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EAN : 9782070368228
438 pages
Gallimard (16/11/1972)
4.28/5   29702 notes
Résumé :
Année 1984 en Océanie. 1984 ? C'est en tout cas ce qu'il semble à Winston, qui ne saurait toutefois en jurer. Le passé a été oblitéré et réinventé, et les événements les plus récents sont susceptibles d'être modifiés. Winston est lui-même chargé de récrire les archives qui contredisent le présent et les promesses de Big Brother. Grâce à une technologie de pointe, ce dernier sait tout, voit tout. Il n'est pas une âme dont il ne puisse connaître les pensées. On ne peu... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1200) Voir plus Ajouter une critique
4,28

sur 29702 notes
On cite souvent 1984 et Big Brother à chaque fois que des nouvelles caméras de surveillance sont installées. J'ai l'impression que c'est la seule chose qu'on ait retenu de ce roman : la surveillance constante.

Pourtant, 1984, c'est beaucoup plus que ça : c'est un condensé de toutes les méthodes qui existent aux quatre coins du globe pour cadenasser la pensée, mise en place à la perfection : la peur constante de la délation, y compris venant de sa propre famille ; la capacité des foules à absorber n'importe quel mensonge pourvu qu'on le lui répète assez longtemps ; la falsification des faits historiques ; l'appauvrissement de la langue pour rendre impossible la formulation de certaines pensées ; la création d'un ennemi commun à haïr ; et la liste peut être encore longue.

La lecture du roman est dure, on sent que le système est parfait, implacable, que les petites victoires de Winston sont trop simples, trop faciles, et que ça va mal tourner. Et en effet, le petit grain de sable ne grippe pas la machine, mais est renvoyé fermement à sa plage.

Un livre vraiment marquant, et que je ne suis pas prêt d'oublier.
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1984 vient d'être retraduit par les éditions Gallimard, déjà détentrices de la précédente traduction datant de 1950, c'est-à-dire, réalisée aussitôt après la publication de l'original en 1949. Certes, toutes les traductions vieillissent mais celle-ci n'était peut-être pas des plus scandaleuses, contrairement à celle, par exemple, de Walden qui, elle, sent très très fort la naphtaline chez le même éditeur.

Non, la raison profonde de cette nouvelle traduction n'est certainement pas tant la volonté de proposer aux lecteurs francophones quelque chose de fantastiquement plus fidèle mais bien le fait que l'an prochain, en 2019, le texte tombera dans le domaine public, si bien que l'on pouvait s'attendre de la part de la concurrence à une avalanche de nouvelles traductions. Ceci n'aura donc probablement pas lieu car Gallimard a souhaité leur couper l'herbe sous le pied : c'est de bonne guerre (même si de guerre, personnellement, je n'en connais aucune de bonne).

Pour le reste, franchement, si vous avez lu l'ancienne traduction, vous ne serez pas déstabilisés par la nouvelle et il n'est pas forcément vital d'aller vous jeter sur elle : basculement du passé dans la narration au présent, quelques néologismes d'Orwell traduits différemment (ainsi novlangue devient néoparler, angsoc devient sociang, l'Océania devient l'Océanie, et quelques autres du même tonneau mais franchement, pour moi, à deux ou trois nuances près, c'est vraiment du kif-kif bourricot).

Pour beaucoup d'autres, les choix de la première traductrice ont été reconduits, notamment le fameux Big Brother (à l'époque, en 1950, c'était osé de maintenir l'anglais plutôt que Grand Frère, de nos jours, cela paraît naturel).

Heureusement, novtraduction ou obsoltraduction, l'important était, reste et demeurera l'oeuvre de George Orwell en elle-même. Ce livre interpelle forcément car la question centrale concerne le pouvoir, la façon de l'infliger au peuple via, notamment, une falsification systématique de l'information et la façon de modeler les consciences pour le faire accepter.

Or, partout et de tout temps (et pour encore longtemps, je crois), il n'est pas dans l'intérêt des gouvernants de dire TOUTE la vérité. Dit autrement, tous les gouvernants, actuels ou passés, d'ici ou d'ailleurs, mentent ou ont menti et, je le crains, mentiront.

Alors il y a les bons gros mensonges, clairs, nets, précis, comme ceux débités par l'équipe de George W. Bush pour justifier d'une intervention militaire en Irak en 2003 ou, en France, l'annonce de l'arrêt du nuage radioactif de Tchernobyl pile sur la frontière allemande (exemples classiques parmi tant d'autres) et puis ceux, plus subtils, qui ne sont pas à proprement parler des mensonges mais qui consistent en des choix judicieux dans les informations que l'on laisse ou non filtrer, tel fait divers non relayé, tel autre martelé et monté en épingle parce qu'il va dans le sens du vent de ceux qui possèdent les chaînes d'information.

Il y a aussi les informations exactes mais présentées de façon à faire entendre tout autre chose que ce qu'elles disent vraiment. le champion toute catégorie dans ce domaine était très certainement l'Austro-américain Edward Bernays qui a carrément théorisé là-dessus et inventé le conseil en communication, appellation, vous en conviendrez, nettement plus avouable que l'ancienne, qu'on nommait tout simplement propagande.

C'est comme ça que sont nées les fameuses " frappes chirurgicales " de nos bien-aimés missiles qui ne pètent plus jamais dans la gueule des populations civiles innocentes mais qui dans 100 % des cas frappent chirurgicalement uniquement des terroristes, des sortes de missiles renifleurs, si vous préférez, qui détectent rien qu'à l'odeur dans leurs fantastiques petits cerveaux d'acier qui sont les terroristes et qui sont les innocents. Bref, nos gentils missiles ne font plus de victimes, ni de morts, ils éliminent des terroristes. Si un enfant de six ans se trouve volatilisé dans la manoeuvre, que voulez-vous, il n'avait qu'à pas pousser parmi les terroristes après tout. D'ailleurs, ça devait en être un lui aussi, à tous les coups…

Cela donne aussi des trucs dans le genre : « 60 % des médecins fument les cigarettes X » et un joli slogan du style : « X, les cigarettes préférées des médecins ». Alors cela peut vous faire rire mais allez donc voir dans les livres d'histoire proposés encore aujourd'hui aux enfants en ce qui concerne le XIXème siècle, par exemple. La période 1815-1848 ? À peine nommée. le second Empire ? Jamais entendu parler. La montée en puissance des banques et leur main-mise sur l'économie mondiale ? Connais pas.

En revanche, la République, la grande, la belle, celle qui ne fait que des choses propres, que des choses bien pour tout le monde et partout dans le monde, celle-là, bien qu'elle n'ait occupé qu'un tiers du siècle, vous en entendrez parler en long et en large. La Révolution industrielle ? Formidable ! Ah ! le progrès, mes chers enfants, le progrès… Quoi ? des patrons qui s'en mettaient plein les fouilles et qui maintenaient leurs salariés en esclavage ? Mouais bon, à la rigueur y a peut-être eu deux ou trois petits trucs par-ci par-là, mais c'était franchement mieux quand même pour le peuple que sous la monarchie, soyez-en sûrs.

Donc, oui, il y a quelque chose de profondément, de viscéralement prophétique dans ce roman et même si, à l'heure actuelle, ce n'est peut-être plus tant des gouvernements (quoique) que des grandes multinationales de l'internet et de la téléphonie qu'il faille craindre une surveillance acharnée, on sent bien qu'il met le doigt sur quelque chose de chaud, l'ami Orwell : la manipulation de nos vies par un espionnage de tous les instants.

Que ce soient les gouvernements ou les grandes entreprises (ce qui, de toute façon, revient au même), il est important de bien réécrire l'histoire (ex : les Américains ont vaincu les Nazis) de minimiser ou de passer sous silence ce qui ne va pas dans le sens du mythe collectif que l'on souhaite faire gober aux gens, les bons d'un côté, les méchants de l'autre (ex : en 1940, les USA se plaignent ouvertement du blocus voulu par Londres contre les Nazis car cela les empêche de faire du business avec l'Allemagne ; en 1945, les mêmes USA jugent à Nuremberg les responsables allemands pour crime contre l'humanité et ils envoient pendant ce temps les deux pires pétards atomiques jamais lancés sur des civils au Japon, bon, mais ça, faut surtout pas le dire maintenant, ni que l'athlète américain Jesse Owens a confirmé avoir été mieux traité par les Nazis en 1936 que dans son propre pays, qui, à l'époque n'aimait pas beaucoup les Afro-américains, etc., etc.)

À l'heure actuelle, on sait que le danger provient probablement de nos amis Google, Apple, Facebook, Amazon et toute la clique qui utilise nos clics, du téléphone portable dit " intelligent " et qui est devenu mouchard en chef de nos vies. C'est d'autant plus fort que tout ceci a l'apparence du libre consentement. C'est nous-mêmes qui faisons entrer le loup dans la bergerie. D'ailleurs, le mot " internet " (parmi foule d'autres) répond exactement à la définition que donne Orwell des termes de novlangue (ou néoparler).

Il est vrai également que quand j'écoute parler des gens autour de moi, ce savoureux mélange de termes creux, éviscérés, galvaudés et de franglais (est-il encore possible de trouver une publicité sans assaisonnement franglais ?), cette novlangue ou ce néoparler qui nous assaille, la faiblesse lexicale rencontrée dans les médias dominants… Oui, on a également l'impression que l'analyse d'Orwell est juste aussi sur ce plan-là : abrutir les gens, les gaver de ce qui est le moins séditieux pour s'assurer leur docilité, pour leur retirer jusqu'à la possibilité de formuler leur mal-être…

Enfin bref, tout cela a déjà été montré et démontré mille fois. Il nous reste un objet littéraire entre les mains. Personnellement, j'ai trouvé le début de la seconde partie absolument excellents, à partir du moment où Julia entre dans la vie de Winston. (En gros, la première partie consistait à décrire ce monde cauchemardesque que l'on nomme désormais dystopique, par analogie inversée avec l'utopique.)

Je ne suis pas allée jusqu'à 5 étoiles car j'ai ressenti un petit manque, une faiblesse selon mes critères lorsque l'auteur, nous donne à lire le livre de Goldstein à travers les yeux de Winston. Là, j'ai senti que l'auteur voulait absolument nous dire quelque chose, faire passer à tout prix un message insistant, et non plus dérouler le fil de la fiction. On sent beaucoup que la vision de Goldstein est celle de l'auteur, trop selon Milan Kundera et ce sur quoi je suis assez d'accord avec lui.

Pour le reste, un roman plein de puissance et de désillusion sur le genre humain qu'il faut probablement avoir lu une fois dans sa vie, avec ou sans la nouvelle traduction. Mais ce n'est bien entendu que mon pas granchavis.
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Nombreux sont ceux qui ont entendu au moins une fois dans leur vie le nom de Big Brother. Trop nombreux restent ceux qui le confondent avec une espèce d'ordinateur gigantesque qui traque l'intimité de tout un chacun dans un futur à vrai dire si peu lointain que, pour nous, il est déjà du passé : 1984.

En réalité, Big Brother serait un dictateur issu du Parti socialiste anglais - le Labour de Tony Blair - et dont le physique (grosse moustache noire, yeux noirs, visage inexpressif, solidité terrible de l'ensemble) évoquerait plus ou moins Staline. Si j'utilise le conditionnel, c'est parce que, bien que sa photo et son effigie soient omniprésentes partout en Océania, Big Brother pourrait aussi bien (on s'en rend compte à la fin du roman) n'être qu'une création fantômatique destinée par des gouvernants invisibles à focaliser la ferveur patriotique des Océaniens.

Au delà de l'ambiguïté des régimes totalitaires connus et enregistrés au XXème siècle - tout particulièrement le nazisme et le stalinisme, seuls cités par Orwell - "1984" passe à la vitesse supérieure et dépeint un totalitarisme qui, si l'on ose dire, touche à une perfection de fin du monde.

En Océania, il n'y a ni camps de concentration, ni goulags et on ne peut pas parler vraiment de théories racistes. L'ennemi eurasien, par exemple, a certes des traits asiatiques. Mais du jour au lendemain, cet ennemi redevient un allié pur et dur ; mieux : on affirme haut et fort que jamais, au grand jamais, il n'a jamais été l'ennemi de l'Océania. L'ennemi, ce sont les Estasiens - lesquels sont de type européen.

La lutte des classes n'est pas non plus à l'ordre du jour. La société se répartit en trois groupes : le Parti intérieur (la nomenklatura), le Parti extérieur (une sous-nomenklatura) et les Prolétaires (le tout-venant). Aristocratie, bourgeoisie, capitalisme même ... Ces mots ont de moins en moins de sens. le Parti réécrit sans cesse l'Histoire de façon à effacer tout ce qui l'a précédé - le fameux virage à 180° est ici institutionnalisé.

Tous ceux qui tentent de résister finissent "vaporisés" - l'humour noir anglais selon Orwell.

Et lorsque l'ancilangue aura cédé le pas à la novlangue, il n'y aura plus personne pour se rappeler de ce que signifiaient des mots comme "mauvais", "optimiste", etc ... Toute la complexité, toute la richesse du langage - et des idées - seront noyées sous des flots de mots outrancièrement simplificateurs. Ce qui ne sera pas bon sera "inbon", ce qui sera meilleur deviendra "plusbon", les adjectifs pourront servir de verbes, l'ordre des mots deviendra d'ailleurs interchangeable ...

(Je ne sais pas pour vous, mais moi, ça me fait penser aux technocrates de l'Education Nationale française, avec leurs "espaces transparents", leurs "inappétents scolaires" et leurs "référentiels bondissants aléatoires" ...)

Avec une puissance incroyable et une amertume glacée qui forcent toutes deux l'admiration, George Orwell préfigure le comble de la société totalitaire mais non égalitaire : le nivellement de la pensée par le bas et, partant, la mise en coupe réglée des masses, populaires ou non. Si le sexe est maintenu, le romancier anglais, avec une lucidité terrible, prévoit que cette fonction ne servira qu'à assurer la survie de l'espèce et que, surtout, il ne sera pas question d'assurer le plaisir à la femme ...

Bien entendu, la démonstration d'Orwell, pour être efficace, ne pouvait se satisfaire de héros combattifs. Peut-être Julia, la maîtresse de Winston Smith, l'est-elle un peu plus. Mais si peu ... Et elle aussi finit par trahir - par se trahir. En bref, tous deux sont des victimes, des moutons prêts pour le sacrifice et qui donnent parfois l'impression d'y courir avec une sombre délectation.

C'est là que le bât me blesse un peu, je l'avoue. Dans une superbe crise de désespoir littéraire - la plus achevée que j'aie jamais lue - Orwell nie le facteur humain alors que, curieusement, la société océanienne ne remet pas en cause la possibilité de l'existence d'un Dieu, très loin, quelque part. Orwell nie aussi le grain de sable, cet affreux et génial petit grain de sable qui finit toujours par venir à bout des mécaniques les plus subtiles et les plus démoniaques.

Or, je sais que les grains de sable existent, j'en ai la preuve. Tandis que Dieu ... Si l'on nie les premiers, il faut nier le second. Sinon, on se retrouve dans la position du croyant qui se refuse à entériner l'existence du Mal ...

N'empêche, surtout au jour d'aujourd'hui, après le Viêt-nam, après le Cambodge, après les Talibans et avec les fous religieux de toutes sortes, sans oublier les adorateurs planétaires du Veau d'Or, il faut lire "1984." Un homme averti en vaudra toujours deux.

Si George Orwell n'y avait pas cru, jamais il n'aurait écrit "1984", vous ne croyez pas ? ;o)
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Big Brother ....

1984 est un des textes de science-fiction les plus connus .
Quand je vois son succès , je me demande pourquoi d'autres textes de science -fiction sont injustement méconnus alors qu'ils sont loin d'être d'une qualité moindre que 1984 .
Les textes de T. J. BASS par exemple .....
Ces textes méconnus du grand public auraient au moins l'intérêt de permettre au grand public de découvrir une littérature de qualité .
Une littérature prospectiviste à la volonté prophylactique dans certains cas , mais aussi évidement , des textes qui souvent s'élèvent simplement contre le péril déjà en la demeure , comme c'est le cas pour 1984 , qui dénonce la montée des totalitarismes européens qui s'est fait pendant l'entre-deux guerres et qui fut publié en 1949 .
Ce qui fut visionnaire , c'est qu' à cette date Orwell , postulait avec raison , la guerre froide et le péril de la guerre nucléaire de grande ampleur entre les blocs naissants à cette époque . Ce péril nucléaire fut une réalité qui culmina spectaculairement en 1962 pour décroitre progressivement jusque la fin des années 80 avec l'ouverture de la Glasnost russe . Cette épée de Damoclès a d'ailleurs littéralement façonné la science-fiction de l'après-guerre , jusqu'aux années soixante-dix .
1984 est une oeuvre de science-fiction exemplaire parce que bien qu'étant un roman à thèse , un très grand soin est apporté par l'auteur à la mise en place de l'univers , qui contribue donc de façon éloquente et active aux divers développements des thèmes traités (le totalitarisme , l' endoctrinement et la manipulation des masses principalement ) .
L'Angleterre de cette fiction sort ravagée en profondeur d'une guerre nucléaire avec l'est , la guerre continuera , reprendra , alors qu''un état scientifiquement totalitaire s'efforce d'actionner un contrôle de chaque instant sur ces populations dont même l'esprit est façonné activement par ce régime .
L'auteur a disséqué magistralement le totalitarisme invasif et conquérant qui avait ravagé le monde de son temps et qui par la guerre froide menaçait encore de le détruire radicalement .
Ces thèmes parlaient éloquemment à un public qui était encore au plus près de ces problématiques de façons intimes mais l'auteur a eu le chic de d'ajouter dans la trame narrative le sel de certains éléments aussi spectaculaires , que à haute valeur affective , pour l'Angleterre .
Des éléments qui sont au coeur de l'univers : L'ombre d'Hiroshima premier recours à l'arme nucléaire , plane sur la fondation de cet univers , la bataille d'Angleterre ( qui inspire les formes du conflit) aussi , et surtout , le Blitz également , qui lui a ravagé spectaculairement et spécifiquement Londres et y a causé la mort de dizaines de milliers de personnes ( massivement des civils ) .
Les thèmes du roman font froid dans le dos , car nous savons qu'ils furent mis en oeuvre efficacement pour détruire concrètement la vie de nombreuses personnes ( avant et après la parution de ce texte ) : le contrôle social , la stratégie du bouc émissaire et celle de la haine organisée de groupes sociaux bouc émissaires , la propagande , les atteintes à l'esprit des administrés par le façonnage du langage et par là même , celui de la pensée .
La caractérisation , le rythme sont au top . L'intrigue est parfaitement soignée souvent elle est surprenante . Ce bouquin est poignant , avenant , très soignée et surtout à aucun moment la thèse ne prend le pas sur fond romanesque . En fait c'est plus compliqué la thèse est magistralement animée et elle est de ce fait au coeur du texte . Elle est nichée , diluée , fondue , dans les moindres détails et dans des formulations chocs incontournables .
Et c'est pour cette raison aussi que 1984 est un excellent roman de science-fiction , mais qu'il est aussi un excellent roman tout court .
Un texte éloquent , vivant et touchant qui est à lire absolument .
D'autres textes dystopiques de cette époque et d'après sont aussi à découvrir , ces textes sont assez nombreux et beaucoup sont excellentissimes .
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Voilà, j'ai enfin lu ce livre qui prenait la poussière dans le fin fond de ma bibliothèque, acheté d'occase à la fin des années 80, une soixantaine de pages lues puis abandonné.

Et là, j'ai adoré...

Sans doute, la première lecture a trop souffert du parallèle avec le film “Brazil” de Terry Gilliam pour lequel je voue une admiration sans borne (rien que d'y penser me mets dans un état nirvanesque). Mais la vision est assez différente, le cynisme ne se situe pas au même plan et l'objectif n'est pas le même.

Dans ce roman, l'action, l'aventure n'est pas au centre de l'histoire, elle n'est que le support, et le point de vue n'est pas du tout kafkaïen, les condamnations n'ont rien d'absurdes, au contraire, et c'est bien ce qui est glaçant ici. C'est avant tout un roman de politique fiction, le sujet du roman, c'est bien l'anihilation de la pensée autonome, la description du totalitarisme, ses moyens de mise en oeuvre par une culture de l'ignorance, rabotée, lissée, réduite au strict nécessaire. Ici le terme de Dystopie par opposition à l'Utopie y prend toute son ampleur, elle n'est pas là pour mettre du piment à l'action comme dans les dystopies actuelles pour ados (le labyrinthe de Dashner, Divergente, Hunger Games...) mais bien au contraire, décrite comme envisageable. C'est un roman qui paraît presque réaliste, on ne peut s'empêche de penser à Hitler, Staline, la révolution culturelle en Chine, Pol Pot, et actuellement Kim Jong-un, au point de se demander s'il n'a pas servi de modèle à l'un d'entre eux.
La description de ce régime totalitaire est très approfondie, chaque direction prise par le régime est froidement justifiée, la guerre, la pénurie... Et c'est un roman qui donne quelques clés sur certain moyens utilisées en politique de nos jours et c'est à se niveau que se situe son cynisme. le livre fini par nous happer totalement, nous angoisser, non pas par empathie pour le héros, on sait très vite que ça finira mal, mais par la noirceur réaliste de l'humanité représentée.

À noter que les ventes de 1984 au Etats-Unis remontent en flèche depuis l'élection de Donald Trump et les rapprochements entre les “Faits alternatifs” de sa conseillère et la novlangue du roman fleurissent chez les journalistes et les réseaux sociaux. Notre Marine le Pen nationale, avec par exemple son « UMPS » est aussi une adepte de la novlangue.

Ce qui fait de ce livre un incontournable, c'est son intemporalité, c'est un livre terrible dans tous les sens du terme.
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critiques presse (3)
Telerama
25 janvier 2021
Un chef-d'oeuvre dystopique toujours visionnaire, plus de soixante-dix ans après sa parution !
Lire la critique sur le site : Telerama
ActuaBD
07 janvier 2021
Mise en image sous influence comics du roman d'Orwell. Du beau travail, notamment dans les jeux de lumière et le climat oppressant jusqu'à la dernière case.
Lire la critique sur le site : ActuaBD
Auracan
25 juillet 2019
Nul doute que ce fort beau biopic saura séduire les amateurs d'histoire comme les amoureux de littérature. Ou plus largement, les lecteurs curieux de savoir qui se cachait derrière quatre chiffres emblématiques devenus le titre célébrissime d'un roman visionnaire...comme d'une mise en garde !
Lire la critique sur le site : Auracan
Citations et extraits (1404) Voir plus Ajouter une citation
Au cours des époques historiques, et probablement depuis la fin de l’âge néolithique, il y eut dans le monde, trois classes : la classe supérieure, la classe moyenne, la classe inférieure. Elles ont été subdivisées de beaucoup de façons, elles ont porté d’innombrables noms différents, la proportion du nombre d’individus que comportaient chacune, aussi bien que leur attitude les uns vis-à-vis des autres ont varié d’âge en âge. Mais la structure essentielle de la société n’a jamais varié. Même après d’énormes poussées et des changements apparemment irrévocables, la même structure s’est toujours rétablie (…)
Dès le moment de la parution de la première machine, il fut évident pour tous les gens qui réfléchissaient, que la nécessité du travail de l’homme et, en conséquence, dans une grande mesure, de l’inégalité humaine, avait disparu. Si la machine était délibérément employée dans ce but, la faim, le surmenage, la malpropreté, l’ignorance et la maladie pourraient être éliminés après quelques générations. En effet, alors qu’elle n’était pas employée dans cette intention, la machine, en produisant des richesses qu’il était parfois impossible de distribuer, éleva réellement de beau-coup, par une sorte de processus automatique, le niveau moyen de vie des humains, pendant une période d’environ 50 ans, à la fin du XIXe et au début du XXe.
Mais il était aussi évident qu’un accroissement général de la richesse menaçait d’amener la destruction d’une société hiérarchisée.
Dans un monde dans lequel le nombre d’heures de travail serait court, où chacun aurait suffisamment de nourriture, vivrait dans une maison munie d’une salle de bains et d’un réfrigérateur, posséderait une automobile ou même un aéroplane, la plus évidente, et peut-être la plus importante forme d’inégalité aurait déjà disparu. Devenue générale, la richesse ne conférerait plus aucune distinction.
Il était possible, sans aucun doute, d’imaginer une société dans laquelle la richesse dans le sens de possessions personnelles et de luxe, serait également distribuée, tandis que le savoir resterait entre les mains d’une petite caste privilégiée. Mais, dans la pratique, une telle société ne pourrait pas demeurer longtemps stable.
Si tous, en effet, jouissaient de la même façon de loisirs et de sécurité, la grande masse d’êtres humains qui est normalement abrutie par la pauvreté pourrait s’instruire et apprendre à réfléchir par elle-même, elle s’apercevrait alors tôt ou tard que la minorité privilégiée n’a aucune raison d’être et la balaierait. En résumé, une société hiérarchisée n’était possible que sur la base de la pauvreté et de l’ignorance.
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La nouvelle aristocratie était constituée, pour la plus grande part, de bureaucrates, de savants, de techniciens, d’organisateurs de syndicats, d’experts en publicité, de sociologues, de professeurs, de journalistes et de politiciens professionnels. Ces gens, qui sortaient de la classe moyenne salariée et des rangs supérieurs de la classe ouvrière, avaient été formés et réunis par le monde stérile du monopole industriel et du gouvernement centralisé. Comparés aux groupes d’opposition des âges passés, ils étaient moins avares, moins tentés par le luxe ; plus avides de puissance pure et, surtout, plus conscients de ce qu’ils faisaient, et plus résolus à écraser l’opposition.
Cette dernière différence était essentielle. En comparaison de ce qui existe aujourd’hui, toutes es tyrannies du passé s’exerçaient sans entrain et étaient inefficientes. Les groupes dirigeants étaient toujours, dans une certaine me-sure, contaminés par les idées libérales, et étaient heureux de lâcher partout la bride, de ne considérer que l’acte patent, de se désintéresser de ce que pensaient leurs sujets. L’Eglise catholique du Moyen Age elle-même, se montrait tolérante, comparée aux standards modernes.
La raison en est, en partie, que, dans le passé, aucun gouvernement n’avait le pouvoir de maintenir ses citoyens sous une surveillance constante. L’invention de l’imprimerie, cependant, permit de diriger plus facilement l’opinion publique. Le film et la radio y aidèrent encore plus. Avec le développement de la télévision et le perfectionnement technique qui rendirent possibles, sur le même instrument, la réception et la transmission simultanées, ce fut la fin de la vie privée.
Tout citoyen, ou au moins tout citoyen assez important pour valoir la peine d’être surveillé, put être tenu 24 heures par jours sous les yeux de la police, dans le bruit de la propagande officielle, tandis que tous les autres moyens de communication étaient coupés. La possibilité d’imposer, non seulement une complète obéissance à la volonté de l’Etat, mais une complète uniformité d’opinion sur tous les sujets, existait pour la première fois.
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Tout cela n’avait pas de sens. Ils le savaient tous deux. En réalité, il n’y avait aucun moyen d’évasion. Ils n’avaient même pas l’intention de réaliser le seul plan qui fût praticable, le suicide. S’accrocher jour après jour, semaine après semaine, pour prolonger un présent qui n’avait pas de futur, était un instinct qu’on ne pouvait vaincre, comme on ne peut empêcher les poumons d’aspirer l’air tant qu’il y a de l’air à respirer.
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L’effrayant était que tout pouvait être vrai. Que le Parti puisse étendre le bras vers le passé et dire d’un évènement : cela ne fut jamais, c’était bien plus terrifiant que la simple torture ou que la mort.
Le Parti disait que l’Océania n’avait jamais été l’alliée de l’Eurasia. Lui, Winston Smith, savait que l’Océania avait été l’alliée de l’Eurasia, il n’y avait de cela que quatre ans. Mais où existait cette connaissance ? Uniquement dans sa propre conscience qui, dans tous les cas, serait bientôt anéantie. Si tous les autres acceptaient le mensonge imposé par le Parti – si tous les rapports racontaient la même chose -, le mensonge passait dans l’Histoire et devenait vérité. « Celui qui a le contrôle du passé, disait le slogan du Parti, a le contrôle du futur. Celui qui a le contrôle du présent a le contrôle du passé ».
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Il prévoyait ce que dirait O’Brien. Que le Parti ne cherchait pas le pouvoir en vue de ses propres fins, mais pour le bien de la majorité ; qu’il cherchait le pouvoir parce que, dans l’ensemble, les hommes étaient des créatures frêles et lâches qui ne pouvaient endurer la liberté ni faire face à la vérité, et devaient être dirigés et systématiquement trompés par ceux qui étaient plus forts qu’eux ; que l’espèce humaine avait le choix entre la liberté et le bonheur et que le bonheur valait mieux ; que le Parti était le gardien éternel du faible, la secte qui se vouait au mal pour qu’il en sorte du bien, qui sacrifiait son propre bonheur à celui des autres.
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