolie part d'interprétation à son lecteur, rattrape (pour moi) un peu la sauce. A lire pour son originalité et à noter la couverture magnifique !
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Dionysos89
10 janvier 2017
La littérature influencée par l'Afrique est relativement bien développée en littérature générale ; elle est, en revanche, encore marginale dans les littératures de l'imaginaire. Avec Qui a peur de la mort ?, Nnedi Okorafor participe à ce renouveau.
Onyesonwu est une ewu, une fille du viol. Sa mère okeke s'est fait violer par un guerrier nuru lors d'un énième raid meurtrier et, rejetée de beaucoup, elle s'installe à Jwahir pour voir grandir sa fille. Lors de son enfance et son adolescence, Onyesonwu voit s'affirmer quelques pouvoirs en elle, comme le fait de pouvoir se transformer en animal ou d'agir sur la santé de certaines personnes. Guidée par Mwita, jeune enfant ewu aussi (mais lui fruit d'un amour interdit), et entraînée par le sorcier Aro, Onyesonwu va se lancer progressivement dans la quête de son père et dans celle de sa survie.
Nnedi Okorafor dédie ce roman à son père décédé, dont la disparition a guidé les premiers mots. À travers le calvaire solitaire d'une jeune ewu et de sa mère violée, elle a l'immense mérite d'aborder et d'utiliser efficacement (sans voyeurisme) des thèmes extrêmement forts, d'actualité et trop peu mis en lumière. Elle fait ainsi référence à des guerres civiles menant aux génocides, au viol utilisé comme arme de guerre, ainsi qu'à l'excision comme outil de régulation sociale. Un vaste programme donc, mais que l'autrice distille dans le destin de cette jeune femme à la peau étrange et aux pouvoirs qui ne le sont pas moins.
Nnedi Okorafor a construit une histoire qui sonne juste et fort, avec une noirceur plutôt moite puisque le climat, l'atmosphère jouent un rôle important pour poser la situation. Si au début les prophéties peuvent agacer (surtout si on se doute qu'elles vont vraisemblablement se réaliser telles quelles) et ces histoires de Grand Livre plutôt laisser dubitatif, les différentes scènes d'initiation progressive de l'héroïne justifiaient tout cela très bien ; la montée en intensité jusqu'à la toute fin est remarquable et relire deux-trois fois la dernière scène et l'épilogue est de l'ordre du normal.
Qui donc a peur de la mort ? Ceux qui ne veulent pas la voir en face, assurément ; Nnedi Okorafor, elle, nous emmène à ses côtés de façon réellement fantastique.
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ACdeHaenne
23 octobre 2014
Onyesonwu est une ewu, une enfant issue de deux ethnies antagonistes. Fruit d'un viol perpétré contre sa mère par un général ennemi, la jeune femme va grandir dans une société qui la rejette parce qu'elle porte sur elle les stigmates de cette union non désirée. Pire, elle est considérée comme un être qui deviendra violent à son tour. Mais très vite elle se rend compte qu'elle recèle en elle des pouvoirs qui la dépassent...
Attention, ce roman débute par des scènes fortes qui ont tendance à laisser le lecteur un peu K.O. tout de suite. En effet, Nnedi Okorafor commence presque immédiatement son récit par l'évocation par une mère à sa fille du viol qu'elle a subi et qui est à l'origine de son arrivée douloureuse sur Terre. Elle lui dit bien qu'elle ne pourra lui faire ce récit qu'une seule fois, et c'est tant mieux car c'est assez éprouvant pour le lecteur. Comme si Nnedi Okorafor ne voulait pas laisser souffler son lecteur, vient ensuite une cérémonie d'excision. Porteuse d'une violence moindre, le récit de ce rite "barbare" s'avère tout de même pénible à lire, malgré là encore la beauté d'évocation des mots de l'écrivain. Cependant, ces deux moments primordiaux ont le mérite de tout de suite poser les bases de l'univers violent dans lequel baignent les protagonistes. Et l'auteure américaine d'origine nigériane le fait avec une telle magnificence (la beauté de l'atroce) qu'on se sent tout de suite happé par son récit.
Même si aucun pays n'est jamais cité (sauf une fois, à la toute fin du roman), ni aucune date donnée, c'est d'une Afrique du futur dont il s'agit ici. Un futur indéterminé, seulement signalé par de subtiles évocations d'objets du quotidien qui n'appartiennent pas à notre présent. Pourtant, ce quotidien futuriste est tellement imprégné de traditions ancestrales (guerre, racisme, excision) qu'on aurait aimé voir dépassées, qu'il nous rend ce récit totalement intemporel. C'est peut-être là la plus grande force de ce Qui a peur de la mort ?, quatrième roman de Nnedi Okorafor. Elle explique d'ailleurs dans une postface en forme d'hommage à son père, qu'elle a commencé à le rédiger en apprenant la mort de celui-ci. En le lisant, on sent toute la rage, tout le désespoir face à la perte qu'elle a pu y mettre.
Si ce roman peut être classé dans la case Science-Fiction puisqu'il se déroule dans un futur post-apocalyptique, c'est tout de même bien avant tout une oeuvre de Fantasy. En effet, la magie y est omniprésente. Et même s'il m'a fallu un certain temps avant d'assimiler le fait que dans le monde décrit ici il était normal pour l'héroïne de se transformer en animal (même si elle-même met un certain temps à le comprendre), ou bien d'autres choses encore, j'ai fini par l'admettre, par l'intégrer. En fait, je me suis dit que s'il est possible d'accepter que la magie puisse exister dans un récit se déroulant dans un monde européen pseudo-médiéval, pourquoi n'existerait-elle pas dans une Afrique du futur ? Cette suspension d'incrédulité chère à Coleridge m'a, au final, grandement fait apprécié ce roman.
Malheureusement, ce livre fait 500 pages bien tassées et c'est cent ou cent-cinquante pages de trop. En effet, l'improbable quête menée par Onyesonwu (qui veut dire, justement, Qui a peur de la mort) et ses amis les fera traverser le désert. Certains d'entre eux se demanderont même ce qu'ils sont venus faire là. Nous aussi. C'est tellement long qu'on se demande presque si un sort n'a pas été jeté sur le lecteur pour qu'il ne le termine jamais (je suis un lecteur lent et j'ai vraiment trouvé ça interminable, au sens littéral du terme). Seule la fin (oui, quand même) fait retrouver au lecteur un regain d'intérêt.
Heureusement que c'est superbement bien écrit d'un bout à l'autre du livre, sinon ce roman serait depuis longtemps retourné d'où il vient, c'est-à-dire la médiathèque de ma ville.
Bon, pour ne pas terminer sur une note trop négative (que le livre dans son ensemble ne mérite pas), on signalera la magnifique couverture signée par le graphiste sud-africain Joey HiFi, dont on avait déjà pu admirer le travail sur le roman de Lauren Beukes, Moxyland.
Lien : http://les-murmures.blogspot..
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idevrieze
09 avril 2014
Qui a peur de la mort ? est avant tout l'histoire d'Onyesonwu
En Fantasy, on parle souvent d'univers. Mais dans ce livre, c'est surtout et avant tout l'histoire d'Onyesonwu qui est passionnante. Cette petite fille est née dans un contexte particulièrement rude car elle est le fruit d'un viol d'un homme pale, grand sorcier. Il a "choisi" sa mère lors d'une expédition car elle a aussi des dons de sorcellerie. Il voulait un fils Enwu, c'est à dire un métis sorcier, sûrement pour le seconder par la suite. Mais la force de la mère d'Onye est qu'elle choisi de mettre au monde une fille. Malheureusement pour Onye, elle nait avec les caractéristiques physiques d'un métis c'est à dire qu'elle a les cheveux clairs et la peau plus claire. Or, les Enwu sont rejetés par les populations africaines car ils sont réputés être des enfants nés de la violence. Ainsi, toute sa vie, Onye devra se battre pour être acceptée.
Pour cela, elle va se trouver l'amour paternel auprès de son beau père, un forgeron qui habite dans un village. La relation entre ces deux personnes, en dehors du fait que son beau père aime aussi la mère d'Onye, est magique car cet homme va être le premier à l'accepter telle qu'elle est. Ainsi, il va l'amener à l'école, la pousser à s'intégrer auprès des autres enfants et de lui offrir le cadre de vie le plus normal possible mais sans non plus se plier à toutes les coutumes du village. Ainsi, l'auteure va nous parler ici de la coutume de l'excision, coutume encore largement pratiquée en Afrique dans des sociétés largement machistes (il faut le dire). Onye va pratiquer cette opération et Nnedi Okorafor va nous expliquer la pression sociale exercée sur elle pour qu'elle accepte cette pratique à l'insu de ses parents. Car en effet, on aurait compris si ses parents l'avaient forcée à le faire, mais elle a dans sa famille le statut d'une femme libre, similaire au statut d'une Occidentale actuelle. Mais Onye va se plier aussi aux traditions africaines, même si elles peuvent s'avérer mauvaises ou moralement discutables. Ce sujet est magnifiquement traité je trouve car quelque part, on arrive à comprendre pourquoi ces jeunes filles le pratiquent, même si nous n'approuvons pas du tout. On se rend compte aussi de l'ignorance qu'elles ont à ce sujet, et de la douleur qu'elles ont lorsqu'elles se rendent compte de ce qu'elles ont perdu.
Mais revenons à notre héroïne, Onye va ainsi grandir dans un milieu propice à l'amour, et elle va même tomber amoureuse. Là, elle devra aussi montrer sa nature de femme forte car elle reste dans une société machiste. Elle va enfin trouver sa voie en tant que sorcière et découvrir non seulement ses pouvoirs mais aussi les origines de son père.

La Fantasy africaine et sa mythologie.
Nous sommes dans un environnement futuriste mais qui obéit à des codes de fantasy. Comme je vous le disais tout à l'heure, le père d'Onyesonmu est un sorcier. On se demande aussi quel type de sorcellerie va être développé dans ce livre. Je dirai que c'est une magie assez shamanique. Onye, par exemple, peut se transformer en n'importe quel animal, même si elle affectionne plus le vautour. Elle veut obtenir les enseignements d'un sage qui pratique les points mystiques,ce qui donne des visions. Il y a des projections qui correspondent un peu aux projections astrales qui sont assez communes dans toutes nos formes de sorcellerie. Enfin, nous rencontrons dans ce livre un peuple nomade qui agit sur la météo.
Le statut d'Onye est surtout très particulier car elle est métis. Et c'est aussi pour cela que les Enwu sont craints. En effet, ils possèdent toute la magie que je qualifierai africaine, c'est à dire les points mystiques, la transformation en animal. Mais ils possèdent aussi une magie presque occidentale. Cela reste un peu flou car non développée réellement dans ce livre mais il y a de la projection astrale, du déplacement de force, et autres petits détails.
Je trouve qu'on s'acclimate très vite à cette magie du désert, à ce monde particulier. Car la plume de l'auteure nous amène les explications de manière très douce, très fluide. L'univers est aussi très addictif car nous avons un parler un peu africain, elle nous donne quelques petites coutumes et quelques petits tics de son peuples, mais aussi les codes vestimentaires, les habitudes alimentaires. On se sent ainsi très à l'aise dans cet univers. le fait même d'avoir des noms à consonance étrangère pour nous ne reste pas un handicap. On s'habitue très vite à reconnaître les différents personnages.

Enfin, Qui a peur de la mort est aussi un roman de femmes dans un univers très dur
Viols, massacres, excisions, mariage, incestes, relations sexuelles, éducations sexuelles. Tant de sujets dits sensibles pour nous et qui sont abordés ici de manière quasi naturelle car on sent que l'auteure maîtrise son sujet. On apprend les codes vestimentaires de celles qui portent un voile, celles qui s'habillent autrement, ceux qui veulent soumettre les femmes et ceux qui veulent les respecter. Autant de sujets graves et importants dans un seul livre, en dehors même de l'histoire principale de ce roman qui est la vie d'Onyesonwu.
Tout ceci en fait un livre d'une richesse incroyable, un livre coup de poing, un livre coup de coeur. Un livre pour nous les femmes mais aussi pour vous les hommes. Un livre table de chevet qui mérite son prix de Fantasy, certes, mais qui mérite surtout d'être mieux connu. Il faut des littératures imaginaires aussi riches dans notre vie car c'est tout juste beau, magnifique, quoique sombre. Ce livre est à l'image de sa couverture: énigmatique et à multiples facettes.

Lien : http://labibliodekoko.blogsp..
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Les critiques presse (1)
Elbakin.net18 novembre 2013
Qui a peur de la mort ? se révèle dur, parfois terriblement triste ou déchirant, mais toujours, toujours brillant. Comment dès lors ne pas lui donner sa chance ?
Lire la critique sur le site : Elbakin.net
Citations & extraits (22) Voir plus Ajouter une citation
Dionysos89Dionysos8902 janvier 2017
Le Grand Livre raconte l’histoire d’un garçon qui était destiné à devenir le plus grand chef de Suntown. Vous la connaissez bien. C’est l’une des préférées des Nurus, non ? Vous la racontez tous à vos enfants quand ils sont trop jeunes pour comprendre à quel point elle est horrible. Vous espérez que vos filles voudront ressembler à Tia, la gentille jeune femme, et les garçons à Zoubeir le Grand. Dans le Grand Livre, c’est une histoire de triomphe et de sacrifice. Elle est censée vous conforter dans votre position. Elle est supposée vous rappeler que les choses nobles seront toujours protégées et que les gens voués à la grandeur finissent toujours par l’atteindre. C’est un mensonge. Voici la véritable histoire.
Tia et Zoubeir étaient nés le même jour, dans la même ville. La naissance de Tia n’eut rien de secret ni rien de particulier. Fille de paysans, elle reçut un bain chaud, de nombreux baisers, une cérémonie de nom. Elle était la deuxième enfant de la famille, mais le premier était un garçon en bonne santé, aussi fut-elle bien accueillie.
Zoubeir, en revanche, naquit dans le plus grand secret. Onze mois plus tôt, le chef de Suntown avait remarqué une femme qui dansait lors d’une fête. Cette nuit-là, il la posséda. Et même ce chef, qui avait pourtant quatre épouses, ne pouvait se lasser d’une femme pareille, aussi la poursuivit-il de ses ardeurs et la posséda-t-il encore et encore, jusqu’à ce qu’elle tombe enceinte. Après quoi, il ordonna à ses soldats de la tuer. Selon une ancienne loi, le premier fils né hors mariage du chef devait remplacer son père. Le père du chef avait contourné cette règle en se mariant avec toutes les femmes avec qui il avait des relations. À sa mort, il avait plus de trois cents épouses.
Cependant, son fils, le chef actuel, était arrogant. S’il désignait une femme, pourquoi prendre la peine de l’épouser ? Honnêtement, ce chef-là n’était-il pas l’homme le plus stupide du monde ? Pourquoi ne se contentait-il pas de ce qu’il avait ? Pourquoi n’arrivait-il pas à penser à autre chose qu’à ses désirs charnels ? Il était chef, après tout, non ? Il aurait dû avoir bien d’autres choses à faire. Bref, cette femme était enceinte de trois mois lorsqu’elle réussit à échapper aux soldats envoyés pour la tuer ? Elle finit par atteindre une petite ville, où elle donna naissance à un garçon nommé Zoubeir.
Le jour de la naissance de Zoubeir et Tia, la sage-femme courut d’une hutte à l’autre. Ils naquirent exactement au même moment, mais elle choisit de rester avec la mère de Zoubeir parce qu’elle avait l’intuition que l’enfant de cette femme serait un garçon alors que l’autre serait une fille.
Personne, hormis Zoubeir et sa mère, ne savait qui ils étaient. Mais les gens flairaient quelque chose d’insolite chez lui. Il devint grand, comme sa mère, et doté d’une voix puissante, comme son père. Zoubeir était un meneur-né. Alors qu’il n’était encore qu’un enfant, ses camarades de classe lui obéissaient avec joie. Tia, d’un autre côté, menait une vie discrète et triste. Son père la battait souvent. En grandissant, elle devint belle et il commença à la convoiter. Ainsi, Tia devint l’opposée de Zoubeir, chétive et silencieuse.
Les deux enfants se connaissaient, car ils vivaient dans la même rue. Dès l’instant où ils se virent, une étrange alchimie les unit. Pas le coup de foudre. Même pas de l’amour. De l’alchimie, c’est tout. Zoubeir partageait ses repas avec Tia lorsqu’ils rentraient chez eux après l’école. Elle lui tricotait des chemises et lui tressait des anneaux de fibres de palme. Parfois, ils s’asseyaient et lisaient ensemble. Zoubeir n’était silencieux et serein que lorsqu’il se trouvait en sa compagnie.
Lorsqu’ils eurent tous deux seize ans, la nouvelle arriva : le chef de Suntown était très malade. La mère de Zoubeir savait que cela laissait augurer des troubles. Les gens aiment colporter des ragots et spéculer à l’approche d’un changement de pouvoir. La rumeur selon laquelle Zoubeir était le bâtard du chef atteignit bientôt ce dernier. Si seulement Zoubeir avait fait profil bas ou baissé la tête, il aurait pu revenir paisiblement à Suntown une fois son géniteur mort. S’emparer du trône ne lui aurait pas posé de problèmes.
Les soldats vinrent avant que la mère de Zoubeir ne puisse le prévenir. Lorsqu’ils le trouvèrent, il était assis sous un arbre avec Tia. Ces soldats étaient des lâches. Ils se cachèrent à plusieurs mètres de là et l’un d’eux épaula son fusil. Tia pressentit quelque chose. Et, à ce moment précis, elle leva les yeux et remarqua les hommes cachés parmi les arbres. Alors, elle comprit. Pas lui, se dit-elle. Il est unique. Il améliorera notre situation à tous.
« Baisse-toi ! » cria-t-elle en se jetant devant Zoubeir. Naturellement, elle reçut la balle à sa place. La vie de Tia fut fauchée par cinq autres coups de feu tandis que Zoubeir s’abritait derrière son corps. Il finit par se dégager d cadavre et courut, rapide comme l’avait été sa véloce mère dix-sept ans plus tôt. Une fois qu’il se fut élancé, même les balles ne purent plus le rattraper.
Vous savez comment finit l’histoire. Il s’échappa et devint le plus grand chef que Suntown ait jamais connu. Il n’éleva no autel, ni temple, ni même une simple cabane en l’honneur de Tia. Dans le Grand Livre, le nom de celle-ci n’est mentionné nulle part ailleurs. Zoubeir ne repensa jamais à elle, pas plus qu’il ne s’enquit de l’endroit où elle avait été enterrée. Tia était vierge. Elle était belle. Et c’était une fille. Se sacrifier ainsi était son devoir.
Je n’ai jamais aimé cette histoire. Et depuis la mort de Binta, je la déteste.
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boudiccaboudicca13 novembre 2013
Il y a des milliers d'années, lorsque le pays n'était encore que sable et arbres morts, Ani posa les yeux sur son domaine. Puis elle créa les Sept Rivières et les fit se rejoindre pour former un lac profond. « Un jour, dit-elle, je créerai de la lumière. Pour l'instant je ne suis pas d'humeur. » Elle se retourna et s'endormit. Dans son dos, les Okekes sortirent de ces douces rivières. Ils étaient tous aussi agressifs que ces rivières bouillonnantes. Au fil des siècles, ils se répandirent sur les terres d'Ani et créèrent et utilisèrent et changèrent et altérèrent et répandirent et consommèrent et se multiplièrent. Ils bâtirent des tours, construisirent des machines, se battirent entre eux, inventèrent. Il plièrent et déformèrent le sable d'Ani, son eau, son ciel, son air, prirent ses créatures et les transformèrent. Lorsqu'Ani se fut assez reposée, elle se retourna. Et ce qu'elle vit l'horrifia. Alors elle tendit la main parmi les étoiles et tira le soleil vers ses terres. Du soleil, Ani arracha les Nurus et maudit les Okeke.
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ToonToon29 novembre 2015
Il y a des milliers d’années, lorsque le pays n’était encore que sable et arbres morts, Ani posa les yeux sur son domaine. Puis elle créa les Sept Rivières et les fit se rejoindre pour former un lac profond. « Un jour, dit-elle, je créerai de la lumière. Pour l’instant je ne suis pas d’humeur. » Elle se retourna et s’endormit. Dans son dos, les Okekes sortirent de ces douces rivières. Ils étaient tous aussi agressifs que ces rivières bouillonnantes. Au fil des siècles, ils se répandirent sur les terres d’Ani et créèrent et utilisèrent et changèrent et altérèrent et répandirent et consommèrent et se multiplièrent. Ils bâtirent des tours, construisirent des machines, se battirent entre eux, inventèrent. Il plièrent et déformèrent le sable d’Ani, son eau, son ciel, son air, prirent ses créatures et les transformèrent. Lorsqu’Ani se fut assez reposée, elle se retourna. Et ce qu’elle vit l’horrifia. Alors elle tendit la main parmi les étoiles et tira le soleil vers ses terres. Du soleil, Ani arracha les Nurus et maudit les Okeke.
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Dionysos89Dionysos8905 février 2017
Les anormaux se retrouvaient toujours à servir les gens normaux. Si vous refusiez, ils vous haïssaient… Et bien souvent, ils vous haïssaient même si vous les serviez. Comme ces filles et ces femmes ewu. Comme Fanta et Nuumu. Comme Mwita et moi.
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TwiTwiTwiTwi20 avril 2014
Toutes les parties de moi qui étaient moi. Mon grand corps d'ewu. Mon manque de patience. Mon impulsivité. Mes souvenirs. Mon passé. Mon futur. Ma mort. Ma vie. Mon esprit. Mon destin. Mon échec. Tout ce qui me constituait fut annihilé. J'étais morte, brisée, éparpillée, absorbée. C'était mille fois pire que la première fois que je m'étais changée en oiseau. Je ne me souviens de rien parce que je n'étais rien.
Puis je devins quelque chose.
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Video de Nnedi Okorafor (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Nnedi Okorafor
Aujourd'hui, je vous parle de mes impressions sur le salon de Trolls & Légendes où je me suis rendue le samedi 04 Avril 2015 et dans une seconde partie, je vous présente mes dernières acquisitions livresques.
Partie 1 : Trolls & Legendes Partie 2 (6"41) : Book Haul
Retrouvez toutes mes vidéos ici : http://goo.gl/hCnYmr Déroulez pour plus d'infos :) Merci à tous d'avoir regardé cette vidéo ! Aimez, partagez, ou abonnez vous ;) ca fait toujours plaisir !
PARTIE 1 : SALON - Bloggeurs/booktubeurs cités :
? Ma pacsée littéraire : http://labibliodekoko.blogspot.fr/
Vlog de Fann : https://www.youtube.com/channel/UCMa_H3fog1EOVcOxtqMd83g
Vlog de Lanyla : https://www.youtube.com/watch?v=XqusTElMxSw
Vlog de Manue https://www.youtube.com/channel/UCQvyt-1xcqB8l86iMv7eg6w
Harmony TheWitch : https://www.youtube.com/user/MissHarmonyWitch
Melcouettes : https://www.youtube.com/channel/UCEcDe7oWjG6amGoehkMp7pw
Mandy Mavision du livre : https://www.youtube.com/user/DelilahScarlett
Bubblegirl : https://www.youtube.com/user/bubblegirl67
Caroverdelivre : https://www.youtube.com/user/yellowgirl74
Jess : https://www.youtube.com/user/JessLivraddict
Kawell : https://www.youtube.com/user/kawell
Blog de Caladhiel :http://www.bulledecaladhiel.com/ Blog de une Souris & des livres : http://luciebook.blogspot.fr/

PARTIE 2 : BOOK HAUL : Livres cités
Anthologie Trolls & Legendes 2015 Outrepasseurs 2 de Cindy van Wilder Or & nuits, de Mathieu Rivero Qui a peur de la mort de Nnedi Okorafor Le secret de ji 2 de Pierre Grimbert L'Alliage de la justice de Brandon Sanderson Milarepa d'EE Schmitt Et puis Paulette de Barbara Constantine La 8e couleur de Terry Pratchett Les talons hauts rapprochent les filles du ciel, d'Olivier Gay Les trois vies de Babe ozouf de Didier Decoin Le boucher d'Olivier Gay Elegie pour un ange de Marie Alix Thevenin


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