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EAN : 9782350873770
151 pages
Editions Héloïse d'Ormesson (25/08/2016)
3.5/5   80 notes
Résumé :
Un roman d’une grande intensité dramatique, où l’on découvre l’une des dernières marches pour la faim à l’orée du XXe siècle. Aki Ollikainen met au jour les abîmes de la nature humaine, mais aussi les espoirs qu’elle fait naître.
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Critiques, Analyses et Avis (28) Voir plus Ajouter une critique
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La faim blanche est un récit d'Aki Ollikainen sur l'hiver 1867 en Finlande. 
Un hiver terrible, glacé, froid, et noir où sévit une famine dramatique : depuis plusieurs saisons les greniers se vident car les récoltes sont insuffisantes et les conditions météorologiques défavorables n'arrangent rien (été pluvieux).
Le gouvernement du Grand Duché de Finlande observe mais laisse la situation s' enlisée, les importations sont bloquées ...
Un cortège interminable de paysans affamés, faméliques, affluent sur les routes en direction de régions plus clémentes amenant avec eux le typhus, le scorbut...

L'auteur, Aki Ollikainen, nous fait vivre de l'intérieur l'insoutenable dérive physique et morale de cette population acculée à une errance interminable sur les chemins enneigées et ténébreux de cet hiver interminable.
Nous suivons dans ce périple hivernal une famille dont le seul choix est celui de partir car il y a des bouches à nourrir : Marja, l'épouse de Juhani, s'y résigne car elle espère un avenir meilleur pour sa fillette Mataleena, et son dernier né Juho.
Mais ce périple hivernal et surhumain grâce à la plume poétique de l'auteur et son talent se transforme en une odyssée blanche au milieu d'étendues glacées où l'espoir est encore tangible.

Je suis sortie glacée et émerveillée par les tours de passe-passe de l'auteur.
Littéralement soufflée par l'univers onirique qu'il a réussi a créé dans un tel contexte !
La personnification de la faim en chat noir, griffant et griffu, lacérant les estomacs vides, la mort, elle, serpent visqueux à l'oeil doré, attendant tapi dans un recoin, l'instant fatidique pour assuré sa morsure létale.
Les visions, les rêves et cauchemars de Marja dus à l'épuisement physique sont aussi réels que les embûches et les épreuves rencontrées dans sa traversée abyssale.
Et puis il y a aussi ces deux mondes qui se côtoient, s'affleurent et parfois se rencontrent : celui du petit peuple, celui de Marja et celui des bourgeois, des notables qui se cachent derrière la fumée de leur pipe en porcelaine et la buée qu'ils dégagent sur les carreaux de leurs fenêtres.
Une odyssée blanche qui se transforme miraculeusement en conte lumineux avec l'arrivée de l'été.

« Le flanc de la barque a cédé. Elle n'a pas survécu à l'hiver. Les planches n'ont pas résisté au poids de la neige. le garrot à oeil d'or file hors de son trou et survole l'esquif défoncé. le bruit du battement de ses ailes se déploie au-dessus du lac, jusqu'à ce que le vent le dissolve dans un parfait silence. Soudain, résonne le cri nuptial d'un plongeon arctique solitaire. »

Belle performance pour ce premier roman de Aki Ollikainen publié en France en 2016 (2012 en Finlande) qui nous immerge dans l'espérance de jours meilleurs et la détresse de tout un peuple au bord de l'agonie, terrassé par la faim blanche, une des plus grandes famines qu'il ait connu : « les années de grande faim » de 1866 à 1869.
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Après deux années de climat catastrophique, cet hiver 1867 s'annonce des plus difficiles pour les métayers finlandais..Laissant son mari mourrant, Marja se résout avec ses deux enfants Mataleena et Juho, à quitter le village pour aller se réfugier à Saint Petersbourg où les conditions de vie (ou de survie) paraissent moins difficiles - la Finlande est encore un grand duché rattaché à la Russie. Ce lent exode est une longue route où les enfants mangent du lichen mêlé à quelques céréales les rendant malades, luttant contre le froid, un voyage ponctué de mendicité, d'hébergement dans des granges ou sous les insultes ou le dédain de plus nantis, considérant Marja et le siens comme des malfaisants ou des fainéants,
Avec La Faim Blanche, Aki Ollikainen retrace les années de grande famine de 1866 à 1868 qui verra la mort de 270 000 personnes en trois ans (wikipedia) : entre pluies en excès favorisant le pourrissement et des températures trop basses au printemps provoquant le gel des pommes de terre, les cultures sont insuffisantes et vont jeter sur les routes une population qui se résout à mendier en ville pour survivre.

Un sujet intéressant méconnu (ou éludé) dans les pays du nord car trop douloureux mais j'ai trouvé le style très distancié et, bien que compatissante, je n'ai pas pu réellement m'attacher aux personnages, une construction également mêlant plusieurs lieux qui m'a déstabilisée je ne savais plus qui était qui et où exactement...........
Un roman intéressant sur le sujet mais un peu distant dans la narration.
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Nous sommes l'hiver 67-68 en Finlande au milieu de rien du tout, ne croyez pas que le printemps 68 sera une rupture dans la société, "matérialisant l'abandon de l'ordre ancien séculaire marqué par le poids de l'autorité, de la famille, de la morale et de la religion, et l'avènement de la société post-moderne,"
Non, nous sommes dans un autre siècle 1867-1868 !

Où sommes nous ?
Sur une route entre l'Ostrobotni
(nom d'une région côtière de l'ouest, la seule de Finlande métropolitaine à comporter une majorité de suédophones.) et Saint Petersbourg ( la Finlande fut jusqu'au début du XIXe siècle, une partie du Royaume de Suède. Elle passa sous la souveraineté de la Russie de 1809 à 1917),
pour certains,
pour d'autres à Helsinki, où un sénateur se bat contre lui même, avec ses souvenirs si douloureux, et avec ses collaborateurs contre ce gouvernement "qui conduit la voiture de l'état avec la légèreté d'un voyou sur un sentier de village ostrobotnien".
Ces années là, en Finlande a eu lieu la dernière grande famine ayant des causes naturelles en Europe, une grande catastrophe nationale où 8% de la population finlandaise meurt de faim et jusqu'à 20% dans certaines zones.

Comment en est on arrivé là ?
Merci madame Wikipedia de nous rappeler la situation :
"Les années précédentes, notamment en 1862, certaines parties du pays ont souffert de mauvaises récoltes . L'été 1866 est très pluvieux, et les cultures de base sont insuffisantes. L'hiver suivant est dur, et le printemps en retard. Dans de nombreux endroits, les lacs et les rivières restent gelés jusqu'en juin. Après un milieu d'été prometteur, le gel du 3 septembre ravagent presque complètement les grains immatures surtout dans le nord. D'autres nuits glaciales ravageront le reste des récoltes. La récolte de pommes de terre est détruite par les fortes pluies d'automne.
À l'automne 1867, les gens meurent par milliers. le gouvernement du Grand-Duché de Finlande est mal préparé pour faire face à une crise d'une telle ampleur. Il n'y a pas d'argent disponible pour importer de la nourriture, et le gouvernement est lent à reconnaître la gravité de la situation."
Peur de l'emprunt, peur d'un écroulement du mark finlandais,
Et, pratique de la distillation domestique d'alcool (les paysans gagnaient plus à distiller l'alcool qu'à vendre les céréales pour en faire de la farine).
À la fin de 1867, la crise a éclaté, le prix des céréales a augmenté en Europe. Et comme il est très difficile de transporter le peu d'aide pouvant être rassemblée dans un pays avec de mauvais moyens de transport. La famine a sévi.

Ce roman nous fait vivre cet épisode de l'intérieur.
Manger des pains de foin,
Boire de la neige pour éponger sa soif,
Grignoter des bouts de bois pour tromper sa faim.
Qu'une femme ne sache pas où elle a laissé le corps de sa fille,
Qu'elle n'ait pas inscrit le nom de sa fille sur le livre de vie !

Il faut s'habituer aux noms pas forcément facile, les lieux, Vääräjärvi ou Katajanokka
oui peut être et il y a déjà eu les noms,
Juhani, Mataleena, Marja et Juho....
Il faut s'armer de courage, enfiler une armure pour ne pas hurler au désespoir de voir jour après jour, un peuple condamné à écosser les arbres pour en faire du pain.
Les mots de Aki sont glaçants mais les phrases parviennent toujours à nous faire voir l'envers du décor, comment la vie continue, car la vie gagne toujours, pas les individus certes mais la vie oui !
Et puis il y certains jours où nous plongeons en pensant qu'on ne remontera pas, mais souvent on se met à nager, et si ce n'est pas nous c'est nos enfants.
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Un auteur que je découvre, je suis mitigée à cette lecture, autant j'ai apprécié par moments le côté "onirique-poétique" autant j'ai été parfois déçue par le peu de contenu sur le sujet, les personnages, etc...
j'ai comme l'impression qu'il n'est pas abouti, ou est - ce la traduction qui est trop terre à terre.
Ceci dit, le sujet de la famine et la survie sont traités suffisamment pour nous faire ressentir ce sentiment de fin du monde pour les habitants qui fuient, prennent la route en espérant trouver un bout de pain à se mettre sous la dent. La désolation des paysages, le désespoir des personnages, la douleur de voir partir ses proches font de ce roman, noir et glacial.
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c'est la description de l'intérieur d'une société (à partir des années 60) en (r)évolution très rapide, que les adultes n'arrivaient plus, ou pas, à suivre. Encore moins les «responsables» politiques engagés dans des idéologies autoritaristes, allant contre la quasi-totalité des libertés et ne comprenant rien aux nouvelles conditions humaines, surtout celles de la jeunesse.

Ensuite, il y a la rencontre (à l'université d'Oran ) de Taous («Tao»), une jeune fille, assez tôt orpheline de père, rebelle et iconoclaste, habitée par un esprit de feu et qui venait de quitter son village, al Malha. Elle veut être juge ou avocate car, après avoir avoir vu lors de son enfance, «dans un monde perdu dans la démence quotidienne», survivant avec difficultés, grâce à la «faim blanche», mille et une injustices, elle voulait les réparer. Rencontre avec Mustapha Bouzadi, né à Béni-Saf ( la ville de Jean Sénac), dit Ouled El Marrouki (un surnom et une origine qui lui causeront pas mal de problèmes après la «Marche verte» au Sahara occidental, qui avait vu, par mesure de rétorsion, l'expulsion de milliers de Marocains installés en Algérie et dont certains comme le père ont été de vaillants moudjahidine), jeune, beau, brillant... mais un peu trop porté sur les joints.

Elle lui offre sa virginité. Il la prendra... Un choc poignant, un coup qui illumine, qui libère, mais aussi une révélation commun sur des choix de vie différents, si originaux, si décidés, ne correspondant aucunement à ce qui se pratiquait ou s'imposait officiellement qu'on assistera à la fin, sans que l‘auteur ne l'indique avec précision, à un terrible gâchis dans un monde «trouble, cruel, d'amour et de haine, d'espoir et de résistance»... dont on en paye, encore, les conséquences et le prix aujourd'hui encore... l'islamisme arrivant en douce et s'imposant avec violence durant les années 90, n'arrangeant pas les choses.
Un roman à l'écriture qui peut déranger, mais comme elle est audacieuse, osée et mordante
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critiques presse (2)
LaPresse
13 janvier 2017
Avec des phrases courtes, un sens de l'observation précis, mais pudique, et une superbe prose poétique, Aki Ollikainen nous soutire plus d'une larme.
Lire la critique sur le site : LaPresse
Lexpress
24 octobre 2016
On ne peut qu'être emporté et secoué par sa poésie, sa force, son onirisme. Son étrange et fascinante beauté qu'on ne risque pas d'oublier de sitôt.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (26) Voir plus Ajouter une citation
Un doux grésillement s'élève quand le brandon de bois touche l'eau dans le baquet. La faible lumière parvient encore à dessiner l'ombre de Juhani sur le mur en rondins lorsqu'il se redresse sur le lit, soulève la robe de Marja, pose les mains sur ses genoux et lui écarte les jambes. Marja attrape son sexe en érection. Elle en a envie elle aussi, mais sa peur est plus forte que le désir qui la brûle. Et si elle tombait enceinte? Une bouche de plus à nourrir dans toute cette misère. Elle repousse Juhani sur le matelas. Il soupire, essayant de masquer sa déception.
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- Je ne voulais pas être méchant. Juste dire que tu seras toujours la même.
- La même quoi ? Fille de la campagne ? Pourquoi est-ce que je voudrais rester la même ? C'est peut-être ce que, toi, tu veux; mais moi sûrement pas.
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Qui voudrait révéler à l’enfant que la liberté n’existe pas ? Plus nous glissons près d’elle, plus nos mains cherchent frénétiquement à attraper les chaînes passant à notre portée. Nous courons après un feu follet, chacun poussé par sa propre obsession. La longueur de nos chaînes montre les frontières de notre liberté, il n’y a qu’en nous contentant de notre sort que nous pouvons vivre sans nous en soucier. Nos désirs sont les plus durs des jougs. Une fois ceux-ci étouffés, plus besoin de se débattre.
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... elle se souviendra de son Papa. Il est heureux pour eux, mais il ne viendra pas à Viklund. Il reste assis au bord d'un nuage, et chaque fois qu'il pleuvra l'été, qu'elle regardera par la fenêtre, et qu'elle verra des gouttes glisser sur la vitre, elle saura que c'est une larme de joie de son père qui tombe sur la terre.
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- Il faut le faire lever pour qu'il mange, je ne peux pas vous laisser emporter la nourriture. Ils ont tous faim dans la dépendance, et la faim rend les gens prêts à tout. J'en ai vu qui ôtaient le pain de la bouche à des enfants, reprend Mr Hackmann, en montrant du doigt Juho.
Commenter  J’apprécie          20

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