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Yvonne Davet (Traducteur)
ISBN : 2264030380
Éditeur : 10-18 (14/12/1999)

Note moyenne : 4.22/5 (sur 288 notes)
Résumé :
La guerre d'Espagne à laquelle Orwell participa en 1937 marque un point décisif de la trajectoire du grand écrivain anglais. Engagé dans les milices du Parti ouvrier d'unification marxiste (POUM), le futur auteur de 1984 connaît la Catalogne au moment où le souffle révolutionnaire abolit toutes les barrières de classe. La mise hors la loi du POUM par les communistes lui fait prendre en horreur le « jeu politique » des méthodes staliniennes qui exigeait le sacrifice... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (29) Voir plus Ajouter une critique
PhilippeCastellain
  14 janvier 2018
Un livre mythique d'un auteur mythique, offrant une plongée dans le mythe des brigades internationales… Ca fait beaucoup de mythes d'un coup tout ça. Plus prosaïquement, on découvre à quel point l'espoir faisait vivre les républicains espagnols… Et à quel point ils étaient divisés et mal commandés.

Épris d'idéalisme, ils venaient des quatre coins du monde combattre le fascisme, et faire triompher la liberté… Mais les combats qu'Orwell eut l'occasion de voire de plus près furent ceux qui opposèrent communistes et anarchistes à Barcelone, en mai 1937. Ils venaient venger les fusillés de Badajoz… Mais ce furent les balles des leurs qui tuèrent leurs deux grands leaders, Andreu Nin et Durruti. La France et l'Angleterre refusaient de vendre des armes… Mais c'étaient les communistes qui refusaient d'approvisionner en munitions les brigades anarchistes.

A la vérité, ce qu'on réalise en lisant les lignes d'Orwell, c'est que chacun poursuivait un but différent. Les uns étaient là pour faire triompher l'anarchie. D'autres le soviétisme. D'autres le trotskisme. D'autres encore le marxisme non partisan. Mais au fond, personne n'était là pour la deuxième république espagnol, un régime totalement à bout de souffle, trahi par ses alliés extérieurs, incapable de rétablir l'ordre sur un territoire sur lequel il n'avait en fait qu'un très vague contrôle, et totalement dépourvu d'autorité face aux milices politiques dont dépendait sa survie.

Si on y ajoute un manque total d'organisation et un commandement militaire visiblement à la ramasse et planifiant ses offensives à la Nivelle – vague après vague d'hommes faces aux mitrailleuses et aux barbelés – on a du mal à voir comment les républicains auraient pu gagner la guerre, même sans la Légion Condor et la supériorité d'équipement en face... Et plus grave encore, on réalise qu'une victoire républicaine n'aurait pas ramenée la paix, chaque faction républicaine jouant un jeu de dupe, et aucune n'ayant d'avantage net sur une autre.

Oeuvre cassant in fine plus de mythes qu'il n'en construit, ‘Hommage à la Catalogne' n'en reste pas moins un chant à la liberté, et à une cause qui fut trahie, dévoyée, corrompue, mais pour laquelle moururent des milliers d'hommes.
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Caliban
  07 février 2017
S'il y a un livre à lire sur la guerre d'Espagne, c'est bien celui-là. Il a la force du témoignage et il emporte l'adhésion par l'intensité des convictions . Bien sûr; cette histoire est ancienne au regard des jeunes générations mais les idées , surtout les idées généreuses, perdurent et je ne saurais trop encourager les esprits curieux à se plonger dans cet "hommage" qui est toujours actuel .
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andreas50
  01 avril 2018
En 1936, George Orwell n'était pas venu Espagne pour écrire un livre, mais pour s'y battre contre l'idéologie totalitaire fasciste. Très vite, il s'engage dans les rangs des milices catalanes du P.O.U.M, parti ouvrier d'unification marxiste à tendance trotskiste. Il se battra, sera blessé et devra repartir. de son passage dans cette guerre civile, il laissera un témoignage, un reportage émouvant, une réflexion politique. Si il perdra sur le champ de bataille, il gagnera sur le papier. Très vite, en Espagne, il est touché par une illumination socialiste soudaine et définitive. A l'époque, ses croyances politiques sont limitées: sympathie pour les humbles et horreur des idéologies nauséabondes. Mais il s'avise qu'un autre monde est possible. A Barcelone, il ne connaîtra que camaraderie et respect. La ville, aux mains des anarchistes, est collectivisée, les classes sociales sont abolies, les nantis sont expropriés, les usines sont aux ouvriers et l'argent est en passe d'être supprimé. Orwell est un ascète, il veux se débarrasser de ses origines bourgeoises. Il sera vite pris dans un tourbillon égalitaire dont il ne se remettra pas.
Avec une poignée d'Anglais et d'autres étrangers, il sera engagé sur le front d'Aragon, secteur d'opérations secondaire, les grandes offensives se déroulent autour de Madrid et dans d'autres provinces ibériques. Et puis même si les milices anarchistes et communistes ont la foi, le courage, l'envie d'en découdre; l'armement rare ou désuet, l'absence d'artillerie, et le commandement laissé à des hommes sans expérience militaire; tout cela empêche la moindre opération d'envergure.
Orwell est courageux dans les combats, jusqu'à l'inconscience, jusqu'à l'aveuglement, mais contrairement à d'autres écrivains, nul effets de manches, aucune forfanterie dans ses récits même si il a failli mourir, blessé par une balle. Les descriptions qu'il fait de la vie ou de la mort au front sont d'un réalisme saisissant.
L'essentiel de son témoignage vient de sa présence à Barcelone la 3 mai 1937, lorsque communistes et anarchistes vont s'affronter pour la centrale téléphonique de la ville. La chance veux qu'il assiste aux premiers combats entre ceux se soucient de faire la guerre contre le fascisme et ceux qui veulent la révolution prolétarienne. le témoignage d'Orwell, inscrit dans les rangs du P.O.U.M. ( communiste) constitue un document d'importance mais qui manque de clarté et de précision. Mais malgré son incompréhension des querelles idéologiques, sa passion de parler des hommes reste intacte dans ces derniers textes et avant d'être pourchassé par la police républicaine en tant qu'élément trotskiste et obligé de quitter le pays, il va errer dans Barcelone, écrire encore quelques pages magnifiques sur la ville « où la classe ouvrière était en selle.»
PS: Lorsqu'il rédigera Hommage à la Catalogne, Orwell y ajoutera deux appendices :« Les dissensions entre les partis politiques » et « Ce que furent les troubles de mai à Barcelone » où il détaille clairement l'élimination du parti anarchiste révolutionnaire, la création d'une union démocratique républicaine comprenant communistes, socialistes, petits partis libéraux. Cette république sera la seule alternative politique pour combattre le franquisme.
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enjie77
  16 novembre 2017
Formidable témoignage historique de Georges Orwell pour celles et ceux qui cherchent à élargir leur connaissance de la guerre d'Espagne.
Georges Orwell arrive à Barcelone en 1936 afin de couvrir les évènements qui s'y déroulent. Imprégné de son idéal révolutionnaire, il intègre les forces du POUM (Parti Ouvrier d'Unification Marxiste) afin de combattre le fascisme qui gangrène l'Europe.
C'est dans un style particulièrement précis, minutieux, journalistique, qu'il va restituer les combats du front qui se situent principalement en Catalogne L'atmosphère y est très bien rendue : la camaraderie, les modes d'expression qui se modifient, le désir d'une société plus égalitaire, le sommeil, la faim. J'ai rit, par moment, lorsqu'il fait part, en citoyen anglais, de sa stupéfaction devant les attitudes typiquement latines de ses camarades.
Cette précision caractérisera son écriture lorsqu'il reviendra à Barcelone et qu'il participera aux évènements de mai 1937. Il décrira les combats de rue avec réalisme et un besoin impérieux d'authenticité : cela se ressent. le lecteur éprouvera cette tension, ce climat de méfiance et participera aux affrontements tant l'écriture se veut au plus près de la réalité.
Ce conflit, miné par les divisions politiques, sera pour Georges Orwell, l'heure de la confrontation de son idéal avec le réel et il pourra s'approprier la citation de Paolo Coelho « L'ennemi n'est pas celui qui te fait face, l'épée à la main. C'est celui qui est à côté de toi le poignard dans le dos ».
Fort heureusement, au début du livre figure la liste et la signification de tous les sigles des protagonistes. J'avoue m'y être souvent reportée. J'ai aussi visionné un documentaire d'Arte afin de ne pas m'égarer et de mieux cerner les enjeux de cette guerre.
Pour faire suite à mes échanges avec notre ami de Babelio « Sethbos », J'envisage, par la suite, de lire « La Guerre d'Espagne » d'Antony Beevor et malheureusement, j'ai voulu regardé « Land and Freedom » mais il n'y a pas de version française ni sous titrée en français. Sniff !!!!
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GeorgesSmiley
  21 octobre 2018
Le grand mérite de ce livre est, à mon sens, double.
En premier lieu, il offre un témoignage direct et frais (écrit moins d'un an après les faits qu'il rapporte et donc avant la fin de cette terrible guerre civile) d'un combattant, infiniment plus objectif et passionnant que ceux des observateurs dont on voit bien, dans la dernière partie du livre, qu'ils étaient grossièrement manipulés, certains de bonne foi d'autres de leur plein gré.
Sa description du front de l'Aragon devant la ville de Huesca, sur lequel il ne se passe pas grand-chose avant qu'il ne soit grièvement blessé, il le précise lui-même, vaut par la force de son vécu d'une guerre de tranchée (l'impréparation, la jeunesse des brigadistes et leurs illusions, le manque d'armes, de nourriture, de couvertures, le froid, la faim, les rats, les poux) mais ne doit pas laisser croire que cette guerre ne fut que de position. Quelques semaines après sa blessure, le front d'Aragon deviendra lui-aussi très meurtrier lors de l'attaque de Huesca. Il n'oublie pas de décrire l'effroyable misère des paysans aragonais ainsi que leurs outils antédiluviens car, s'il a pris les armes et accepté de mettre sa vie en danger, c'est d'abord en raison de sa conscience sociale. C'est un homme de gauche sincère et courageux qui est venu pour affronter le fascisme. Il ne sait pas encore que c'est le stalinisme qui, pour reprendre une expression qui fit florès dans les années trente, sera tout proche de lui planter un couteau dans le dos.
En second lieu, il démythifie la guerre d'Espagne, et cela dès 1937. Commençons par préciser, puisque c'est lui qui le dit, et contrairement à ce qu'on peut lire ici ou là, qu'Orwell ne s'est pas engagé dans les Brigades internationales mais dans celles du P.O.U.M. C'était un parti communiste antistalinien prônant une révolution prolétarienne mondiale de type anarcho-syndicaliste. le terme d'anarcho-syndicaliste, qui qualifie aussi le syndicat C.N.T, désigne des organisations dont le but était d'instaurer en Espagne un communisme libertaire, aux antipodes du centralisme (auquel il m'est impossible d'accoler l'adjectif démocratique dont la doctrine léniniste l'avait pourtant affublé) de l'URSS de 1936 qui, il faut l'avoir en mémoire comme l'indique Orwell, était la seule à fournir des armes à la République. Il n'était pas venu pour la République mais pour la Révolution.
Laissons le parler : « Ce qui avait eu lieu en Espagne, en réalité, ce n'était pas simplement une guerre civile, mais le commencement d'une révolution. C'est ce fait-là que la presse antifasciste à l'étranger avait pris tout spécialement à tâche de camoufler. Elle avait rétréci l'événement aux limites d'une lutte « fascisme contre démocratie » et en avait dissimulé, autant que possible, l'aspect révolutionnaire. En Angleterre, où la presse est plus centralisée et le public plus facilement abusé que partout ailleurs, deux versions seulement de la guerre d'Espagne avaient pu être publiées : la version de la droite selon laquelle il s'agissait de patriotes chrétiens luttant contre des bolcheviks dégoûtants de sang ; et la version de gauche selon laquelle il s'agissait de républicains bien élevés réprimant une rébellion militaire. La vérité a été soigneusement dissimulée ». Sa version de l'élimination sanglante par les communistes et leurs alliés soviétiques des milices et organisations anarchistes à Barcelone en mai 1937 a, depuis, été largement validée par les historiens. le rôle de la presse, docile diffuseuse de la propagande des staliniens, est bien mis en lumière, ce qui ne signifie pas en valeur. Si le Daily Worker (le journal du PC anglais) a droit à une page entière* sur sa collaboration aux mensonges répandus par les staliniens sur le compte du P.O.U.M (en substance, le parti était non seulement trotskyste mais surtout allié des fascistes italiens et allemands, donc de Franco), justifiant ainsi l'élimination physique de milliers de ses membres, la presse « mainstream » n'est pas plus épargnée.
« Certains des journaux étrangers antifascistes s'abaissèrent même jusqu'au mensonge pitoyable de prétendre qu'on n'attaquait les églises que lorsqu'elles servaient de forteresses aux fascistes. En réalité les églises furent saccagées partout, comme de juste, parce qu'on avait bien compris que l'Eglise espagnole était partie intégrante dans la combine capitaliste. En l'espace de six mois en Espagne, je n'ai vu que deux églises intactes, et jusqu'aux environs de juillet 1937 aucune église, à l'exception de deux ou trois temples protestants de Madrid, ne reçut l'autorisation de rouvrir et de célébrer les offices ».
On ne peut qu'apprécier la clairvoyance et l'honnêteté intellectuelle d'un homme libre et sincère qui va, à plusieurs reprises, jusqu'à écrire à ses lecteurs « méfiez-vous de ma partialité, des erreurs sur les faits que j'ai pu commettre, et de la déformation qu'entraîne forcément le fait de n'avoir vu qu'un coin des événements. Et méfiez-vous exactement des mêmes choses en lisant n'importe quel autre livre sur la guerre d'Espagne ».
J'ai la conviction que les événements de mai 1937 à Barcelone, relatés avec beaucoup d'émotion et d'amertume (il y a perdu des amis et a failli lui-aussi y laisser la vie, non pas à cause de l'ennemi ce qui faisait partie des risques de la guerre mais par ceux de son camp dont il pensait être le camarade à défaut d'être l'ami) ont fortement contribué à sa vision développée dans 1984. Quand certains intellectuels, comme Czeslaw Milosz, ayant eu à pâtir du régime stalinien saluèrent «l'étonnante intuition orwellienne des mécanismes politiques et psychologiques du totalitarisme quand bien même Orwell ne l'a pas connu », ils oubliaient qu'il les avait fréquentés d'un peu trop près à Barcelone.
* p 274 dans la version 10/18, les noms des rédacteurs sont cités et les extraits les plus incisifs de leurs articles également. Je plains sincèrement leurs actuels descendants s'ils le laissent aller à lire ces très vilaines pages ou si on vient à les leur rappeler.
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Citations et extraits (63) Voir plus Ajouter une citation
HardivillerHardiviller   18 septembre 2016
Cela faisait une dizaine de jours que j'étais de retour au front lorsque cela arriva . L'ensemble des impressions et sensations que l'on éprouve , lorsqu'on est atteint par une balle , offre de l’intérêt et je crois que cela vaut la peine d'être décrit en détail . Ce fut à l'angle du parapet , à cinq heures du matin . C'était toujours là une heure dangereuse parce que nous avions le lever du jour dans le dos , et si notre tête venait à dépasser du parapet , elle se profilait très nettement sur le ciel . J'étais en train de parler aux sentinelles en vue de la relève de la garde . Soudain , au beau milieu d'une phrase , je sentis .... c'était très difficile à décrire ce que je sentis , bien que j'en conserve un souvenir très vif et très net .
Généralement parlant , j'eus l'impression d'être au centre d'une explosion . Il me sembla y avoir tout autour de moi un grand claquement et un éclair aveuglant , et je ressentis une secousse terrible - pas une douleur , seulement une violente commotion , comme celle que l'on reçoit d'une borne électrique , et en même temps la sensation d'une faiblesse extrême , le sentiment de m'être ratatiné sur le coup , d'avoir été réduit à rien . Les sacs de terre en face de moi s'enfuirent à l'infini . J'imagine que l'on doit éprouver à peu près la même chose lorsqu'on est foudroyé . Je compris immédiatement que j'étais touché , mais à cause du claquement et de l'éclair , je crus que c'était un fusil tout près de moi dont le coup , parti accidentellement , m'avait atteint . Tout cela se passa en moins d'une seconde . L'instant d'après , mes genoux fléchirent et me voilà tombant et donnant violemment de la tête contre le sol , mais , à mon soulagement , sans que cela me fit mal . Je me sentais engourdi , hébété , j'avais conscience d'être grièvement blessé , mais je ne ressentais aucune douleur , au sens courant du mot .
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BaldricoBaldrico   27 mai 2018
Dans notre secteur, il ne se passait pas grand-chose. A deux cents mètres sur notre droite, là où les fascistes se trouvaient sur une éminence de terrain plus élevée, leurs canardeurs descendirent quelques-uns de nos camarades. A deux cents mètres sur notre gauche, au pont sur la rivière, une sorte de duel se poursuivait entre les mortiers fascistes et les hommes qui étaient en train de monter une barricade en béton en travers du pont. Ces satanés petits obus arrivaient en sifflant, bing-crac, bing-crac!, faisant un vacarme doublement diabolique quand ils atterrissaient sur la route asphaltée. A cent mètres de là, vous étiez parfaitement en sécurité et pouviez contempler à votre aise les colonne de terre et de fumée noire qui jaillissaient comme des arbres magiques.
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GeorgesSmileyGeorgesSmiley   25 octobre 2018
Tout pour moi est étroitement lié à des visions, des odeurs, des sons que les mots sont impuissants à rendre : l'odeur des tranchées, les levers du jour sur des horizons immenses dans les montagnes, le claquement glacé des balles, le rugissement et la lueur des bombes; la pure et froide lumière des matins à Barcelone, et le bruit des bottes dans les cours de quartier, en décembre, au temps où les gens croyaient encore à la révolution; et les queues aux portes des magasins d'alimentation, et les drapeaux rouge et noir, et les visages des miliciens espagnols; surtout les visages des miliciens - d'hommes que j'ai connus au front et qui sont à présent dispersés et Dieu sait où, les uns tués dans la bataille, d'autres mutilés, certains en prison; la plupart d'entre eux, je l'espère, encore sains et saufs. Bonne chance à eux tous ! J'espère qu'ils gagneront leur guerre et chasseront d'Espagne tous les étrangers, les Allemands, les Russes et les Italiens.
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GeorgesSmileyGeorgesSmiley   27 octobre 2018
Et puis ce fut l'Angleterre -l'Angleterre du Sud, probablement le plus onctueux paysage du monde. Il est difficile quand vous faites ce trajet, particulièrement quand vous vous remettez paisiblement du mal de mer, le derrière flatté par les coussins de peluche d'un compartiment de train-paquebot, de croire que réellement il se passe quelque chose quelque part. Des tremblements de terre au Japon, des famines en Chine, des révolutions au Mexique ? Ne vous en faites pas; le lait sera sur le seuil demain matin, le New Statesman paraîtra vendredi. Ici, c'était toujours l'Angleterre que j'avais connue dans mon enfance : des talus de voie ferrée enfouis sous l'exubérance des fleurs sauvages, des prairies profondes où de grands et luisants chevaux broutent et méditent, de lents cours d'eau frangés de saules, les vertes rondeurs des ormes, les pieds-d'alouette dans les jardins des villas - et puis ce fut la morne immensité paisible des environs de Londres, les berges du fleuve boueux, les rues familières, les affiches parlant de matches de cricket et de noces royales, les hommes en chapeau melon, les pigeons de Trafalgar Square, les autobus rouges, les agents de police bleus - tout cela plongé dans le profond, profond, profond sommeil d'Angleterre, dont parfois j'ai peur que nous ne nous réveillions qu'arrachés à lui par le rugissement des bombes.
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issablagaissablaga   07 janvier 2015
Sur le moment, nous pûmes bien jurer et sacrer violemment, mais nous nous rendîmes compte après coup que nous avions pris contact avec quelque chose de singulier et de précieux. Nous avions fait partie d’une communauté où l’espoir était plus normal que l’indifférence et le scepticisme, où le mot « camarade » signifiait camaraderie et non, comme dans la plupart des pays, connivence pour faire des blagues. Nous avions respiré l’air de l’égalité.
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