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Michel Pétris (Traducteur)
EAN : 9782264030399
291 pages
Éditeur : 10-18 (27/08/2005)

Note moyenne : 4.17/5 (sur 402 notes)
Résumé :
A la fin des années 20, Orwell tombe brusquement dans la misère. À Paris puis à Londres, il découvre le quotidien des petits ouvriers et des laissés-pour-compte, tenaillés par la faim et rongés par l'alcool. Sans voyeurisme ni complaisance, il dresse un portrait vivant de ces habitués du mont-de-piété où l'espoir et l'infortune se livrent un duel épique.
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Critiques, Analyses et Avis (54) Voir plus Ajouter une critique
gill
  14 août 2012
A sa parution, malgré un bon accueil des critiques,"Dans la Dèche à Paris et à Londres" est presque un échec. le livre ne se vend presque pas.
En 1933, George Orwell n'est encore que Eric Arthur Blair, et il n'a publié, à Paris, que quelques articles dans "Monde"le célèbre journal d'Henri Barbusse.
Pourtant ce livre formidable,peut-être son meilleur, que l'on peut comparer au "Peuple de l'abîme" de Jack London, est déterminant dans l'oeuvre d'Orwell.
Il y raconte sa galère à Paris où il s'est installé pour écrire en 1928. A la frontière de la clochardisation, au fil de ses rencontres il brosse des portraits saisissants et un tableau social ahurissant.
"Voilà le monde qui vous attend si vous vous trouvez un jour sans le sou" dit-il, pour gagner quelque argent il devient, alors, plongeur pendant quelques semaines dans un hôtel de luxe de la rue de Rivoli. Et tout l'envers du décor nous apparaît, dans des descriptions implacables de la misère, de la détresse et de la saleté de ce prolétariat placé en semi-esclavage.
Puis Orwell reprend sa vie de vagabond et part pour Londres où il décrit la même misère retrouvée .
Ce livre est d'une puissance rare, Orwell trouve les mots justes pour rendre efficace la peinture qu'il réalise de la pauvreté, de la saleté, des ravages de l'alcool et de la maladie.
Il est, sûrement, à la base de toute l'oeuvre et de toute la pensée politique d'Orwell.
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ibon
  28 septembre 2016
La dèche-pas d'argent- à Paris et à Londres. Il est certain qu'Orwell a connu des moments très difficiles et a mangé de la vache enragée avant de vivre de ses écrits.
Ce récit autobiographique commence dans un hôtel miteux à Paris. Orwell n'est pas encore dans le besoin - il a payé sa semaine - mais il sent qu'il est temps de trouver un travail.
Or, ce n'est pas si facile car la crise est là. Dans ses démarches, il va faire la connaissance de Boris, un Russe Blanc, sans le sou- comme lui- car déchu de ses privilèges en ayant fui la Révolution. Ensemble, ils vont faire la tournée des hôtels pour espérer faire la plonge.
Dans cette dèche, des moments dantesques : que ce soit au fond des cuisines d'un grand hôtel avec un Italien, Mario, à bosser 17h/jour ou dans une chambre, quelques jours sans manger ou encore avec les vagabonds sifflant les pieuses personnes venant prier pour eux...
Malgré sa sinistre position, vivant au jour le jour, on « visite » Paris et Londres  avec l'humble Mister Orwell: le Mont-de-Piété, l'East End (oui et ,25 ans après « Le peuple d'en-bas » de Jack London, rien n'a changé !) et quelques hospices ou lodging houses (-10 étoiles ceux-là because les cafards, la vermine et la puanteur).
Ce témoignage d'un grand écrivain qui a vécu dans la misère à Paris et à Londres dans les années 1930, comme celui de Jack London, souligne le peu de cas que l'on fait des gens tombés dans la misère. Orwell précise que l'argent qu'on leur donne par charité (à l'embankment) est très vite perdu pour un logement indigne ou en nourriture insuffisante : le fameux « thé-deux tartines ».
J'ai aimé la colère de London mais j'ai trouvé que l'humilité d'Orwell portait tout aussi bien l'engagement du message.
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andreas50
  03 avril 2018
Eté 1927, Eric Blair, alias George Orwell, atteint de la dengue, abandonne son emploi dans la police birmane et rentre en Angleterre. de son séjour, il reste obsédé par les images de la Birmanie sous tutelle britannique. Il a pris conscience de servir un impérialisme qu'il considère comme une entreprise de gangsters. Les souvenirs se bousculent dans sa tête : détenus, vieux paysans, coolies, subordonnés, domestiques au service d'un despotisme sans pitié. Quand il fera ses débuts dans l'écriture, est- ce pour cela qu'il va aller vers les bas-fonds de la société ? Hanté par la culpabilité, recherche-t-il la rédemption en se mêlant aux épaves humaines, aux mendiants, aux vagabonds, aux prostituées ?
En 1928, après quelques expériences menées à Londres, il rejoint Paris où il vit un moment chez sa tante Nellie Limouzin. Orwell est tenté par l'aventure parisienne. La France n'est-elle pas dans ses gênes comme dans ceux des membres de la famille Demouzin ?
Il s'achète des frusques pour rejoindre le milieu des déshérités; adoptant leurs coutumes, leur parler.
Ses expériences; c'est du moins ce qu'il en pense; vont nourrir son écriture. Mais après quelques mois, il n'est toujours pas satisfait de son travail et trouve son style trop mou.
Orwell s'installe dans le quartier de la rue Mouffetard qui est aujourd'hui un haut lieu du tourisme, mais à l'époque était un endroit où riches et bourgeois snobs ne s'aventuraient.
Dans la dèche à Paris et à Londres est un reportage surprenant et réaliste.
On pourrait croire à un roman picaresque, en allant à la rencontre de personnages hauts en couleurs,extravagants, peuplant les hôtels crasseux et bourrés de vermine. Orwell ne triche pas, n'exagère pas; la réalité est là devant lui. de son expérience, il en tire une suite de tableaux qui touchent à tous les genres de la société d'en bas. On y côtoie le monde du noir, du pittoresque terr .
L'auteur a l'art de mettre en scène la vérité factuelle, et l'on se croit à ses côtés, aux côtés de ses compagnons de misère dans leur quête obsessionnelle d'un travail minable, d'un abri crasseux, d'un morceau de pain.C'est l'envers de l'idée que l'on se fait d'une bohème idyllique et confortable, celle des artistes. Pour Orwell, la bohème est une aventure hideuse. La réalité, c'est aussi celle des grands hôtels de luxe parisiens; le bonheur pour les riches; le bagne pour le personnel. Orwell réussit à se faire engager comme plongeur dans l'un de ces hôtels et il va connaître l'envers du décor: la crasse, les horaires de négriers, la cupidité, les petits privilèges, les bonnes ou mauvaises rencontres, la hiérarchie dictatoriale du monde de l'hôtellerie.
Tout de suite on pense à Zola, à London, voire aux populistes. On y sent que le contact avec la débine est loin d'être simple. Ce n'est pas terrible; c'est sordide et monotone.
Dans son livre, qui se veut une observation clinique de la misère, Orwell développe sa vision de la honte, des combines, des mensonges. Un livre où l'on voit poindre ce que sera l'engagement socialiste et humaniste de l'auteur dans les années qui vont suivre, et cela jusqu'à sa mort.
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IreneAdler
  28 octobre 2013
Ce n'est peut-être pas la faute de Rousseau s'il s'est retrouvé dans le ruisseau, mais avant de devenir journaliste et écrivain, c'est bien là qu'a été Orwell. Pas longtemps, mais suffisamment pour en connaître toutes des douleurs. Pour les dénoncer ensuite.
Si ses situations furent différentes dans les deux villes, les conséquences furent les mêmes : faim et manque d'argent chroniques, existence de paria, saleté, extrême fatigue. Il a vécu avec ceux qui sont considérés comme la lie de la société britannique et le peuple des semis-esclaves parisiens : ils méritent plus de pitié et de mansuétude que de mépris. Ils sont presque tacitement maintenus dans leurs conditions (nous sommes à la fin des années 1920, de lois sociales point.) Les descriptions des conditions de vie sont dignes de Zola et Dickens.Ce qu'Orwell appelle un "journal de voyage" reste toujours lucide sur sa situation : même si le découragement guette, il observe et analyse. le temps, indispensable pour étayer ses réflexions (sur la politique, les lois, l'argot londonien...) n'a rien atténué à l'expérience de la misère.
Cette expérience fut sans doute à l'origine de son engagement politique socialiste. La trame des ses futurs écrits, romans et articles (il explique dans Why I Write qu'il écrit pour dénoncer les injustices). La raison de sa participation à la guerre d'Espagne aux côtés des Républicains. Il prend fait et cause pour ce peuple de traîne-misère, qu'il a côtoyé de près, que nous côtoyons encore. Et si d'aventure nous y tombons, nous aimerions trouver une main secourable qui nous aide à sortir de la fange.
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Caro29
  08 juillet 2019
Il était modeste George Orwell. Selon lui, il lui aurait fallu « la plume d'un Zola » pour procéder à la description d'un moment passé dans l'hôtel X où il a travaillé à Paris. La plume d'un Zola ? Ce n'est que mon point de vue de lectrice, mais je pense que cela n'aurait pas été nécessaire. Car ce récit de George Orwell, qu'il jugeait lui-même « banal » (c'est trop de modestie !) est incroyablement riche, que ce soit en descriptions, en détails et en ressentis. Si bien qu'il est très simple de plonger dedans, de patauger avec les plongeurs, les trimardeurs et les chemineaux, de comprendre la faim, l'ennui et le désoeuvrement que subissent ces marginaux et de ressentir beaucoup d'injustice.
On ne sait pas très bien comment George Orwell s'est retrouvé à Paris. En tout cas, il ne l'explique pas dans son livre. On sait en revanche comment il s'y est retrouvé dans la dèche : il s'est fait volé une partie de ses économies et il a perdu son travail de professeur particulier. A partir de là, il raconte toutes les étapes de sa descente aux enfers – un enfer qui prend la forme à Paris des caves de l'hôtel X où il était plongeur, et à Londres de la puanteur et de la vétusté des asiles de nuit à quelques pence. Et ce récit est édifiant. Vivre plusieurs jours sans manger ? C'est possible. Infernal, certes, mais possible car il l'a fait. Ne pas pouvoir fermer l'oeil de la nuit dans une chambre infestée de punaises ? Ça aussi. Se nourrir de thé, de pain rassis et de margarine pendant des semaines ? Ce fut son régime. Alors forcément, quand on vit de cette façon, quand on côtoie de près des mendiants, quand on comprend ce que signifie la malnutrition et quand on doit mettre ses vêtements « au clou » pour s'acheter une miche de pain, il y a de quoi gamberger. Et ça donne Dans la dèche à Paris et à Londres.
Et au coeur de ce récit, Orwell livre quelques réflexions personnelles. La première concerne les « besognes aussi fastidieuses qu'inutiles ». Pour lui, et parce qu'il a dû travailler dix-sept heures par jour pour un salaire qui lui permettait à peine de payer sa chambre et de se nourrir, le plongeur est un « esclave » qui n'a aucune vie personnelle et ne peut espérer fonder une famille. Il explique notamment qu'on « continue à lui imposer ce travail parce que règne confusément chez les riches le sentiment que, s'il avait quelques moments à lui, cet esclave pourrait se révéler dangereux ». On sent déjà 1984, non ? La deuxième réflexion d'Orwell concerne la misère qui n'est, écrivait-il, « pas seulement insupportable par les souffrances qu'elle cause, mais aussi et surtout en ceci qu'elle pourrit un homme au physique comme au mental ». Et on les ressent bien les privations de toutes sortes, l'oisiveté forcée (celle-ci n'est pas considérée comme un « danger » par les plus riches car les mendiants, tenaillés par la faim, n'ont pas la force de se révolter) et la vie de vagabondage à laquelle ils sont réduits. Orwell, qui a vécu cette vie de chemineau en attendant de prendre son poste à Londres, les explique parfaitement. Et tous ces détails lui permettent, enfin, d'interroger les lecteurs que nous sommes : qu'est-ce qui donne donc le droit à la société de les mépriser ?
C'est peut-être un peu long pour dire que j'ai trouvé ce récit vraiment très intéressant et bouleversant par endroits. Evidemment, certains éléments sont obsolètes (les dépôts de mendicité, le travail de plongeur tel qu'il est décrit dans ce livre, le trimard, les chemineaux, etc.) mais il reste très actuel sur beaucoup de choses (le travail, la pauvreté, etc.) et il permet de réfléchir. Un récit fascinant !
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Citations et extraits (63) Voir plus Ajouter une citation
le_Bisonle_Bison   23 février 2012
Si vous parlez à un riche n’ayant pas abdiqué toute probité intellectuelle de l’amélioration du sort de la classe ouvrière, vous obtiendrez le plus souvent une réponse du type suivant : « Nous savons bien qu’il n’est pas agréable d’être pauvre ; en fait, il s’agit d’un état si éloigné du nôtre qu’il nous arrive d’éprouver une sorte de délicieux pincement au cœur à l’idée de tout ce que la pauvreté peut avoir de pénible. Mais ne comptez pas sur nous pour faire quoi que ce soit à cet égard. Nous vous plaignons - vous, les classes inférieures - exactement comme nous plaignons un chat victime de la gale, mais nous lutterons de toutes nos forces contre toute amélioration de votre condition. Il nous paraît que vous êtes très bien où vous êtes. L’état des choses présent nous convient et nous n’avons nullement l’intention de vous accorder la liberté, cette liberté ne se traduirait-elle que par une heure de loisir de plus par jour. Ainsi donc, chers frères, puisqu’il faut que vous suiez pour payer nos voyages en Italie, suez bien et fichez nous la paix. »
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le_Bisonle_Bison   23 février 2012
Nus et frissonnants de froid, nous nous alignâmes dans le couloir. Il est impossible d’imaginer à quel point nous avions l’air de misérables déchets d’humanité, plantés là dans l’impitoyable lumière du matin. Les nippes d’un trimardeur n’ont sans doute rien de bien ragoûtant, mais ce qu’elles dissimulent est infiniment pire. Pour voir l’homme tel qu’il est, hors de tout faux-semblant, il faut le voir nu. Pieds plats, bedaines sorties, poitrines creusés muscles flasques - tous les stigmates de la déchéance physique était là. Il n’y avait pratiquement personne qui ne fût sous-alimenté, et certains étaient visiblement malades. Deux hommes portaient des bandages herniaires, et quand au pauvre vieillard à figure de momie, on se demandait comment il parvenait encore à marcher toute une journée. A voir nos visages mangés par la barbe et nos traits tirés par l’insomnie, on eût juré que nous relevions tous d’une semaine de cuite ininterrompue.
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JeanPierreVJeanPierreV   07 avril 2018
Les mendiants ne travaillent pas, dit-on. Mais alors, qu’est-ce que le travail ? Un terrassier travaille en maniant un pic. Un comptable travaille en additionnant des chiffres. Un mendiant travaille en restant dehors, qu’il pleuve ou qu’il vente, et en attrapant des varices, des bronchites, etc. C’est un métier comme un autre. Parfaitement inutile, bien sûr – mais alors bien des activités enveloppées d’une aura de bon ton sont elles aussi inutiles. En tant que type social, un mendiant soutient avantageusement la comparaison avec quantité d’autres. Il est honnête, comparé aux vendeurs de la plupart des spécialités pharmaceutiques ; il a l’âme noble comparé au propriétaire d’un journal du dimanche ; il est aimable à côté d’un représentant de biens à crédit – bref c’est un parasite, mais un parasite somme toute inoffensif. Il prend à la communauté rarement plus que ce qu’il lui faut pour subsister et – chose qui devrait le justifier à nos yeux si l’on s’en tient aux valeurs morales en cours – il paie cela par d’innombrables souffrances. Je ne vois décidément rien chez un mendiant qui puisse le faire ranger dans une catégorie d’êtres à part, ou donner à qui que ce soit d’entre nous le droit de le mépriser. (P. 236)
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FioHFioH   03 août 2015
C'est un spectacle très édifiant que celui du garçon faisant son entrée dans une salle à manger d'hôtel. Au moment où il franchit le seul, une soudaine métamorphose s'opère en lui. D'un seul coup, ses épaules se redressent et toute la crasse, l'irritation et l'énervement accumulés s'effacent comme par magie. Il glisse sur le tapis avec l'onctuosité d'un prêtre se disposant à officier. Je revois encore notre second maître d'hôtel, un bouillant Italien, s'arrêtant un jour devant la porte de la salle à manger pour s'en prendre à un novice qui avait cassé une bouteille de vin. Le poing brandi au-dessus de la tête, en train de hurler (la porte était par bonheur suffisamment capitonnée pour arrêter les éclats de voix ) :
«  Tu me fais chier ! Et tu voulais te prendre pour un garçon, petit saligaud ? Laisse moi rire ! Ça, un garçon ! Mais on ne voudrait même pas de toi pour frotter les planchers du bordel d'où est sortie ta putain de mère ! Maquereau va ! »
Ne trouvant plus de mots assez forts, il se tourna vers la porte et, au moment d'en franchir le seuil, lâcha un vent sonore comme aiment à le faire les Italiens quand ils veulent marquer toute l'étendue de leur mépris.
Puis il s'avança à travers la salle, un plat à la main, évoluant avec la grâce onctueuse d'un cygne. Dix secondes plus tard, il s'inclinait cérémonieusement devant une table. Le voyant faire, on ne pouvait s'empêcher de penser que c'était le client qui devait rougir de confusion à l'idée de se faire servir par un tel aristocrate.
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nath45nath45   10 décembre 2019
Après Paris, je me sentais curieusement dépaysé : tout était tellement plus propre, tellement plus calme et tellement plus morne. On se prenait à regretter le fracas des tramways, le grouillement bruyant des petites rues, le pas des troupes en armes sur les places. Les gens étaient mieux habillés, les visages plus calmes et plus avenants - et en même temps’ plus uniformes, privés de cette expression de malice été de farouche individualisme qu’on découvre chez les Français. Il y avait moins d’ivrognerie, moins de saleté, moins de querelles, et davantage de désœuvrement. On apercevait à tous les coins de rue des grappes d’hommes qui n’avaient pas l’air de manger tous les jours à leur faim, mais qui subsistaient vaille que vaille grâce au the-et-deux-tartines que le Londonien avale toutes les deux heure. L’air qu’on respirait semblait moins enfiévré qu’a Paris. C’était ici le pays de la théière et de’ la bourse du travail, de même que Paris est celui du bistrot et de l’exploitation forcenée de la sueur.
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