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Critique de Ledraveur


Ledraveur
04 octobre 2016
“Critique” un peu longue, je le concède, due aux 500 pages et à l'ampleur du sujet sans doute ! La dimension du « Cosmos » !
Page 22 Onfray nous invite : “Certes, « Cosmos » est un livre écrit par moi, pour moi, afin de mériter cet héritage. Mais le lecteur y a aussi sa place.” Je vais donc essayer d'y trouver la mienne !
Se réfère-t-il à une “vision” de tradition orale du “monde chamanique” , de « l'Âge hors-du-temps », monde du “dessus” en référence au “monde du dessous” où est le vivant, la perception de l'Univers se situant dans l'osmose de ces deux niveaux dans une transcendance de l'immanence à laquelle il est fait référence* … ?
Michel Onfray, un livre, « Cosmos », un regard ouvert sur l'altérité dans un souci de ne pas nourrir une pensée, un comportement de “nuisance”, propose une éthique areligieuse de “courtoisie” courageuse, dans un essai philosophique de la “raison” (déplore et fustige la “croyance”, à raison sans doute !), pour parer à l'irrationnel et à ses errements de folies...
Plaidoyer pour ne pas succomber aux “miroirs aux alouettes” … un appel à notre réflexion, notre intelligence et à la sagesse Humaine qui est en nous, si nous voulons bien y prêter une attention, une écoute …
— En bon philosophe professionnel, il “tacle” sévèrement la construction théologique dualiste de “l'esprit de domination” du « Livre » Judéo-chrétien et par induction l'Islam du Coran … avec ses conflits à la clé (voir chap. “la bête Judéo-chrétienne”) ; dans « la Vie » et « l'Animal » il interroge le végétarien sur la validité de son positionnement et renvoie le “véganisme” à sa forme d'antispécisme suicidaire ... (spécisme et antispécisme son renvoyés dos à dos, au profit d'une vision médiane de vie dans la simplicité et la “frugalité” autant que faire se peut, mais variée, du moins plus dans le “manger convenablement pour vivre en bonne santé” [selon les besoins objectifs de chacun] dans le respect des nourritures, que des laisser-aller de toutes sortes très préjudiciables ...)
Les « formes liquides sur le “temps” [bulles de champagne] », m'ont amusées … (voir : http://versautrechose.fr/blog3/2014/06/le-grand-silence-interieur/ )
« Géorgiques » et neurobiologie … « nomadisme » gitan et animisme ... et q.q. envolées “virgiliennes”... et enthousiasmes euphoriques également…
— M. Onfray, qui cite très anecdotiquement J.-M. Pelt** p. 97 et 512 … ; ainsi que Jean Malaurie [cité aussi p. 342]** « Lettre à un Inuit de 2022 », ne semble pas toutefois avoir pris toute l'ampleur de leurs propos, sans doute “emporté pas le sien” !
— Il insiste sur “l'inexistence historique” de documents concernant Jésus de Nazareth*** pages, 154 (et référençant Nietzsche p. 156 et son “désamour” du personnage) 237, 240, 330 ; 446 et 511 : Prosper Alfaric (1876 – 1955, qui lui est dans une “obsolescence” certaine, donc effective) ; alors que les documentaires récents d'historiens de Gérard Mordillat dans « Corpus Christi », « L'Origine du christianisme », attestent au moins de sa très probable et vraisemblable réalité en tant “qu'homme” ayant vécu en son temps, assez “obscur” certes du point de vue de la Rome de Pilate ! … et n'étant aucunement porteur et n'ayant strictement aucune perspective d'un quelconque « christianisme »****.
Cette lourde insistance jette à notre avis une ombre sur l'ensemble de l'ouvrage qui par ailleurs véhicule une réelle perspective de “Spiritualité revisitée”, qui pourrait inspirer les générations à venir ; mais finalement cela met en “lumière” cet aspect précisément, sortir du monde de cette “religiosité” malsaine, et tendre vers une éthique de “libération” de l'emprise du mental gravitationnel des émotions et de ses illusions, et ce de façon areligieuse.
Onfray pause une opposition entre mort et “vie” plutôt qu'entre mort et “naissance” ; (p. 177) ; du point de vue où nous envisageons les choses la Vie contient les deux dans un “non-temps” que manifeste “la puissance” (comme champ de force) et le tropisme autour du gravitationnel de l'identité … leurre nécessaire probablement mais seulement jusqu'à un certain stade ; hors ce stade est rarement envisagé comme tel, et il est à dépasser pour atteindre à une plus profonde réalité en nous-même.
Quand il cite l'existence de Bouddha (p. 357) nous ne pouvons que renvoyer vers V. Crombé, (notamment le “Lalitavistara”) et le roi Ashoka ; il y est narré le mythe de la naissance “virginale”de Gautama également, rien de bien nouveau donc ! Stephen Batchelor dans « Itinéraire d'un bouddhiste athée » (éditions du Seuil, © février 2012) nous renvoie vers une “historicité” du Bouddha plus prosaïque ( http://www.patheos.com/blogs/monkeymind/2016/08/reading-stephen-batchelors-after-buddhism.html ), tout comme Jésus de N. en leurs époques …
En guise de conclusion, qui ne saurait en être une de façon exhaustive, le propos de ce volumineux ouvrage mérite que l'on s'y attarde ; la réflexion qu'il donne et les “ouvertures” qu'il propose doivent retenir notre attention, et quand j'exprime cela, c'est en pensant au générations qui vont nous survivre en souhaitant que le retour à la barbarie leur soit épargné … La Vie est ce que nous en faisons au jour le jour, de ce qui nous habite …
Un bel hommage de Michel Onfray rendu “au siens” , aux êtres dans leur simplicité qui accompagnent ce livre ...
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* http://versautrechose.fr/portofolio/index.php/2016/01/02/chamane-ou-shaman-celui-qui-sait/
http://versautrechose.fr/portofolio/index.php/2015/12/08/groupes-traditionnels/

** J.-M. Pelt, qui est un scientifique lui (- pharmacien, biologiste, botaniste et écologue français, professeur agrégé puis professeur honoraire des universités en biologie végétale et pharmacognosie ; - ethno-historien, géographe/physicien ; directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales), est beaucoup plus modéré, subtil, approfondi et complet ainsi que compétent dans ses appréciations (voir : « Dieu de l'univers. Science et foi » et « Fleurs, fêtes et saisons », « Nature et spiritualité ») que M. Onfray dans ces domaines où il n'est guère convaincant dans sa positon radicale, fermée et somme toute très peu argumentée sérieusement …
J.Malaurie, lui, écrit : … « méditant contemplatif » avec des expériences quasi zen. On pourrait y songer lors de leur méditation, assis face à “l'aglou” ou trou aménagé par le phoque, avec ses petites griffes acérées noires, dans la banquise pour respirer. En effet, il y a toute une dialectique d'intégration qui, grâce à un vide intérieur, permet de percevoir la micro-physique ondulatoire, et je retrouve dans mes réflexions de géographe-physicien, cette intuition d'Ernest Solvay : l'idée de l'équivalence entre la matière et l'énergie. On ne peut évoquer le chamanisme, qui est une approche essentielle chez tous les peuples racines, qu'en se référant à cette dialectique d'intégration.
Il est dans les roches, dans les mers, dans les glaces, une uummaa, un battement du coeur. Il appartient à l'homme de se mettre en phase avec cette énergie issue du cosmos qui est née au moment de la naissance de l'univers avec des échanges thermodynamiques, avec la matière, avec l'énergie noire — la cinquième force (1), qui ne cessera de s'exercer qu'à la mort de notre planète. Cet échange astrophysique, ce rayonnement électromagnétique, exprimé par des radiations, est d'autant plus significatif que nous sommes aux abords du pôle géomagnétique qui aboutit, dans le ciel, à des conflits de forces se traduisant par des aurores boréales …
Ces forces ondulatoires, ces stimulants aux effets troubles d'irradiations, relèvent d'un ordre supérieur qui tient debout le monde. Je me suis interrogé sur l'hybridation, cette singulière intercommunication entre « l'animal et le chasseur ».
L'animisme, auquel j'adhère, relève de la prescience sauvage, mais il n'est pas mesurable parce qu'il est fragile et fugace ; il répond à cette aptitude de chacun d'entre nous, à une force de songe et d'appel à une transcendance, et il ne se prête pas à l'expérimentation ; il n'est pas « scientifique ».
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(1) Pier Binétruy, À la poursuite des ondes gravitationnelles, Paris, Dunod, 2015.
p. 103, 104, 105 et 107

*** « l'araignée à croix » … sauf que la notion “d'individu”, dans cette partie du monde en son époque, était très très relative, voire de peu de consistance. La “personne” n'ayant de réalité et de signifiance qu'en mesure de sa manifestation dans une groupe (clan, famille ancestrale) ou ethnie d'une culture plus orale qu'écrite, donnée.

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— théories mythistes que défendait Alfaric, elles sont désormais frappées d'obsolescence (Simon Claude Mimouni, le christianisme des origines à Constantin, éd. P.U.F)
https://fr.wikipedia.org/wiki/Prosper_Alfaric
— voir Gérard Mordillat et Jérôme Prieur : “Jésus après Jésus” dans « L'Origine du christianisme » et « Corpus Christi »
— « En relisant les évangiles » (« Évangile » signifie « bonne nouvelle »), Arnaud Desjardins et Véronique Loiseleur
— Jean Carrière dans « LE NEZ DANS L'HERBE » exprime une perception, une perspective elle aussi beaucoup plus fine de la chose, tout en étant directe et rude :
« Qu'une seule personne vous aime assez pour vous apporter sa confiance, et vous êtes sauvé. Quant à l'atmosphère de saturation religieuse, c'est la pire des choses pour quelqu'un qui a envie de prendre le Christ au sérieux. Et d'abord, j'ai toujours pensé que le christianisme devait rester clandestin, comme une source dans le désert. L'échec du christianisme, il me semble, c'est la réussite de son établissement historique. Pour en être convaincu, il n'y a qu'à relire le fameux discours du Grand Inquisiteur dans Les Frères Karamazov. Il y a dans les églises une intransigeance, un ton protecteur, à la fois onctueux et menaçant, qui me révoltent. L'athéisme qui est en moi (je suis un affreux mélange d'athéisme consterné, d'agnosticisme et de... — le mot foi me gêne — disons : « ouvert du côté de “l'hypothèse Dieu” »)
p. 742
Au bout parfois de quelques heures, quand l'atmosphère a bien « chauffé », tout jaillit au grand jour avec une indécence parfois stupéfiante : on a vu quitter la table devant tout le monde pour aller faire l'amour, un garçon et une fille qui n'auraient peut-être même pas osé se regarder une heure avant. Eh bien, le seul barrage quasiment impossible à franchir, c'est celui de la relation avec l'argent. Là, terminé. L'inconscient se referme comme un coffre-fort sur des billets de banque. Tant que nous ne serons pas guéris de ça, les uns et les autres...
À propos du « devoir d'imprévoyance », déjà évoqué, il me semble que cette attitude est parfaitement chrétienne en ce qu'elle concerne deux niveaux qui se rejoignent : celui de la vie matérielle, celui de la spiritualité, l'un et l'autre n'étant pas séparables quand il s'agit de se dépouiller le plus possible avant que la mort, qui nous dépouille absolument, ne nous mette devant le fait accompli. Saint Paul nous dit qu'il faut « user du monde comme n'en usant pas, aimer, boire, manger avec ce détachement qui nous fait pauvres ». Saint Paul et sa fameuse morale « intérimaire » : il croyait que la fin du monde surviendrait avant la fin du premier siècle : « Cette génération ne passera pas qu'elle ne voie l'accomplissement de ces choses », avait affirmé le Christ.
Quand le bateau coule, il faut parer au plus pressé. Forniquez avec votre femme si vous ne pouvez pas vous en passer, mais ce serait mieux si vous pensiez uniquement au royaume de Dieu, qui est proche... L'Occident chrétien a fini par oublier que, pour chacun d'entre nous, le royaume est toujours proche : un accident de voiture, une crise cardiaque, et c'est notre fin du monde. Inutile de chercher dans le ciel les nuées ardentes promises par saint Jean. Nous aurons tous droit à notre petite Apocalypse personnelle. »
p. 826
, « L'Âme de l'épervier »
Jean Carrière, édition Omnibus © 2009)
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Gérard Mordillat et Jérôme Prieur 
« L'Origine du christianisme » « Corpus Christi »
— http://camisard.hautetfort.com/archive/2016/09/05/%C2%A0les-rencontres-d-assise-trente-ans-plus-tard%C2%A0-5844019.html
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