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Critique de Fleitour


Fleitour
  17 décembre 2017

Après la sortie du livre de Michel Onfray, l'Ordre Libertaire ou la vie philosophique d'Albert Camus, les critiques littéraires de nos grands journaux, se sont mis à se turlupiner pour offrir une palette peu civile de chroniques, de bons mots, de touches ironiques, d'humours grinçants, la palme revenant au Télérama du 11 janvier 2012, avec "Saint Camus".

Je relève au passage," mémoires d'une fille rangée" (l'express n'a pas ajouté vieille), "vilipender Jean-Paul Sartre", "monument bâclé", "alléchant sur le papier", "décevant à l'arrivée."..

Aussi, j'ai choisi de m'appuyer sur un très grand journal le Monde, pour écrire cette chronique.
Le biographe officiel d'Albert Camus, Olivier Todd, dont la plume a douillettement réchauffé les lecteurs du monde, a pris curieusement la tête de cette cabale. En effet le grand motif de cette unanimité vise les 596 pages de Michel Onfray et non les écrits ni la biographie d'Albert Camus.


http://www.lemonde.fr/livres/article/2012/01/12/l-ordre-libertaire-la-vie-philosophique-d-albert-camus-de-michel-onfray_1628602_3260.html


Mais comment ne pas égratigner le turbulent Michel Onfray, sans salir derrière lui quelques plumes de l'auteur de l'Envers et l'Endroit, ou de la Chute, vraiment Olivier Todd a-t-il mesuré la nature de sa critique, lui Olivier Todd qui avait si adroitement glissé à Hubert Beuve-Méry cette phrase : “s'il faut choisir entre la justice des terroristes et ma mère qui pourrait mourir de cette prétendue justice, je choisis ma mère et les miens. page 460” .

Ces paroles sont rapportées également par Olivier Todd avec le commentaire, et la réaction du directeur du monde; " jubilation du directeur Hubert Beuve-Méry , excité par le sang, j'étais tout à fait certain que Camus dirait des conneries," Todd page 70 biographie officielle de Camus.

À vouloir trop rectifier, parfois soi-même on peut l'être, comme un par un boomerang.

Ce qui saute aux yeux dans la critique d'Olivier Todd c'est en premier lieu l'usage du Cessez-le-feu. Jeu d'esprit ou de la méchanceté pure. le cessez-le-feu c'est le 19 mars 62, c'est remettre les pendules en plein coeur de sa critique, celle du conflit algérien. le trait est cinglant car le biographe officiel de Camus écrit: “Issu d'une famille de pieds-noirs algérois, et rajoute l'adjectif, blanc ! ”

Quelle provocation pour l'orphelin qui a pour famille une mère sourde, et qui fut très jeune contraint d'arrêter ses études. Avancer ces mots dès le début de sa chronique c'était placer Camus dans le camp des contres l'indépendance, le livre de Michel Onfray de 596 pages ne sont là que pour témoigner de tout ce qu'il a entrepris au contraire pour permettre l'indépendance de l'Algérie, et de mettre fin à cette légende créée par Sartre, le penseur des petits blancs.

Le journal le Monde, s'est peut être fourvoyé en ne voyant dans ce livre, la vie philosophique d'Albert Camus, qu'un moyen détourné pour rehausser le prestige de Camus et de salir la probité de Sartre; “Cataloguant les dérives de Sartre face au communisme, Onfray omet de mentionner quelques faits à sa décharge” ajoute Oliver Todd (le Monde du 12 janvier 2012).

L'article d'Olivier Todd se déroule comme une pesée, 20 g de Camus, pour 60 g de Sartre, afin de rééquilibrer les plateaux de la balance aux yeux du public.


Cependant, l'essai, apparait dans mes mains, très structuré en 12 grands chapitres, dont la métaphysique de l'absurde, en 34 pages. C'est pour le moins un travail de fonds, où s'insèrent les 596 pages de Michel Onfray, qui cite Todd 14 fois, Sartre 90 fois, et Nietzsche 82 fois. Au plan des idées on retrouve des constantes puisque tous les livres de Camus sont cités dont l'étranger 21 fois, le FLN 28 fois, le thème de la vérité, vérité liberté, vérité bonheur, ou passion de la vérité, 68 fois.

Dans le journal le Point, d'octobre 2013, l'approche de l'oeuvre et de l'homme loin de l'ignoble Onfray, est bien différente, Olivier Todd écrit : J'ai fini par trouver Camus très sympathique.


Je reprend cette allusion à Camus écrite par un libertaire, " il a été un compagnon fidèle et respecté de la Fédération anarchiste. Voilà ce qu'on a longtemps occulté. Onfray a un double mérite, à première vue, qu'il était un écrivain et un philosophe, et rappeler que Camus était un libertaire, Nous recommandons le livre de Maurice Joyeux : Albert Camus ou la révolte et la mesure. L'anti-colonialisme de Sartre était une posture, celui de Camus était viscéral pour l'avoir vécu, à la différence du premier".


Camus le philosophe a été à de nombreuses reprises l'objet de rencontres organisées par France Culture récemment sur L'Etranger. Aujourd'hui le livre Alice Zeniter complète l'approche que l'on peut avoir sur cette tragédie algérienne.
L'éclairage que donne Alice Zeniter des événements qui ont émaillé la vie d'Albert Camus est important, la terreur par exemple. Il ne faut pas oublier, tout ce que ce livre, restitue de la mémoire de ceux qui ont été désignés comme des parias, les harkis.


On peut même imaginer que le sort des populations qui vivaient en Algérie dans les années 50 auraient pu suivre un autre chemin si d'autres Camus s'étaient joints à sa parole, je pense à tous les philosophes de la seconde moitié de XXème siècle.


Très largement inspiré par les meilleures biographies écrites, et suivant la demande expresse de Camus : "je demande une seule chose et je la demande humblement, bien que je sache qu'elle est exorbitante : être lu avec attention", l'analyse de Michel Onfray est solide, incrustée de milliers de références, de citations, et de notes sur tous les auteurs, un Wikipédia romancé, 540 personnes sont citées, de tous horizons



Olivier Todd et Herbert R. Lottman sont par exemple largement cités.
Le travail de fourmi réalisé par l'auteur de cosmos, est surprenant de profondeur, rehaussé de témoignages en veillant à citer chacune de ses sources, ses détracteurs n'ont pas toujours cette vigilance, c'est une aide précieuse pour tous ceux qui souhaitent explorer l'oeuvre d'Albert camus.

Pour moi il manque un domaine qui devrait être mieux analysé le pardon cité 16 fois, et qui me semble l'une des clés de l'Etranger. Il ne faut rien pardonner , c'est la lucidité de Camus, poser la question de la grâce et de la peine de mort est essentiel pour Albert Camus, qui a eu raison de demander la grâce de Robert Brasillach, comme pour d'autres de ses ennemis, Onfray nous confie que ses interventions discrètes n'ont jamais pas été triées selon les Idées ou les écrits.

Ce livre est l'aiguillon qui me servira à relire Camus.
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