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Irène Sokologorsky (Traducteur)Georges Nivat (Préfacier, etc.)
ISBN : 2020131196
Éditeur : Seuil (02/05/1991)

Note moyenne : 3.33/5 (sur 9 notes)
Résumé :
Ce récit impertinent garde jusqu'à aujourd'hui une fraîcheur étourdissante. Paru en 1928, il fit d'Olé­cha un auteur célèbre du jour au lendemain.
Mais il l'enferma aussi dans un succès dont cet esthète soviéti­que ne s'affranchit pas. Olécha reste - injustement ­l'auteur d'un livre. La sobriété de style d'un Bounine, la sophistication des constructivistes, l'impertinence d'un dandy se marient au burlesque et à l'inquiétant d'une physiologie à nu et d'un freu... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Renod
  12 mars 2015
L'écrivain Iouri Olécha a fêté ses dix-huit ans en 1917. Son entrée dans l'âge adulte a coïncidé avec la Révolution et il s'est senti « suspendu entre deux mondes ». La révolution dont l'un des objectifs était de former «l'homme nouveau », un travailleur plein d'abnégation et d'enthousiasme, pourvu d'une conscience communiste, entièrement dévoué au collectif, a fracassé l'ancien monde reposant sur l'individualisme . Olécha va illustrer l'opposition entre ces deux mondes avec les personnages de son roman « l'envie » : Andreï Babitchev et son contraire, son frère Ivan ; Volodia Makarov, l'ambitieux, et son adversaire, Kavalerov.
Andreï Babitchev est un entrepreneur infatigable qui travaille dans l'industrie agroalimentaire. Il oeuvre jour et nuit à la construction d'une immense cantine qui proposera des repas de qualité pour un coût modique. Il est capable de s'extasier pour la conception d'un saucisson de veau d'un excellent rapport qualité-prix mais n'éprouve aucune sensibilité pour la poésie ou le romantisme. A ses yeux, son frère Ivan est « un paresseux, un propre à rien, un individu nuisible ».Ivan est un inadapté, un rêveur, parfois magicien, médium ou prêcheur. A ce nouveau siècle centré sur le pratique et l'utile, où les idoles sont la machine et l'usine, il réplique en inventant une machine qu'il baptise «Ophélie », du nom de l'héroïne qui a perdu la raison par amour. La machine n'apparaît à aucun moment, elle n'existe que dans ses paroles. Ophélie est « une blagueuse, une menteuse, une fripouille sentimentale », elle est tout à la fois un rêve, une supercherie, une mystification, elle condense les sentiments et les émotions du siècle passé. Pour Ivan, les âmes sont guidées par les génies des sentiments. Pour faire surgir ces diables et les jeter en spectacle dans une arène, il cherche un prototype qui illustre parfaitement sa thèse. Il le trouve dans l'entourage de son frère qui a recueilli le citoyen Kavalérov. Kavalérov est aigri. Il souhaite de tout son coeur réussir par la force de son individualité et être reconnu. Il se sent étouffé dans cette société qui ne parle que d'effort général et d'utilité. Hébergé par Babitchev, il observe avec rage la réussite de cet industriel qu'il trouve stupide. Et la chambre qu'il occupe est réservée à Makarov, jeune homme plein d'avenir, d'ambition, sportif émérite que Babitchev considère comme son propre fils. Makarov symbolise l'homme nouveau. Il recommande à Babitchev de chasser son hôte. Après, l'expulsion, la déception amoureuse : la belle Valia, nièce d'André et fille d'Ivan, convoitée par Kavalérov, est éprise de Makarov et se moque du romantisme de son prétendant. Kavalérov se rabat sur sa logeuse, une veuve qui le dégoûte. Il est le perdant. Et son âme est guidée par un fort sentiment d'envie. Mais même dans les bas-fonds, Iva le foutraque n'est jamais loin...
J'ai été surpris par la liberté de ton et par la fantaisie de ce roman. C'est une critique directe des principes moraux de l'idéologie communiste. le récit est d'une grande modernité, il pourrait être l'oeuvre d'un auteur contemporain. J'ai parfois été décontenancé par la succession des scènes : le récit parfois onirique, politique ou burlesque, peut passer d'une scène de cirque à un match de football... Ce roman impertinent publié en 1927 présage les malheurs à venir : l'individu sera prochainement écrasé par la machine totalitaire et la créativité sera mise au service de la "réalité" et de l'idéologie. Quelques années plus tard, en 1931, Olécha décrètera la mort de la littérature.
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Citations et extraits (3) Ajouter une citation
DidishaDidisha   09 avril 2015
Il n'a pas besoin de se peigner ni de mettre de l'ordre dans sa barbe et sa moustache. Son crâne est presque rasé, et sa moustache est toute courte, juste sous le nez. Il a l'air d'un grand garçon obèse.
Il prend un flacon. Le bouchon de verre émet un petit tintement. Il se verse de l'eau de Cologne dans la main qu'il se passe ensuite sur la boule de sa tête: du front à la nuque et retour.
Le matin il déjeune de deux verres de lait froid. Il va chercher la cruche dans le placard, se sert, et boit le lait sans jamais s'asseoir.
Ma première impression a été étonnante. Je n'aurais jamais imaginé; je n'aurais jamais cru. Il se tenait devant moi, avec son costume gris élégant, sentant bon l'eau de Cologne. Ses lèvres étaient fraîche, légèrement en avant. C'était en somme un vrai dandy.
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RenodRenod   06 mars 2015
Le matin, il chante dans les cabinets. Ceci pour faire comprendre quelle est la santé et l'épanouissement de vie de cet homme. Le besoin de chanter le saisit comme un réflexe. Ce sont des modulations sans paroles, (...) et qui peuvent se traduire ainsi :
"Que je suis à l'aise dans la vie !... ta-ra, ta-ra... Mon estomac marche bien... ra-ta-ta, ta-ra-ri...Mon sang circule... ra-ti-ta-dou-da-ta... Evacue, boyeau, évacue, ta-ba-ba-boum !"
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DidishaDidisha   16 avril 2015
Quelles étaient les raisons qui avaient poussé une personnalité de son importance à porter les yeux si bas, à arrêter son regard sur un jeune homme inconnu et d'allure suspecte?
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