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Critique de Pois0n


Pois0n
  11 avril 2018
Les Intrus est un livre étrange, au rythme lent, terriblement lent, au moins autant qu'il est décousu. Les Intrus, ce sont six points de vue, ceux de quatre vivants (la mère alcoolique, la fille nymphomane, le fils suicidaire, auxquels s'ajoute à deux ou trois reprises celui de la petite fille de six ans ; et de deux fantômes (la délurée Sandra et la très coincée Alice). Tous ont habité la maison à un moment donné et y revenir cristallise les souvenirs, bons comme mauvais. On passe donc de l'un à l'autre au fil des chapitres, eux-mêmes ancrés dans huit parties correspondant à autant de pièces de la maison, décortiquant progressivement les secrets des uns et des autres. Ne cherchez pas de fil rouge au récit mis à part éventuellement du côté de Trenton : pour Caroline, Minna, Sandra et Alice, la narration se compose de bribes de souvenirs épars, de petits moments de vie passée piochés ça et là dans le désordre le plus total, dévoilant au fur et à mesure comment chacune en est arrivée là où elle est. Pas franchement passionnant mais pourtant, ces petites histoires dans l'histoire sont ce qui permet à celle-ci de rester relativement agréable à parcourir, d'empêcher le sentiment d'ennui en se renouvelant sans cesse.

D'autant que, dès la toute première page, on sait comment tout ça va finir. Un procédé qui agace de prime abord (« non mais, spoiler la fin de l'histoire, ça ne va pas ? »), puis se révèle indispensable tant l'unique raison qu'aura le lecteur de poursuivre, c'est de découvrir l'enchaînement d'évènements ayant conduit à ça. Parce qu'au final, la plongée dans les pensées les plus intimes des protagonistes n'a pas grand intérêt : on comprend très rapidement ce qui leur est arrivé et les a façonnés comme ils sont. Reste Trenton : se suicidera, se suicidera pas ? le jeune homme ne pense qu'à sa fin imminente, ce qui, paradoxalement, fait de lui le seul de toute cette bande de névrosés à penser à « l'avenir », aussi bref et proche soit-il. le fait de se voir déjà mort est peut-être ce qui lui permet de sentir la présence des fantômes incrustés dans les murs : dès lors, ses obsessions morbides évolueront encore. Bref, heureusement qu'il est là pour faire bouger les choses et le récit...
Mais bon, vous l'aurez compris : la narration passe du coq à l'âne, avec plein de mini-histoires bien souvent très personnelles (parfois à la limite du malaise) entrecoupées par les chapitres de Trenton, et le tout n'est jamais très joyeux. Ça parle beaucoup de mort, de suicide, de souvenirs, d'oubli, de regrets, dans une ambiance très pesante. En un sens, c'est une réussite. En pratique, ça donne quatre-cent-pages de pas-grand-chose et de tout-ça-pour-ça.

Malheureusement, derrière ce constat déjà pas mal mitigé, les derniers chapitres tombent comme un cheveu sur la soupe. Un certain nombre d'éléments se résolvent tout seuls, soit dans un joyeux bordel qui n'explique pas grand-chose (Caroline), soit trop facilement après toutes ces années (Minna, Sandra), soit trop rapidement (Trenton), soit sans le moindre impact (Alice). En résumé, Les Intrus est un pur bouquin d'ambiance où le dénouement n'a qu'une importance relative. Si l'on accroche à ce côté tranche-de-vie en vrac, alors il n'est pas mauvais : la plume de l'auteur est fluide et se lit bien, très précise dans ses descriptions, sachant saisir la beauté éphémère de la poussière volant dans un rayon de soleil. Dans le cas contraire, la lecture sera au mieux sans grande saveur et le truc oublié dès le livre suivant. Bref, encore un OLNI (objet littéraire non identifié) capable de plaire autant que de rebuter. Pour ma part, j'ai quand même trouvé ça très très bof.
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