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ISBN : 2072832276
Éditeur : Gallimard (22/08/2019)

Note moyenne : 3.91/5 (sur 51 notes)
Résumé :
Dans la malle laissée par sa grand-mère Maroussia avant sa mort, Nora découvre des lettres que celle-ci avait échangées avec son grand-père, Jacob. Féministe avant la révolution, danseuse artistique et communiste ardente, la belle Maroussia a ses propres convictions intellectuelles. Mais le poids de l'histoire soviétique va peser sur leurs rêves et sur leurs ambitions. Et quand Jacob est relégué en Sibérie sous l'accusation de sabotage, même son fils, le père de Nor... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (16) Voir plus Ajouter une critique
palamede
  11 août 2018
Nora, décoratrice de théâtre, femme moderne qui élève seul son fils, découvre à la mort Maroussia, sa grand-mère, les lettres qu’elle et son grand-père Jacob ont échangé pendant plus de vingt-cinq ans. Une correspondance épistolaire sincère, franche, respectueuse et attendrissante. « Un quart de siècle d’amour, d’amitié, de mariage… »
L'époque de Jacob et Maroussia (à partir de 1910, la mort de Tolstoi), et le présent de Nora (à partir de 1975-1981) sont les deux temps de narration de cette histoire familiale, une histoire de femmes libres surtout, qui entendent exister intellectuellement et socialement. D'origines bourgeoises mais progressistes, Nora comme sa grand-mère Maroussia sont féministes, souhaitent s'épanouir dans un travail valorisant et croient à la possibilité d'une justice sociale. Ce qui sur ce dernier point ne fut pas le cas de Jacob qui quand « La justice sociale tant attendue frappa ... abandonna sa carrière à peine commencée à l'institut et trouva un travail dans le département des statistiques du commissariat du peuple au Travail d'Ukraine ... se réduisit à des discussions dans un cercle intime ... son principal interlocuteur restait Maroussia, emballée par l'édification d'un avenir grandiose. » Jacob qui, par la suite accusé d'activités antisoviétiques, passa une bonne partie de sa vie en relégation.
De l'époque tsariste à celle de Poutine, en passant par celle de la révolution bolchevique et de l'URSS, avec Ludmila Oulitskaïa nul besoin d'enjamber les vides, ils n'existent pas ou si peu dans cette saga prenante de grand ampleur (plus de 600 pages quand même) inspirée par la vie de sa famille pendant tout le XXe siècle. Des juifs intellectuels et artistes pour la plupart, surdoués pour certains, dissidents pour d’autres, des hommes et des femmes avec des hauts et des bas qui ont été, à ne pas en douter, des acteurs et des témoins privilégiés de leur époque.
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tynn
  27 août 2018
Ludmila Oulitskaïa se décrit comme un écrivain passeur de lumière, pour éclairer les liens qui existent entre les êtres au-delà de l'échelle du temps. Elle affirme également volontiers sa passion pour les destins de femmes, droites, courageuses et déterminées.
Ce dernier roman s'inspire de la correspondance de ses grands-parents pour dessiner un arbre généalogique de quatre générations durant le douloureux XXe siècle russe.
Les époques se mêlent et tissent les liens entre Jacob et Maroussia, au parcours amoureux chaotique depuis l'aube de la révolution de 1917, et leur petite fille Nora, artiste indépendante, mère (quasi) célibataire, amoureuse libre de ses choix.
L'Histoire est une toile de fond qui se fait discrète en dépit de son implication essentielle dans les destins individuels. J'avoue d'ailleurs avoir été un peu frustrée de cette distance politique.
L'auteur cherche plutôt à mettre en avant les questions personnelles comme l'amour, le mariage, la maternité, l'éducation, l'indépendance de la femme, la vieillesse et la maladie. La trame narrative s'appuie sur les avancées intellectuelles, culturelles et scientifiques. Et la focale pointe vers la compréhension du passé pour se projeter vers un avenir possible, en se délestant d'années douloureuses d'amnésie sociale.
Un dernier roman à mi-chemin entre la fiction et l'autobiographie, un livre militant, aux figures féminines fortes, à l'intelligence de coeur et d'esprit, à l'aisance de plume. Ludmila Oulitskaïa s'affirme vraiment comme la grande dame des Lettres russes contemporaines.
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Labelettedusud
  19 août 2019
Je ne croyais jamais dire ça un jour en refermant un livre mais ....ouf, je suis arrivée au bout!
Non que ce livre de grande qualité m'ait déplu au point de l'abandonner, non. Je crois plutôt que c'est la montagne de culture (sans connotation péjorative de ma part) qui me laisse pantoise et me rappelle ma condition de larve inculte.
Ce foisonnant roman basé sur l'histoire de la famille de Ludmila Oulitskaïa est un très bel hommage à la culture russe : sa musique, sa littérature, son théâtre. J'ai effectivement pris un revigorant bain de culture grâce aux échanges intellectuels de cette jeunesse juive exaltée par les études et la connaissance qui s'ouvraient à eux au début du XXème siècle. La correspondance entre Jacob et Maria est passionnante et rappelle que l'époque sans Messenger avait un charme fou !
J'ai aussi pris beaucoup de plaisir à suivre Nora dans son travail de scénographe de théâtre dans les années 70. Au réalisme socialiste atterrant, pitoyable et candide, elle oppose le sens artistique et l'esthétisme du théâtre russe.
Appréciable également, cette volonté de l'auteure de mettre au centre du récit l'audace, la détermination et les difficultés des femmes russes de s'émanciper que ce soit au début ou à la fin du XXème siècle parce que "du point de vue biologique il ne pouvait être question d'égalité, puisque la nature a donné pour rôle à la femme celui de perpétuer l'espèce, de mettre les enfants au monde et de les allaiter, ce qui la prive de la possibilité de s'épanouir pleinement".
Cependant, qui trop embrasse, mal étreint et à force de vouloir donner un panorama très exhaustif d'une Russie culturelle et politique de 1920 à nos jours, elle m'a perdue en chemin, noyée sous les personnages auxquels j'ai fini par ne plus m'attacher.
J'ai conscience que c'est un très bon roman mais malheureusement, je pense que, pour moi, l'échelle était un peu trop raide.
Lien : https://belettedusud.wixsite..
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Nuageuse
  15 avril 2018
En commençant un ouvrage de littérature russe, je pense à Nastasia.
L'âme russe est présente dans cette saga familiale, mais pas que. Il y a Maroussia, la grand-mère de Nora, féministe et qui fait tant écho à notre société actuelle.
Le récit est entrecroisé de lettres écrites par Jacob à cette dernière. J'ai beaucoup aimé cette alternance qui nous rapproche de tous ces personnages attachants.
Il est indéniable que Ludmila Oulitskaïa est un puits d'érudition: Nora est scénographe.
J'ai vraiment savouré le point de vue d'un des personnages sur la place des femmes de Tchekhov.
Ce beau roman reste hélas toujours d'actualité concernant les enfants surdoués et qui ne peuvent s'adapter au système.
Je terminerai : un roman tendre, dur par moments, tellement rempli de vie !
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cornelia-online
  02 mai 2018
« L'échelle de Jacob » de Ludmila Oulitskaïa est une saga familiale sur cinq générations, qui couvre tout le XXème siècle, dans une Russie en proie aux soubresauts de l'Histoire. Difficile de résumer ce roman dense, ambitieux, qui aborde de multiples sujets avec érudition et sensibilité…Sur l'échelle de Jacob on ira d'un Jacob né en 1890 à un autre Jacob né en 2011, et la boucle familiale sera bouclée…
Malgré le foisonnement de personnages, le roman est resserré autour de l'histoire de Jacob Ossetski, le grand-père, entrecroisée avec celle de Nora, sa petite-fille, soixante ans plus tard. Jacob est un intellectuel, foncièrement optimiste, passionné de musique, fou amoureux de sa femme Maroussia ; on le découvre principalement au travers de ses lettres, envoyées pendant plus de vingt ans de ‘relégation', d'enfermement dans des camps, loin, bien loin de Moscou. Quant à Nora, elle s'épanouit dans la création théâtrale, en étroite symbiose artistique avec son amant épisodique Tenguiz ; dans les années 90, elle choisit de faire émigrer son fils Yourik aux Etats-Unis, où il retrouve son père, Vitia.
La genèse de ce livre est particulièrement touchante, puisqu'il est basé sur des lettres et documents laissés par les grands-parents de l'auteur. Or les lettres de Jacob, pendant ses années de détention, sont absolument bouleversantes : dans des conditions matérielles sordides, il garde toujours un état d'esprit positif, l'espoir, la curiosité intellectuelle. Chaque nouvelle lettre est un chant d'amour à sa femme. Il est émouvant de constater la transmission des valeurs et des passions dans cette famille : l'amour de la musique, l'intérêt pour la culture, la littérature, la création sont des constantes, qui leur permettent de passer à travers les innombrables tourments de leur époque. Alors que les hommes meurent, partent, disparaissent, les femmes restent et s'adaptent. le personnage de Nora est particulièrement attachant, elle incarne une femme libre, passionnée, qui se crée un modèle de vie singulier, sans pour autant nier ses responsabilités. Pour la suite, cliquez sur le lien !
Lien : https://bit.ly/2w6sce1
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critiques presse (1)
LeDevoir   07 août 2018
Une fresque vivante qui, sans peut-être les égaler, s’inscrit dans la veine puissante de Vie et destin de Vassili Grossman et d’Une saga moscovite de Vassili Axionov.
Lire la critique sur le site : LeDevoir
Citations et extraits (54) Voir plus Ajouter une citation
PerlaaPerlaa   15 octobre 2019
Comme toujours, il réapparut au moment où elle commençait ... à...avoir accepté l' idée que le film, qui était en couleurs quand il était là et devenait en noir et blanc sans lui, était quand même intéressant.
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palamedepalamede   09 août 2018
« Tchekhov ... méprisait le monde ancien, et il redoutait le monde à venir. La souffrance des habitants de la cerisaie est enjolivée. Une autre souffrance – nue, éreintée, affamée, mais active et agissante –, se transformera en quelque chose de nouveau et de jamais vu, qui surpassera toutes les utopies des premiers socialistes, de Thomas More à Tommaso Campanella. Tout a été pensé et élaboré bien avant Marx. Je pense que dans cent ans, quand la culture humaine aura atteint un niveau inimaginable, on regardera Tchekhov, dans les théâtres, comme un monument sublime à un monde révolu. Mais ses pièces constituent un pas indispensable vers quelque chose de plus grand et de meilleur… 
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palamedepalamede   25 juillet 2018
Elle connaissait tous ces livres, tous jusqu’au dernier. Ils avaient été lus, et lus à fond. Aujourd’hui encore, Nora terrassait les ignorants par la profondeur de sa culture, et toute cette culture provenait de ces deux cents livres sélectionnés comme pour une île déserte, criblés de minuscules remarques au crayon dans les marges. Depuis la Bible jusqu’à Freud. Oui, une île déserte. En réalité, cette île était on ne peut plus habitée – des troupeaux de punaises y paissaient à loisir. Elles dévoraient Nora quand elle était petite, mais sa grand-mère, elle, ne les remarquait pas. À moins que ce ne fût l’inverse… 
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palamedepalamede   12 août 2018
Quand elle était encore petite, la fille de Marina avait demandé à sa mère : « Pourquoi les Russes, ils ont tous des dents pourries et les cheveux sales ? »
Tchipa aurait pu répondre à cette question, mais elle n’avait rien dit. Il aurait fallu expliquer trop de choses. Que chaque pays a ses propres habitudes culturelles – les Américains changent de tee-shirt deux fois par jour et se lavent dès qu’il y a une douche dans les parages, tandis que depuis des générations, les Russes se lavent une fois par semaine aux bains, le samedi, et changent de linge à cette occasion. Que beaucoup d’entre eux vivent dans des appartements communautaires sans salle de bains… Et aussi que chaque enfant de leur âge, même au fin fond de la Russie, lit en un an plus de livres que son frère et elle n’en avaient lu durant leur vie entière, que chaque adulte convenable connaît par cœur plus de poèmes qu’un professeur de littérature ici… 
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palamedepalamede   10 août 2018
Et en russe, ça donne quoi ?
— En russe, Nora, ça donne : un homme réduit à lui-même – c’est un pauvre animal, un bipède tout nu ! Et c’est tout ! Se débarrasser de l’inutile ! À bas tout ce qui est superflu ! »
Là, Nora se couvrit les yeux de la main. Elle connaissait ce texte. Elle le connaissait très bien. Mais soudain, ces mots, « se débarrasser de l’inutile », lui semblèrent follement importants pour elle, personnellement. C’est toujours ainsi que cela se passe – on vit, on lit, on glisse cent fois sur le même passage, et tout à coup, c’est comme si nos yeux se dessillaient, on trouve ce qu’on a cherché pendant des années à l’endroit le plus rebattu, sur lequel on est déjà passé et repassé… 
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