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Christopher Wise (Préfacier, etc.)
ISBN : 2842613961
Éditeur : Le Serpent à plumes (15/01/2003)

Note moyenne : 4.02/5 (sur 21 notes)
Résumé :

Nos yeux boivent l'éclat du soleil, et, vaincus, s'étonnent de pleurer, Maschallah ! oua bismillah !.... Un récit de l'aventure sanglante de la négraille - honte aux hommes de rien ! - tiendrait aisément dans la moitié de ce siècle ; mais la véritable histoire des Nègres commence beaucoup, beaucoup plus tôt, avec les Saïfs, en l'an 1202 de notre ère, dans l'empire africain de Nakem, au sud du Fez... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
Jazzbari
  24 janvier 2016
Le devoir de violence est un roman qui a fait date dans la littérature africaine moderne. Tour d'horizons de l'histoire du continent nègre, il brosse la violence, dominante d'un millénaire, dans tous ses contours et dans tous ses méandres. Une bouleversante autopsie d'une société où le plus fort écrase sans concession le plus faible. Yambo Ouologuem mène cette aventure chirurgicale dans une approche toutefois inédite, tant de l'histoire que l'écriture elle-même.
C'est la naissance d'une plume iconoclaste, transgressive vouée au démantèlement de l'histoire préfabriquée et à la désacralisation de la propriété intellectuelle.
La violence, le sexe, la religion, le style, sont les principaux ingrédients de ce roman-évènement.
La violence
Jamais barbarie n'avait atteint une telle acmé. le continent vit dans une conflagration perpétuelle entre tribus, royaumes et empires. Pour la première fois un auteur noir dépeint l'Afrique précoloniale sous un autre jour que celui du paradis. Ce n'est plus cette Afrique lisse, édénique, célébrée par Senghor et Camara Laye, mais une Afrique hérissée de violence, de barbarie, de haine, de razzias et même de cannibalisme. le sang coule à flots et sans interruption pendant près de dix siècles, symbolisant à lui seul cette Afrique antérieure à l'invasion européenne.
Tout est ici de bon aloi pour humilier l'ennemi, le torturer, dévorer sa chair. « Les testicules du chef se trouvaient, dans un dessein éminemment aphrodisiaque dégustés par les femmes, dans leur bouillon commun…. Une beuverie orgiaque couronnait cette anthropophagie… »
Au centre de ce vaste théâtre de crimes se trouve bien sûr la dynastie des Saïfs qui en dépit de plusieurs hauts et bas a réussi à garder les rênes de l'empire de Nakem pendant des siècles. Prétendument issue d'un ancêtre juif en la figure prophétique d'Abraham, elle s'est ancrée au trône en exploitant suffisamment cette extraction noble et mythique la hissant au-dessus de la commune négraille.
La violence évidemment est l'autre arme principale de la dynastie pour perpétuer son règne absolu. Dans le dessein de remplir les caisses de l'Etat, Saïf ben Isaac El Haït n'hésite pas à vendre aux nègriers des captifs de guerre ou autres frondeurs de l'empire. Il élimine l'un après l'autre tous ceux qu'il ne porte pas dans son coeur, accuse, diffame des simples innocents, aidé par ses tueurs à gages. Les règlements de compte sont monnaie courante.
Ce souverain des plus astucieux accède au trône à un moment décisif de l'histoire de l'empire, lors de « la grande ruée » des colons blancs « vers la négraille ». Un conflit armé s'enclenche dans la foulée avec des crimes atroces commis par l'une et l'autre partie. Mais de guerre lasse, l'empereur du Nakem capitule et signe un traité de paix. Désormais, vers 1900, l'empire est relégué sous administration coloniale bien que Saïf réussisse à conserver le sceptre. Cependant révulsé par la politique d'évangélisation de ses sujets, il assassine souvent le personnel colonial à l'aide de vipères intelligemment dressés.
Le sexe
Le sexe, dans une profusion de détails, est ici évoqué dans toutes ses gammes. de l'amour conjugal au viol ; de l'onanisme à l'esclavage sexuel ; de la prostitution à l'inceste ; du sexe collusoire au sexe orgiaque ; du chantage sexuel à l'homosexualité.
Déjà, quelque siècles plus tôt, Saïf EL Haram, lointain ancêtre de Saïf ben Isaac El Haït, avait supprimé son frère bombardé empereur et épousé les femmes de son père, sa mère y comprise. A Paris, dans une nuit de débauche, Kassoumi possède sa propre soeur. Un Charlatan exige d'être rémunéré en sexe faute de quoi il décimera sans autre forme de procès toute la progéniture de Tambira. Deux voyeurs menacent de révéler la forfaiture à son mari si elle ne leur accorde pas ses faveurs. de mèche avec l'empereur, Une belle et jeune femme séduit le gouverneur et se laisse aimer, dans la secrète intention de lui extorquer des informations…
La religion
Postichant l'histoire des religions, l'auteur pose Abraham comme l'ancêtre juif de la famille régnante. Ce qui lui confère une ascendance divine et une posture de domination.
Même si les références bibliques sont nombreuses dans le roman, Yambo Ouologuem s'en apprend surtout et avec véhémence à l'islam qui a déjà conquis l'Afrique et institutionnalisé la traite orientale des esclaves. Voulant dépoussiérer un pan de l'histoire africaine escamoté, il insiste et persiste sur le négoce esclavagiste commandité par les Arabes. L'islam propagé par ces derniers est vu comme une autre forme de colonisation avant celle des Blancs. C'est un instrument de violence et de soumission, sous le couvert duquel des exactions sont perpétrées et le peuple psychologiquement bâillonné. Tournant à leur intérêt égoïste cette religion, la noblesse et le clergé tiennent les petites gens sous leur férule. Désespérés par un quotidien de violence, ces derniers ont jeté leur ultime dévolu sur l'au-delà où seront récompensées leurs oeuvres, selon l'empereur.
Dans une facture gouailleuse, le texte est ainsi parsemé d'invocations islamiques : « Amen… Ouillahi… mouhamadara souroulai… Alif mintjè… waki rabbi zidni ilman… »
L'art nègre
D'emblée, l'auteur malien a eu une dent contre l'art nègre qui selon lui en plus d'être un tissu de mensonges, se trouve dénué de toute valeur ajoutée esthétique. Il est souvent conçu dans une unique visée mercantile. « L'art nègre se forgeait ses lettres de noblesse au folklore de la spiritualité mercantiliste… »
Toutefois ce n'est pas un jeu de dupes. L'ethnologue Schrobénius, pour avoir découvert l'art nègre, saisi son énergie symbolique et cosmique, a non seulement décroché une chaire universitaire mais aussi a pu vendre et louer des milliers de masques noirs à une légion de musées célèbres. Il a réussi ainsi et à mystifier l'Europe et à exploiter la « sentimentalité négrillarde ». « L'Afrique… ventre du monde et berceau de civilisation… Partout, avenues larges, calmes, paisibles, où l'on respire la grandeur d'un peuple, son génie humain… Il a fallu que l'impérialisme blanc s'infiltrât là, avec sa violence, son matérialisme colonisateur, pour que ce peuple si civilisé, brusquement dégringolât à l'état sauvage…», pérorait l'ethnologue à tout vent.
Faisant son miel de cette subite réputation de l'art nègre, Saïf ordonne la fabrication de milliers d'ersatz, trempés ensuite dans la boue (pour que ces chefs-d'oeuvre se chargent du poids de quatre siècles de civilisation) et vendus à des collectionneurs crédules.
Mais au-delà de cette pitoyable imposture, l'auteur semble poser la gênante question sur l'apport de l'homme noir à l'édifice de la civilisation de l'universel. Pour lui sans doute, l'Afrique non pas creuset d'une quelconque civilisation, mais théâtre de violence séculaire et atavique n'a certainement rien apporté à l'érection de ce monument de l'universel. Car un peuple sauvage, portant la violence dans son ADN, ne peut être concepteur d'aucun beau.
Le narrateur
Bavard et équilibriste, il livre plusieurs versions d'un même événement, tantôt selon les griots, tantôt selon les Anciens ou encore les chroniqueurs. Mais un tel souci de vérité insinue que l'absence d'une civilisation de l'écriture plonge l'Afrique noire dans une légende continue, où fonds historique et imagination populaire s'entremêlent inextricablement.
Il brille surtout par ses intrusions récurrentes dans le récit, ses commentaires sur les événements et l'attitude des personnages. Il apostrophe le lecteur, l'invite à bénir les bonnes âmes et à maudire les mauvaises, et ce avec un soupçon de raillerie. Sur ce même ton moqueur, il interpelle Dieu, convoque sa miséricorde. « Une larme pour la négraille, Seigneur – par pitié… La illaha illallah… Oussalam… Alif minpitjé… lam… » Polyglotte, il intervient dans le texte en pular, bambara, anglais…
La langue
D'entrée de jeu, on est frappé par la beauté de la langue ouologuemienne. Dans la même tournure novatrice qu'Ahmadou Kourouma, l'auteur malien donne autant de considération à l'histoire qu'au langage littéraire.
Tantôt longue, tantôt courte, la phrase perd ici sa structure habituelle. Une accumulation de compléments circonstanciels, d'appositions, écarte très prodigieusement le sujet du verbe, le verbe du complément, l'antécédent du pronom. Ce qui tient en permanence l'haleine du lecteur, toujours pressé de découvrir la suite de la phrase. Car son phrasé est une symphonie de mots, de sons, de syntagmes qui se cherchent désespérément tout en suggérant une chaotique harmonie.
Une langue belle, fleurie, captivante, poétique, allégorique et sensuelle.
Le plagiat
Accusé à juste titre de plagiat, le roman qui a obtenu le prix Renaudot en 1968, a été rapidement retiré des librairies. Des fragments entiers de textes, entre autres, de Flaubert, Maupassant, André Schwarz-Bart se retrouvent en effet dans le livre sans être discriminés par des guillemets. Pour se défendre, l'auteur se défausse sur la maison d'édition qui aurait ôté ces derniers.
Un roman habité par la redondance de la violence et du sexe, fil rouge, ou plutôt blanc, le traversant de part en part. Un véritable pavé dans la mare qui a jeté a les bases d'une nouvelle littérature où langue, histoire et intertextualité sont des points culminants.
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Charybde2
  18 mars 2013
En 1968, par un Malien, la première dénonciation de la complicité des notables africains dans les méfaits de l'esclavage.
Lorsque le malien Yambo Ouologuem publie "Le devoir de violence" en 1968, il obtient le prix Renaudot (une première pour un écrivain africain), déclenche un véritable coup de tonnerre (pour la première fois, la complicité active et féroce des notables africains dans certains des pires aspects de la société est dépeinte et mise en cause au même titre que celle du colonisateur), et enfin fait l'objet d'une lourde accusation de plagiat, qui le poursuivra des années en France, avant d'être réhabilité (son manuscrit comportait une annexe recensant et expliquant chaque emprunt, annexe que son éditeur décida simplement de... supprimer !).
Roman-culte sur le continent africain, il met en scène sept siècles d'histoire du fictif empire de Nakem (au carrefour du Sahel, de l'Afrique subsaharienne et de la Libye) et de la dynastie régnante des Saïf, en s'attardant plus longuement sur le dernier d'entre eux qui, vaincu par les Français à la fin du dix-neuvième siècle, consacrera une incroyable énergie et une ruse hors du commun à préserver ses richesses personnelles, son système d'esclavage et de traite en direction de la péninsule arabique, et son pouvoir sur la société par l'entremise de pouvoirs "magiques" (en réalité une connaissance pointue des poisons et une redoutable équipe d'assassins hautement qualifiés...) - jusque fort tard dans le vingtième siècle...
"Ce Saïf connut donc le bonheur d'avoir été assez habile pour jouer ce rôle de messie, où de nombreux fils de notables s'étaient escrimés en vain, et appauvris. N'est pas Christ qui veut. Pardonnez-nous, Seigneur, de tant révérer les cultes dont on vous habille...
... Lancées de partout en cette seconde moitié du XIXème siècle, multiples sociétés de géographie, associations internationales de philanthropes, de pionniers, d'économistes, d'affairistes, patronnés par les banques, l'Instruction publique, la Marine, l'Armée, déclenchèrent une concurrence à mort entre les puissances européennes qui, essaimant à travers le Nakem, y bataillèrent, conquérant, pacifiant, obtenant des traités, enterrant, en signe de paix, cartouches, pierres à fusils, poudre de canons, balles. (...)
Et ce fut la ruée vers la négraille. Les Blancs, définissant un droit colonial international, avalisaient la théorie des zones d'influence : les droits du premier occupant étaient légitimés. Mais ces puissances colonisatrices arrivaient trop tard déjà, puisque, avec l'aristocratie notable, le colonialiste, depuis longtemps en place, n'était autre que le Saïf, dont le conquérant européen faisait - tout à son insu ! - le jeu. C'était l'assistance technique, déjà ! Soit. Seigneur, que votre oeuvre soit sanctifiée. Et exaltée."
C'est aussi dans ce roman que Ouloguem forgea le terme de "négraille" par dérision envers la "négritude" de Senghor, qu'il réfute sans pitié.
Moins ironique et beaucoup plus violent que le plus tardif "Monnè, outrages et défis" de Kourouma, ce brûlot d'il y a quarante ans justifie toujours pleinement sa réputation.
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dido600
  03 décembre 2018
Seulement en 2003, après 30 ans d'absence dans les librairies, réédition de cette oeuvre majeure de la littérature dite africaine. Un livre (le premier, le seul… puis le silence) qui a beaucoup dérangé à l'époque, en 1968, date de sa première parution… et bien qu'encensé au départ, et qu'il ait obtenu le Prix Renaudot, il fut, par la suite… littéralement laminé (avec une accusation de plagiat pour mieux «tuer » l'auteur, un malien … qui ne s'en est jamais remis, se retirant de la vie publique, s'étant aperçu que les lobbies de toutes sortes et en tous lieux étaient les plus forts) . Pourquoi tout cela ? Il démonte, tout simplement, le paisible concept de «négritude » (concept jusque là encouragé par les africanistes et des intellectuels africains proches de ces thèses occidentales) à qui il oppose le concept de «négraille », où les masses anonymes, constamment exploitées, se voient sans cesse imposées de l'extérieur les catégories dans lesquelles elles devront penser et faire leur histoire.
le livre raconte la saga d'une dynastie africaine, les Saïf, seigneurs féodaux africains. Saïf ben Isaac el Heït, principal héros du livre est un seigneur féodal qui règne sur une vaste province par la ruse, la terreur, l'esclavage et par la collaboration avec les Blancs qui ont misé sur lui. Tous les moyens sont bons pour se maintenir au pouvoir et opprimer la «négraille».
Bien avant l'arrivée du Blanc, Saif, (en fait, le premier colonialiste) instaura un système symbolique (axe principal, la religion, toutes les religions, Islam y compris) et une interprétation compensatoire des souffrances terrestres (rétribuées dans l'Au-delà) pour mieux légitimer l'ordre existant, fondé sur l'esclavagisme et l'exploitation féodale, et pour en désamorcer toute remise en question.
Il va encore plus loin : Avant l'arrivée des blancs, l'Afrique n'était donc pas une terre idyllique remplie de bons sauvages, Les souverains y pratiquaient la traite et le massacre. La violence sexuelle et les traditions mutilantes d'excision et d'infibulation faisaient loi. L'Islam anesthésiait toute velléité de résistance au pouvoir féodal, sans effacer ces pratiques. D'abord attendus comme des libérateurs, les blancs n'ont fait que normaliser et pacifier la gigantesque oppression de l'homme noir.
Trois parties : D'abord cinq siècles de barbarie en un court chapitre, meurtres et esclavagisme orchestrés par la dynastie négro-juive des Saïf, ensuite une partie, plus longue, sur la colonisation, l'époque est démystifiée à grands coups de machette. Enfin, le livre se termine par une conclusion pessimiste sur l'avenir : la violence perdurera tant que le pouvoir restera dans les mêmes mains… L'Histoire contemporaine d'une Afrique (presque toute) indépendante, engluée (encore) dans les dictatures et les autoritarismes lui a donné amplement raison… à l'exception de Mandela... et (et si rares) dirigeants à avoir quitté, volontairement et sans contrepartie, le fauteuil du pouvoir. Senghor, le créateur du concept de négritude l'a bien quitté, après avoir démissionné... mais seulement après, je crois, cinq mandats, à un âge bien avancé et pour mieux retrouver un fauteuil... à l'Académie française. Françafricain, un jour, Françafricain toujours !
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virgidoc2
  13 août 2013
Une oeuvre cruelle et sans concession qui ne peut pas laisser de glace. L' auteur a été victime de nombreuses calomnies tant la vérité qu'il propose semble insupportable aux yeux de beaucoup. A travers la longue dynastie des Saïf règnant sur le mythique empire Nakem, l'auteur nous livre une anti épopée sans concession et sans leurre sur l'asservissement de peuples victimes de multiples pouvoirs - blancs ou noirs - parfois de connivence pour mieux l'exercer. Dans ces conditions, l'auteur se positionne clairement comme l'envers de la négritude, vision d'un territoire mythique détruit par l'arrivée des colonisateurs. Pour Ouologuem, la tyrannie, la barbarie et les violences existaient déjà avant et n'ont pu que se confondre avec les intérêts des colonisateurs.
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KettuWater-fox
  26 mars 2015
Encore un livre que j'ai acheté sans savoir dans quoi je m'embarquais et avais dire je n'avais pas trop compris avant de lire les deux critiques qui me précèdent et qui à mon avis vous seront d'un plus grand secours que la mienne.
Le problème c'est qu'à mon avis, avant de lire ce livre , il faut savoir d'où il vient, pourquoi il a été écrit et avoir un minimum de connaissances sur le sujet. Tout ce que je n'ai pas.
Je l'avais pris pour un simple roman et à ce titre j'ai été très déçue de ma lecture. le texte est compliqué pour un néophyte , très dense et très cru.
Je n'irai pas plus loin dans ma critique, je ne me sens aucune légitimité à le faire. Je note selon mon ressenti de lectrice paumé: cette lecture me fut assez désagréable.

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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B   01 octobre 2016
À la même période, les provinces Nakem souffrirent d'une telle disette, doublée de peste qu'une infime quantité de nourriture en était arrivée à coûter le prix d'une esclave, c'est-à-dire au moins dix écus. Sous le coup de la nécessité, le père vendait son fils, le frère son frère, tant chacun essayait de se procurer des vivres par n'importe quelle scélératesse. Les gens que la famine faisait ainsi vendre, étaient achetés par des marchands venus de Sao-Tomé avec des bateaux chargés de victuailles. Les vendeurs prétendaient que c'étaient des esclaves, et ceux qui étaient ainsi vendus se hâtaient de le confirmer, fort joyeux de se voir hors d'un péril qui les avait tant alarmés. Quantité d'hommes libres se firent ainsi esclaves, et se vendirent par nécessité.

I. La légende des Saïfs.
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lilianelafondlilianelafond   31 mai 2018
Ce Saïf connut donc le bonheur d’avoir été assez habile pour jouer ce rôle de messie, où de nombreux fils de notables s’étaient escrimés en vain, et appauvris. N’est pas Christ qui veut. Pardonnez-nous, Seigneur, de tant révérer les cultes dont on vous habille…
… Lancées de partout en cette seconde moitié du XIXème siècle, multiples sociétés de géographie, associations internationales de philanthropes, de pionniers, d’économistes, d’affairistes, patronnés par les banques, l’Instruction publique, la Marine, l’Armée, déclenchèrent une concurrence à mort entre les puissances européennes qui, essaimant à travers le Nakem, y bataillèrent, conquérant, pacifiant, obtenant des traités, enterrant, en signe de paix, cartouches, pierres à fusils, poudre de canons, balles. (…)
Et ce fut la ruée vers la négraille. Les Blancs, définissant un droit colonial international, avalisaient la théorie des zones d’influence : les droits du premier occupant étaient légitimés. Mais ces puissances colonisatrices arrivaient trop tard déjà, puisque, avec l’aristocratie notable, le colonialiste, depuis longtemps en place, n’était autre que le Saïf, dont le conquérant européen faisait – tout à son insu ! – le jeu. C’était l’assistance technique, déjà ! Soit. Seigneur, que votre œuvre soit sanctifiée. Et exaltée.
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Vidéo de Yambo Ouologuem
Communication, Yambo Ouologuem lu par Ferdinand Fortes
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