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Critique de kielosa


kielosa
  14 septembre 2017

Et pour changer un peu : un livre non sans humour de George Orwell. Loin de son "1984", "La Ferme des Animaux", "Hommage à la Catalogne" ou "Dans la dèche à Paris et à Londres".

Pourtant la vie de son "héros", George Bowling, n'a rien de vraiment drôle. Il a 45 ans, attend son nouveau dentier, il a la figure d'un tonneau et est surnommé "Fatty" à cause d'un embonpoint imposant. Ses revenus sont modestes et sa femme Hilda se plaint constamment du coût de la vie. En plus, il trouve ses gosses, Lorna 11 ans et Billy 7, totalement insupportables. George vit dans une rue tristement banale qui lui fait penser à un corridor de prison avec des maisonnettes miteuses comme des cellules, appartenant à un groupe immobilier et chargées d'hypothèques menaçantes. Une présentation sarcastique par un Orwell surprenant et déroutant : aucune femme ne me regarderait une deuxième fois, sauf si elle est payée pour, se lamente Bowling en savonant son gros ventre sous la douche.

Mais déjà à la fin du premier chapitre, on retrouve notre Orwell bien connu. Se baladant à travers Londres, George Bowling, qui craint aussi une guerre avec ce fou d'Hitler - nous sommes en 1939 - a une vision de la capitale anglaise sous les bombardements de la Luftwaffe. le visionnaire est évidemment notre grand auteur, qui en donne une description anticipatoire d'une telle précision comme si Londres est déjà en feu et flammes. En fait, une image si nette du Blitz d'un an plus tard, que cette image semble sortie des Mémoires de guerre de Sir Winston Churchill.

Les chapitres suivants retracent l'itinéraire de cet antihéros depuis sa prime enfance jusqu'à ce moment du ras-le-bol du début de l'ouvrage. Résumer le parcours de George Bowling serait un double péché, envers les lecteurs et envers l'auteur. Car dans son style désabusé et avec un choix de mots propre à lui, dans des phrases courtes mais révélatrices, George Orwell prouve tout son talent.

Fatty Bowling ne mène bien sûr pas une existence isolée et, à partir de ses relations et environnement, l'auteur nous dépeint un portrait des quartiers et faubourgs moins ruisselants de la capitale de l'Angleterre et de l'Empire britannique : l'univers des classes laborieuses anxieuses de perdre emploi ou domicile ou même les deux à la fois.

Intéressant est également son aperçu des modifications importantes que la première guerre mondiale a entraînées justement pour ses classes laborieuses dans leur vie quotidienne. le retour des soldats du front qui, s'ils ne sont pas blessés, ont perdu toute illusion et doivent maintenant se battre pour dénicher un emploi dans un pays que l'effort de guerre a ruiné. L'insouciance d'antan a définitivement disparu.

Cependant cet ouvrage ne constitue pas une saga dramatique de l'infortuné Bowling et consorts, pour la simple raison que l'auteur y a mis une touche qu'on ne peut qualifier autrement qu'avec le terme humour. Et ce ne serait pas Orwell s'il n'y avait pas un volet politique. Un soir, Bowling décide d'assister à un discours d'un antifachiste au Left Club. Une occasion pour s'en prendre aux hitlérisme et stalinisme avec une joie cynique.
George Orwell a écrit ce roman, pendant l'hiver 1938-1939, à Marrakech, après sa sortie d'hôpital atteint de tuberculose. Peut-être que le soleil du Maroc, dont il avait grand besoin, lui a redonné un peu d'espoir et d'ironie.

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